Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

Du Tibet… Leçons d’hier pour demain.

Samedi 17 mai 2008 // Le Monde

Mars 2008, émeutes au Tibet, Xinhua multiplie les dépêches, montre de la nervosité. La presse occidentale condamne la réaction chinoise et révèle qu’elle ne sait rien des rapports séculaires entre Han et Tibétains. Selon Xinhua, « 300 incendies volontaires ont visé maisons résidentielles et magasins », biens de Han presque aussi nombreux au Tibet que les autochtones.

China Daily annonce « 10 morts, 12 blessés graves » soutient : « Le gouvernement régional assure la sécurité ». Les Occidentaux se référant aux propos tenus à Dharamsala où demeure le Dalaï-Lama, parlent « de chars, de canons, d’extrême violence, d’une centaine de morts ». « Description absurde », rétorque Xinhua. La presse française fait bel accueil au propos du Dalaï-Lama dénonçant « un génocide culturel ». Habile appareillement verbal, génocide= hitlérisme Si tout Chinois sait que, depuis les empereurs mongols Yuan (1279-1368 ) la « Grande Chine » comprend Tibet, Mongolie et Xinjiang, les sept derniers siècles ne rapportent pas toute l’histoire sino-tibétaine. Il faut remonter plus haut, se rappeler qu’il est dans la démarche empirique chinoise de s’appuyer sur des précédents parfois millénaires.

Dès avant l’ère chrétienne les Tibétains issus de principautés rivales « piratent » la Route de la Soie, lancent leurs cavaliers vers la Chine, y opèrent des razzias. Les empereurs Han (206 avant J.-C./220 après) répondent par la force quand ils en ont les moyens militaires, ou achètent une paix incertaine. Les troubles qui surviennent de la chute des Han à l’avènement des Sui (589) laissent les Tibétains maîtres de l’Ouest chinois. En 641, Taizong des Tang donne à Songtsen Gampo, unificateur du Tibet, sa fille Wengchen qui apporte le bouddhisme à Lhassa. Vain accord. Les Tibétains prendront la capitale des Tang, en 763, avant de monnayer leur départ. Suit une cascade dc coups de main ; en 821, une trêve assure quelques années de calme.

Légitime prétention chinoise ?

Sautons par-dessus les Song (960-1279), les Yuan, déjà nommés, et les Ming (1368-1644). Les Qing (1644-1911), des Tatars orientaux de confession lamaïste, estiment tenir l’Empire des lointains Yuan pour eux ; pour eux l’Empire ne peut-être que la « Grande Chine ». Leur autorité sur le Grand Ouest est partagée de facto avec les Dzoungars, Tatars occidentaux, vassaux du Grand MoghoL, maître de l’Inde. Vers 1715, les Dzoungars tendent à s’accorder la part du lion. Kangxi (1662-1722) redoute-t-il la mainmise du Moghol ? Au Tibet, il impose son autorité militaire. Yongzheng (1722-1735) qui entame des relations suivies avec les Russes, juge bon ( pour son crédit auprès du Tsar ?) d’installer à Lhassa deux amban, mandarins qui y exercent la réalité du pouvoir Sous Qianlong (l735-1796), nouvelle agitation des Dzoungars ; en 1751, les Qing les exterminent ; le Tibet est désormais sous la seule autorité chinoise. En 1790, menée venue de l’inde où les Anglais étendent leur puissance les agresseurs, des Gurkhas, sont écrasés.

Au XIX° siècle lisez le P. Huc, les amban gouvernent le Tibet. En 1912, la Chine sombre dans l’anarchie ; le XIII° Dalaï-Lama, avec l’appui anglais, proclame l’indépendance du Tibet. En 1950, la Chine qui a recouvre son libre-arbitre entend y exercer à nouveau son autorité. Légitime, la prétention chinoise.? La question doit au moins être posée, la réponse Chinoise, entendue : elle est géographie, histoire et stratégie. La géographie montre que les grands fleuves chinois viennent du Tibet, or la Chine connaît, aujourd’hui plus qu’hier, un constant problème d’eau. L’histoire montre que, non dominé par elle, le Tibet a toujours représenté pour la Chine un grave danger au Sichuan, au Gansu, votre au Shenxi. La leçon d’hier et d’avant-hier demeure valide : d’un Tibet indépendant d’elle, on peut exercer une menace directe sur la Chine tout entière. « Indiens, Russes le savent, qui peuvent nourrir demain des intentions inamicales ». Pire tout allié du Tibet pourrait, avec son accord, y implanter des armes pointées sur la Chine. Des dirigeants étrangers voient avec satisfaction le « Toit du monde » s’agiter contre Pékin. Le 18 mars, le Premier ministre Wen Jiabao l’a dénoncé.

