Donnons-nous un Roi comme il en existe dans 10 Nations d’Europe. La Monarchie Constitutionnelle, est plus Démocratique, que l’Institution Républicaine.

Toutes les affaires « d’argent sale » ont pour base de départ, le Palais de l’Elysée, et ses locataires.

Mardi 10 octobre 2006, par Paul Vaurs // La France

Toutes les affaires « d’argent sale » ont pour base de départ, le Palais de l’Elysée, et ses locataires.

Le Prince Jean de Bourbon d’Orléans, est un exemple de probité et de compétences pour Régner sur la France.

Cet article a été écrit par un internaute ; J’accepte toutes les idées, et celle-ci me semble de bon sens.

Quand la République perd toutes ses valeurs. !

Après tout, un chef de cabinet voit qui il veut.? Quant à Michel Roussin, le directeur de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris, il a toujours nié catégoriquement avoir eu le moindre rendez-vous avec Jean-Claude Méry.? Les vrais chefs comme Chirac ne s’occupent pas de l’agenda des collaborateurs. D’ailleurs, Michel Roussin a obtenu un non-lieu dans cette affaire. Quant à Jean-Pierre Quéré, secrétaire général adjoint de la ville, il entretenait d’étroites relations avec des sociétés candidates à des marchés publics. Ce genre de contact fait partie de la fonction, figurez-vous ! Pourtant, Chirac en voyait passer, de l’argent liquide, il en avait même souvent sur lui. Mais il ne se posait guère de questions.

Et Roland Dumas ! Voilà un homme qui n’est pas réputé être d’un tempérament endormi. Eh bien, il avait, certes, remarqué que sa maîtresse, Christine Deviers Jencour, habitait « un bel appartement », rue de Lille. Mais de là à imaginer qu’elle avait gagné 45 millions de francs, il lui en resterait 22 d’après elle rien que pour le rencontrer de temps en temps de cinq à sept, il y a un monde. D’ailleurs le Président du Conseil Constitutionnel « mis en examen est forcément un homme intègre », en République, on est forcément intègre. ! Il sort peu et ne va à Genève que pour rencontrer l’ambassadeur de France, qui, connaît à peine « M. Le FlochPrigent », le patron d’Elf, qui a embauché, « à son insu paraît-il », la précieuse Christine. Il n’a, bien sûr, jamais entendu parler de tous les gens cités dans cette lamentable affaire à laquelle il n’est en rien mêlé. S’il s’entend bien avec Pasqua, l’homme de l’argent africain du RPR, c’est que Paris est tout petit. D’ailleurs, si Dumas était reçu régulièrement par Chirac, ce n’était pas pour évoquer des bakchichs partagés entre le PS et le RPR ; Les deux hommes ne s’intéressent qu’au droit constitutionnel.

Pierre Joxe ? C’est tout pareil. Comme trésorier du PS avant 1981, il faisait rentrer de l’argent dans les caisses. Des commissions, ? un pourcentage prélevé sur les budgets des villes et des départements au profit de son parti. Oh, certes, il lui est arrivé de concéder qu’il fallait s’arranger puisqu’il n’y avait pas de législation, n’est-ce pas. ! Mais de là à parler de corruption endémique, non. D’ailleurs, l’extrême droite dit la même chose, alors attention...En France, ce qui compte, ce qui est noble, c’est le débat d’idées. Il est vulgaire et inintéressant de parler de l’intendance. L’explosion des affaires a cependant obligé le tout médias aborder cette délicate question du financement de la vie politique française. Comment concilier cette contrainte nouvelle avec les règles de l’omerta républicaine. ?

Le principe est simple, on pare au plus pressé en suivant les dossiers brûlants. Car au-delà des circuits de corruption sur lesquels la justice commence à faire la lumière, un système bien français permet la distribution d’enveloppes au sommet de l’Etat. Avec la complicité active de l’ensemble de la classe politique. Cela s’appellait les fonds spéciaux. L’expression semble mystérieuse. Mais, ce qui l’est vraiment, c’est l’usage que font certains de nos ministres des sommes considérables mises à leur disposition par Matignon.

La scène se déroule une fois par mois. Rue de Varenne, les voitures officielles se succèdent. Réunions de travail.? Pas tout à fait. Ce jour-là, les chefs de cabinet des différents ministres viennent prendre le magot. Après une attente brève en général, ils pénètrent dans le bureau du chef de cabinet du Premier ministre. Celui-ci leur tend leur part d’argent, en liquide, bien sûr, puis que les hommes politiques français ont inventé ce système unique au monde. À l’étranger, les fonds secrets sont en effet réservés aux services d’espionnage et ils font de surcroît l’objet d’un contrôle exercé par une commission spéciale où siègent quelques élus dignes de confiance. En Allemagne, l’ancien Chancelier « Schrôder », disposait en tout et pour tout de 5 et de 8 millions de francs dont il pouvait disposer de façon discrétionnaire. Chez nous, on est beaucoup plus généreux. Matignon distribue chaque année à sa guise environ 200 millions de francs. Cet argent noir de l’État, légalisé lors des sessions budgétaires par le Parlement, est un scandale. Parce qu’il profite à l’ensemble de la classe politique, c’est le dernier tabou sur lequel les Français n’ont pas le droit d’être informé.

Dans un pays où chacun doit pouvoir justifier précisément l’origine de ses ressources en cas de contrôle fiscal, où tout versement en liquide est jugé suspect au point que les banquiers sont désormais invités à signaler à une cellule du ministère des Finances tous les mouvements d’argent présumés douteux, « hauts fonctionnaires et ministres se sont accordé le droit de déroger à toutes ces règles ». Que devient en effet cet argent Liquide.?

Une « dotation fixe » est tout d’abord affectée à l’Élysée un peu plus de 2 millions de francs par mois qui servent essentiellement à payer les primes, en liquide, des conseillers à la présidence. Elle permet aussi de subvenir à quelques menus besoins. Car voilà une autre hypocrisie française l’Élysée dispose officiellement d’un budget très modeste. Résultat le président vit aux crochets de tout le monde. Les voyages officiels sont financés par le Quai d’Orsay, les avions sont fournis par le ministère de la Défense tandis que les travaux électriques et l’entretien courant sont assurés par la Culture.

Vient ensuite un second financement, la « dotation supplémentaire » environ 6 millions de francs par mois. L’usage veut quelle se répartisse en trois tiers un pour l’Élysée, un pour Matignon, un autre cogéré par les deux têtes de l’exécutif. En période de cohabitation, ces petits arrangements sont évidemment un peu bouleversés. Le reste ? Une grande partie est versée aux chefs de cabinet des ministres. Les poids lourds se voient octroyer, chaque mois, plus de 100 000 francs, les autres doivent se contenter d’enveloppes moins épaisses. Mais certains ministres bénéficient d’autres cagnottes. Le ministère de l’Intérieur dispose de substantiels « frais de police », les Douanes, sous la houlette de Bercy, gèrent leurs propres liasses de billets et la défense dispose de fonds secrets attribués aux opérations spéciales de la DGSE. Au total, le liquide coule donc à flots aux sommets de l’État républicain.

Il paraît que ce système est nécessaire pour échapper aux principes un peu trop draconiens de la comptabilité publique qui distingue ordonnateurs (ceux qui décident) et comptables (ceux qui payent). Concrètement, la mise en application de ce principe, décrit dans tous les manuels comme un des symboles de l’excellence de l’administration française, se traduit par une série de procédures assez lourdes. Dans n’importe quel autre pays, il aurait adapté le système aux nécessités de l’époque. Pas en France. Chez nous, les gouvernants sont plus intelligents que ça. Il leur suffit de mettre sur pied une organisation qui leur évite de supporter les inconvénients qu’ils infligent aux autres. Et le tour est joué. Ce sympathique trésor d’État existe depuis une loi peu connue du 27 avril 1946. Première destination, les fonds secrets.? Les conseillers, chefs et directeurs de cabinet sans oublier le personnel moins gradé, qui entourent le ministre. Il s’agit, plaident les intéressés, de compenser le rythme terriblement éprouvant de la vie à ces hauteurs. Mais être ouvrier en usine, c’est aussi éprouvant. Peut-être même plus. Pourtant, ceux-ci n’ont pas droit, jusqu’à preuve du contraire, à des primes en liquide. Alors, pourquoi les énarques parisiens et les militants ministériels seulement.? Pourquoi cette opacité dans la distribution.? Le bon plaisir de la république.

