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Tunisie.

Du temps où il était puissant…

Vendredi 18 février 2011 // Le Monde

Zine el-Abidine Ben Ali, n’était-il pas le Bien Aimé de tous ?

Un Bien Aimé porté par des résultats électoraux à faire pâlir les adeptes du bon vieux temps des urnes à la « soviétique ».

N’avait-il pas été réélu à sa propre succession en 1994 avec 99,91% des voix ? Avec 99,45% en 1999 ? Et 94,49% en 2004 ?

Les affaires tunisiennes sont les affaires de la Tunisie. Non pas que nous devrions nous en désintéresser…

Mais il fut un temps où tous se mettaient en quatre pour celui qui, issu d’une famille modeste, après avoir débuté dans la jeune armée tunisienne, n’avait pas manqué de parfaire sa formation à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, à l’Ecole d’Application de l’artillerie – jadis à Châlons-sur-Marne, ne manquant pas par la suite de suivre les cours de la « Senior Intelligence School de Fort Holabird » –Maryland USA, puis de la « School for Field and Anti-Aircraft de Fort Bliss » -Texas.

Bardé d’un tel bagage, il dirigera pendant 10 ans la sécurité militaire qu’il avait lui-même créée.

La voie était tracée : Attaché militaire au Maroc en 1974, puis en Espagne, pour rejoindre ensuite le cabinet du ministre de la Défense Mohamed Mzali et accéder à la direction de la sûreté générale en 1978 sous le gouvernement de Hédi Nouira, suite à un « Jeudi noir »…

Petites « vacances » en Pologne en tant qu’ambassadeur de Tunisie à la suite des évènements de Gafsa, pour être enfin rappelé en 1984, après les émeutes de janvier 1984…

Le « Vieux » lui confira alors le ministère de la Sûreté nationale, puis le ministère de l’Intérieur sans qu’il perde la main sur la Sûreté…

Tout pour entrer par la grande porte au bureau politique du Parti socialiste destourien (PSD) et enfin accéder au rang de ministre d’Etat chargé de l’Intérieur… et enfin se poser dans le fauteuil de Premier ministre et aussi celui de secrétaire générale du PSD… Tremplin pour un « dauphin » possible…

N’écoutant que son sens de l’Etat et ses intérêts – de l’Etat cela va de soi-, un petit matin de novembre 1987, il se fit certainement violence pour déposer pour sénilité le « Vieux » Bourguiba…

La suite ?

Un parcours sans faute si l’on s’en tient au classement du Forum économique mondial de 2007 qui portait la Tunisie à la première place pour la compétitivité économique…

C’est donc cet homme que la France, par la voix de son Président, a refusé d’accueillir sans peut-être que celui qui est devenu « Ben Ali » pour faire simple… l’ait demandé…

Les affaires de la Tunisie sont les affaires des Tunisiens et nous n’avons qu’un seul souhait qui est que les Tunisiens puissent couler des jours heureux dans leur beau pays et que nous puissions entretenir d’amicales relations avec un pays qui n’a jamais mis notre langue en partage aux orties…

Pour le reste ?

Un peu de pudeur. Les incessants cris d’orfraies de la classe politicienne française à « Plus de démocratie ! Plus de démocraties ! Plus de démocratie ! » nous arrachent un haut le cœur…

Portemont, le 30 janvier 2011

25 janvier 1989  : Le Président Zine El Abidine Ben Ali reçoit le Prix Louise Michel « Démocratie et droits de l’Homme » pour l’année 1988, décerné par l’Institut français d’études politiques et sociales.

9 décembre 1989  : Le Président Ben Ali reçoit la médaille d’honneur attribuée par l’Institut international de droit humanitaire, en hommage à son action en faveur de la défense des droits de l’Homme.

18 juin 1992  : Le Chef de l’Etat reçoit un grand tableau de peinture intitulé « L’aube nouvelle » de l’Institut supérieur de la défense des traditions en Sicile (Italie), en témoignage de considération à l’œuvre qu’il accomplit en faveur de la paix, de la culture, de la fraternité et de la coopération entre les peuples du bassin méditerranéen.

31 mars 1993  : Le Président Zine El Abidine Ben Ali désigné homme de l’année 1992 par le magazine Al Ithnayn en matière de démocratie et de droits de l’homme.

20 décembre 1994  : Le Conseil directeur du centre de programmation de l’action sociale de la ville d’Agrigento, en Sicile, choisit, à l’unanimité, le Président Zine El Abidine Ben Ali, pour lui décerner le prix Telamon de la paix pour l’année 1994.

13 février 1997  : Le Centre italien des relations internationales attribue le Prix de la Paix à la Tunisie en hommage au Président Zine El Abidine Ben Ali pour son action en faveur des causes justes.

2 avril 1997  : La Conférence méditerranéenne des sociétés du Croissant-Rouge et de la Croix-Rouge décerne sa Médaille d’or au Président Zine El Abidine Ben Ali, en hommage à son soutien constant à ce mouvement international et à ses efforts visant à diffuser les droits de l’Homme et à consacrer les principes de paix, de tolérance et de solidarité.

