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Deux « Monseigneurs »...

Mardi 10 mai 2011 // La Religion

L’Angélique et le Réaliste !

Deux regards sur l’Orient qui nous est proche.

Nous étions à la conférence à deux voix organisée par l’Association Gens de France.

Deux « Monseigneur » ? Monseigneur Philippe Brizard ,Directeur général émérite de l’Oeuvre d’Orient et Son Altesse Royale le prince Jean de France, autour du thème « Les Chrétiens d’Orient face à l’ébranlement des pays musulmans »...

Tour à tour Monsieur « Loyal » et « Chef d’Orchestre », Christian Franchet d’Esperey, secrétaire général de « Gens de France », présentait avec concision les deux conférenciers.

La soirée n’aurait pas suffi pour relater la vie de nos deux « Monseigneur » !

Ce n’est pas faire injure à Monseigneur Brizard que de le parer d’une armure « angélique ».

L’Oeuvre d’Orient, fondée en 1856 par des laïcs, professeurs en Sorbonne, est une association d’assistance et de bienfaisance régie par la loi de 1901, placée sous la protection de l’Archevêque de Paris.

Seule association française entièrement consacrée à l’aide aux chrétiens d’Orient,elle soutient l’action des évêques et des prêtres d’une douzaine d’Églises orientales catholiques et de plus de 60 congrégations religieuses sur le terrain qui interviennent auprès de tous, sans considération d’appartenance religieuse autour de 3 missions - éducation, soins et aide sociale, action pastorale - dans 21 pays, notamment au Moyen-Orient. Un rôle essentiel dans ces régions du monde où les chrétiens sont souvent considérés comme des « citoyens de seconde classe »...

Au fil du temps, l’Œuvre d’Orient a développé des liens très forts avec les patriarches et les évêques, mais aussi avec les membres des communautés engagées dans les pays où elle mène ses actions.

Il revenait à Monseigneur Philippe Brizard de brosser le tableau de la situation religieuse de nos frères chrétiens d’orient et d’ouvrir le feu...


Monseigneur Philippe Brizard, Christian Franchet d’Esperey, Son Altesse Royale le prince Jean de France.

Toujours remonter aux sources et de nous rappeler que depuis le VII ème siècle les Chrétiens d’Orient vivent sous la « dhimma », s’attachant à nous expliquer la mise sous « contrôle » des chrétiens par les puissances arabes puis ottomane, prenant pour exemple l’organisation des « Millet ». Temps anciens où les sociétés musulmanes, sunnites, distinguaient l ’ « umma », c’est-à-dire l’ensemble des personnes de foi musulmane des « Gens du Livre » (ahl al-Kitab).

Temps anciens, où le « fondamentalisme » était étranger à l’Islam traditionnel classique. Les « Dhimmi » et les « Millet » - communauté religieuse juridiquement protégée- avaient leurs propres lois et leurs procédures qui ne coïncidaient pas avec la loi islamique de la « shari’a ».

La complexité d’une telle organisation tout au long du règne ottoman ne permettait pas à Monseigneur Brizard de développer plus avant, aussi pouvons conseiller la lecture de quelques ouvrages*

C’est donc à grandes enjambées que Monseigneur Brizard nous conduisait au XIX ème siècle, époque où les puissances européennes reprenaient leurs « droits »...

Une date clef s’impose : le Traité de Paris de 1856 qui met fin à la guerre de Crimée, époque qui consacre aussi le déclin de l’Empire Ottoman...

Les grandes enjambées ne faiblissaient pas...

Avions-nous quelques difficultés à prendre la mesure des différences qui existent entre toutes les Eglises de tradition syriaque ? - Eglise syriaque orthodoxe, Église catholique syriaque, Eglise malankare orthodoxe, Eglise catholique syro-malankare, Eglise maronite,

Eglise apostolique assyrienne de l’Orient, Ancienne Église de l’Orient, Église catholique chaldéenne, Église catholique syro-malabare...- Là n’était pas le fond du sujet.

Une grande famille qui peine souvent à s’entendre mais riche de « la diversité vivante des rites », entretenant des relations souvent difficiles avec les « latins » ; une famille meurtrie !

Une famille qui nous a longtemps semblé lointaine, « exotique » et dont nous ne nous soucions guère, reconnaissons-le !