Cet arbitraire est d’autant plus grand qu’une fois servis par Matignon, les ministres bien en cour passent la Seine pour réclamer, en cas de besoin, un petit complément. C’est alors le directeur de cabinet du président en personne qui ouvre son coffre et donne les enveloppes. Prudent, il consigne l’affectation de cet argent sur un cahier, qu’il fait signer à chaque remise de fonds par le bénéficiaire. Du temps de François Mitterrand, les « abonnés » à la distribution, comme on les appelait autour du président, allaient du PS à la Fédération des villes jumelées, en passant par des quémandeurs moins avouables. À la veille des campagnes électorales, les demandes se faisaient plus pressantes. Mais le président dissuadait avec constance son directeur de cabinet de distribuer trop généreusement ses faveurs aux abonnés. « Pour ce qu’ils en font », soupirait-il en s’adressant à Gilles Ménage. Les sommes distribuées dans les ministères sont curieusement jugées souvent symboliques par les hauts fonctionnaires qui en profitent. Pensez donc, 5 000 à 15 000 francs par mois à peine des miettes. Il est vrai qu’elles ne sont pas déclarées au fisc. Mais si elles sont à ce point négligeables, elles ne rétribuent pas à sa juste valeur, le travail supplémentaire des infortunés membres de cabinet. Alors, pourquoi ce système immoral, s’il n’exerce aucun effet stimulant sur les élites ? Voilà un vrai mystère. Personne, de plus n’est en mesure de contrôler l’emploi de cet argent. Le chef de cabinet d’un ministre, avant de quitter le bureau de son homologue à Matignon, chaque mois, muni de son précieux viatique, signe, certes, lui aussi un reçu, si l’on peut dire. Mais il s’agit d’un simulacre de régularité dans un océan d’opacité, on fait semblant d’être rigoureux quand c’est l’arbitraire qui a force de loi.

Car, ensuite, le ministre dispose. Il ordonne ou non de partager la galette avec ses conseillers. Dans les dîners en ville parisiens, cela fait des années que le nom de jack Lang provoque ainsi des sourires entendus. Cet homme si attaché aux valeurs morales aurait eu l’habitude de se réserver une grosse part des fonds secrets attribués à l’ensemble de son ministère. Mais, un petit calcul à partir d’une hypothèse d’école sur environ 100 000 francs mensuels, Jack s’attribue environ 70 000 francs par mois. 70 000 x 12 = 840 000 francs par an. Lang a veillé sur le ministère et manifesté le dynamisme que l’on sait pendant dix ans. Il cumulait à la fin du deuxième septennat de Mitterrand cette fonction avec l’Education nationale, ce qui donnait droit à une deuxième tournée. Donc 840 000 francs x 10 = 8,4 millions de francs lourds. Ah, une précision, ces fonds étant secrets, ils ne font, par définition, l’objet d’aucune déclaration officielle et ne sont donc pas assujettis à l’impôt sur le revenu. Pas plus, d’ailleurs, qu’à la moindre cotisation sociale. La dernière tranche d’imposition est de 56 %. Pour obtenir 8,4 millions « nets », (deux fois le plafond annuel de l’impôt de solidarité sur la fortune, L’I S F ), il faut en gagner !. Encore un détail, cette distribution est légale. Parfaitement légale. Certes, conserver pour son usage discrétionnaire l’essentiel des fonds secrets ne correspond pas aux bonnes manières auxquelles ministres et apparatchiks sont tellement attachés. La tradition, c’est de les partager entre les membres du cabinet sur lequel s’appuie le ministre pour gouverner. Le ministre, lui est censé se contenter d’une somme symbolique.

Certains de ses collaborateurs, rétrogrades, se sont émus de ne pas participer à la fête. Ils ont discrètement manifesté leurs états d’âme auprès de leur entourage et parfois de Lang lui-même. Ancien magistrat, l’un de ses chefs de cabinet, aujourd’hui décédé, a exprimé à plusieurs reprises des réserves dont il a laissé des traces. Un autre, issu de la Cour des comptes, s’est plaint de ne pas être assez écouté du ministre. Aujourd’hui, Jack et Monique n’ont que faire de ces mesquineries de fonctionnaires. La vie a été douce à ce couple de gauche.

Une fois toutes ces distributions effectuées, il reste encore quelques fonds dans la caisse de Matignon. Le Point, qui a consacré une couverture à ce sujet, mentionnait parmi les destinations de ces sommes, ce qui était de nature à « pacifier les relations en Nouvelle-Calédonie, quel que soit le gouvernement ». Traduction on a acheté la paix sous la gauche puis sous la droite dans cette île lointaine. Voilà un aspect des « accords de Matignon » sur le statut du territoire dont le bon peuple est resté dans l’ignorance la plus opaque.

Autour de l’ancien Premier Ministre, certains conseillers ont d’ailleurs su utiliser sans excès de scrupules l’argent clandestin pour assurer sa survie. Le gouvernement Rocard ne disposait pas, en effet, lorsqu’il fut formé en mai 1988, d’une majorité absolue. Il lui fallait à chaque fois mobiliser au moins une demi-douzaine de députés de droite ou réputés « indépendants » pour pouvoir faire passer les textes auxquels il tenait. Certes, à entendre les acteurs de cette période, ces manoeuvres n’avaient rien de répréhensible. Pas de dessous de table, juste des « coups de pouce » accordés à des projets méritants. Centre d’étude dans les coins les plus reculés de la République, « équipements sportifs, routes et rocades en tout genre. Mais souvent cet arrosage a été très sélectif. Certaines réalisations, certaines associations peuplées de permanents amis, ont eu plus de chance que d’autres. Entre la petite corruption et le clientélisme, surtout lorsque maîtresses, conjoints ou enfants s’en mêlent, où passe la frontière.?

D’ailleurs des spécialistes du sujet ont fini par l’admettre. Ce régime des fonds spéciaux est « une aberration purement française. Il était plus que temps qu’il disparaisse ». L’un d’eux, professeur de droit public, soulignait ainsi, qu’en dehors des services de renseignement et des dépenses de fonctionnement de l’Élysée, de Matignon et des ministères, « il y a le reste, dont on ne sait rien, dont on ne peut se fier, savoir et que cela seul suffit à disqualifier quel que soit le montant en cause ». Les remèdes pour atteindre « cet assainissement élémentaire. » ? « Trois fois rien. Un simple amendement au projet de loi de finances suffit au titre de l’amélioration du contrôle des dépenses publiques. » On saluerait volontiers cet esprit réformateur si sa vertu n’était bien tardive. Inconnu du grand public, l’auteur de cet article, n’est autre en effet que Guy Carcassonne. Conseiller très proche de Rocard du temps de Matignon, celui-ci est modeste lorsqu’il parle de cet argent « dont on ne sait rien ». Lui sait. Il sait au moins comment il a négocié secrètement en 1990 l’amnistie qui fit scandale avec le parti républicain dont (Gérard Longuet, était, à l’époque, le numéro 2 et le trésorier.) Combien ont coûté aux contribuables les voix de cette petite poignée de députés de droite qui ont permis, par leur abstention ou leur vote favorable, de faire adopter cette amnistie de triste mémoire.? Et combien de journalistes proches des rocardiens se sont tus alors qu’ils avaient eu vent de ces sordides tractations.?

C’est peut-être contrariant, mais il faut bien l’écrire, la politique française doit beaucoup à cet aspect des choses. Dès les débuts de la IV° République, la distribution des portefeuilles obéissait à ce principe où les compétences des uns et des autres jouaient un rôle modeste. En mars 1952, le président Vincent Auriol confiait à Antoine Pinay qu’il venait de désigner comme président du Conseil et à qui incombait de composer le futur gouvernement « j’ai peur que les MRP, « les démocrates chrétiens de l’époque » ne tiennent aux Affaires étrangères. Car disons les choses comme elles sont, c’est un ministère qui a des fonds.. » Après 1956, la situation financière de la SFIO se redressa avec une vigueur étonnante. Le socialiste Guy Mollet était, entre-temps devenu président du Conseil. Les fonds secrets alimentent donc les partis depuis longtemps. C’était à qui s’attribuerait la plus grosse part du gâteau. Pendant une vingtaine d’années, après le retour de De Gaulle au pouvoir en mai 1958, ces moeurs ont pris moins d’importance à défaut de disparaître complètement. L’émergence de rivalités de plus en plus meurtrières à droite depuis vingt ans n’a pas arrangé les choses.

