Des esclaves des anciens temps aux esclaves de nos temps..

Mercredi 7 octobre 2009, par Dominique Daguet // L’Histoire

De nos temps difficiles...

Quand la lecture d’un bel et grand ouvrage que nous vous avons présenté permet de pousser plus au fond une réflexion « essentielle ».

Par notre ami Dominique Daguet...

L’ouvrage ?... « Le génocide voilé » de Tidiane N’Diaye

L’esclavage arabo-musulman

Ma messagerie électronique regorge de courriels dont la plupart sont sans le moindre intérêt pour moi, parfois leur auteurs sont si impudents qu’ils s’imaginent que ma boîte et celle des autres ne sont que poubelles puisqu’ils envoient des flots d’ordures : l’envahissement de la publicité, la convenable comme l’inconvenante, qui se croit partout chez elle. Il faut donc toujours trier, trier sans cesse, trier sans fin. Il est certains autres, tout à fait inconnus, sans visage, à cent lieues de mes préoccupations, qui s’invitent, s’imposent, s’incrustent avec une impolitesse confondante : si je les renvoie, les inscris sur des listes d’indésirables, ils prennent une autre adresse, se camouflent, reviennent déguisés, masqués, accompagnés d’autres qu’ils ont appelés à l’aide pour mieux me pourrir la journée. Je commence à être sérieusement outillés, avec une méthode rapide pour les éliminer comme des poux.

Mais un vrai message me fait parvenir un article sur l’esclavage en Afrique : non celui pratiqué, hélas mille fois, pendant trois siècles par les pays occidentaux, dont le nôtre, mais par les pays du Croissant. Je ne me réjouis pas que cet esclavage ait été bien plus sauvage que le nôtre, mais je ne suis pas mécontent qu’enfin on finisse par reconnaître que nous n’avons été ni les seuls ni même les pires : car les bons apôtres, intellectuels et politiques de gauche réunis sous la même bannière, qui réclament sans cesse que la France se repente d’avoir été négrière, quand ils parlent de l’esclavage omettent toujours de parler de l’esclavage arabo-musulman. Aurait-il peur de déplaire ?

La vérité doit être dite, enfin elle l’est par un Africain, et c’est un bonheur, car si l’auteur avait été un Français aussitôt le chœur des vestales roses, rouges et vertes auraient susurré qu’il ne pouvait être que du côté des fascistes à moins que ce ne fut de celui du mépris du monde musulman. Nous sommes au moins délivrés de ces palinodies grotesques qui nous sont propres. Mais il est tout de même bon de dire que mettre la vérité au jour n’est pas signe de mépris : nous n’en sommes plus aux siècles où les péchés des pères devaient être payés par leur descendance.

Donc un Africain, le Sénégalais Tidiane N’Diaye, anthropologue, spécialiste des civilisations négro-africaines, vient de publier chez Gallimard Le génocide voilé, enquête historique. Il a étudié cette traite au caractère encore plus abominable que l’occidentale puisqu’elle équivalait à un génocide un peu particulier : tous les esclaves masculins étaient rendus eunuques (le prix d’un eunuque était multiplié par deux), les enfants des concubines noires éliminés. 20 % seulement des enfants survivaient à la castration, alors que l’exploitation négrière occidentale a contribué à peupler l’Amérique. L’histoire tragique révélée en détail par ce live s’est étalée sur treize siècles et concerne des dizaines de millions d’individus, peut-être cent !

Certes, tout le monde savait que le commerce des esclaves entre l’Arabie et l’Afrique existait depuis toujours, diverses études, partielles, l’avaient confirmé : mais ici l’historien sort de cette terre blessée et s’il ne règle pas des « comptes », il expose une tragédie qui a commencé en 652.

Le général Abdallah ben Saïd, cette année-là en effet, réclama aux Soudanais du Darfour l’envoi annuel de centaines d’esclaves nubiens. Ce « commerce » immonde, une fois initié, s’est étendu à travers le Sahara, a gagné l’Océan Indien. Bien entendu, il n’était possible que parce que les potentats africains et arabes s’entendaient à merveille sur le dos des misérables.

Qu’étaient donc les Africains pour ceux de Médine ? Des sous-êtres, sorte de chimères entre l’homme et l’animal, ce que dit l’historien Ibn Khaldun. Du bétail que l’on dévoue à la culture du sucre, des palmiers, à l’exploitation des ressources minières… Parmi les esclaves eunuques certains sont enrôlés comme soldats. L’auteur relève diverses révoltes en Mésopotamie, au Nigéria… Des femmes, au Sénégal se sacrifient !
Tidiane N’Diaye ne manifeste aucune indulgence envers la colonisation subie par les pays africains – et tant mieux parce qu’il aurait été aussitôt mis à l’index par les « meilleurs d’entre nous », dont nous pouvons chaque semaine dans les gros médias lire et entendre les pensées toutes de lumière ! Il démontre que cette colonisation a eu au moins un effet bénéfique puisqu’elle a mis fin à la traite orientale. Il est vrai que l’irruption des indépendances a permis à quelques habitudes séculaires de reprendre un peu de vigueur. En Mauritanie subsiste le servage domestique, on trouve des travailleurs forcés dans les Emirats et le Soudan poursuit au Darfour une politique d’élimination ethnique…