Une famille soudainement portée sur le devant de la scène grâce au souci de quelques uns...

Monseigneur Brizard ne se dérobait pas : il fallait bien nommer l’événement détonateur et « ses effets dévastateurs » : la guerre d’Irak.

Colorant son langage, il nous faisait valoir que nos frères d’Orient étaient depuis lors considérés comme des « jaunes », pour reprendre nous, précisait-il, un langage syndicaliste. Des siècles d’équilibres fragiles – nous préciserons pas toujours roses...- étaient mis à mal. Si nombre d’intellectuels musulmans reconnaissaient qu’il n’y aurait pas eu de culture « Arabe » sans la Chrétienté (nous devons rajouter aussi sans la civilisation perse), les sociétés musulmanes en pleine ébullition nient tout en bloc...
Situation sombre ?

Monseigneur « l’Angélique », s’appuyant sur des exemples, n’entend pas désespérer.

N’est-ce pas autour de Louis Sako, archevêque de l’Eglise chaldéenne de Kirkouk en Irak, que les chefs musulmans sunnites et chiites se rencontrent alors que par ailleurs ils ne se parlent pas ?, Ne se mélangent pas ?


« Imams in Kirkuk, visiting the residence of Mar Louis Sako, the Chaldean Archbishop of Kirkuk, strongly condemned the bombings of the Christian churches on 9 January »

Si la perte de « poids » suite aux oppressions et massacres des chrétiens d’Orient est sévère, Monseigneur Brizard se réjouit des 1 200 000 chrétiens – certains chiffrent à 1,4 million la présence « chrétienne »- en Arabie saoudite. Nous préciserons 800 000 catholiques, expatriés en provenance des Philippines, du Liban, de l’Inde...

S’en réjouir sans préciser les difficiles, voire impossibles conditions d’exercice de leur foi ?

Monseigneur « l’Angélique », donc optimiste, de nous préciser qu’à Doha, capitale du Qatar, s’élèvent trois églises. Oui, l’église Sainte-Marie-du-Rosaire qui ne porte à l’extérieur ni symbole religieux, ni clocher, est la première église catholique ouverte en mars 2008 en terre musulmane wahhabite. L’émir Hamad bin Khalifa Al Thani aurait accordé des terrains pour la construction de d’autres églises. Nous nous en réjouissons, mais n’est-ce pas dans la stricte application de la shari’a qu’il autorise ces églises ?

Lire ou relire :

Au Qatar ! Certes, une hirondelle ne fait pas le printemps…

Devons-nous y voir une « contrepartie » à son entrée dans la Bourse de Londres et à quelques visées sur la vieille Europe ?

Le dimanche des Rameaux a été ouverte au Qatar « Notre Dame du Rosaire »…

Optimiste,- ce n’est pas un reproche- Monseigneur Brizard nous assurent que toutes ces Eglises ne sont pas moribondes, que ce n’est pas la fin de tout, mais qu’elles se plaignent d’un sentiment d’abandon. Nous voulons bien le croire.

Un « vivre ensemble » est possible. Un « vivre ensemble » semé d’embûches, le conflit israélo-palestinien perturbant les anciennes relations des chrétiens avec les arabo-musulmans.

Les musulmans ne sont pas tous des « barbus ». Monseigneur « l’Angélique » s’appuie à juste titre sur la longue et riche expérience de l’Oeuvre d’Orient à laquelle il s’est dévoué sans compter, Oeuvre qui a placé la langue française au cœur de bien des relations. Notre langue est encore enseignée avec un rayonnement certain pour le plus grand profit de populations musulmanes...

Mais quel avenir pour nos frères d’Orient ?

Monseigneur Brizard appelle à la recherche de la neutralité de l’Etat (des pays de cet orient en ébullition), à la recherche d’une laïcité positive ; mais lucide il nous précise que la langue arabe manque de mots pour définir un tel « Etat civique ». Comment alors appeler à une citoyenneté unique ? Pleinement dans sa mission, il nous martèle : « Ne jamais se résigner au manque de Paix » !

Pour Monseigneur « l’Angélique », « ce qui fait problème ce sont les conflits qui perdurent... L’islam lui ne fait pas problème ».

Un ange ensanglanté passe...

Le temps était venu pour Son Altesse Royale le prince Jean de prendre la parole.