2 juin 1997  : Le Président Zine El Abidine Ben Ali reçoit « l’Emblème des avocats arabes », en hommage à l’éminent rôle qu’il assume en vue de restaurer la solidarité des Arabes et de renforcer la cohésion de leurs rangs.

4 décembre 1997  : L’Université d’Ancona attribue le Doctorat Honoris Causa au Président Zine El Abidine Ben Ali en témoignage de « ses mérites considérables au niveau de la direction des affaires économiques et la consolidation des droits de l’Homme et

4 octobre 1996 :
Dans le texte…
“Following an audience accorded her by President Ben Ali, Mrs Carole Bellamy, UNICEF Director General, expresses
her admiration for the President’s personal enthusiasm regarding the problems of the child, and for the constant concern he takes in children.”

10 décembre 1996 :
Dans le texte…
“President Ben Ali presides over the ceremony held on the occasion of the anniversary of the Universal Declaration of
Human Rights and awards the 1996 "Prize of the President of the Republic for Human Rights" to Mrs Sadako Ogata, United Nations High Commissioner for Refugees.”

19 décembre 1996 :
Dans le texte toujours…
“The Italian Institute for Culture and International Relations (ICRI) awards Tunisia the first prize for peace in the world,
in homage to the country’s efforts to establish peace in the world, friendship among peoples, and dialogue among cultures.”

1er mai 1997
 : Dans le texte…
“Tunisia is unanimously elected to membership in the International Human Rights Commission during the session
of the Economic and Social Council held at United Nations headquarters in New York.”

9 Août 2001

Tunis - M. Bertrand Delanoé, Sénateur et maire de Paris, a exprimé les sentiments d’estime et de considération qu’il porte au Président Ben Ali, déclarant : "c’est un vrai militant qui est parvenu grâce à son expérience politique et à sa clairvoyance à mettre en place les fondements d’une marche réussie, permettant à la Tunisie de se détacher des pays en voie de développement et de devenir un pays émergeant, où il fait bon vivre". Dans une déclaration à la presse, faite après avoir assisté, mercredi soir, au spectacle donné par la chanteuse Mejda Erroumi, au Théàtre de plein air de Bizerte, M. Delanoé s’est dit heureux de se trouver comme chaque été en Tunisie, pays de l’amour, de la liberté et de la fraternité qui respecte la création, les créateurs, la culture et ses hommes et les entoure d’une sollicitude particulière.

Et n’oublions pas…le ministre « tunisien » du gouvernement français…

Vu par Myriam Marzouki

« En 1992, après avoir quitté la Tunisie, où j’ai grandi, pour étudier en France, chaque retour a d’abord été le choc du contact avec la langue de la dictature. N’en déplaise à Frédéric Mitterrand, la Tunisie de Ben Ali a bien été la moins équivoque des dictatures, pour qui se donnait la peine d’ouvrir les yeux et de ne pas se boucher les oreilles. De l’arrivée à l’aéroport jusque dans la plus misérable des échoppes, dans les halls d’hôtel clinquants, sur les routes, des affiches de Ben Ali ornées de slogans à la gloire de l’"Artisan du changement" : "Ensemble derrière Ben Ali" ou encore "Ben Ali, on t’aime".

Dans les taxis, impossible d’éviter l’omniprésente RTCI, Radio Tunis Chaîne Internationale : entre la millième rediffusion d’un tube ringard de pop occidentale - Whitney Houston ou Elton John - et un échange navrant avec un auditeur, le flash info : inlassablement, avant les brèves indigentes de l’actualité internationale, une série de communiqués lus par le "journaliste" porte-voix du régime, du type : "Le président Zine El-Abidine Ben Ali incite en permanence les associations et les organisations nationales à adhérer avec une responsabilité totale et avec efficience à la vie publique et au processus de développement global."

On n’a pas seulement étouffé un peuple en le privant de tout espace de parole et de contestation mais aussi en produisant une novlangue inédite, hybridation monstrueuse de verbiage technocratique, de lexique pompeux, d’un usage délirant de la majuscule : l’"Ere du Renouveau", la "Voie du Développement ", la "Promotion du Changement" ont noirci des milliers de pages des journaux officiels que plus aucun Tunisien ne se donnait la peine de lire depuis de nombreuses années.
Il faudrait de toute urgence archiver tous les numéros de La Presse, l’organe de propagande bénaliste où l’on pouvait lire à longueur de pages des prouesses stylistiques telles que : "Les journalistes tunisiens ont salué hautement le souci permanent du président Zine El-Abidine Ben Ali de promouvoir davantage le paysage médiatique tunisien, en cohérence avec la mutation qualitative du secteur de la communication, dans le monde, de manière à servir les ambitions de la société tunisienne, préserver son identité civilisationnelle et accroître davantage le rayonnement de la Tunisie, à l’échelle régionale et internationale, dans le cadre de l’engagement pour la crédibilité, l’objectivité et l’allégeance à la Tunisie."

Comment a-t-on pu penser si longtemps que les symptômes de la dictature sont uniquement l’assassinat politique en pleine rue ? Le cas tunisien a témoigné avec une forme de génie de la bassesse que la dictature manifeste aussi dans l’instrumentalisation des discours que les opinions et les dirigeants occidentaux veulent entendre.