Pendant l’été 1976, un psychodrame nourrit la chronique. Chirac démissionne de Matignon. Giscard, surpris, est furieux. Brève crise politique mais longue haine entre les deux hommes. En coulisse, l’Élysée accuse l’ancien Premier ministre de tous les crimes. On lui reproche même d’avoir embarqué les fonds secrets pour financer la naissance du RPR créé, en grande pompe, quatre mois plus tard, en décembre 1976. Le nerf de la guerre devient un enjeu qui justifie tous les coups bas. Chirac ne disposant plus de cet argent officiel qui n’existe pas, il se tourne vers les grandes entreprises. Mais celles-ci ont été menacées par l’Elysée pas question de verser 1 franc aux traîtres du RPR. Des propos très allusifs recueillis par « Le Monde » témoignent de la vigueur de cette sordide bataille qui opposera les deux camps de la droite jusqu’à la défaite de mai 1981. « Le sujet reste tabou, écrivait l’un des journalistes politiques du quotidien, Jean-Yves Lhomeau, mais on en parle tout de même à demi-mot. Nous avons eu des problèmes avec le patronat, dit M. Charles Pasqua pour le compte du RPR. Mais la situation s’est débloqué. Comment.? Celui qui conseillait alors Chirac et gérait l’intendance, comprenez les financements illicites, ne l’expliquait pas. Il se contentait d’ajouter, sibyllin « Le patronat n’aime pas mettre tous ses œufs dans le même. »

À l’époque, la gauche s’indigne, bien sûr. « Avant 1981, raconte Claude Weill du Nouvel Observateur, l’un des premiers à avoir enquêté sur les fonds secrets, Henri Emmanuelli, député socialiste des Landes, s’était fait une spécialité de dénoncer cette pratique. « Nous savons bien, déclarait-il en 1980, qu’en fait, il s’agit là de la caisse électorale du pouvoir. Ironie de l’histoire, trois ans plus tard, Henri Emmanuelli se retrouvait, Secrétaire d’Etat au Budget. Que fit le nouveau Ministre qui avait si longtemps tempêté contre ces pratiques scandaleuses.? Sous la gauche, les « dépenses spéciales » ont prospéré, 82 millions de francs en 1981 et 131 millions de francs en 1986. Soit 58,8 % d’augmentation en cinq ans.

Depuis 1981, le pouvoir passe de la droite à la gauche et réciproquement. Les gouvernements se succèdent. Mais rien ne change. L’argent secret soude les titulaires de ministères et entretient les amitiés. On en parle entre soi ou avec des journalistes amis qui sauront tenir leur langue. En 1993, Edouard Balladur est Premier ministre. L’Élysée est à portée de sa main. Bernard Bosson, l’un de ses soutiens du moment chez les centristes, a une double casquette, il est à la fois ministre de l’Équipement et des Transports, administration qui distribue des marchés rémunérateurs aux entreprises du BTP et donc lieu stratégique pour amasser un peu d’argent, et pilier du CDS, le parti centriste alors présidé par le garde des Sceaux Pierre Méhaignerie, qui sera rebaptisé « Force démocrate ».

Bernard Bosson profite donc des fonds secrets comme Ministre. Mais pas seulement. Car il est aussi, l’envoyé spécial de son parti, pour récolter sa part du gâteau. En dehors des sommes dont disposent les différents ministères, chaque parti de la majorité au pouvoir a droit en effet à sa dotation mensuelle. Cette contribution occulte, au financement de la vie publique est une réalité niée depuis toujours par les responsables de tous les partis. Sono des réunions pour les militants et relais et châteaux pour les chefs, les dépenses plus ou moins utiles ne manquent pas, là comme ailleurs. Et comme le CDS aime Edouard, celui-ci le lui rend bien. Mais jusqu’où va l’affection du Premier ministre pour ce parti.? Et comment celui-ci s’assure-t-il du bon emploi de ces dons.? Difficile, étant donné l’opacité ambiante, de se faire une opinion précise.

Or, en 1995, les cartes changent de main. Chirac a été élu et Bernard Bosson, qui n’est plus ministre, est remplacé dans son rôle de porteur de valise. C’est un des trésoriers du CDS qui prend le relais. Matignon, maintenant, est occupé par Juppé, l’homme qui a mis sept ans à « régulariser », comme il dit, les sources de financement du RPR. Le nouveau trésorier arrive donc à Matignon. On lui donne 400 000 francs. Il est ravi et se félicite de cette augmentation inattendue. On s’étonne de son étonnement. Où est passé le reste.? Malaise dans le bureau. On se sépare sans chercher à éclaircir l’affaire. La boîte de Pandore doit rester fermée.

Les fuites dans les circuits ne datent, certes, pas, d’aujourd’hui. Edgar Faure, ancien Président du Conseil sous la IV° République et ministre de Pompidou, fut longtemps réputé dans le milieu politique pour son train de vie extravagant. Etienne Dailly, intermédiaire avisé et sénateur influent, avait, lui aussi, amassé un coquet patrimoine en trente ans de carrière politique. À droite, on jasait dès 1984 sur la liste codirigée aux élections européennes de cette année-là par Brice Lalonde. Fabius avait ouvert les cordons de la caisse noire de Matignon pour permettre à cet écologiste jusque-là très marginal de prendre son envol. Le candidat mélangea d’ailleurs allégrement, dit-on, dépenses personnelles et dépenses de campagne, ce qui suscitait jusqu’à la présidence des sourires entendus. À l’Élysée aussi, les billets de 500 francs servaient parfois à favoriser les ralliements. Le virage de l’ex-secrétaire d’État aux Universités de Giscard, Jean-Pierre Soisson, vers la gauche, doit ainsi beaucoup à cette curieuse tradition politique française. Nommé ministre de Rocard en 1988, cet énarque bon vivant et cordial créa un éphémère mouvement, « France Unie, » alors suivi de très près par le conseiller de l’Elysée Jacques Pilhan.

Lorsque Giscard décida de donner un concurrent au RPR en février 1978 en inspirant la naissance de l’UDF, que se passa-t-il ? Les élections législatives avaient lieu quelques semaines plus tard. Impossible de faire appel à ces P-D G désintéressés qui aiment tant rendre service à leurs amis. Cette fois-là, Giscard remporta la victoire. Mais, trois ans plus tard, arrive la terrible défaite. Que fait alors Raymond Barre ? Méthodique, il calcule le nombre de jours passés à Matignon et prend un gros morceau des fonds secrets de Matignon qui, juge-t-il, lui revient. Cela représente tout de même 10 millions de francs en liquide. Il fallait penser à l’après Giscard, à l’avenir, aux futures campagnes électorales.

La gauche, qui vient à peine d’arriver aux affaires en ce mois de mai 1981, pourrait dénoncer ces mauvaises manières. Elle n’en fait rien. Et transforme ainsi ce qui était une vague complaisance entre adversaires en solidarité active. Chaque camp connaît maintenant l’État de l’intérieur et s’est servi. Que reste-t-il à dénoncer.? Pas grand-chose. L’argent qui n’existe pas officiellement devient donc, au moment même où la vie publique est de plus en plus polluée par la corruption, un sujet définitivement tabou. Le silence qui l’entoure, a favorisé toutes les dérives. Elles se résument à une situation troublante qui n’est jamais abordée celle d’une classe politique à petits revenus mais à gros patrimoines.

« Ce type qui s’occupait au cabinet.., de quoi déjà.? Enfin celui qui a pantouflé chez... C’était dans une banque, non ? » François Léotard s’est tourne vers son bras droit, un énarque comme lui, Renaud Donnedieu de Vabres. Il cherche le nom d’un de ses anciens conseillers du temps où il était, de 1986 à 1988, Ministre de la Culture. Dans le parc de sa villa de Fréjus, cet été-là, personne ne se rappelle l’identité de ce haut fonctionnaire engagé dans le privé après son passage rue de Valois. « Eh bien, il se fait combien maintenant.? Cent mille balles au moins, non ? Près de trois fois le salaire d’un ministre, c’est fou... Je devrais peut-être pantoufler, moi aussi, après il sera trop tard... » Malgré ces propos désabusés de l’ancien ministre, la doctrine est limpide officiellement, l’argent n’intéresse pas nos élus. Ils aiment le pouvoir, les mondanités, la télévision et, bien sûr, les femmes. Mais, c’est juré, pas l’argent.

