ECONOMIE-FINANCES UN HOMME UN ENTRETIEN...

Mardi 23 septembre 2008, par Guy FRANCHETEAU // La France

Avant de nous parler du FCP que vous êtes en train de lancer, pouvez-vous évoquer votre parcours ?

Après un troisième cycle de commerce international à Sup de Co Clermont-Ferrand qui m’a permis de travailler trois années à l’exportation, notamment dans le groupe Peugeot, j’ai obtenu un MBA à la Schiller International University, en me spécialisant sur les stratégies d’option traitées au CBOT de Chicago, ce qui m’a permis de rentrer sur les marchés financiers début 1987. J’étais alors gérant actions junior et je m’occupais de comptes particuliers sous mandats qui m’avaient été confiés par les agents de change Magnin-Cordelle. J’ai été diplômé de la SFAF et c’est ainsi qu’a commencé ma carrière d’analyste financier dans diverses sociétés de Bourse, notamment Didier Philippe, et Pinatton. Je suis ensuite resté près de 8 ans chez Fideuram Wargny en prenant la responsabilité de l’équipe de recherche actions à partir de 2006. Au cours de ces vingt années, je me suis spécialisé sur le secteur de la consommation, principalement sur la distribution et l’agro-alimentaire, avec une approche d’analyse européenne, ce qui nous a valu dès 1997 d’être nominé au grand prix AGEFI.

Une démarche pragmatique.Vous venez de créer la Société de Conseil en Investissement Royale de Placements ? Qu’est ce qui vous a décidé à lancer ce projet ?

Cette création résulte d’une démarche pragmatique doublée d’un souhait grandissant d’indépendance. En 2007, l’AMF a attribué 47 agréments de création de nouvelles sociétés de gestion. C’était un record. Depuis, la crise du Subprime est venue fragiliser le développement de plusieurs de ces jeunes « boutiques de gestion ». Nous avons donc considéré qu’il s’agissait d’un mauvais « timing » pour se lancer dans l’aventure d’une nouvelle société de gestion. Il nous fallait toutefois rejoindre l’une de ces Maisons de gestion pour mettre en œuvre notre projet de lancement d’un FCP spécialisé sur la consommation. C’est ainsi que nous sommes devenus conseiller de MW Gestion. Parmi mes critères de sélection, outre la qualité du management (représenté par Madame Béatrice Perrin-Laborie) présentant une certaine éthique qui soit en adéquation avec mes propres valeurs, j’ai attaché une réelle importance à la présence de FCP dans la panoplie des produits déjà proposés aux clients de la société. Des FCP remarquablement bien gérés : MW Obligations internationales géré par Christophe Barat, et MW Actions Europe, géré par Cyril Deblaye. Ils offrent en effet une vraie transparence sur la qualité de la gestion de la Maison. Quant à Royale de Placements, sa création était en germe dès début 2008, lors des premiers contacts avec MW Gestion, située 7 rue Royale.... Royale de Placements, créé en collaboration avec, Grégoire Ginoux-Defermon, l’un des jeunes talents que j’ai découvert chez Fideuram Wargny, et fort d’un agrément CIF, aura une double vocation : d’une part, d’être un cabinet de recherche indépendante spécialisé sur la consommation et l’immobilier, et d’autre part, d’être promoteur de divers FCP liés à ces deux expertises. Nous pouvons déjà parler d’un premier bilan positif pour Royale de Placements. Cette stratégie nous a permis de poursuivre nos travaux de recherche en restant en contact étroit avec les émetteurs. Cette expérience nous a en outre permis de perfectionner notre vision globale du marché. D’ailleurs, sur ce point, les rubriques macroéconomiques et marchés que j’ai eu l’occasion de rédiger depuis l’origine dans votre publication Politique magazine sous le pseudonyme « Henri Tessier » ont constitué un excellent exercice !

Une vitrine ! Pouvez-vous maintenant nous parier plus concrètement de votre projet de FCP sur la consommation ?

J’ai toujours pensé que ceux qui réussissent construisent étape par étape avec une extrême cohérence. C’est ce principe que j’essai de suivre. La constitution d’un FCP à dominante consommation constitue pour moi un aboutissement. Après avoir consacré vingt années de ma carrière à rédiger des études et à donner des recommandations boursières sur les valeurs de ce secteur, il m’a semblé parfaitement logique de créer un véhicule d’investissement qui puisse constituer en quelque sorte la vitrine de cette expérience et de cette connaissance accumulée durant 20 ans. Notre FCP s’appellera « MW 7 Royale Conso » afin de rappeler la dominante du Fonds. Je n’ai pas souhaité pour autant proposer un fonds thématique pur consommation car l’expérience montre que les investisseurs ne sont pas totalement fidèles à des thèmes sur le long terme.

