Demandez le programme !

Dimanche 11 avril 2010, par Bertrand RENOUVÏN // La France

Voici quinze jours, je souscrivais à la désolation décrite dans le rapport du Médiateur de la République. Aujourd’hui, je veux communiquer mon enthousiasme pour ce qui se prépare en réplique à ce que nous subissons. Faisons le point.

Depuis le début des années quatre-vingt, les ravages de l’ultra-libéralisme ont été consignés et dénoncés par des chercheurs que nos lecteurs connaissent bien. La grande crise qui a éclaté en août 2007 a dépassé les plus sombres de leurs prévisions. Le sauvetage du système financier et la reprise de la spéculation n’infirment pas leur diagnostic : l’idéologie ultra-libérale est morte.

A gauche, les dirigeants socialistes n’ont pas conscience de l’ampleur de l’événement. A l’extrême gauche, les chefs de fractions s’en tiennent à des dénonciations désordonnées et imprégnées des utopies anarchiste et communiste de la fin de XIXe siècle. On brandit le poing et la rose ou les drapeaux rouges sans voir qu’une critique constructive, effectivement révolutionnaire, se développe actuellement en dehors des schémas du siècle dernier.

Un groupe qui n’a pas de nom, hétérodoxe mais homogène, marginal par rapport aux partis de droite et de gauche du XXe siècle mais central quant aux enjeux des deux ou trois décennies à venir, s’est constitué. Ce groupe est peu nombreux mais tous ses membres ont publié une oeuvre de nature scientifique et prennent la juste mesure des facteurs politiques l’histoire, la nation, l’État, le pouvoir symbolique sans qu’on puisse y repérer les traces d’un nationalisme de droite ou d’un jacobinisme. Je n’ignore pas les différences et les divergences qui existent au sein de ce groupe elles alimentent heureusement sa dialectique interne mais je voudrais souligner ce qu’il y a de commun dans une démarche qui conduit à un véritable programme de gouvernement : Un accord sur les causes de la grande crise : principalement le libre-échange qui a provoqué aux États-Unis et en Europe une forte baisse des salaires compensée par un recours massif au crédit. L’affaire des subprimes fut la cause immédiate d’une crise aggravée par des mécanismes spéculatifs incontrôlés. Le sauvetage in extremis du système bancaire n’a rien réglé et le fanatisme monétaire, en zone euro, place les peuples dans une situation insupportable.

Un accord sur la nouvelle politique économique à mettre en œuvre.

Constitution de l’Europe en ensemble protégé dans son organisation économique et sociale, contrôle du crédit, relance de la politique industrielle, monnaie commune, redistribution du revenu national en faveur des classes moyennes et populaires.

Un accord politique sur l’essentiel : la justice sociale comme finalité par le moyen de l’État national coopérant avec les autres États dans le cadre d’une Union européenne radicalement transformée. Ces critiques et ces propositions sont révolutionnaires aux deux sens du terme - avancée et retour.

Elles constituent un programme méthodique, hiérarchisé, de reconstruction et de développement de la nation française et de l’Europe continentale, selon des perspectives géopolitiques clairement tracées à l’échelle du monde entier : prise en compte du déclin américain, de la montée en puissance de la Chine, de l’importance de la Russie...

Ces pensées novatrices se développent dans la reprise des textes fondamentaux adoptés entre 1944 et 1946. Tout particulièrement.

Le Programme du Conseil national de la Résistance et le Préambule de 1946 pour ce qui concerne la nation française.

La Charte de La Havane qui affirme le principe de l’équilibre des balances de paiements, par recours aux mesures protectionnistes si nécessaire.

La Déclaration de Philadelphie concernant les buts et objectifs de l’organisation internationale du travail.

C’est sur ce socle national et international que s’appuie le programme déjà rédigé. Nous n’attendons plus que celui qui voudra le prendre et le réaliser.

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