D’ailleurs, comme Léotard, ils détestent tous les questions d’intendance. Qui règle le loyer de l’appartement parisien mis à leur disposition.? Comment est financé leur parti.? Qui va payer le déjeuner chez Taillevent.? Leur budget de campagne est-il équilibré.? Pas leur problème. Il y a des collaborateurs pour ça. Beaucoup d’élus évoluent dans un milieu social, en province comme à Paris, où ils côtoient des notables ou des patrons mieux payés qu’eux. A la longue, ils en conçoivent un peu d’agacement, parfois même une rancoeur dont les journalistes politiques se font l’écho sur le thème « On mène une vie de dingue pour 40 000 francs par mois. » C’est en effet ce que gagne un député 32 000 francs. Un Ministre. 42 000 francs environ. Un président de conseil général 15 000 à 25 000 francs. Un conseiller général ou un Maire « de 5 000 à 15 000 francs selon que le département (ou la ville) est plus ou moins peuplé. »

Sous-payés, nos élus ? La thèse est osée, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ce qu’ils gagnent est comparable à ce qui se pratique à l’étranger. Dans les pays d’Europe du Nord, la situation du personnel politique est même, dans l’ensemble, moins favorable. Ensuite, ces revenus, qui font l’objet d’une transparence relative et très récente, ne sont pas négligeables. Ce n’est pas pour rien que Lionel Jospin n’a pu convaincre les parlementaires d’arrêter, le cumul frénétique des mandats. Il est vrai que la majorité d’entre eux, en détiennent au moins deux. Et combien d’élus réussissent, malgré un agenda surchargé, à exercer une rémunératrice activité de consultant.? Auprès de qui.? De tous les lobbies, de l’industrie pharmaceutique aux compagnies pétrolières. Il ne faut pas oublier non plus les inclinations du cœur, lorsqu’il s’agit de choisir l’assistante parlementaire prévue par les textes, qui va les aider à répondre à leur courrier et à gérer leur agenda (24 000 francs par mois).

Enfants, épouses, maîtresses, la préférence familiale est depuis longtemps entrée dans les mœurs parlementaires. Pour les maires, les ministres et une poignée d’élus, il existe encore d’autres sources de revenus. Présidences d’organismes municipaux ou de syndicats inter-communaux... Il y a, enfin, les SEM. Que cache ce sigle ésotérique.? Les Sociétés d’économie mixte. Une structure imaginée après la guerre pour regrouper des collectivités publiques et des sociétés privées. Ces SEM gèrent des cantines ou construisent des équipements. Généreuses, peu contrôlées en pratique, elles versent des honoraires, des jetons de présence, des salaires et remboursent sans réticences les frais de leurs administrateurs. À l’exception des Maires (relativement mal payés), la misère de nos représentants reste donc très relative. La plupart d’entre eux arrivent à mener une vie fort agréable par rapport aux Français qui travaillent dans le secteur privé (10 300 francs par mois en 1997) ou le secteur public (11 500 francs).

Ce tableau des revenus des élus ne suffit pourtant pas à expliquer le train de vie que mènent les seigneurs de la vie politique. Ceux qui ont réussi, ceux qui nous dirigent vivent apparemment au-dessus de leurs moyens. Pour comprendre leur rapport à l’argent, il faut connaître une dimension essentielle de leur psychologie. Ils ne sont pas habitués à payer. « On les prend en charge. » Ce sont de grands enfants. Ils ne sont pas très débrouillards dans la vie quotidienne, n’est-ce pas.? Alors, on les aide. À commencer par leurs amis. Claude Marti, un publicitaire aisé payait les costumes de Rocard dans les années 70. Incapable de s’habiller tout seul, « Michel ! » Rien de grave, bien sûr. Mais de mauvaises habitudes.

Avec son beau-père Michel Noir, Pierre Botton en a fait un système quinze ans plus tard. De costumes Smalto à 10 000 francs pièce en cadeaux divers, un violoncelle, des voyages... —, il a fini par gérer le financement des campagnes électorales du futur maire de Lyon et par poser ses conditions aux entreprises en quête de marchés publics. La success story s’est terminée comme on sait, prison, et tensions familiales pour le gendre, mandat perdu, mise en examen et tentative de se transformer en poète, puis en acteur, puis en écrivain pour celui qui ne voulait pas sacrifier son âme à une élection.

L’ancien secrétaire général du RPR mêlé à plusieurs affaires, Jean-François Mancel, possède un important patrimoine immobilier. Pourquoi pas ? Cet énarque roule en Ferrari ? Et alors ? Vous voulez vraiment le retour de l’Inquisition ? D’ailleurs, ce bolide est au nom de sa seconde épouse. Ce RPR qui aime le Front national a aussi des revenus complémentaires pour financer son train de vie. Oh pas grand-chose. Une petite société de communication dont il est l’un des actionnaires. Cette société tourne bien ? Où est le mal ? Elle a obtenu de bons contrats du conseil général de l’Oise dont Mancel. heureux hasard, est Président. Une coïncidence, on vous dit. En plus, Mancel, qui a des problèmes de trésorerie, a bénéficié d’une aide amicale. Celle de l’Assemblée nationale. Cette institution caritative ne se contente pas de verser salaires ou retraites (pour des cotisations d’un montant défiant toute concurrence). Elle accorde aussi des prêts presque sans intérêt aux députés méritants, ce qui est, apparemment, le cas de Mancel (il a obtenu 630 000 francs). Pauvre peuple de France, qui croit aux valeurs de sa Marianne !!!

Ses pairs sont en général plus prudents. La règle d’or du milieu.? Faire pitié plutôt qu’envie. A l’Élysée, du temps de Pompidou, on obtenait que la presse ignore le goût du président pour la vitesse. Il aurait été indélicat d’écrire que l’ancien banquier, saisi par le virus de la politique, avait une Porsche, un péché pourtant bien innocent. On ne l’écrivit d’ailleurs pas. La gauche n’est pas en reste. Tous pauvres ! Tous à tirer le diable par la queue. Des exemples :: Un modeste fils de cheminot avait fini, à force d’économiser sou par sou, par s’acheter une maison. Certes, avec ses deux entrées séparées, son ascenseur, où était curieusement installé l’aspirateur, et sa ravissante cour intérieure, on aurait put croire à un hôtel particulier. Mais non. Les journalistes l’auraient écrit. Une maison donc. Et puis une autre, dans le Sud-Ouest. Mais attention, pas une résidence secondaire qui vous donne des allures d’assujetti à l’ISF (ce qui était d’ailleurs le cas). Une « bergerie » (comme Marie Antoinette Reine de France), retapée, comme disaient la presse et les amis. Et puis un petit étang. Et puis... Il s’agit bien du patrimoine de François Mitterrand, que Marianne, évalua à 40 millions de francs, ou, à 4 milliards de centimes. Peut-être que les Français auraient aimé connaître ce chiffre du vivant du président.

Cette somme représente neuf fois le seuil d’imposition à l’ISF. Il y avait aussi la jolie maison de Gordes. François, généreux, en fit don, en catimini, pour ne pas fâcher Danielle, à Anne. À une Pingeot, Mazarine, ça vous dit quelque chose ? Le maire de Gordes, après quelques imprudences verbales, avait été rudement sermonné, plus un mot sur le sujet. Ce sont François de Grossouvre et Laurence Soudet qui, à l’Elysée, géraient cette délicate affaire. Question ? d’où venait l’argent du leader du socialisme à la française.? Michel Rocard, fin 1998, a donné sa version des choses. « Mon vrai problème, c’était que Mitterrand n’était pas un honnête homme. » Il confessa aussi, à propos de l’ancien Président et de « l’essentiel de son entourage proche », avoir accepté dix ans plus tôt le poste de Premier ministre pour avoir « une fonction de protection de mon pays devant certaines orientations ou dérives possibles ». Emoi dans la classe politique, à droite comme à gauche d’ailleurs. Que révèle cette terrible déclaration.? « Les mœurs, d’une Mitterrandiste qui aura donné d’elle-même l’image d’une secte balzacienne, ou d’une bande saisie de panique à l’idée de voir l’un des siens rompre on ne sait quelle omerta », écrira Bernard Henri Lévy.

Et les Lang ? Profession de jack, il initiait ses étudiants, aux subtilités du (droit public à Nancy avant de devenir ministre.) Et Monique ? Sans profession. De quoi faire de petites économies ? Sans doute. Pourtant un miracle s’est produit de nature à redonner espoir à tous les enseignants de France. Ce couple (le gauche comblé par la politique profite pleinement de son magnifique appartement situé place des Vosges, dans l’un des plus beaux quartiers de Paris (évaluation pessimiste 5 millions de francs) et d’une ravissante maison avec piscine, mais l’intéressé préfère parler d’un « bassin », achetée dans le Luberon « évaluation très raisonnable 2,5 millions de francs ».

Le fonctionnement du clan Mitterrand révèle ainsi des comportements très contrastés. Pour Danielle M., on sait à peu près !! Elle avait sa fondation, consacrée aux libertés et à des actions humanitaires dans le tiers monde. À l’exception de quelques opérations malheureuses à l’occasion de l’affaire du Carrefour du Développement, rien ne permet de mettre en cause cette association reconnue d’utilité publique. Pour Gilbert M., le fils cadet, pas d’ombres, le père en avait fait un député. Le cas de Jean-Christophe M., le fils aîné, journaliste à l’AFP, puis conseiller aux Affaires africaines, est plus complexe. En dehors de ses fonctions à l’Elysée, il a été rémunéré par un centre d’études Suisse financé par Elf !!, pendant au moins deux ans. Mais ces 30 000 francs par mois n’ont évidemment rien à voir avec un salaire fictif, comme l’ancien conseiller a tenu à le préciser lui-même. Celui-ci éprouvait aussi une vraie passion pour l’Afrique. Alors qu’il se rend en Namibie, accompagné de trois journalistes, le Ministre de la Coopération du gouvernement Rocard, Jacques Pelletier, fait escale à Libreville. Il doit embarquer dans son avion, Jean-Christophe M. séjourne dans la capitale du Gabon. Le ministre est reçu par Omar Bongo qui veut bien ensuite accorder quelques mots aux envoyés spéciaux de la presse française « Avec Jean-Christophe Mitterrand, nous avons réglé les petites affaires habituelles. Avec Jacques Pelletier, nous avons parlé de la politique de la France...