Pourquoi Wen a-t-il rappelé que le Dalaï-Lama devait reconnaître que « Tibet et Taiwan » sont parties inaliénables du territoire chinois » ? Même si le Tibet qu’il considère couvre deux fois la « région autonome », mord sur Gansu, Sichuan et Yunnan, à l’est et au Sud-est, Xinjiang, au nord, « le Tibétain ne réclame qu’une certaine autonomie. » Wen ne s’adressait pas seulement à lui. Des Chinois de « l’autre côté du détroit de Taiwan » réclamaient, à la veille de l’élection de leur Président tenue fin mars, un référendum sur l’opportunité d’une requête d’admission de Taiwan à l’ONU. Démarche « indépendantiste » sans aucune chance d’aboutir. Mais, à Taipei, ses partisans savaient par là 1. appeler sur eux l’attention du monde, 2. gêner Pékin, 3. favoriser les vues de puissances étrangères. Rapprochant Tibet et Taiwan, Wen déclare que des forces hostiles à la Chine sont à l’oeuvre, avec qui collaborent des « félons » criminels majeurs. Qui peut favoriser des « émeutes indépendantistes Lhassa », des « tensions entre les rives du détroit » ? Voyez à qui le crime profite. « Nous sommes dans le « grand jeu » de rapport de forces entre 1. la Chine, qui lutte pour sa cohésion sur sa périphérie ( il y a des problèmes ailleurs qu’au Tibet, pensons au Qinghai), 2. ses voisins (l’inde abrite toujours nombre d’exilés) , .3. les États-Unis avec leur volonté de « containment » de l’Empire du Milieu ».

« Grand jeu  » de rapport de forces.

Outre la donne stratégique, la répression chinoise a un motif sociologique. Tous les Chinois accordent plus de prix à l’ordre civil qu’à une liberté théorique pour eux, si l’ordre ne conditionne pas toutes les libertés, le désordre les condamne. Par ailleurs la Chine estime que, quand ses armes ont restauré son autorité au Tibet, elle a libéré son peuple du servage. Sans taire les horreurs dont les Chinois ont pu se rendre coupables en 1950,1959 et durant la Révolution culturelle, citons les déclarations de fonctionnaires, des Tibétains, qui traduisent la conviction chinoise. « Si, en 2008, les Tibétains connaissent les progrès de la vie moderne, tout en jouissant des legs de leur culture, c’est au retour de l’autorité de la Chine multiethnique et multiculturelle qu’ils le doivent. Le temps n’est plus où 5% des habitants : abbés, nobles, hauts fonctionnaires, possédaient terres arables, pâtures, rivières et la plupart des ressources vivrières, traitant les serfs » comme de la merde. C’est le retour à cette situation que souhaitent les émeutiers ?. »Quelles que soient les ruses auxquelles le Da1aï-Lama recoure, Tibétains et autres groupes ethniques de la région ne toléreront ni violation des droits du peuple ni rupture de l’harmonie interethnique. » Sans prendre ces déclarations pour argent comptant, nous jugeons légitime de faire écho à la voix de la partie que notre presse condamne sans l’entendre.

« La Chine se développe sur le fil du rasoir » disait Peyrefitte, rares sont ceux qui le voient encore. À leur nombre, Alexandre Adler. Considérant la menace que l’économie américaine fait peser sur le monde, il estime qu’une forte récession peut entraîner la Chine à un « renversement de cycles », avec pour conséquence d’y « supprimer trop vite la drogue dure de l’hyper-croissance » et d’y « casser tous les mécanismes de la paix sociale ». On peut craindre un emballement nationaliste, protectionniste et répressif ». Si la Chine venait à s’embraser, les morts (son histoire en témoigne) s’y chiffreraient par dizaines de millions. Que pèse, à côté, l’aura dont jouit la XIV° réincarnation d’Avalokiteshvara auprès de l’Occident matérialiste ? Adler se refuse au catastrophisme, mais insiste sur « La nécessité contre-intuitive d’aider le géant chinois au moment de sa plus grande force apparente ». « Il ne faut pas laisser les Chinois mariner dans leur jus ! » disait de Gaulle, à la veille de reconnaître la Chine de Mao : leçon d’hier pour demain. Quant aux récents événements de Lhassa, ils nous invitent à citer Teilhard de Chardin : « Plus je vois l’Orient, plus je me défie de la démagogie en internationalisme » ; autre leçon d’hier !

Répondre à cet article