Dominique STRAUSS-KAHN et le FMI

DSK, directeur du FMI, un deal sur le dos des Africains.

Mercredi 3 octobre 2007, par Paul Vaurs // L’Afrique

Dominique STRAUSS-KAHN surnommé DSK est le candidat de la France et de L’union européenne (UE) pour occuper la prestigieuse fonction de directeur général du Fonds Monétaire International (FMI). Possédant un lourd bagage intellectuel, DSK est diplômé de l’Ecole des Hautes études commerciales (HEC) ! de l’institut d’études politiques de Paris (IEP), docteur d’Etat ès économie et agrégé de l’enseignement supérieur. Compétent et expérimenté, DSK est aussi un professeur des universités, titulaire de chaire et avocat d’affaires à la Cour. Politiquement, c’est un éléphant du Parti socialiste français qui a été plusieurs fois ministre, député et maire. En toute honnêteté, le professeur STRAUSS-KAHN est un professionnel reconnu qui correspond au profil idéal pour servir ce poste.

Mais pourquoi Afrique et les pays en développement doivent-ils s’opposer à ce choix ? Par principe. En effet, le vieux continent doit remettre en question le gentlemen’s agreement passé entre Américains et Européens. qui veut que le directeur du FMI soit un Européen et celui de a Banque mondiale un Américain. Ce partage de rôles dit ancien, qui ne se justifie point est révolu et doit être purement aboli, Le FMI n’est pas un monopole de la France qui l’a déjà dirigé pendant trente deux ans sur les cinquante deux de fonctionnement de cette institution, Il nécessite de réadapter sa constitution antidémocratique, despotique, censitaire et inféodée.

Les Etats-Unis possèdent 17,50 % des parts de vote et ont toujours la majorité absolue en s’alliant avec l’Allemagne 6,1%, la Grande-Bretagne et la France respectivement 5% chacune, l’Italie 3,3% et le Canada 3,34, contre le Japon, la Chine et la Russie qui possèdent respectivement 6.3%, 3,3% et 2,8% des voix. Ce qui est injuste, puisque le FMI compte 185 pays membres. Cette inégalité interpelle non seulement une question d’équité mais aussi d’impartialité. Pour une exigence de la transparence, le poste stratégique de directeur général du FMI ne doit pas être désigné sur des critères politiques ou géographiques, mais plutôt, de compétence et d’intégrité. D’autre part, le directeur général du FMI, devrait on toute logique être choisi par un comité d’experts comprenant aussi bien les représentants du Nord que du Sud.

De plus, DSK a été mis en cause pour des affaires judiciaires comme la MNEF et ELF liées à exercice de sa profession d’avocat. Malgré sa démission du gouvernement et les non-lieux prononcés à son égard, il n’a jamais relaté une version claire des faits qui lui étaient reprochés.

La France ne manque sûrement pas d’économistes, de monétaristes, de financiers irréprochables et chevronnés, tels, que le professeur Christian DE BOISSIEU, le professeur Christian BORDES, pour ne citer que ceux-là, ou même Jean-Claude TRICHET, actuel président de la Banque centrale européenne, qui pourraient parfaitement remplir cette fonction. Pis, avec ce parachutage, la France instrumentalise une institution mondiale pour solder sa politique intérieure. Cette fonction exigerait de DSK qu’il s’exile pendant cinq voire dix ans à Washington quand il ne sera pas entre deux avions à parcourir les pays du tiers-monde. Cette manoeuvre du président Nicolas SARKOZY vise, par sa politique d’ouverture pour ne pas dire de débauchage, à casser le Parti Socialiste mais aussi, à éloigner un rival potentiellement dangereux pour 2012.

Force est de constater que de nos jours, le FMI ne remplit plus son rôle d’institution neutre conçue pour fournir des crédits volumineux aux économies délabrées, tronquant ainsi le premier article de ses statuts « Encourager la coopération monétaire internationale ; faciliter l’expansion et l’accroissement harmonieux du commerce mondial ; promouvoir la stabilité des changes ; aider à établir un système multilatéral de paiements ; mettre temporairement, moyennant des garanties adéquates, ses ressources générales à la disposition des États membres qui font face à des difficultés de balance des paiements. »

Autrement dit, cette institution a failli à sa responsabilité d’assurer la stabilité du système financier international et l’émergence économique. Au contraire, elle cautionne, étouffe et camoufle la mondialisation qui n’est rien d’autre qu’un système d’exploitation et de distribution très inéquitable avec un processus ne conduisant pas à une intégration des flux commerciaux, des ressources scientifiques et technologiques, des systèmes productifs et des marchés financiers. D’après les plans de relances du FMI qui se sont soldés par un résultat médiocre, les pays on développement, doivent orienter leur économie vers le commerce international, se désengager des secteurs publics et parapublics, et privatiser les sociétés productives à des multinationales étasuniennes, canadiennes ou européennes. C’est tout simplement inadmissible.

Or, l’Afrique est escroquée, marginalisée dans le jeu du commerce international où sa part des échanges constitue 1,2 % du marché mondial unifié. Le vieux continent exporte vers le Nord des matières premières contre des technologies, des produits manufacturés et une partie des céréales de base. Ces termes de l’échange entre le Nord et le Sud sont antagoniques parce que les prix des matières premières sont cotés sur les marchés boursiers de Wall Street, de Chicago et de la City, et ne cessent de baisser constamment, contrairement aux cours des produits manufacturés. En conséquence, l’Afrique se voit disqualifiée par des fluctuations extérieures, à vendre ses matières premières sans valeur ajoutée, accentuant le déficit de sa balance commerciale qui passe de 600 millions de dollars en 1990 à près de 25 milliards de dollars en 2006. Par exemple, une économie agricole à 70% comme le Sénégal et qui exporte 90% de ses produits primaires subit un désavantage des chocs externes. Le président Hugo Chavez a eu raison de retirer le Venezuela de la Banque mondiale et du FMI en les qualifiant de « mécanismes de l’impérialisme » destinés à exploiter les pays pauvres.

Les pays africains doivent suivre l’exemple et mener une fronde contre les Institutions de Bretton Woods. Rien que les quotes-parts du Japon 6,3%, de la Russie 2,8%, de la Chine 3,3%, de l’Arabie Saoudite 3,3% ,de l’Afrique entière 4,3% et de l’Asie, peuvent créer une crise du FMI et imposer une réforme on profondeur ou une refonte totale de cette organisation.

Pour finir, Le FMI n’est pas un machin français mais, au contraire, une Institution internationale appartenant à 185 nations libres. Si le choix du professeur Dominique STRAUSS-KAHN est confirmé, cet acte injuste serait un deal orchestré sur le dos des Africains. Ce qui est sûr, c’est qu’en enfonçant le vieux continent dans un pépin économique et chronique, cette institution n’est certainement pas un partenaire au développement mais plutôt un adversaire au développement. De même, en faisant payer cinq fois à l’Afrique sa dette et en avalisant le jeu pipé des échanges internationaux où l’Afrique entière n’est impliquée qu’à 1,2% et ne déplace que 1,3% des investissements directs à l’étranger, cet organisme n’est pas un bailleur de fonds mais un pilleur de fonds.

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