Le fils du président voyageait aussi fréquemment avec l’un de ses intimes, Jean-NoéI Tassez, alors directeur général de RMC. À quoi servaient exactement ces déplacements ? À rencontrer les chefs d’État bien sûr. Mais aussi à ramener de certaines capitales africaines toutes sortes de choses. Jean-Christophe M. aime rendre service tout comme son ami Tassez. Ceux qui les ont aperçus en train de descendre un soir de l’avion officiel qui les ramenait de Yaoundé Cameroun avec un grand sac de sport ont eu la confirmation de cet état d’esprit serviable. L’avantage de voyager avec le C L A M ? La gratuité. Et puis on est dispensé des formalités. Un gain de temps appréciable. Un autre proche de Jean-Christophe M., Pierre Falcone, également en bons termes avec Pasqua vendait des armes à travers le monde. Il discutait notamment avec la Sofremi, société dépendant du ministère de l’Intérieur et qui joue toujours un rôle clé dans les grands contrats. L’État français a une caractéristique peu connue. Loin d’être le monstre froid que l’on décrit trop souvent, il est sensible aux nobles sentiments et, sa façon, les encourage. Pierre Falcone est donc un homme riche.

L’ancien président lui-même a témoigné toute sa vie, du prix qu’il attachait à ses amis au risque, parfois, de mélanger affaires d’État et affaires tout court. Comme il se trouve que sa famille défend farouchement son honneur, souci parfaitement légitime, elle attaque volontiers en justice diffamateurs et autres personnes mal intentionnées. Peut-on écrire, dès lors, que Pelat a payé chaque mois, pendant près de dix ans, 25 000 francs à son ami François.? On peut. Les faits ont été établis lors d’une instruction judiciaire. Les raisons de ces curieux versements.? Mitterrand, ancien avocat, donnait, parait-il, des conseils à son ami Roger Patrice. Certes, il avait peu plaidé seulement quelques mois en 1959. Mais le droit, cela ne s’oublie pas. Peut-on écrire qu’une fois élu François a fait savoir qu’un geste en faveur de Roger Patrice s’imposait.? Non. Interdit de faire un lien entre les chèques de l’homme d’affaires à son ami socialiste et le rachat, en 1982, de son entreprise, Vibrachoc, par un trust public, la CGE, la Compagnie générale d’électricité. Pas de lien donc, même si plusieurs cadres avaient trouvé à l’époque le prix accordé par le directeur générai, Georges Pébereau, très excessif : près de 110 millions de francs. Saisi du dossier par les dirigeants de la CGE, le Premier Ministre de l’époque, Pierre Mauroy, s’en était d’ailleurs ému. Il avait dû obtempérer sur ordre personnel du chef dc l’État qui estimait avoir une dette à solder. La société de Pelat a depuis été revendue, à perte. Combien cette fâcheuse acquisition a-t-elle coûté au contribuable ? Secret d’État.

Contrairement à la légende pieuse entretenue par les serviteurs du culte, Mitterrand aimait donc l’argent. Certes, il ne payait jamais au restaurant. Mais les deux propositions ne sont pas contradictoires. Ses amis, eux, en avaient. Beaucoup. A l’exception notable d’un conseiller d’Etat, Georges Dayan, que d’amis assujettis à ISF dans son entourage ! Roland Dumas, ex-avocat qu’on ne présente plus ; Jean Riboud, P-D-G de la multinationale Schlumberger ; François Dalle, ex-P-D-G de L’Oréal, autre multinationale prospère. François de Grossouvre, ex-conseiller à l’Élysée, châtelain à Lusigny (Allier) et homme d’affaires. Dans cette joyeuse équipe, on ne saurait oublier un autre intime, le général de Bénouville, redoutable homme d’affaires qui fut le plus proche conseiller de Marcel Dassault.

Mitterrand avait une autre particularité. Comme son ami Roland, contribuable assujetti « depuis longtemps » à l’impôt sur la fortune, mais qui « a toujours peur des fins de mois difficiles », il préférait le liquide aux lourdes transactions bancaires. Dans la vie quotidienne, Mitterrand s’adressait à son directeur de cabinet pour l’intendance. « Régulièrement, il allait voir Jean-Claude Colliard, qui disposait ès qualités des fonds secrets, raconte ce socialiste. Un jour, il lui disait » j’ai besoin de 10 000 francs, » c’est pour une amie d’un certain âge, une résistante qui a des difficultés financières en ce moment et ne peut se payer le dentiste. La semaine suivante, il arrivait avec un autre baratin... » Précision. Aujourd’hui membre du Conseil constitutionnel, Jean Claude Colliard surveille strictement l’application de la Constitution. Il est aussi juge de la régularité des dépenses électorales des députés notamment, ce qui l’a conduit, avec ses collègues, à annuler certaines élections pour cause de dépassement, même modeste, des plafonds de dépenses autorisés. Heureusement, les moeurs, lorsqu’il était à 1’Élysée, étaient, autrement, plus souples.

Chirac aussi a des amis fortunés. Jérôme Monod, P-D-G pendant plus d’une décennie de la Lyonnaise des Eaux. François Pinault dont le groupe pèse près de 100 milliards de francs. Et encore et toujours, le bon général de Bénouville. Le Président Chirac, n’a certes pas d’amis avocats. Mais il a un château, « Bity, » en Corrèze, ce qui lui valut des remarques acerbes de Georges Pompidou qu’il aimait tant. Il possède aussi un appartement Parisien, en dehors des mille mètres carrés de la Mairie de Paris où il logea gratuitement pendant dix-huit ans, et loua longtemps, à un tarif très avantageux, rue du Bac, une charmante petite maison avec jardin, où la détente tenait une plus grande place que le travail.

Il y a quelque chose de merveilleux dans la vie politique républicaine française. Une bonne partie de ceux qui ont occupé le devant de la scène depuis trente ans, présidents, ministres, notables, patrons de partis, sont à l’origine des hauts fonctionnaires. Or, on nous le répète assez, ceux-ci ont des salaires de misère (25 000 à 35 000 francs par mois tout de même). Mais, une question naïve, certainement idiote, traverse l’esprit. D’où viennent tous ces châteaux, ces appartements, ces restaurants gastronomiques, ces vacances exotiques, ces tableaux de maître, ces chaussures italiennes sur mesure ? Les quatre appartements parisiens des Tiberi ? Le magnifique voilier de Defferre, le Palinodie II, que l’ancien maire de Marseille fit restaurer autrefois à grands frais par un célèbre chantier naval américain ? Le patrimoine immobilier de l’ex-président du Conseil général de l’Essonne, toujours sénateur, Xavier Dugoin ? La belle villa de Fréjus de François Léotard.? La propriété de Saint-Tropez de Gérard Longuet.? Aucun doute possible. Leurs économies. La voilà, l’unique explication.

« La différence entre la France et l’Italie c’est qu’en Italie, la mafia et l’Etat sont séparés. En France, c’est la même chose. » Propos d’un intermédiaire douteux ou d’un recalé du suffrage universel ? Non. L’homme qui parle ainsi, Fabien Chalandon, est un banquier d’affaires qui a travaillé dans plusieurs établissements prestigieux. Ce que dit cet ancien HEC, c’est finalement ce que savent nos élites depuis trente ans. Que de commissions occultes en rackets sur les marchés publics, de bureaux d’études en emplois fictifs, la corruption a fini par devenir, une composante importante de cette « exception française » qui fait la fierté de nos chroniqueurs. De ronds-points inutiles, en Europe. La moitié est implantés en France, en ponts surfacturés, de grandes bibliothèques en palais des congrès, tout est prétexte, aujourd’hui encore, en dépit des lois de « moralisation » de la vie politique et des incarcérations, à faire payer au contribuable le train de vie des partis. Et l’enrichissement de certains élus.

Il y a d’abord eu des scandales locaux. Puis, on découvre, en 1986, un mystérieux Carrefour, dit du Développement. Un ministre et son Chef de cabinet sont impliqués. Et puis, les affaires se multiplient. L’opinion se rappelle encore vaguement les noms sans être capable de situer les faits.

