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EGYPTE : Islamique et social.

Dimanche 13 mars 2011 // L’Afrique

Braqués sur la menace islamique, les rapports officiels ont trop souvent négligé l’évolution des sociétés des pays musulmans. Or c’est ce qui en Egypte sépare contestation et révolution.

Sous prétexte que religion et politique ou religion et société seraient indissociables en terre d’islam, et tombant ainsi dans le piège tendu par l’adversaire, nous avons tendance de ce côté de la Méditerranée à utiliser un autre instrument d’évaluation, disons sociologique, que celui utilisé pour d’autres sociétés. Non que la religion n’y tienne pas une place prépondérante que dire de l’Amérique évangélique ou de la catholicité préconciliaire ? mais avant de confondre il s’agit de distinguer.

Ainsi pour l’Egypte, on commet parfois un contresens complet sur les Frères musulmans. On présente le mouvement de contestation actuel comme originaire des classes moyennes et « rejoint » par la jeunesse urbaine et les Frères musulmans. Or ce sont précisément dans les classes moyennes que les Frères ont toujours recruté. Les professions libérales, avocats, médecins, ingénieurs, professeurs, sont majoritairement acquises aux Frères. Dans l’ancienne bourgeoisie libérale du Caire et d’Alexandrie, il est de bon ton aujourd’hui d’afficher ses conceptions religieuses, de démontrer une piété authentique et d’ailleurs « éclairée » puisqu’intellectuelle.

Comme dans les origines de la démocratie chrétienne en Italie ou en Allemagne, il y eut cette jonction entre classes moyennes et paysannerie pauvre. Mais les fils de paysans (fellahs) venus se prolétariser en ville ont perdu la tradition. Ils ne vivent pas avec leurs familles. Ils sont déterritorialisés mais aussi déstructurés religieusement. Ce sont ces jeunes qui, dans lés manifestations, sont laïques (avec toutes les précautions d’usage) et les bourgeois qui sont dévots, le tout sur un fond rituel conventionnel et d’ailleurs consensuel.

Le numéro deux d’Ousama ben Laden, alZawahiri, était un chirurgien d’une famille fortunée du Caire, tut comme Mohamed Atta, l’un des pilotes des avions kamikazes des tours de New York. L’Egypte est imprégnée des télés coranistes, comme on dit les télé-évangélistes aux Etats-Unis ou au Brésil. C’est à un public aisé qu’ils s’adressent, pour régler les cas de conscience, gérer l’évolution des mœurs là comme ailleurs, et non aux gosses de la rue ni même aux chômeurs.

Révolution bourgeoise ou populaire, ce n’est pas faire appel à des catégories marxistes. C’est l’enjeu majeur de la crise égyptienne à l’intérieur. La protection des intérêts acquis - non pas tant des nouveaux riches profiteurs de l’ouverture économique liés à l’Amérique, mais de la bourgeoisie traditionnelle dont l’horizon est moyen-oriental passe aujourd’hui par un gouvernement religieux-conservateur. L’armée, qui est l’un des grands entrepreneurs du pays depuis le socialisme nassérien, reconfirmé à la faveur de l’ouverture par Sadate, réfléchit sérieusement à la convergence de ces intérêts.

A l’inverse, la jonction des deux révolutions actuellement en pointillé et de pure circonstance, mais qui serait difficilement évitable si par exemple une répression accrue suscitait des héros et des militants de base, basculant dans la violence urbaine - ferait le jeu des plus radicaux et de la mouvance terroriste.

Le mouvement islamiste gagnerait ainsi les masses urbaines défavorisées, qui, on s’en souvient, furent en Iran le terreau du khomeinisme. Veut-on voir au Caire des Gardiens de la Révolution ? Il semble qu’il n’y ait guère d’alternative sinon un gouvernement musulman, appuyé sur l’armée, même si sa « modération » est toute relative et fait peur à certains.

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