Du « Politiquement incorrect »…

Vendredi 16 avril 2010, par Aymeric Chauprade // La France

Au « Géopolitiquement incorrect » !

Nous connaissons la fragilité des projections démographiques, mais souvent elles contiennent une part de vérité, ce d’autant que l’essentiel n’est pas qu’une affaire de nombres.

La France est à un tournant qui engage l’avenir des générations futures.

Notre héritage, fruit d’un Etat-nation « exemplaire », est en passe d’être détruit. Saurons-nous le transmettre aux enfants de France ?

Nous ne devons craindre aucun questionnement. « C’est dans l’épreuve que l’on doit saisir l’occasion de retrouver ce que l’on est. »

Tirer les leçons du « Géopolitiquement incorrect ».

Par Aymeric Chauprade…

Fort de quelques « vieilles » leçons, dont : la nature a horreur du vide…

L’histoire reste le combat des peuples et le combat des religions, et ces deux luttes qui se déroulent souvent sur un temps historique très long, ont pour enjeu des territoires, dont la valeur est tantôt matérielle (lorsqu’ils sont gorgés de ressources) tantôt immatérielle, c’est-à-dire spirituelle. (…)


La troisième croisade - 1189 /1192


Le siège de Vienne – 1529

Tous se sont battus pour vaincre, mais le combat des Serbes a pris parfois une tournure plus dramatiquement génocidaire parce que le peuple serbe a senti qu’il était en train, sur une partie de son territoire historique, de disparaître sous une marée musulmane.

Les idéologues de la démocratie, qui sont aveugles aux réalités identitaires et se moquent des racines, défendent l’idée que le pouvoir doit revenir partout aux majorités. Au Kosovo, en 1990, lorsque les troubles ont commencé à s’amplifier, il y avait près de 90% d’Albanais contre 10% seulement au début du siècle.

Alors que nos médias parlaient de la responsabilité de la tyrannie Milosevic, la réalité était tout autre, plus implacable encore. Les Serbes étaient en voie de disparition sous la poussée démographique, et ils ont tenté de résister à la volonté albanaise de prendre le pouvoir politique dans la province en s’appuyant sur leur nombre.

Nos idéologues de la démocratie, souvent les mêmes que ceux qui entretiennent notre déclin démographique, sont aussi ceux qui défendent chez nous le droit de vote des étrangers et demanderont demain, lorsque les rapports de force démographiques seront devenus nettement moins favorables aux Français de souche, une transformation de la représentation politique. (…)

Ce qui est politiquement incorrect, c’est cette conclusion à laquelle l’analyse géopolitique aboutit : lorsqu’un Etat n’est pas un Etat-nation, la démocratie ne peut lui être appliquée ; seul un Etat-nation à forte cohésion identitaire peut accueillir un régime où le pluripartisme et la liberté d’expression règne, car alors le politique s’exprime dans le champ des idées davantage que dans celui des réalités identitaires (la loi de la majorité ne garantissant pas pour autant le Bien commun : Aristote et Platon nous ont légué l’image d’une démocratie athénienne évoluant en démagogie). Réciproquement, un Etat-nation démocratique où le communautarisme ethnique et religieux se développe n’est pas à l’abri d’une dérive vers la guerre civile.

Telle est la première conclusion qui peut être considérée comme politiquement incorrecte et à laquelle la géopolitique aboutit. (…)
En dehors des aires culturelles arabophone, turcophone ou iranophone, en Malaisie, ou en Indonésie, plus le champ politique s’ouvre, plus l’islam politique se renforce. Le constat est donc clair : pour l’instant, dans le monde musulman, la démocratisation est un facteur de réislamisation, au détriment de toutes les logiques autoritaires modernistes inspirées des nationalismes européens des années 30.