  1. Boucheron (détournement d’argent public par l’ex-maire d’Angoulême).
  2. Luchaire (société exportant des armes grâce à des autorisations frauduleuses)
  3. Médecin (ex-maire de Nice, détourna pendant vingt ans l’argent de sa ville avant de s’enfuir en Uruguay pour échapper à la prison)
  4. Pelat (l’ami initié en Bourse de Mitterrand)
  5. Trager (faux-facturier de la région de Nantes)
  6. Carignon (ex-maire de Grenoble condamné pour corruption)
  7. Michaux Chevry (ex-ministre de Chirac mise en examen pour faux en écriture publique).
  8. Pacary (faux facturier) qui, pour être agréable à Lang, sponsorisa une association sportive à Blois, sans oublier son travail de recyclage de factures en argent liquide pour le RPR)
  9. Destrade (ancien député socialiste). Il a extorqué des commissions à la plupart des grandes surfaces pour le compte, affirme-t-il, du PS)
  10. Laignel (ex-trésorier du PS. Il sera relaxé à Marseille de l’accusation de corruption pour prescription des faits)
  11. Emmanuelli (autre trésorier du PS). Il sera, pour des faits très proches, condamné et déchu de ses mandats par la justice)
  12. Casetta (ex-cadre du RPR accusée d’avoir récolté illégalement de l’argent pour son parti)
  13. Boyon (un trésorier du RPR actuellement mis en examen).
  14. Longuet (ENA, ex-trésorier du Parti républicain. Suspecté d’avoir fait construire sa villa de Saint-Tropez a un prix d’ami, il a finalement obtenu un non-lieu dans cette affaire).
  15. Delattre (ENA, maire de Franconville, autre notable du PR, mis en examen dans une affaire où on retrouve d’énormes sommes versées en liquide, régulièrement, sur ses nombreux comptes bancaires ainsi que celui de son épouse)
  16. Chammougon (ex-député RPR de Guadeloupe, condamné pour corruption et qui se fera remplacer à la mairie,…par sa femme)
  17. Fromeut-Meurice (ENA, Conseil d’État. Mis en examen pour avoir participé au montage des sociétés Suisses récoltant le trésor de guerre du CDS). Rappelons, comme la loi nous y oblige, que tous ceux qui n’ont pas été condamnés à titre définitif bénéficient de la présomption d’innocence. Il faudrait ajouter à cette liste dorée les nombreux élus, parlementaires, ou présidents de conseil général mis en examen pour divers délits (favoritisme, trafic d’influence, recel d’abus de biens sociaux). Parmi eux.
  18. Névache (ancien élu socialiste grenoblois rallié à Carignon)
  19. Mancel (ENA, patron du département de l’Oise, mis en cause par la Chambre régionale des comptes de cet argent qui n’existe pas.

Picardie pour avoir fait des économies de couches-culottes et de papier toilette aux frais de ses électeurs)

  • Ollivier (ENA, directeur des services du nième département)
  • Pezet (ex-dauphin socialiste de Defferre, impliqué dans l’affaire du tunnel Prado-Carénage)
  • Sammarco (ENA, ex-rival de Pezet, mis en cause dans la même affaire)
  • Arreckx (ex-maire de Toulon, condamné pour trafic d’influence)
  • Baumet (ex-président du conseil général du Gard passe de la droite à la gauche et suspecté de détournements de fonds)
  • Noir (ex-maire de Lyon.
  • Giraud (ex-président de la région Ile-de-France où pendant dix ans les marchés publics ont été truqués.
  • Hue (permanent politique, secrétaire général du PCF, mis en examen dans l’affaire du bureau d’études GIFCO) ;
  • Dugoin (sénateur, ex-président du conseil général dc l’Essonne, condamné polir emplois fictifs et autres peccadilles).
  • Et puis, tout de même un ancien Premier ministre : Juppé (ENA, Inspection des finances, cinq mises en examen réduites, dont une, par la Chambre d’accusation de Nanterre en janvier 1999). Mais il existe heureusement une personnalité qui n’a pas été inquiétée par la justice.
  • Chirac (ENA, Cour des comptes, Président de la République, ancien Maire de Paris. Certes, des contre-pouvoirs sont là pour veiller au fonctionnement régulier des institutions. La plus haute autorité, siège rue Montpensier à Paris. Ses membres s’assurent que les lois votées sont conformes à la Constitution et proclament éventuellement la déchéance d’élus qui auraient failli à leurs devoirs. Ils débattent sous l’autorité d’un homme choisi par François Mitterrand.
  • Dumas (avocat, président en congé spécial, du Conseil constitutionnel.)

Ce garant de l’État de droit, mis en examen depuis le 26 avril 1998, et lui aussi présumé innocent, a été choisi le 22 juin 1998 par Time pour incarner la France. À quel titre.? À la « une » du grand hebdomadaire, un sujet chaud « The cancer off corruption ». A l’intérieur, une photo où on aperçoit Roland Dumas coincé entre trois hommes, un ancien Président du Venezuela renvoyé pour « malversations », Carlos Andres Perez ; Raul Saunas, le frère de l’ex-président du Mexique, inquiété pour avoir envoyé des sommes colossales à l’étranger, et un certain Klimentyev, moins connu, qu’on aperçoit, apparemment de mauvaise humeur, derrière les barreaux de sa prison de Nijni-Novgorod. L’omerta française, c’est aussi le fait qu’il faille ouvrir un journal américain pour y trouver cela.

Les affaires, les juges, les mises un examen.? Le milieu politique s’en inquiète. Même s’il considère qu’il est au-dessus des lois, il a quand même fini par prendre des précautions. Depuis quelques années, la consigne qui circule dans tous les partis recommande de limiter autant que possible le recours aux fausses factures et aux procédés trop grossiers. Comment, malgré tout, maintenir le train de vie des appareils.? Du PS au RPR, la bonne idée a jailli, l’emploi qui n’existe pas, rémunéré par un salaire qui, lui, existe bien. Dans ce domaine au moins, la Mairie de Paris a atteint l’excellence. En pratique, cela a donné des légions d’amis rémunérés sans contrepartie par la capitale.

Du poète Pierre Seghers au mondain Jacques Chazot, les contribuables parisiens ont financé des gens qui ne faisaient pas grand-chose pour eux. La plupart d’entre eux n’avaient même jamais mis les pieds à la mairie. Au cabinet du maire, « Jacques Chirac » qui compte, au total, environ 360 personnes, fils, femmes et neveux d’adjoints ou d’élus, de Paris ou de la Corrèze, prospéraient.

Au RPR, une grande partie des cadres était également payée par les contribuables parisiens. Cela tombait bien. Alain Juppé, adjoint au maire chargé des Finances, recrutait et nourrissait les collaborateurs de Juppé Alain, président du RPR. La vie est bien faite parfois. Mais, pour les initiés du microcosme, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Cherchant à retrouver « le sens des vraies valeurs », Philippe Bouvard, bonhomme, volait au secours des mis en examen dans Le Figaro Magazine.

« Pardonnons à Alain Juppé d’avoir fait travailler rue de Lille, des énarques qu’on aurait dû rencontrer place de l’Hôtel de Ville. Il paraît qu’il fallait même le féliciter, d’être parvenu à économiser parfois quelques deniers publics en faisant salarier de grands serviteurs de l’État par des firmes privées moins âpres au gain que les autres. Etrange démonstration à laquelle adhère aussi l’éditorialiste du Nouvel Observateur, Jean Daniel, que ces moeurs ne choquent pas, comme il l’a écrit dans son journal. Alain Minc, qu’on a connu sévère envers les faibles capacités de gestion de l’État, est lui aussi saisi par la mansuétude lorsqu’il s’agit de l’ancien Premier ministre. Il considère que cette mise en examen est « cruelle » puisqu’elle est « la queue de la comète du système de financement politique en France dans l’opacité et l’acceptation collective ». On croit rêver. « Acceptation collective » de qui.? De l’inspection des finances (à laquelle MM. Juppé et Minc ont tous deux appartenu) ? Du milieu politique.? Des journalistes.? En vérité, Minc pense aux Français. Mais où a-t-il trouvé des traces de cet enthousiasme populaire envers un système illégal et pervers.?

Rien entendu, ces emplois fictifs ne sont pas l’apanage de la droite. L’affaire de la MNEF a montré que les salariés fantômes sévissaient aussi à gauche. Des militants socialistes en ont profité. Certains proches de Jospin comme le patron de la fédération PS de Paris Jean-Marie Le Guen ou Jean-Christophe Cambadélis, ont bénéficié de salaires ou d’honoraires de circonstance, parfois même en les cumulant avec leur traitement de députés. L’idée que leurs revenus provenaient d’un argent qui aurait dû aller aux étudiants ne les empêchait manifestement pas de dormir. Des ministères entiers sont également mobilisés lorsqu’il faut trouver des collaborateurs bons marchés. Chacun s’arrange comme il le peut avec la loi. Marginalisé autrefois, le phénomène est aujourd’hui devenu considérable.

