Discret mais entreprenant Qatar.

Mercredi 7 décembre 2011 // Le Monde

Le 13 avril dernier, lorsque Bernard-Henri Lévy amena à l’Elysée les chefs de la rébellion libyenne, le président Sarkozy, avant de leur promettre de nouvelles armes, leur rappela qu’ils recevaient déjà une aide militaire par le Qatar ou via le Qatar. Cette reconnaissance de l’implication de la petite monarchie du Golfe mettait en évidence l’activisme de ses dirigeants.

Avec ses 11.427 km2 la taille du Liban, ce pays a atteint un niveau de vie comparable à celui de l’Europe occidentale. Cela est dû non seulement à sa production de pétrole 80% de ses revenus à l’exportation - et surtout de gaz naturel troisième producteur mondial - mais à son dynamisme dans de nombreux domaines, symbolisé par la chaîne de télévision Al-Jazira, lancée en 1996, l’année qui a suivi la prise de pouvoir de l’émir Famad ben Khalifa AI-Than , lorsqu’il a renversé son père. Outre son implication dans les sports organisateur de la Coupe du monde de football en 2022, dont la sécurité serait confiée à des sociétés israéliennes , cet Etat peut être défini comme ouvert et tolérant ; sa Constitution, par exemple, garantit la liberté de culte sans la restreindre au christianisme et au judaïsme selon la coutume musulmane.

En tout cas, le général Hamad ben Ali al-Attiya, chef d’état-major qatari, a reconnu que des centaines de soldats avaient participé aux opérations militaires aux côtés des insurgés de Libye. Moustapha Abdeljalil, président du Conseil national de transition, a remercié ce « partenaire essentiel dans toutes les batailles ». De même, les responsables qataris avaient poussé la Ligue arabe à demander au Conseil de sécurité de l’Onu d’instaurer la zone d’exclusion aérienne qui allait permettre les bombardements de l’Otan.

Aujourd’hui, le Qatar semble aussi se trouver à la pointe du combat pour faire tomber le régime syrien, alors qu’il a été longtemps considéré comme proche de Damas, voire de Téhéran. Le Premier ministre, Cheikh Hamad Ben Jassem Al-Thani, a même demandé aux dirigeants syriens de « se comporter pas par des tergiversations et des tromperies ». En revanche, AI-Jazira se montre plus discrète sur ce qui se passe à Bahrein, peut-être parce que l’on y craint une poussée chiite manipulée par l’Iran tout comme, d’ailleurs, en ce qui concerne le Yémen. Il semblerait que, malgré la récente nomination d’un Algérien à sa tête, la chaîne soit davantage contrôlée, ce qui irait de pair avec son expansion : depuis le 11 novembre, elle émet à partir de Sarajevo pour les téléspectateurs de Bosnie-Herzégovine, de Croatie, du Monténégro, de Serbie et du Kosovo.

Il existerait une opposition : sur l’internet, des groupes de jeunes exigent la fermeture de la base militaire américaine, l’arrêt des bonnes relations avec Israël et le démantèlement de la monarchie « héréditaire, arriérée et sioniste ». Ce langage évoque immanquablement les groupes islamistes, qui ne semblent pourtant pas avoir de prise sur la population.

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