De nous rappeler la place de la France, de la France capétienne, dans cette longue histoire des Chrétiens d’Orient, et d’en tirer les leçons pour aujourd’hui et demain.

Une politique capétienne qui a fortement influencé ces régions, nous précisant que « le relais a été pris par la suite par les institutions religieuses et nombre de congrégations...

En introduction, le duc de Vendôme ne manquait pas de dénoncer les mensonges qui ont cours : « … les conversions par les Croisés, les missionnaires ou les instituions religieuses : c’est faux... A l’arrivée de l’islam, la christianisation des peuples d’Orient était faite. » Sage vérité !

Région du monde à l’histoire mouvementée, tout particulièrement du VII ème au IX ème siècle, puis au XI ème siècle lors de la conquête par les Turcs, la « dhimmitude » imposée par les sultans ?

Le prince Jean nous peignait l’essentiel précisant que sous les sultans les communautés chrétiennes passaient de 5% à 20% de la population.

Des temps où la dynastie française était en première ligne depuis le XVI ème siècle, jouant un rôle capital !

Qui peut oublier François Ier face à la volonté d’ « Impérium universel » de Charles Quint, Oui, nous n’étions pas à Lépante...

Le jeu de la France conduisit à un accord avec les Turcs, à la signature des « Capitulations », liste de droits concédés, qui firent de la France le protecteur des Lieux Saints, qui nous permirent d’établir près de 80 comptoirs commerciaux et ancrèrent la France dans sa vocation de recherches archéologiques...

Une influence et un rayonnement qui perdura après la Révolution, le prince Jean rappelant l’intervention de l’ Emir Abd -el-Kader** et de préciser : « Cette tradition française me touche, m’oblige à y prêter une attention soutenue. »

AU NOM DE DIEU TOUT- PUISSANT soit manifeste à un chacun, comme en l’an de Jésus-Christ mil cinq cent trente et cinq, au mois de février, et de Mahomet neuf cent quarante-un en la lune de [...], se retrouvant en l’inclite cité de Constantinople, le sieur Jehan de La Forest, secrétaire et ambassadeur de très excellent et très puissant prince François, par la grâce de Dieu, roi de France très-chrétien, mandé au très puissant et invincible Grand Seigneur, sultan Soliman, empereur des Turcs, et raisonnant avec le puissant et magnifique seigneur Ibrahim , cherlesquier soltan (c’est lieutenant général d’exercite) du Grand Seigneur, des calamités et inconvénients qui adviennent de la guerre, et au contraire du bien, repos et sûreté qui procèdent de la paix, et par ce connaissant combien l’un est de préférer à l’autre, se fait chacun d’eux fort des susdits seigneurs leurs supérieurs, au nom et honneur desdits seigneurs, sûreté des états et bénéfice de leurs sujets, ont traité et conclu les chapitres et accords qui s’ensuivent.

La suite sur : http://www.eliecilicie.net/capitulations_1535.htm

Les nouvelles Capitulations, sous Henri IV (1604)

A l’occasion du renouvellement des Capitulations (accordées par l’empire Ottoman à François 1er) la France exerça alors son protectorat sur les Européens qui voyageaient dans l’empire (sauf les vénitiens et les anglais).

Par cette alliance avec la Turquie, la France jouissait alors, sous Henri IV, d’un quasi monopole du commerce en Méditerranée et au Moyen Orient. « ...sous l’aveu et sûreté de la bannière de France »...

« Notre Hautesse, dit Ahmet (Ahmet 1er - 1590/1617, fils de Mehmet III), ayant été prié du sieur de Brèves, au nom de l’empereur de France son seigneur, comme son conseiller d’Etat et son ambassadeur ordinaire à notre Porte, de trouver bon que les traités de paix et capitulations qui sont de longue mémoire entre notre empire et celui de son dit seigneur fussent renouvelées et jurées de notre Hautesse ; sous cette considération, pour l’inclination que nous avons à conserver cette ancienne amitié, avons commandé que cette capitulation soit écrite de la teneur qui suit : « Que les ambassadeurs qui seront envoyés de la part de Sa Majesté à notre Porte, les consuls qui sont nommés d’elle pour résider par nos havres et ports, les marchands ses sujets qui vont et viennent par iceux, ne soient inquiétés en aucune façon que ce soit, mais, au contraire, reçus et honorés avec tout le soin qui se doit à la fois publique. « Que les Vénitiens et Anglais en hors, les Espagnols, Portugais, Catalans, Ragusais, Génois, Ancönitains, Florentins et généralement toutes autres nations quelles qu’elles soient, puissent librement venir trafiquer par nos pays, sous l’aveu et sûreté de la bannière de France, laquelle ils porteront comme leur sauvegarde ; et, de cette façon, ils pourront aller et venir trafiquer par les lieux de notre empire, commis ils y sont venus d’ancienneté, et qu’ils obéissent au consuls français qui résident et demeurent par nos havres, ports et villes maritimes. »