C’est ainsi qu’au moment où de plus en plus de voix, tunisiennes et occidentales, commençaient, dans les années 1990, à alerter sur la situation des droits de l’homme, le régime tunisien a inventé une ahurissante propagande en faveur des droits de l’homme, promouvant à tout-va la liberté d’expression dans un pays où presque aucun journal occidental d’information n’était disponible dans le hall d’un aéroport international, où Libération et Le Monde entraient au compte-gouttes, régulièrement interdits pendant plusieurs mois. En revanche, quotidiennement, les Tunisiens se sont vu infliger une prose pathétique, voire comique.

Alors même que tous les journaux d’opposition étaient peu à peu laminés, alors que le droit d’association était supprimé, qu’aucune manifestation n’a jamais été autorisée, pendant que les opposants politiques étaient harcelés, on pouvait lire dans La Presse en 2010 : "Les journalistes tunisiens célèbrent cette fête dans l’engagement à accomplir le rôle qui leur revient dans la consécration des attributs d’une société moderniste et ouverte fondée sur les principes de liberté, de démocratie, de dialogue, de pluralisme et d’acceptation de l’opinion contraire."

Cette détermination puise sa force dans la volonté politique du président qui ne cesse d’accorder au secteur de l’information et de la communication une attention particulière et un appui constant et qui oeuvre inlassablement à renforcer davantage le rôle de ce secteur dans l’impulsion du processus démocratique pluraliste, à travers la consécration d’une information libre, pluraliste et objective qui répond aux aspirations et aux intérêts du citoyen et qui interagit avec ses préoccupations et ambitions, sur la base du principe que la responsabilité est le corollaire de la liberté.

J’ai aussi le souvenir surréaliste d’un Festival du logiciel libre organisé dans le port de plaisance d’une ville touristique : des chaises en plastique, vides, surmontées de bannières blanches avec des slogans, quelques types en bermuda et tongs, avachis derrière un ordinateur, écran éteint, et des touristes en short flânant devant, indifférents.

La cause des femmes, extraordinaire caution auprès des opinions publiques occidentales, a elle aussi été totalement manipulée par le régime de Ben Ali. Voici ce qu’on pouvait lire par exemple dans La Presse en 2003 : "Ouvrant les travaux du congrès, présidé par Chadlia Boukhchina, présidente de l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT), M. Kamel Haj Sassi, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la culture, de la jeunesse et des loisirs, a souligné l’intérêt dont bénéficie la jeune fille tunisienne depuis le changement et la place stratégique qu’elle occupe dans l’échelle des priorités du projet social du chef de l’Etat, relevant que la jeunesse féminine est une pionnière dans l’action menée par les associations féminines en matière d’encadrement, d’enracinement des valeurs du Changement et de sensibilisation aux défis de la modernité."

Il n’y a pas jusqu’à la cause environnementale qui n’ait été elle aussi récupérée : alors même que le développement d’un tourisme de masse aux mains de la clique au pouvoir a accéléré une destruction sans précédent du littoral, tous les Tunisiens ont eu l’occasion de se voir gratifier, jusque dans la v
ille la plus modeste, d’un boulevard de l’Environnement, avenue sinistre, vaguement agrémentée de trois misérables palmiers et de quelques lauriers flétris.

Cette langue absurde et vide imposée dans les frontières d’un pays cadenassé a été soutenue en écho, à l’extérieur, et tout particulièrement en France, par le discours de nombreux responsables politiques, agences de communication et éditorialistes influents. Les arguties lexicales sur la nature du régime tunisien sont le symptôme criant de l’incapacité et du refus franco-français à distinguer le signifiant du signifié. La Tunisie de Ben Ali a servi sur un plateau doré tous les signes démocratiques que l’Occident voulait voir : des femmes cheveux lâchés, des plages accueillant des touristes autorisées à s’exhiber en monokini, des supermarchés remplis, des entreprises accueillies à bras ouverts, une libéralisation des services, une coopération active en faveur de la lutte contre le terrorisme.

L’histoire de la relation franco-française pendant deux décennies est celle d’un aveuglement volontaire, d’une acceptation de tous les signes clinquants d’un toc démocratique. Elle est l’exemple de la complaisance à l’égard du discours de communication, de la capacité des démocraties à rester les yeux figés sur un décor. La fin de la dictature tunisienne est à l’image grotesque de ce qu’on aurait pu qualifier de "dictature d’opérette" si tant d’hommes et de femmes n’avaient pas payé pendant près d’un quart de siècle le prix d’une véritable oppression.

Un despote gominé fuyant en avion, une régente de Carthage se réfugiant quelques jours dans un hôtel de carton-pâte à Disneyland avec une tonne et demie d’or sous le bras : quand les signes de la fin de l’ancien régime sont devenus à ce point criants, il est devenu impossible à la France, aux médias et aux responsables politiques de conserver ses "éléments de langage" sur la Tunisie.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/22/parler-la-dictature-de-ben-ali_1469124_3232.html

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