Ces salariés fictifs dans l’entourage immédiat de Juppé étaient une cinquantaine. De quoi avoir excité la curiosité du juge Patrick Desmure. Georges Quémar, un énarque mêlé à une obscure affaire de trafic d’influence et qui fut directeur du personnel de la Mairie de Paris, a estimé, dans un livre au titre évocateur, Paris Mafia, que sur 367 chargés de mission au cabinet du maire, près de la moitié n’effectuaient pas un réel travail. Leur salaire, ? Entre 15 000 et 20 000 francs par mois. Des rémunérations bien modestes aux yeux des hiérarques de l’État. Pour beaucoup de journalistes politiques, tout cela reste d’ailleurs anecdotique. A propos des désagréments que les affaires parisiennes font peser sur Chirac, Florent Ledercq écrivait très sérieusement dans L’Evènement, sur les embauches fictives de Juppé, que celui-ci était « crédible » lorsqu’il affirmait « avoir peu à peu assaini la situation et mis fin à ces pratiques »,. Il insistait lourdement « Enfin, il fait mouche quand il explique que tous les partis ont eu recours à celles-ci. » On pensait que ces explications ahurissantes avaient fait leur temps.

En 1988, Mitterrand avait déjà justifié les scandales en invoquant l’absence de législation. Première amnistie sous la cohabitation cette année-là. En 1990, on remet ça le « flou » du cadre légal et les mauvaises habitudes prises rendaient inévitable, paraît-il, une seconde amnistie. Elle est votée. Pas de chance. Juppé, cette « mécanique intellectuelle exceptionnelle » (selon la presse, unanime, à sa nomination à Matignon), a mal compris les textes. Un espoir que grâce à une formation intensive, l’ancien Premier ministre réussisse à assimiler la nouvelle législation d’ici 2002. Il pourra aussi s’intéresser à la façon dont on sortait de l’argent liquide de la ville dont il fut l’adjoint aux Finances.

C’est qu’à Paris, il existe aussi des facilités qui jouent le même rôle que les fonds secrets au niveau de l’Etat. Cela a un nom la questure. C’est une sorte de coffre-fort géant où sont stockés l’argent liquide officiel et celui, officieux, provenant des marchés publics ou d’autres sources non identifiées. Plusieurs dizaines de millions de francs sont ainsi reconvertis, on n’ose dire blanchis chaque année. Car la questure bénéficie d’un privilège exorbitant, elle ne peut être contrôlée par la Cour des comptes. Officiellement bien sûr, c’est une institution tout à fait honorable chargée de régler les questions d’intendance indignes de mobiliser l’intérêt du Maire. En réalité, elle fut inventée sous une autre République par un Président du Conseil qui avait cruellement besoin des voix des élus parisiens. Il leur offrit donc ce petit privilège, unique en France.

Au milieu des années 70, il est, brièvement, question du maintien ou de la suppression de la questure. Le pouvoir giscardien, qui croit qu’il va remporter la capitale aux municipales de 1977, décide de laisser intacte la manne cachée. Et fait ainsi un cadeau involontaire à Chirac.

C’est un homme de confiance, porteur d’une mallette convoitée, qui transportait ainsi une (petite) partie du trésor de guerre de la ville lorsque le maire de Paris était en campagne électorale, notamment dans les DOM-TOM. Sur un signe du maire, l’homme s’approchait et lui donnait des liasses de billets de 500 francs que Chirac distribuait aux foules, en Guadeloupe par exemple, venues l’accueillir avec la ferveur qu’on imagine. Lorsqu’il lisait la surprise ou une certaine réprobation dans son entourage, le candidat se contentait de lâcher en substance, de toute façon, rien ne se perd, l’argent reviendra dans les caisses de l’Etat puisqu’ils le perdront tous au prochain tirage du Loto...

« Dans le classement imparfait basé sur le niveau suspect des échanges commerciaux avec des régimes peu honorables, on trouve dans le groupe de tête, trois pays favorisant les marchés générateurs de copieux pots de vin, la Belgique, la France et l’Italie. » S’ils avaient lu Time, MM. Juppé, Leclerc, Minc et associés sauraient qu’aux yeux du principal organisme qui mesure la corruption dans le monde, « Transparency international, » la France se rapproche dangereusement du Nigeria et de la Bolivie, deux nations encore plus mal classées.

Que s’est-il passé.? Comment sommes-nous entrés, en deux ou trois décennies, dans la catégorie des pays en voie de sous-développement sur ce plan.? La réponse tient en peu de mots. Explosion du coût des campagnes, politisation croissante de la haute administration, absence de contre-pouvoirs et de financement public de la vie politique. Sans oublier l’affaissement de l’intégrité d’élus sélectionnés par des bureaucraties parisiennes de plus en plus gourmandes en cash. La réalité, aujourd’hui, c’est que presque tous les aspects de la vie publique font l’objet d’un racket par les partis.

La politique africaine de la France est à cet égard exemplaire, si l’on peut dire. La droite en a profité pendant deux décennies. Depuis 1981, la gauche n’est pas en reste. Les instructions menées par Mmes Joly et Vichnievsky ont montré qu’Elf Aquitaine n’alimentait pas seulement l’hexagone en pétrole. L’argent, liquide de préférence, coulait à flots. Chaque camp, chaque faction, y avait ses entrées et ses interlocuteurs. André Tarallo (ENA, ex patron d’Elf-Gabon) roulait pour Chirac et, à une époque, pour Pasqua. Ce dernier disposait de plusieurs réseaux au sein d’Elf qui nourrissaient son trésor de guerre. Elf, une fois la gauche au pouvoir, s’est montrée tout aussi généreuse envers celle-ci. Loïk Le Floch-Prigent a obtenu le feu vert de Mitterrand pour financer à la fois le PS et le RPR. Il a embauché l’étonnant Alfred Sirven comme juge de paix pour superviser la méticuleuse répartition des enveloppes, en vertu des accords passés entre la droite et la gauche. La nomination de Philippe Jaffré en 1993 n’a, de ce point de vue, pas surpris. Proche de Balladur, cet inspecteur des Finances n’était pas là par hasard. Cet homme froid, rompu au secret, est pourtant, en partie, à l’origine de la fin de l’omerta. C’est en effet la plainte déposée contre son prédécesseur, Le Floch-Prigent, qui va déboucher sur une affaire d’Etat. Depuis, les hommes politiques de tout bord, en suivent avec une grande inquiétude les innombrables péripéties et Jaffré n’est plus considéré comme un homme habile.

Pendant longtemps, on a donc préféré se voiler la face dès qu’il était question des affaires africaines. On prenait au sérieux les bonnes intentions affichées des chefs d’État. « Certains dirigeants africains sont contraints de fermer les yeux sur la corruption », affirmait ainsi, dans une revue savante » Philippe Decraene, spécialiste du sujet. Il ajoutait cependant, très optimiste. Mais contrairement à ce que l’on pourrait supposer, leur réaction est sévère et des hommes aussi différents que les présidents Ivoirien Houphouët-Boigny, ou Zaïrois Mobutu fustigent-ils, les privilégiés, fussent-ils des dignitaires du pays, qui se livrent à des malversations et rançonnent les plus pauvres de leurs concitoyens.

Cette analyse est d’une surprenante indulgence envers ces deux responsables. On le savait depuis longtemps, mais sa mort, en 1997, a été l’occasion d’évaluer de 2 à 5 milliards de francs, selon les estimations, la fortune personnelle de Mobutu, l’ancien président du Zaïre, acquise en trente ans de pillage de son pays. Philippe Decraene n’est pourtant pas n’importe qui. Journaliste au Monde, interlocuteur apprécié des chefs d’État africains, il connaissait la plupart des responsables du continent. Il connaissait aussi assez bien Mitterrand. Sa femme, Paulette Decraene, était la secrétaire particulière du Président.