La suite sur : http://www.turquie-news.fr/spip.php?article1800


Copie des Capitulations de 1569...

Des « Capitulations » renouvelées, de 1535 à 1740, époque de la dernière capitulation, qui sera encore en vigueur au début du XXe siècle. Les sujets des autres nations ne pouvaient d’abord naviguer et commercer dans le Levant que sous la bannière de France...

N’omettant aucun des tournants « clefs » de l’histoire de cet Orient complexe, le prince Jean évoque la Première Guerre mondiale, la chute de l’empire Ottoman, les jeux de l’empire britannique contre la présence française en Orient, la renaissance du nationalisme arabe autour du parti BAAS, après 1945, et ses succès...

Vint l’enrichissement pour certains pays « arabes » par le pétrole et la montée en puissance de « l’islamisme »... ne craignant pas de préciser que « la chute des dictatures « laïques » a eu des effets néfastes à l’encontre des chrétiens ».

Ayant séjourné quatre fois en huit ans au Liban, Son Altesse Royale insistait pour faire valoir l’attachement des communautés de ce pays- maronite, sunnite, chiite, druze, juive- à notre histoire commune.

Le prince Jean n’entendait pas se départir de « la part de l’Espérance », citant des pays qui échappaient à la spirale de la violence contre les chrétiens : la Jordanie, et, élargissant le cercle de cet Orient, le Maroc. Deux monarchies...

Analysant « les sources de conflits de tous ordres », le duc de Vendôme ciblait les mœurs occidentales, objet d’attraction mais aussi de répulsion, ainsi que les progrès technologiques.

Face a cette ébullition ? « La France doit être un modèle de mesure et d’équilibre... Il y a dans ces pays des musulmans modérés ».

L’avenir ? « Dans le respect des majorités et la protection des minorités. »

« La France doit aider à faire respecter un Etat de droit.... Aider ces peuples à travailler au service de leur bien commun. »

« A ce dessein j’ai toujours été prêt, là où je suis, à prendre ma part. Je vous encourage à faire de même. »

Aux applaudissements fournis d’un auditoire nombreux et attentif de bout en bout, venait le temps des questions...

Pour le « champ » spirituel, Monseigneur Brizard insistait afin que les Eglises soient en « communion les unes avec les autres dans l’Eucharistie... On prie pour tous les chiens écrasés, mais pas pour nos frères d’Orient. » « Nous sommes en danger de perdre les sources de la culture syriaque »

A la question « Comment la France peut-elle agir », le prince Jean développait : « Pour agir il faut aimer. Pour aimer il faut connaître. Retrouvons ces pays avec nos liens anciens. Il y a tout particulièrement au Liban une profonde affection pour la France. Lors de leurs voyages dans ce pays, les présidents de la république rendaient toujours visite au Patriarche. Lors de son dernier voyage le président Chirac ne l’a pas fait... Les « politiques » français sont très maladroits. Je ne sais pas s’ils ont une affection particulière pour le Liban à par celle du portefeuille. »

Et Son Altesse Royale, tant par sa personne que par son association « Gens de France » de toujours veiller aux connections pacificatrices entre les communautés !

Dans cet Orient enflammé, le prince Jean faisait part de ses inquiétudes : « Des idéologies à tendance totalitaire tentent d’accaparer le pouvoir. » « Nous devons faire preuve de prudence. »

La question ne se faisait pas attendre...

Quel regard sur l’intervention française en Libye ?

La langue de bois ne saurait être la langue d’un prince français, d’un capétien...