L’esclavage a été aboli en 1846 en Tunisie et Algérie, en 1894 au Congo, en 1898 au Bénin… en 1920 au Maroc. Le colonel Archinard recueillait les captifs dans les Villages de la Liberté. Mais la Turquie ne l’a fait qu’en 1918, l’Arabie qu’en 1962, la Mauritanie qu’en 1980…

Tidiane N’Dyane a étudié les observations des géographes arabes, des marchands d’esclaves et des explorateurs (Livingstone, Stanley, etc.), mais constate en les déplorant à la fois la dissimulation des archives et l’amnésie pratiquée par solidarité religieuse à la conférence de Durban : on ne pouvait y évoquer que la seule traite occidentale en vue de nous convaincre qu’il fallait nous repentir. L’intention, dit-on, serait d’hostilité si l’on parlait ouvertement de la traite orientale : mais à Durban, n’y avait-il aucune hostilité à parler de l’occidentale ? N(y avait-il que de doux agneaux qui ne voulaient que le bien de nos âmes ?

Pourquoi rappeler ces faits de l’histoire ? Parce que l’histoire ne serait pas morte ? Parce que nous porterions en nous les souffrances et les douleurs dont elle a été ou le témoin ou l’ordonnatrice ? Enfant, le récit du procès et de la mort de Jeanne d’Arc je l’ai ressenti comme s’il s’était passé la veille, quoique j’ai su naturellement que le bûcher était éteint depuis des centaines d’années. Il m’en est resté une défiance jamais éteinte envers « Messieurs les Anglais » : ravivée quand, arrivé pour quelques jours au Manitoba, je fus reçu à Saint-Boniface et que l’on me fit le récit des événements survenus au XIXe siècle : les massacres de métis franco-amérindiens par les Anglais quittant les Etats-Unis – où ils avaient tout ce qui leur fallait ! – parce qu’ils refusaient de devenir citoyens du nouveau pays et que donc ils n’avaient qu’à se servir chez les Français et les métis ! Ils s’emparèrent des terres mises en culture par les « nôtres », qui durent s’enfuir « avec deux valises » comme le durent également les Pieds Noirs en 1962 !

Il en fut de même au Nouveau-Brunswick où je venais voir des écrivains francophones comme je l’avais fait au Manitoba et que je fus informé du Grand Dérangement. Et si j’ajoute cette façon affreuse qui fut celle de nos chers alliés à Dunkerque lors de la retraite de 1940 et cette autre bien pire à Mers-el-Kébir, je dois reconnaître qu’ils ont un peu trop chargé la barque à travers les temps pour que le désir de les fréquenter sans amertume me soit naturel…

D’autant qu’aujourd’hui ils font tout pour nous imposer leur langue… Oui, notre imaginaire est nourri de cette hostilité inlassable, qui les fit si souvent s’allier avec les ennemis de la France… Difficile l’oubli quand la racine de la méfiance vient de si loin, la petite enfance, même s’il faut parvenir à pardonner, en soi-même, à ceux qui n’ont jamais eu le moindre regret de ce qu’ils ont fait. Il est vrai, ils ont reçu les Français qui voulaient combattre lors de la dernière guerre et cela plaide pour eux. Mais vouloir nous soumettre à leur langue, avec l’aide de quelques potentats frères de ceux qui sévissaient anciennement en Afrique, c’est nous imposer une forme insidieuse d’esclavage…

Je ne me suis donc pas éloigné de ce sujet : j’y reviens, parce que là encore c’est tout enfant que j’ai éprouvé comme viscéralement une horreur absolue pour toute forme d’esclavage, et je crois que Charles Dickens a contribué plus tard à augmenter mon indignation que de telles pratiques aient pu exister sur terre !

L’homme, un loup pour l’homme : n’est-ce pas diffamer le loup ? Combien j’ai été épouvanté, plus tard, d’apprendre que des chrétiens, même des chrétiens de France !, se soient laissé aller à posséder ou à faire le commerce des esclaves ! Et aujourd’hui, je vois que les peuples ne cessent d’inventer de nouvelles formes d’esclavage : un reportage en Chine nous a montré les conditions qui règnent dans les usines qui fabriquent ce que nous ne fabriquons plus afin de le payer moins cher fabriqué par des ouvriers, à l’autre bout du monde, qui travaillent dix heures par jour sept jours sur sept, avec quinze jours de vacances par an !


Plus de 1000 « esclaves » délivrés dans les briqueteries chinoises...


Lire :
« Nous nous agenouillons devant le pouvoir. Sauvez nos enfants ! »
http://ledroitpourlajustice.blogspirit.com/

Mais dans les rizières d’Asie, dans les mines d’Amérique du Sud… et parfois dans certains appartements de Paris…

Et ici, les infimes embryons, congelés ou non, fruits de l’étreinte d’amour (on l’espère sans pouvoir en être certain) qui vont servir de « matériel » de recherche entre les mains de scientifiques sans le moindre scrupule ! Quand un peuple ne sait plus respecter ce qu’il fut en chacun de ses membres au tout commencement de leur vie, c’est qu’il a perdu le sens de la dignité de l’être, le sens de ce qu’il fut et donc de ce qu’il est. (Ma femme consternée d’avoir entendu une de ses relations parler de « petit ver »… : celle-ci ne comprenait pas pourquoi nous en faisions tant de cas, nous autres aborigènes de France qui ne supportons plus l’attitude indolemment criminelle contre ces innocents d’une part de notre peuple, devenue pour nous comme étrangère.

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