Pourquoi ? Là encore, il n’y a pas de cause unique ; Il faut d’abord souligner la continuité à travers les siècles de l’affrontement « civilisationnel » entre l’Occident chrétien, et l’Orient musulman ; malgré toutes les nuances qu’il convient d’apporter à ce thème, en prenant en compte la diversité de l’islam, ses divisons internes, étatiques et religieuses, il est cependant impossible de nier l’affrontement constant de la civilisation chrétienne avec l’islam, depuis l’émergence de celui-ci au VIIe siècle après Jésus-Christ : l’islam est né en tant que réaction
arabe et orientale à la culture hellénistique que la domination romaine avait propagée au Proche-Orient ; Le choc « civilisationnel » est donc originel, il est inscrit dans les gènes mêmes de l’islam ; si le judaïsme est la première résistance sémite et orientale à l’esprit grec et romain dont le christianisme est d’ailleurs l’unique véritable héritier, l’islam représente quant à lui la seconde étape du réveil oriental contre la culture européenne. (…)

Il n’y a pas une idéologie politique en terre d’islam, du traditionalisme islamique jusqu’aux nationalismes modernistes inspirés par les expériences européennes, qui ne soit organisée autour de l’idée de la restauration de la suprématie de l’islam face à l’Occident… Il y a intrinsèquement le problème de l’islam, de son rapport djihadique à l’Occident chrétien, de sa volonté de revanche. Bien sûr, cette volonté de revanche ne passe pas majoritairement par les voies de la violence extrême. Mais elle est néanmoins très majoritaire chez les musulmans. Qu’il s’agisse d’une revanche par l’économie, par la modernité technologique et l’accès au pouvoir de l’atome ou par la démographie et l’immigration (souvenons-nous de la phrase de Boumediene : « Nous vaincrons par le ventre de nos femmes  »), le sentiment de rancœur et la volonté de revanche sont très unanimement partagés dans le monde musulman. … le rêve enfoui du musulman : renverser les rapports de force avec l’Occident et restaurer la splendeur de l’âge d’or de la civilisation islamique.

L’islam enraciné comme l’islam déraciné et immigré portent en leur sein la double marque de l’humiliation et de la martyrologie. Le combat « djihadique » peut donc s’appuyer sur une quantité considérable de combattants potentiels. Aussi n’est-il pas contradictoire d’affirmer, d’une part que la majorité des musulmans n’est pas dans le djihad actif, qu’elle est même paisible ; d’autre part, que toute personne restée culturellement ou religieusement musulmane, peut, à un moment donné de sa vie, pour une raison quelconque (difficulté personnelle, conviction intime progressivement renforcée, expérience traumatisante d’humiliation) vivre en elle la dramatique rencontre du sentiment d’humiliation et de la martyrologie.

Cela signifie que le potentiel de recrutement de kamikazes en Europe par les créneaux islamistes transnationaux est immense.
Qui peut nier, d’une part qu’il y a bien un choc des civilisations chrétienne et musulmane (car l’islam, que nous le voulions ou non, nous regarde en tant que civilisation chrétienne, même si beaucoup d’entre nous ont oublié d’où ils viennent et où ils doivent retourner), d’autre part que nous avons un vrai problème avec l’islam ? Le poids de l’islam dans nos sociétés européennes constitue à lui seul une menace pour notre sécurité future. Non parce que nous devrions craindre une levée en masse des musulmans contre nous, mais parce que, sur un échantillon de population important, un très faible pourcentage représente, en valeur absolue, beaucoup d’individus. Sur 10 millions de personnes (ce sera le nombre de musulmans en France en 2030), 1 personne sur 10 000 capable de passer à l’acte, cela signifiera 100 « djihadistes » potentiels.

Ce que nous devons faire, c’est un choix vis-à-vis de l’islam intérieur. C’est dans l’épreuve que l’on doit saisir l’occasion de retrouver ce que l’on est. La France doit certes continuer de tolérer les musulmans d’origine qui vivent légalement et paisiblement sur son sol, mais elle doit clairement refuser l’islamisation. La dynamique de construction de mosquées tolérée et accompagnée par l’Etat français est une erreur grave dans la mesure où elle permet la réislamisation de franges entières de la jeunesse musulmane.