« Il y a des risques de dérapage possible, de récupération... La France doit être très attentive. »

Et de rappeler que la France, depuis un certain temps, « … s’est positionnée dans une optique atlantiste »

« La position des Etats-Unis pose problème »

Pour mémoire ?

« Le Kosovo centre culturel de la Serbie, pays de chrétienté, est passé à l’islam via les Albanais, par le soutient des Etats-Unis à l’UCK »

« Les Etats-Unis impose une hégémonie en vue de profits économiques. »

De la position des Etats-Unis dans la reconstruction de ces pays ? « .. Un pays qui joue avec le feu »

Un exemple ? Au moins deux : « L’Afghanistan... La ceinture « verte », ceinture de l’islam autour de la Russie »

Et de conclure : « ce n’est pas notre histoire » !

La question des institutions européennes était abordée. Toujours sans complaisance, le prince Jean touchait juste : « Il me semble que pour que l’Union Européenne s’intéresse à ces questions il faudrait que la France s’y attache. Il me semble que ce n’est pas vraiment le cas »

Et d’illustrer son propos en citant l’affaire de l’agenda européen qui tire un trait sur les fêtes chrétiennes...

Monseigneur Brizard, pour sa part, faisait valoir qu’il était possible d’obtenir quelque argent auprès de Bruxelles. Certes...

Deux heures qui auraient pu durer quatre ou cinq...

Une grande soirée où la langue de bois était restée à la porte.

Un grand « Merci » à nos deux « Monseigneur »


Entretien avec Annie Laurent

Pourquoi les chrétiens sont-ils victimes, en terre d’islam, des intégristes, qui croient voir en eux le cheval de Troie de l’Occident ?

Les chrétiens d’Orient n’ont pas attendu le conflit israélo-palestinien pour souffrir non seulement de l’islamisme mais également de l’islam. Le Proche-Orient était chrétien avant l’émergence de l’islam, qui n’est apparu qu’au VIIe siècle de notre ère. Mais l’évangélisation n’a su résister à l’islamisation, si bien que les musulmans sont vite devenus majoritaires sur ces terres originelles. Dès que le pouvoir musulman a instauré le statut de la dhimmitude - un traité de reddition (dhimma) déterminant les droits et devoirs des non-musulmans -, les Juifs et les chrétiens ont été tolérés, mais dès lors assujettis. Victimes de mesures d’inégalités humiliantes, ils devaient verser un impôt pour jouir de la protection du pouvoir. Cette dhimmitude n’a été abolie qu’à la fin du XIXe siècle par l’Empire ottoman, sous la pression de la communauté européenne. Or, dans les faits, elle reste appliquée selon des conditions plus ou moins explicites et variables selon les pays.

En Egypte, chaque année, des centaines de coptes "se font" musulmans par exemple. Si la dhimmitude ne se pratique pas en Iraq, le chaos laissé béant depuis la chute de Saddam Hussein creuse tout autant les inégalités. La nouvelle constitution prévoie que l’unique source du droit soit la charia. Par conséquent, les chrétiens ne fuient pas seulement terrifiés par les attentats, mais aussi parce que cette nouvelle décision juridique et politique leur est défavorable. Si on ne coupe pas la main des voleurs pour punir un délit de délinquance, les sanctions, les intimidations, les persécutions existent au quotidien. Et c’est sans doute aussi oppressant que la menace d’une mort en suspens.

Comment expliquez-vous cette "épuration confessionnelle" ? Est-elle davantage ethnique, politique ?

On prête à certains le projet périlleux de faire éclater l’Iraq en Etats confessionnels ou ethniques. De cet Iraq mosaïque, un Etat sunnite et un Etat chiite pourraient naître. Afin de préparer cette renaissance étatique, les minorités marginales sont donc peu à peu évincées. Draguées au nord-est de Mossoul, dans la plaine de Ninive, tout est fait pour les parquer dans cette zone tampon, entre le Kurdistan et la région sunnite - les chiites se trouvant dans le sud et à Bagdad.

Si cette épuration est donc tout autant confessionnelle que géopolitique, elle est également encouragée économiquement. Car cet exode contraint vers le Kurdistan entraîne quelques avantages socio-économiques, tels que la construction de maisons, de commerces, d’écoles. Or, les chrétiens gardent en mémoire la dureté dont les Kurdes avaient fait preuve envers eux, lors du génocide arménien. Bien qu’ils soient méfiants, ils n’ont malheureusement pas vraiment le choix.

