Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

PRÉSIDENTIELLE 2012

Dominique Souchet.

« Tout pour que l’on ne touche pas au dogme »

Dimanche 15 janvier 2012 // La France

Politique magazine continue d’explorer les thèmes majeurs de la campagne présidentielle. Ce mois-ci : la politique étrangère de la France.

La présidence de Nicolas Sarkozy est marquée par un interventionnisme inédit de la France dans le monde. Volonté de retrouver un rôle de premier plan sur la scène internationale ou nécessité dictée par les circonstances ?

Il me semble que l’action diplomatique de notre pays au cours des cinq dernière années ne peut pas être jugée en bloc. Ses résultats sont ambivalents. Sur certaines questions, Nicolas Sarkozy a su faire fond sur la liberté d’initiative de la France, jouer pleinement de son statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et pratiquer la politique à géométrie variable que nous n’avons cessé de recommander. L’accord de défense franco-britannique, l’accord militaire franco-russe, ainsi que les résolutions 1973 sur la Libye et 1975 sur la Côte d’Ivoire du Conseil de sécurité sont à mettre au crédit de notre diplomatie. De même, l’Union pour la Méditerranée est une idée à laquelle je suis tout à fait favorable. Je ne puis que regretter qu’elle ait été diluée et dénaturée, en étant récupérée par le cadre de l’Union européenne.

En revanche, certaines orientations me paraissent porter atteinte à la liberté d’action de la France et s’inscrire en opposition par rapport aux engagements qui avaient été pris en 2007. Je pense en particulier à la réintégration complète de la France dans les organes militaires intégrés de l’OTAN, qui a troublé notre image sans nous apporter une valeur ajoutée autre que symbolique et sans modifier l’attitude de nos partenaires européens. Je pense aussi à la poursuite de la négociation d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, dont l’objet paraît de plus en plus surréaliste. Dans ces deux cas, nous nous enfermons dans un processus que nous ne maîtrisons plus.

Sur le plan du commerce international, aucun des correctifs annoncés par Nicolas Sarkozy en 2007 pour rétablir une concurrence équitable, n’a vu le jour. On a renoncé à une TVA sociale s’appliquant aux produits importés. On a renoncé à l’instauration d’une taxe carbone aux frontières de l’Union. Or, prétendre vouloir produire et consommer français reste purement déclaratoire, tant qu’on ne s’attelle pas sérieusement à la mise en place d’une politique anti-dumping digne de ce nom.

On parle de plus en plus d’une « diplomatie européenne » dont les contours sont encore flous. Qu’en est-il vraiment ? Est-ce une chose inéluctable ?

Le traité de Lisbonne, auquel j’étais personnellement défavorable, a institué un Service européen pour l’action extérieure (SEAE) appelé à Bruxelles « Ministère européen des affaires étrangères ». C’est là un abus de langage, mais qui a le mérite d’afficher clairement la prétention. Depuis sa création, le SEAE cherche à justifier son existence, tout en bénéficiant des largesses des États membres. Son budget pour 2012 donne le vertige : 8 000 salariés, 24,5 millions d’euros par jour, pour un montant annuel de 9 milliards d’euros, soit une augmentation de 2,9 % par rapport à 20H, le tout financé à hauteur de 17 % par le contribuable français, pour un bénéfice diplomatique quasi nul.

Le contraste entre cette inflation bureaucratique et l’invisibilité de la diplomatie européenne est reconnu même par un des pères du fédéralisme comme Jacques Delors. Ce dernier a déclaré le 6 avril dernier devant la Commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale : « Le problème, l’erreur principale, c’est de considérer que nous pourrions avoir une politique étrangère commune et unique, ce que je n’ai jamais cru ». Le contraste est saisissant entre cet énorme gâchis de talents et de moyens et l’amenuisement dramatique des services de l’administration centrale du Quai d’Orsay, comme de nos postes à l’étranger. D’un côté une débauche de moyens au service d’une diplomatie du commentaire. D’un autre, des moyens d’action humains, matériels et financiers de plus en plus rares pour mettre en oeuvre les ambitions d’une politique étrangère nationale, qui est une composante essentielle de la présence européenne sur la scène internationale.

Voici donc le domaine de la politique étrangère atteint à son tour par cette dérive bruxelloise qui conjugue gaspillage et impuissance, en retirant aux États nationaux les moyens qui leur permettraient d’agir efficacement, sans que ce transfert au niveau européen apporte une quelconque valeur ajoutée. Si nous ne cherchons pas à enrayer le transfert des moyens de notre diplomatie de Paris à Bruxelles, nous ne pourrons bientôt plus défendre dans le monde les intérêts économiques, politiques et culturels vitaux de notre pays.

La crise de l’euro aura-t-elle des incidences sur notre diplomatie ?

Le XXI° siècle commençant ne se caractérise pas, comme certains l’avaient imprudemment prédit, par « la fin de l’histoire ». Au contraire, il est traversé de grandes évolutions qui devraient mobiliser notre diplomatie : l’essor de l’Asie ; le rôle croissant des pays émergents ; l’onde de choc qui affecte les pays arabes... Mais face à ce champ largement ouvert, l’essentiel de notre énergie et de nos moyens se trouve absorbé par un problème interne, artificiel et lancinant. Il s’agit d’un problème que nous avons créé de toutes pièces, qui nous ronge et affaiblit nos capacités d’influence et d’intervention : « il faut sauver l’euro à tout prix ». Cette obsession nous amène à nous recroqueviller sur nous même.

Nicolas Sarkozy appartient à la génération des dirigeants européens qui a établi le double dogme de la monnaie unique européenne et du « libre-échangisme mondial » et qui est incapable de se désavouer. Placé aujourd’hui face aux dégâts produits par la politique qu’ils ont mise sur les rails, avec les traités de Maastricht et de Marrakech, Sarkozy, Merkel et tous les leurs sont aujourd’hui forcés de les constater et de les dénoncer, mais en se gardant bien d’en désigner les causes réelles, parce que cela engagerait lourdement leurs propres responsabilités.

Refusant de voir le vice constitutif de la monnaie unique et du libre-échangisme, feignant de croire que la crise de l’endettement résulte exclusivement de politiques budgétaires laxistes, ils nous précipitent dans une course folle et sans issue vers des remèdes illusoires : une rigueur sans croissance ; un fédéralisme budgétaire piétinant le coeur de la souveraineté ; une Banque centrale européenne qui devrait se gorger de créances douteuses ; un Fonds de soutien européen toujours insuffisant ; une augmentation de la consommation qui produirait comme aux États-Unis un endettement excessif des ménages. Tout, pourvu que l’on ne touche pas au dogme.

Notre malheur vient sans doute du fait que c’est la même génération de dirigeants qui a lancé il y a dix ans l’euro dans l’euphorie et qui en subit aujourd’hui la crise existentielle. Une autre génération aurait sans doute pu se dégager plus facilement du dogme.

La génération Merkozy semble vouloir tout faire pour prolonger une euro-agonie qui risque de coûter très cher aux Européens et qui va évidemment, au cours des années à venir, obérer lourdement les possibilités de notre diplomatie.

Répondre à cet article