Ainsi, afin d’éviter le phénomène de retraits d’investisseurs attirés par un autre thème conjoncturel, nous avons souhaité y apporter une diversification avec beaucoup d’immobilier et un peu d’énergie-environnement. Chez FideuramWargny, nous avons eu la chance d’avoir tour à tour deux excellents analystes immobiliers dans notre équipe, notamment Benoit Faure-Jarrosson qui restera l’un de nos conseillers sur ce secteur, de même que Philippe Dujardin, avec lequel Grégoire Ginoux-Defermon a également, étroitement collaboré. Quant au secteur Énergie-environnement, je crois sincèrement que c’est une thématique porteuse qui va même devenir cruciale dans les années à venir, et sur laquelle nous allons progressivement acquérir une expertise. Au total, l’allocation sectorielle de notre FCP sera la suivante : 60% sur le secteur consommation (distribution, agro-alimentaire, dépendance, luxe, hôtellerie-loisirs-plaisance...), 20 à 30% sur l’Immobilier et 10 à 20% en Divers comprenant des titres de l’Industrie et du secteur énergie-environnement. Nous adopterons une approche dite de « stock-picking », en sélectionnant des valeurs selon plusieurs critères de qualité de management, de perspectives de croissance à moyen terme, de cash flow récurrents, de potentiel d’amélioration de la rentabilité, et de sous-valorisation. Cette stratégie d’analyste appliquée à la gestion ne peut que constituer un plus indéniable. Nous en sommes convaincus. Bien évidemment, notre FCP sera éligible au PEA. L’étape suivante à Royale Conso sera bien évidemment « Royale Immob » !

Y a-t-i1 des secteurs que vous ne souhaitez pas toucher et pourquoi ?

Oui, très clairement, nous considérons que certains secteurs tels, que la haute technologie et la pharmacie (et a fortiori, la biotechnologie) doivent être suivis par des experts très pointus. Nous avons comme principe de n’investir que dans ce que nous comprenons bien. De même, nous n’irons pas suivre les titres de la sphère financière : banque et assurance, fragilisée par la crise financière. Les évènements actuels avec la crise du « subprime » constituent une leçon. Comme l’a dénoncé le ministre, Madame Lagarde, ce secteur n’est plus assez « lisible » car il a introduit trop de produits dérivés au cours des dernières années. D’une manière plus générale, nous adopterons une sous pondération des petites sociétés (moins liquides) par rapport aux capitalisations moyennes et aux grandes valeurs européennes (qui atteindront au minimum les deux tiers de nos placements). Enfin, nous maintiendrons une sous-pondération des sociétés en restructuration et fortement endettées.

Mes favoris : Vous qui êtes un spécialiste de la consommation, quelles seraient vos conseils sur le secteur de la distribution actuellement ?

En France, les acteurs du secteur de la consommation sont confrontés à un vrai problème de dégradation du pouvoir d’achat des consommateurs, qui se manifeste en priorité par un ralentissement du non-alimentaire. Les grandes enseignes comme Carrefour et Leclerc l’on parfaitement compris ce qui les amène à se livrer une véritable guerre des prix pour accroitre chacune leur part de marché. Les diverses lois Galland, loi Dutreuil, et autres lois Chatel ne sont pas encore parvenues à totalement libéraliser le secteur de la distribution, mais nous approchons à grand pas du principe du « trois fois net » qui mettra fin au système pervers des « marges arrière ». Enfin, on assiste actuellement à un retour en force du format « hard discount » dans la mesure où les consommateurs se détournent des produits à marque du fait de l’inflation des produits alimentaires. Dans ce secteur, Casino est notre favori. Il vient de publier un bon score pour son CA 1S08, grâce à sa dynamique internationale, et notamment avec la consolidation par IG d’Exito en Colombie et de Super de Boer (ex-Laurus) aux Pays-Bas. La bonne surprise est venue de l’enseigne discount Leader Price, qui, après douze trimestres consécutifs en baisse, a enfin publié un CA à magasins comparables en croissance de +9% sur le 2T08. On peut également s’intéresser à Colneyt, le « pure player » du discount en Belgique, qui reste pour nous la plus belle « success sfory » du secteur au cours de ces dernières années. Nous n’oublions pas non plus Jeronimo Martin qui détient l’enseigne discount polonaise Biendronka, et qui se paye moins de 15 fois les résultats 2008 attendus.

Quelle est votre propre vision du marché actuellement ?

Nous pensons que le marché devrait rester particulièrement volatil d’ici la fin de l’année, compte tenu des facteurs de risque identifiés, que sont la crise financière qui est loin d’être réglée et le ralentissement économique généralisé dans les pays industrialisés qui pourrait toucher les pays émergents à terme. Même si nous adoptons une opinion de prudence sur les marchés, nous identifions de nombreuses opportunités sur des entreprises en croissance durable, et qui sont désormais sous-évaluées de façon totalement déraisonnable. C’est en dénichant des aberrations de marché que l’on peut gagner de l’argent en Bourse, encore plus aujourd’hui qu’hier !

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