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Des État européens faussement solidaires.

Lundi 7 juin 2010 // L’Europe

Jean-Claude Trichet et Elena Salgado Menez

Des État européens faussement solidaires.
Une communauté financière unique pour des modèles économiques différents, c’est tout à la fois la réalité et le problème de l’Europe.

En France, on considère habituellement que la croissance du Produit intérieur brut (PIB) doit reposer essentiellement sur l’augmentation sans fin de la consommation. Dans un ensemble économique fermé, comme celui sur lequel raisonnait Keynes, toute relance de la consommation, induit une nouvelle demande ; Demande qui pousse les entrepreneurs à produire et donc à embaucher, dans un monde dont l’économie a été ouverte par l’Organisation mondiale du commerce et dans lequel la Commission européenne veille jalousement à ce qu’aucun État ne favorise ses nationaux, toute augmentation de la consommation ne se traduit que faiblement par un accroissement de la production nationale mais plus largement par une envolée des importations.

Depuis plusieurs années déjà, force est de constater que l’évolution naturelle de la production nationale ne permet pas une augmentation suffisante du pouvoir d’achat. Malgré les progrès de la technologie l’on n’obtient pas un accroissement de la productivité dans des proportions qui permettent cette augmentation du pouvoir d’achat global, comme le voudrait la théorie à la mode. C’est que cette théorie a été mise en avant au moment où l’industrialisation, le machinisme puis l’assistance électronique avaient permis des progrès considérables ; du coup, il semblerait que ce que l’on a pris comme des données générales applicables en tous temps ne sont que de simples réactions contingentes, dont la conjonction fut alors exceptionnelle. Sans entrer dans le détail, il faut bien accepter, hélas, que la proportion importante des fonctionnaires et des employés du secteur tertiaire que nous connaissons désormais n’est pas favorable aux gains de productivité.

Externalisation et grande distribution

Comme les Pouvoirs publics français ont depuis longtemps fait la constatation de la différence d’efficacité des actions sur la productivité des secteurs primaire, secondaire et tertiaire, sans pour autant réexaminer les hypothèses sur lesquelles raisonnait Keynes, ils ont simplement cherché à pousser le développement de la consommation par une autre voie. Ils ont alors, fait le choix de peser sur le prix des biens vendus au détail : si le pouvoir d’achat ne peut pas augmenter par un accroissement des revenus disponibles des consommateurs, il pourra augmenter par une baisse des prix de vente au consommateur. Pour cela, ils ont consciemment poussé en avant deux techniques : l’externalisation et la grande distribution.

Par l’externalisation, les entreprises, dites françaises, font produire à l’étranger les biens qu’elles vendront ensuite aux consommateurs français. Jouant sur l’absence de protection sociale des ouvriers qu’elles font travailler sous d’autres latitudes et sur l’absence de barrières douanières, les Pouvoirs publics ont pu montrer à l’électeur consommateur qu’ils ont fait le maximum pour leur donner accès à tous les produits au meilleur prix. Ils mettent ainsi en oeuvre la technique autrefois théorisée par Michael Souslov dans sa parabole sur les diverses façons de faire manger du poivre à un chat. En se précipitant sur les produits paraissant les meilleurs marchés, les consommateurs sapent les fondements des entreprises qui les font vivre tout en ayant l’impression de pouvoir se payer tout ce qu’ils n’osaient même pas souhaiter il y a quelques années. Ils font ainsi disparaître leur propre outil de travail tout en croyant faire de bonnes affaires. Les entreprises de la Grande distribution possèdent en outre l’avantage de permettre aux hommes publics d’obtenir discrètement les financements dont ils ont besoin pour mener à bien leurs campagnes.

Un gagnant : L’Allemagne

Toutefois, à toute chose malheur est bon. Les seuls emplois que l’on ne peut ainsi délocaliser sont les emplois de fonctionnaires et les emplois dans les services dits de proximité sauf naturellement si, sous prétexte de « discrimination positive », les Français sont tenus d’offrir ces postes en priorité aux minorités visibles qui sont les moins sensibles aux aléas du commerce mondial et, donc, aux crises internationales. C’est bien à cela, plus qu’à l’action personnelle du Président de la République, que la France, a dû ne pas connaître un ralentissement aussi important que celui de ses voisins en 2008/2009. L’Allemagne, par exemple, a connu un ralentissement beaucoup plus intense, mais c’est qu’elle avait fait un choix très différent. Depuis la Seconde guerre mondiale, l’Allemagne a misé sur un développement de son PIB fondé sur la production nationale vendue à l’étranger, un peu à la manière de Colbert. Lors de la création de la zone euro, elle a commencé par s’assurer un marché immédiat suffisant en entrant dans la monnaie unique à un taux intéressant pour elle. Il est vrai qu’elle a trouvé alors un allié objectif en la personne de Jean-Claude Trichet avec sa politique de la « francfort » ! Depuis dix ans maintenant elle peut mieux que la France, mais aussi et surtout que la Grèce, l’Irlande ou l’Espagne, supporter une politique de l’euro fort qui satisfait toujours autant la vanité du même Jean-Claude Trichez. Lorsque, la crise aidant, l’économie allemande s’est trouvée en difficulté, Angela Merkel n’a pas hésité un instant : elle a allégé autant qu’elle l’a pu les charges des entreprises en les transférant sur les consommateurs et en pénalisant les consommateurs allemands par rapport aux consommateurs de ses partenaires européens. L’arme qu’elle a utilisée pour cela est l’augmentation de la TVA.

Ainsi, cette différence de politique entre les divers membres de la zone euro est structurellement favorable à l’Allemagne, et cela n’est pas près de changer. Il ne reste donc plus à la France, si elle persiste dans son dessein de relancer l’économie nationale par la consommation sans pour autant remettre en cause le dogme du libre échange, qu’à se rallier à la politique de fuite en avant à la mode anglo-saxonne. Développer le crédit à la consommation et tant pis pour les générations futures !

Si, globalement, les Pouvoirs publics français ont encore de la marge, compte tenu du faible taux d’endettement des ménages par rapport à celui de leurs voisins d’outre-manche et du pays des polders, compte tenu des traditions fortement teintées de l’idéologie socialiste qui dominent la vie politique, il leur faut aussi absolument lutter contre l’envolée des taux et surtout contre le surendettement qui menace de plus en plus. Il leur faut essayer de donner le change et de continuer à faire croire que tous les États européens sont solidaires. En espérant que l’exemple de la Grèce ne dévoilera pas trop tôt aux yeux de l’opinion publique la « mécanique implacable » mise en place avec l’euro. 

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