Au Proche-Orient, l’exode des chrétiens devient exil. Peut-on imaginer qu’un jour, il n’y aura plus d’Arabes chrétiens ?

On peut non seulement l’imaginer mais désormais le craindre. Et ce sera une catastrophe. A la fois pour l’Eglise qui n’aura plus de pierre vivante au sein même du berceau du christianisme, mais aussi pour la société orientale et à rebours occidentale. Les chrétiens d’Orient sont indispensables à cet équilibre déjà frelaté, car ce sont eux qui incarnent le relais entre les deux cultures au sein même des sociétés du Proche-Orient. Ils demeuraient jusqu’à présent les garants de la pluralité, donc de la liberté : d’expression, de penser, de contestation, de culte mais aussi de conscience. Car partout - sauf au Liban -, la loi interdit de changer de religion. "Celui qui quitte la religion, tuez-le", rapporte un hadith attribué au Prophète de l’islam, Mohammed.

L’Occident n’est-il pas aussi responsable, si ce n’est coupable, de cette épuration confessionnelle ? L’Église catholique porte-t-elle sa part de responsabilité dans la radicalisation des rapports avec l’islam ?

Le monde musulman traverse une crise tant spirituelle que temporelle. Parce que les musulmans ne sont pas incités à une lecture herméneutique des textes, ils ne parviennent pas toujours à les contextualisero et à les interpréter à la lumière contemporaine. La sourate 3, verset 110, raconte : "Vous êtes la meilleure des communautés suscitées parmi les hommes." Au lieu de réinterpréter cette sourate, certains musulmans la prennent au pied de la lettre. Désigné comme bouc-émissaire, l’Occident colonisateur, oppresseur, dominateur a bon dos, mais aussi sa part de responsabilité.

En pratiquant une politique internationale injuste, l’Occident donne du grain à moudre aux extrémistes. Nous exacerbons le danger qui pèse sur les minorités chrétiennes prises pour alliées. Ces derniers attentats perpétrés en Iraq, seraient-ils une réponse aux appels lancés par le Synode, qui demandait l’égalité de traitement ainsi que la liberté de culte et de conscience pour les chrétiens du Proche-Orient ? Il semblerait que certains groupuscules extrémistes y aient malheureusement perçu une provocation.

Y a-t-il encore des terres d’islam où l’on peut vivre sa foi en paix lorsque l’on n’est pas musulman ?

Au Liban. Les chrétiens n’étant pas soumis à la dhimmitude, ils sont considérés, comme tout citoyen, égaux devant la loi. Mais si l’on souhaite que cette exception ne confirme pas la règle, il faut dépasser la bonne parole occidentale qui, portée par de louables intentions abreuvées de compassion, entend veiller sur les minorités opprimées au Proche-Orient. Car à force de vouloir les protéger, ne risque-t-on pas paradoxalement de les enfermer dans des ghettos ? A force de sauvegarder leur marginalité, n’accentue-t-on pas aussi leurs différences, si bien qu’elles deviennent inassimilables dans leurs propres sociétés ?

Si la prise de conscience s’est enfin éveillée, il s’agirait de prendre des décisions concrètes. Pourquoi la France ne passe-t-elle pas des accords bilatéraux avec l’Iraq - sous peine de sanctions - pour que les chrétiens ne soient pas seulement sous protection mais surtout libres et égaux comme leurs compatriotes ? Ce n’est que dans et par cette égalité qu’ils pourront apporter à la société iraquienne ce que, seuls, ils ne peuvent : l’exigence de réciprocité.
http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/les-chretiens-d-orient-un-relais-indispensable-15-11-2010-950_118.php

Ouvrage non exempt de critiques...

En 1856, l’empire ottoman tente d’instaurer une sorte de citoyenneté sans référence à la religion, assurant aux chrétiens les mêmes droits qu’aux musulmans. Cette clause entraîne des émeutes au Liban et en Syrie. En 1860, des chrétiens maronites sont massacrés ; Abd el-Kader, aidé de ses fils et de ses compagnons, s’emploie à les protéger et leur offre l’asile. Ce geste lui vaut une immense popularité en Occident.

Abd el-Kader arrive au secours des chrétiens à Damas, en 1860 (image d’Epinal – 1870)

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