Derrière le sourire de Ségolène Royal ..

Lundi 4 juin 2007, par Paul Vaurs // La France

Au soir du premier tour des présidentielles, si les résultats n’ont pas constitué une surprise par rapport aux prévisions des sondages, test sans doute le sourire de Ségolène Royal qui aura été l’élément le plus surprenant de la soirée électorale. Lors de son discours et durant toute la soirée, la candidate socialiste arborait un sourire comme on n’en avait encore jamais vu sur le visage d’un candidat perdant.

Certes, alors que certains des sondages des derniers jours annonçaient un possible effondrement socialiste, la candidate pouvait se réjouir de son score honorable. Certes, elle pouvait se féliciter d’avoir rassemblé près de 18,6 millions d’électeurs, ce qui, en nombre de voix, est un score supérieur aux 14 millions de voix de Lionel Jospin en 1995 et même aux 15 millions de voix réunies la même année par Jacques Chirac !

Parfois taxée d’incompétence, objet de vives critiques depuis l’investiture socialiste jusqu’au second tour de l’élection présidentielle, Ségolène Royal a franchi tous les obstacles et déjoué tous les pièges pour devenir la première femme politique française présente au second tour d’une élection présidentielle.

Mais le sourire de la candidate n’exprimait sans doute pas une autosatisfaction qui, bien que légitime, aurait été déplacée un soir de défaite. Sans doute Ségolène Royal voulait-elle immédiatement prendre acte de cette défaite et entrer de plain-pied dans la campagne des élections législatives. Car après avoir ravi l’investiture à la barbe des éléphants du PS, la candidate semble bien décidée à affirmer son leadership sur le Part Socialiste.

Ségolène Royal veut affirmer son leadership sur le PS.

Comment interpréter autrement son « assaut » sur le balcon de la rue de Solférino d’où elle a harangué les militants au soir du second tour ? La présence de la candidate socialiste sur le toit du siège du PS était d’autant plus incongrue autant que symbolique que Ségolène Royal avait délaissé la rue de Solférino durant plusieurs semaines, préférant diriger sa campagne depuis son propre QG installé sur le boulevard Saint-Germain. Son retour rue de Solférino, entouré de ses proches et en l’absence des ténors socialistes, est donc un choix symbolique important.

Mais au sein du PS, on a, au soir même de la défaite, ouvert le bilan critique des présidentielles. Les proches de Dominique Strauss-Kahn ont notamment laissé entendre que l’unité réalisée au PS ces cinq dernières années, s’était faite au détriment d’une clarification des positions socialistes et d’une véritable refondation thématique et idéologique. On a d’ailleurs parfois vu, pendant la campagne, l’embarras ou les différences d’appréciation sur une question, comme celle des 35 heures. De la même façon, le projet socialiste revendiquait la nationalisation et la fusion EDF-GDF, alors que tous savent qu’un tel projet serait un véritable casus belli anti-européen.

A inverse, la gauche du PS reproche à la candidate ses appels du pied en direction de François Bayrou et réclame au contraire une refondation à gauche.

François Hollande, premier secrétaire du PS, a affirmé avec force qu’il ne tolérera aucun « règlement de comptes » au sein du parti. Mais l’avertissement n’est pas entendu et le « règlement de compte », même si on tentera de l’ajourner jusqu’au lendemain des législatives, aura bien lieu. Ce pourrait être une aubaine pour François Bayrou, qui peut espérer que l’éclatement du PS permette à son « Mouvement Démocrate » de faire quelques recrues, qui viendraient remplacer des députés UDF dont beaucoup se sont rapprochés de l’UMP.

Les règlements de comptes du PS pourraient être également une aubaine pour l’UMP qui peut espérer, au vu des résultats des présidentielles, une vague bleue de grande ampleur sur Assemblée Nationale.

Mais sans doute les 47% d’électeurs de Ségoléne Royal, qui espèrent que les législatives seront l’occasion de faire contre poids à la domination du parti présidentiel, comprendront mal qu’au lieu de se concentrer sur les élections à venir, les éléphants du PS préfèrent chasser la gazelle poitevine...

L’HÉRITAGE DE JACQUES CHIRAC.

Le dernier acte public de Jacques Chirac aura été —en compagnie, finalement, de Nicolas Sarkozy — sa célébration de la deuxième journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage. Ce hasard du calendrier aura finalement assez bien traduit une constante de l’attitude du cinquième président de la Cinquième République, celle sur laquelle s’achevait sa dernière confidence à Pierre Péan dans L’inconnu de I’Élysée (Fayard, Paris, 2007, p. 489), à savoir la « culture du respect qui doit s’enraciner ».

On s’interrogera encore longtemps sur les véritables pensées de l’homme et sur le sens de son engagement. Exactement quarante ans d’action politique — depuis sa nomination en mai 1967 au poste de secrétaire d’État à l’Emploi — ont brouillé les pistes. Peut-être malgré tout, à la manière d’un François Mitterrand. Si leurs comportements se sont révélés très différents, ils ont l’un et l’autre abondamment surpris leurs contemporains, le premier en assumant ses vieilles fidélités avec des gens situés très à droite et le second en combattant inexorablement tout ce qui ressemblait à l’extrême droite... Mais le premier chef de l’Etat socialiste se sera montré économe de paroles et de déclarations, alors que son successeur aura plutôt donné l’impression d’une boulimie d’interventions dans des directions qui l’ont fait traiter non seulement de « néo-gaulliste » comme de « radical », mais aussi de « travailliste à la française » comme de « reaganien. »

Certes, les contradictions d’un homme politique expriment la complexité de la vie et chacun sait qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas. Toutefois, Jacques Chirac a si peu craint les évolutions qu’il a pu être considéré comme une girouette soumise notamment aux modes répercutées par sa fille — et comme une bête politique dont le credo se serait résumé à la prise et à la conservation du pouvoir. Enfin, la manière dont il a été dépossédé par Nicolas Sarkozy de l’UMP, qu’il avait lui-même créée en 2002 après avoir mis vingt-six ans plus tôt le RPR sur les rails pour s’emparer de la mairie de Paris, puis du pays, a relégué au second plan les motivations d’un activisme qui n’aura souvent semblé exister que pour lui-même, sans crainte de se dédire.

Il est évidemment trop tôt pour porter une appréciation sur le bilan du président sortant. Il a incontestablement hérité du gaullisme une certaine conception du rôle de la France, qui n’hésite pas à se différencier de l’allié américain comme on l’a vu lors de la seconde guerre d’Irak — même si les liens avec Saddam Hussein remontaient à 1974. Il en a gardé aussi une sensibilité incontestée aux questions de la Résistance ainsi qu’un souci de la « fracture sociale » qui ne fut pas qu’un slogan électoral, doublé d’une réelle attention pour les personnes handicapées, accrue par l’anorexie de sa fille Laurence. Si l’on y ajoute un intérêt évident pour les problèmes de l’environnement, on a peut-être là les divers composants du cocktail chiraquien, dans lequel on n’aura garde d’oublier l’hostilité fondamentale à l’antisémitisme et au racisme.

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