Mais, au-delà de l’Afrique, c’est une grande partie de l’économie qui est passée sous la coupe du milieu politique. Toutes les entreprises qui travaillent pour l’État ou qui dépendent de lui sont concernées. Les secteurs qui doivent leur prospérité aux commandes publiques sont les plus gravement touchés. Le BTP, l’eau ou les exportations d’armes, ont toujours acheté la sympathie des élus ou les bonnes grâces d’une petite partie de l’énarchie. Dumez, la SAE, la Générale des Eaux (dire Vivendi pour oublier les mauvais souvenirs), la Lyonnaise des Eaux, Luchaire, Dassault ont été mélés aux affaires en tout genre. A elle seule, Bouygues totalise près d’une vingtaine de cadres supérieurs inquiétés par la justice. Son président lui-même, Martin Bouygues, soupçonné « d’abus de bien social », dans une affaire de fausses factures d’un bureau d’études, a été mis en examen en février 1997, tout comme Patrick Le Lay, P-DG de TF1, par le juge Jean-Marie Charnier.

Pendant trente ans, il a été inconvenant d’évoquer les relations troubles entre ces grandes sociétés et la classe politique. Aujourd’hui encore, on ne peut aborder ces questions qu’avec prudence. Dans l’affaire Carignon par exemple, le seul Ministre déchu de ses fonctions et condamne à une peine de prison ferme, ce sont des cadres ou des chefs d’entreprise comme Jean-jacques Prompsy ou Marc-Michel Merlin qui ont été condamnés et envoyés en prison pour avoir respecté la loi du silence. Le supérieur de Prompsy, Jérôme Monod, P-DG de La Lyonnaise à l’époque où a été passé ce que la justice a qualifié de « pacte de corruption » entre l’entreprise et la mairie, est en revanche sorti blanc comme neige. Lui aussi, comme Mitterrand et Chirac, n’était au courant de rien. D’ailleurs, la politique française était alors, paraît-il, beaucoup moins pourrie qu’aujourd’hui. Et puis, tout a changé, sous l’impulsion de cet intime de Chirac. La Lyonnaise a adopté une très stricte charte de déontologie. Défense de rire Jérôme Monod est, un protestant rigoureux que la presse respecte.

À la Générale des Eaux (pardon, Vivendi), on cachait tout autant aux grands dirigeants, les méthodes employées pour conquérir des marchés. Son président de l’époque, Guy Dejouany, en a fait la cruelle découverte. A Saint-Denis-de-la Réunion, son groupe a été impliqué dans une affaire de corruption qui a donné lieu à plusieurs condamnations. Lors du procès, en octobre 1997, deux directeurs de la compagnie, sous la pression fort efficace du juge d’instruction, Jean-Michel Prêtre, ont été contraints d’expliquer qu’ils avaient versé de l’argent aux élus de cette lointaine ville pour entretenir des « relations amicales » avec eux. « Les sommes demandées étaient illégales », a expliqué, l’air contrit, l’un des deux. Jean-Pierre Tardieu, ajoutant cette précision baroque dans un contexte qui donnait nettement l’impression du contraire. « Je me trouvais dans une situation difficile à laquelle je n’étais pas habitué. » L’antre directeur, Jean-Dominique Deschamps, tout aussi benêt, mettait lui aussi Dejouany hors de cause « Je n’ai demandé la décision à personne. »

Cet ancien proche conseiller du P-DG affirmait alors très sérieusement à la barre, à propos du caractère « fictif » des contrats passés avec les élus « Je m’en suis rendu compte plus tard. » Faisant allusion à ce qu’il appelle « les résultats » — le scandale, Dejouany entendu comme témoin, l’image ternie du groupe ce haut cadre terminait alors par un étrange mea culpa : « Quand on voit les résultats, il est évident que je ne détenais pas un grand savoir-faire dans ce domaine. » Cela est-il si sûr ? Pour un dossier gênant qui est sorti — sans grand écho dans les médias d’ailleurs —, combien d’autres dorment dans les comptabilités du groupe ou de ses filiales ?

Toutes les affaires, en vérité, obéissent à un scénario plus ou moins similaire. L’essentiel est de protéger le sommet de la hiérarchie, chefs d’entreprise ou ministres. Ainsi, en 1995, Dassault distribue des commissions en Belgique pour faciliter la vente de ses Mirage. Succès total. L’armée passe commande à la société française. Des dissensions personnelles et politiques font, hélas, tout exploser. Après avoir résisté aux convocations du juge qui lui étaient adressées, Serge Dassault accepte finalement de venir à la barre. Le procès se déroule en septembre ? c’est simple. Il n’a rien saisi à ce qui s’est passé. Au terme d’explications embrouillées, on finit par comprendre qu’il y a d’un côté deux partis belges d’obédience socialiste qui ont reçu des pots-de-vin pour aider l’avionneur français dans ses démarches, et de l’autre, l’argent. Celui-ci provient d’un compte situé à l’étranger, celui de Madeleine Dassault. Selon le milliardaire, sa mère, aujourd’hui décédée, aurait versé par mégarde les 15 millions de francs suspects. Pas de coupables donc, mais un responsable à ses yeux, l’un des amis de Madeleine Dassault, qui l’aurait manipulée à des fins obscures. L’entreprise n’a donc rien à voir avec cette fâcheuse négligence familiale. Serge, lui non plus n’est pas concerné. Il regrette seulement que cette stupide affaire lui fasse perdre son temps. Pas de preuves accablantes.? Pas d’indices qui le mettent au centre de la négociation.? Des comparses iront en prison, pas Serge Dassault qui écopera tout de même d’une condamnation avec sursis, pour le principe.

Ce 23 février 1988, Mitterrand est à l’Elysée. Chirac achève son règne à Matignon, pendant lequel il a privatisé une trentaine de grandes entreprises et de banques publiques. Ces décisions ont fait l’objet de multiples surveillances, celle du ministère des Finances mais aussi d’une commission spéciale, dite de privatisations, où siégeaient des hauts fonctionnaires en fin de carrière. Ce jour-là, donc, on débat à l’Assemblée nationale, d’un projet de loi sur le financement de la vie politique et la transparence du patrimoine des élus. Brusquement le ton monte entre Pierre Joxe et Jacques Toubon. Le second a attaqué en justice des déclarations du premier sur la moralité du RPR. Pierre Joxe est énervé, il a été condamné en première instance à un franc de dommages et intérêts. Une sanction symbolique, comme on dit, qui a pourtant rendu le député socialiste de fort méchante humeur. Il ironise « C’est une condamnation si infamante qui estime à une valeur si faible l’honneur des dirigeants du RPR que je pensais que c’était une des raisons pour lesquelles Toubon, avait renoncé à la demande de publication d’un jugement dans plusieurs journaux. »

Tout à coup, alors que l’Assemblée vient tout juste de se réveiller, le voile se déchire. Comme tout le monde le sait, dit alors Joxe, devant les parlementaires, les caisses du RPR bénéficient des privatisations. À dire vrai, tout le monde en France ne sait pas que cette politique, présentée comme un moyen de mieux gérer l’État par la majorité de l’époque, a aussi pour effet d’alimenter la corruption ambiante. L’omerta, respectée jusque-là par la classe politique et une partie des médias, s’est révélée fort efficace. L’orateur poursuit, plus féroce que jamais « Et d’ailleurs, M. Toubon n’a même pas demandé aux juges de dire que ce n’était pas vrai. Il leur a demandé de dire que cela portait atteinte à l’honneur des dirigeants du RPR, ce que je n’avais pas dit d’ailleurs. Je ne sais pas pourquoi il l’a pris comme cela. C’est peut être vrai de certains... »

Au lieu de s’en tenir là, l’élu se laisse aller. Et c’est un festival de langue de bois. L’affaire Luchaire dans laquelle le PS fut accusé d’avoir reçu des pots-de-vin pour faciliter l’attribution d’autorisations douteuses à cette entreprise.? Une campagne « diffamatoire » du Figaro et « de quelques autres organes de presse » par lesquels, « le parti socialiste a été insulté ». Et Joxe de conclure, péremptoire. « En ce qui concerne le financement du parti socialiste, jamais, jamais celui-ci n’a touché d’argent sur des ventes d’armes, encore moins sur des ventes d’armes dans de telles conditions. »

Le spectacle n’est pas fini. Le fameux Carrefour du Développement. « Calomnie », selon Joxe, pour qui l’affaire « s’est dégonflée ». Nucci, l’ex-ministre de la Coopération impliqué dans le scandale, n’a tout de même échappé à une condamnation que grâce à une loi d’amnistie taillée sur mesure par la majorité socialiste. Pierre Joxe, ancien trésorier du PS ignorait donc tout lui aussi de cet argent sans existence officielle qui payait les campagnes de l’ancien président, les permanents de la rue de Solférino, les tracts et le reste. Il a pourtant été ministre de l’intérieur et de la Défense dc Mitterrand.

Il était Premier président de la Cour des comptes, avant d’être remplacé par Philippe Seguin, nommé par Jacques Chirac.

En 2007 ; » Sarkozy ou Royal » la république reste et restera un régime pourris, crapuleux, où les tricheurs auront gain de cause, fasse à une population victime de son ignorance.

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