Nous le savons, la laïcité n’offre aucune solution d’avenir. D’où le sens du combat pour une renaissance catholique. Seule une rechristianisation de la France pourrait permettre d’assimiler culturellement, par la conversion, une partie de ces musulmans. (…)

J’ai signé récemment une note sur le sujet de « l’immigration extraeuropéenne, défi majeur pour l’Union européenne » à la suite d’un colloque universitaire organisé à Rome sur ce sujet, et qui a été publiée par l’Institut Thomas More, un jeune « Think tank » qui se dit européen, libéral et conservateur, mais vis à vis duquel je n’ai aucun doute quant à son origine transatlantique. Cette note de synthèse, que j’ai voulue très documentée et chiffrée, met en rapport d’une part l’effondrement démographique sans précédent des populations européennes, à cause de la dénatalité, d’autre part le repeuplement de l’Europe par des populations extraeuropéennes, repeuplement en apparence progressif mais en réalité rapide à l’échelle de l’histoire des peuples et des civilisations. Ces deux dynamiques parallèles conduiront, si rien n’est fait, à la fin de ce siècle, à l’étrange cohabitation de la vieillesse européenne avec la jeunesse extraeuropéenne, ce qui signifie la disparition des souches européennes aux alentours du premier tiers du XXIIe siècle. (…)
On souligne l’effondrement des natalités coréenne et japonaise. Ce qui est tout aussi vrai. Mais personne n’est dupe sur l’intention des médias lorsqu’ils soulignent cet état de fait. D’une part, faire reculer dans les opinions publiques européennes la crainte de l’émergence asiatique (ce qui contribue d’une certaine façon à désarmer l’énergie dont nous avons besoin pour réformer économiquement et socialement nos sociétés), d’autre part affaiblir les discours de Cassandre sur la démographie européenne. On oublie de nous dire une chose. En Asie, la question démographique fait aujourd’hui l’objet d’une prise en main. L’essor des nationalismes asiatiques peut nous amener à parier sur le retour de politiques natalistes volontaristes dans les dix ans à venir, ceci dans les principaux pays d’Asie, Chine, Japon, Corée.
Il est vrai qu’à l’exception de l’Afrique subsaharienne, partout les sociétés sont vieillissantes, y compris depuis peu, celles du Maghreb. Mais l’histoire déroule la compétition des peuples et ce qui compte n’est pas seulement le vieillissement absolu, c’est aussi le vieillissement relatif. Or l’Europe est entrée la première dans la dynamique d’inversion de sa pyramide des âges, avant les Etats-Unis et l’Asie, et bien avant les pays musulmans.

C’est l’excédent de population européenne qui, au XVIe siècle, a repeuplé un continent américain faiblement peuplé. Et de la même façon, aujourd’hui, l’Europe est en train d’être repeuplée par des populations venues du continent africain ou de l’Asie.

Considérons le cas français, l’un des pays les plus concernés par les flux migratoires extra-européens. Je vais m’en tenir simplement aux chiffres officiels que nombre d’hommes politiques, et pas seulement situés très à droite sur l’échiquier politique, ont, de manière récurrente, accusé de sous-estimer la réalité. Selon l’INSEE, 9% de la population de la France métropolitaine est originaire du continent africain et d’Eurasie (Turquie). A eux seuls, ces 9% assurent 16% des naissances en France (naissances qui donnent, rappelons-le, accès à la nationalité française) soit 110 000 naissances. La projection vers 2030, à politique constante, offre la perspective suivante : la France compterait alors 10 millions de résidents légaux d’origine extra-européenne (musulmans à une écrasante majorité faut-il le souligner), ce qui représenterait 15% de la population et 30% des naissances. Autrement dit, au tiers de ce siècle, un tiers des naissances en France (parmi les résidants légaux, les clandestins n’étant pas comptabilisés ici) serait d’origine extra-européenne. A la fin de ce siècle, la souche française d’origine gallo-romaine et franque aura donc quasiment disparu. »
Conférence d’Aymeric CHAUPRADE « Géopolitiquement incorrect »…

Répondre à cet article