EDF et GDF

La fin d’un monopole de plus de 60 ans.

Jeudi 2 août 2007, par Paul Vaurs // La France

La liste des monopoles défunts s’est encore allongée ce 1° juillet avec la fin de celui d’EDF et de GDF pour la fourniture de gaz et d’électricité aux particuliers. Déjà ouvert à la concurrence depuis 2004 pour les entreprises, le marché de l’énergie a franchi une nouvelle étape. Désormais, tout particulier peut choisir son fournisseur, soit en restant aux tarifs réglementés par les pouvoirs publics, ceux actuellement pratiqués par EDF et GDF, soit choisir une offre proposée par un des opérateurs sur le marché : Poweo, Suez (avec sa marque Electrabel), Altergaz, Enercoop...

Habitués depuis 1946 à n’avoir affaire qu’à EDF pour l’électricité et à GDF pour le gaz, les Français vont avoir à faire face à une nouvelle donne voulue par l’Union européenne. Tout comme eux, de nombreux Européens ont connu ou vont connaître cette mutation, à l’exception des Portugais, des Grecs, des Chypriotes et des Estoniens dont les Etats ont obtenu des dérogations. Si, dans l’optique de la commission européenne, l’ouverture à la concurrence doit profiter au consommateur, force est de constater que les prix du gaz et de l’électricité ont eu tendance à augmenter (dans un contexte à la hausse des cours du pétrole et du gaz) dans les pays européens qui ont déjà libéralisé leur marché. En République tchèque, le prix de l’électricité a bondi de 51% depuis l’ouverture en 2006. En Allemagne, la hausse aurait été de 26% en cinq ans pour un couple et un enfant. En France, des entreprises qui avaient opté en 2004 pour un fournisseur privé s’en sont mordu les doigts, selon UFC-Que Choisir, qui indique avoir relevé des hausses atteignant 65%.

Même si gouvernement s’est voulu rassurant ( Pour les quelques années qui viennent, il y a une garantie qui fait que les tarifs n’augmenteront pas plus que l’inflation, a indiqué la ministre de l’Economie Christine Lagarde), ce bouleversement du paysage familier de l’énergie et la crainte d’une montée des prix expliquent sans doute la grande prudence, pour ne pas dire l’attentisme, des Français. Selon un sondage CSA publié le 1er juillet par le Parisien, seulement 1% des personnes interrogées indiquaient envisager de changer de fournisseur d’électricité 45% des sondés estimaient que cette ouverture sera synonyme de hausse du prix de l’électricité pour les particuliers. 35% déclaraient qu’ils ne s’étaient pas posé la question de changer d’opérateur.

Il faut dire que l’ouverture à la concurrence n’a pas été précédée d’une campagne d’information du gouvernement, qui s’est contenté assez discrètement d’ouvrir un site Internet d’informations (www.energie-info. fr) ; ainsi qu’un numéro de téléphone (0810 112 112 ). Les nouvelles modalités pour qui voudrait changer de- fournisseur ne sont pourtant pas simples. On peut en effet choisir entre une offre d’énergie à prix réglementés, fixés par l’Etat et uniquement délivrés par EDF et GDF, et des offres à prix libres, proposés par une dizaine de fournisseurs privés, mais aussi... par EDF et GDF, qui pourront vendre du gaz pour le premier et de l’électricité pour le second !

Attention aux consequences.

Et le choix d’un opérateur privé ou d’une offre GDF et EDF à tarif libre peut être lourd de conséquences car il est irréversible. Il sera alors impossible de revenir au tarif réglementé, si l’on juge finalement ces tarifs libres un peu trop chers après quelques mois. Il ne semble guère question ici du respect de la liberté du consommateur... Ce choix irréversible est en outre attaché au site de consommation et non à l’abonné. Si le client quitte le tarif réglementé pour son logement, les occupants suivants ne pourront pas revenir au tarif réglementé. L’offre choisie par le client précédent s’impose au nouvel occupant d’un logement. Si la personne emménage dans un logement neuf, il peut choisir une offre au tarif réglementé jusqu’au 30 juin 2010 pour l’électricité, mais il doit souscrire une offre de marché pour le gaz.

Il faut conseiller les consommateurs, de regarder attentivement les offres, de regarder très attentivement les contrats qui seront proposés, même quand c’est écrit tout petit, pour savoir quelles sont les garanties dans le long terme, a indiqué la ministre Christine Lagarde le 2 juillet. Certaines offres pourront en effet se montrer attractives en proposant (dans un premier temps ?) des tarifs intéressants. Mais dans leur grande majorité, les Français vont sans doute suivre le conseil de l’UFC-Que Choisir et rester dans le giron d’EDF et de GDF. Aucune démarche n’est nécessaire pour conserver le tarif réglementé. Moins de 300 clients particuliers d’EDF avaient choisi au le 1er juillet Poweo. Ce dernier, comme les autres fournisseurs privés, mise sur le long terme...

Répondre à cet article