Déjà, la valse des prétendants.

Mercredi 16 juin 2010 // La France

La valse des prétendants

Nicolas Sarkozy vient d’effectuer les trois cinquièmes de son mandat. Il est déjà temps de penser à l’échéance de 2012. Les candidats putatifs s’inscrivent sur les rangs. Avec le secret espoir de décrocher l’investiture. Les jeux sont loin d’être faits à gauche. Ils le sont encore moins pour la droite qui tente, par tous les moyens, de préserver l’essentiel : son pouvoir.

CARLA BRUNI aimerait qu’il arrête. Pal Sarkozy a clairement laissé entendre qu’il souhaiterait voir son fils passer et se consacrer à autre chose. Mais, le président de la République rêve secrètement d’effectuer un second mandat. Un second et pas un deuxième puisque le chef de l’État, dans la réforme constitutionnelle de juillet 2008, a lui-même limité le nombre de mandats successifs à deux. S’il était réélu, Nicolas Sarkozy égalerait ainsi, dans une moindre mesure, la performance de De Gaulle, François Mitterrand et Jacques Chirac qui ont effectué chacun deux mandats. Est-ce là l’une des marques de fabrique de la Ve République ? Il est en tout cas légitime que le président sortant soit le candidat naturel de son propre camp. Sauf catastrophe, Nicolas Sarkozy devrait être le candidat de l’UMP.

« Moins dirigeants, plus militants »

Après la réunion avec les parlementaires début mai, le député Éric Raoult (UMP, Seine-Saint-Denis) a confirmé les intentions du Chef de l’État. « A partir de juin/juillet il faudra recommencer à faire de la politique au Parlement. Cela veut dire qu on sera un peu moins dirigeant et un peu plus militant », a-t-il rapporté. Mais « s’il arrivait, pour des raisons qui lui appartiennent (Nicolas Sarkozy), qu’il ne soit pas à nouveau candidat, moi je pense qu’il faudra des primaires au sein de l’UMP », a de son côté déclaré Alain Juppé, le 29 mars dernier sur les ondes de BFMTV. « Je n’exclus pas, à ce moment là d’être candidat à la candidature », a-t-il précisé. Faut-il croire que l’actuel maire de Bordeaux se rocardise ? Non, il se place comme les autres et tente de griller la politesse à deux de ses « homologues » : Dominique de Villepin et François Fillon. Le premier est l’opposant déclaré au chef de l’État. Fort de sondages plutôt flatteurs (près de la moitié des personnes interrogées souhaitent qu’il se présente en 2012), fort d’un statut d’homme politique de premier plan, il a lancé son parti en mars avant de le porter sur les fonts baptismaux le 19 juin, une date symbolique pour cet admirateur de Napoléon et De Gaulle.

Face à un président de crise qui se retire du champ médiatique pour prendre une épaisseur et une stature plus importante, Dominique de Villepin reste toutefois prudent, refusant pour l’instant de placer tous ses pions. Mais son éventuelle candidature reste suspendue à son avenir judiciaire, en particulier la tenue du procès en appel de l’affaire Clearstream qui devrait se tenir début 2011. L’ancien Premier ministre sait également qu’il ne s’est jamais frotté au suffrage universel. Handicapant ? Peut-être. Mais, pas forcément rédhibitoire.

ALLÉGEANCE ET AMBITIONS

Comme Alain Juppé et contrairement à Dominique de Villepin, François Fillon ne se situe pas dans une opposition frontale au Chef de l’État. Il sait que ce dernier pâtit du désamour auprès d’une proportion importante de son électorat’. Encore plus depuis l’échec cuisant des élections régionales qui ont conforté les positions et les bastions de la gauche. Les Français accordent à l’hôte de Matignon le sens du dialogue, l’écoute, la sincérité, des vertus de travail, de proximité et même d’efficacité quand Nicolas Sarkozy ne dégage qu’une image de détermination et d’autorité. Plus rassurant, plus « réaliste », François Fillon qui a souvent dépassé le président de la République dans les sondages d’opinion, pourrait légitimement rêver de l’Élysée. Mais il s’en abstient. Pour au moins deux raisons. Premièrement, il connaît la malédiction de Matignon qui pèse sur les Premiers ministre en exercice. Aucun d’entre eux n’est parvenu à gravir la dernière marche, celle qui mène à la magistrature suprême. Secondement, il a répété à plusieurs reprises, avec des accents qui se voulaient sincères, sa loyauté envers Nicolas Sarkozy. Mais ce serment d’allégeance résistera-t-il à ses légitimes ambitions personnelles ? Contesté au sein de son propre parti, Nicolas Sarkozy l’est également au sein de sa majorité élargie. Comme la gauche de 2002, la droite de 2012 risque d’être plurielle. Au moins au premier tour : Hervé Morin, ministre de la Défense et président du Nouveau Centre, se lance dans une candidature de « projet » qui doit rassembler la « diaspora centriste ». Mais, il souffre d’un grave déficit de popularité. François Bayrou, le troisième homme de 2007, reste plombé par des résultats calamiteux aux législatives de 2007, aux européennes de 2009 et aux régionales de 2010. Le prisme, l’impression et le spectre de la division, risquent de s’accentuer si Jean-Louis Borloo, venait lui aussi à faire acte de candidature. Ces éléments pourraient favoriser l’émergence d’une gauche ragaillardie par ses derniers résultats électoraux.

RASSEMBLEMENT TOTAL OU PARTIEL ?

Dans ce camp aussi, les ambitions sont à la mesure des ego : surdimensionnées. François Hollande, Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry, Laurent Fabius, Jack Lang, et d’autres « éléphants du PS » se verraient bien à l’Élysée. Le principe des primaires semble acté. Déjà Manuel Valls, ancien conseiller en communication de Lionel Jospin et député-maire d’Évry, a officiellement posé sa candidature. D’autres suivront et tout le monde sera départagé « entre le printemps et l’automne 2011 », a dévoilé Arnaud Montebourg, secrétaire national PS à la Rénovation, sans donner plus de précision. Car les négociations vont bon train rue de Solférino : faut-il « travailler à un rassemblement total ou partiel de toutes les gauches », comme le suggère Arnaud Montebourg ? Il laisserait ainsi ouverte la possibilité d’avoir des candidats communistes, Front de gauche ou même écologistes. Est-il nécessaire d’organiser trois tours, avec un premier tour éliminatoire ? À qui faut-il ouvrir ces primaires : aux seuls militants à jour de cotisation ou bien élargir le système aux sympathisants ? Après tout, pourquoi au contraire ne pas désigner, en interne (par les militants, comme au bon vieux temps), un candidat socialiste pur sucre qui irait bravement se mesurer aux représentants du PRG et du MRC, voire d’Europe Écologie devant le suffrage universel ? Une solution dite « à l’italienne » permettrait de protéger le parti des inévitables divisions inhérentes à la périlleuse bataille des primaires ! Silence complice ?

Sentant le couperet de la présidentielle passer près de sa tête, la droite tente de préserver l’essentiel : la majorité à l’Assemblée nationale. La méthode ? Réformer le mode de scrutin en interdisant les triangulaires au second tour qui lui ont fait tant de mal aux dernières élections. L’autre objectif de cette réforme qui copie le scrutin présidentiel et qui serait appliquée à toutes les élections, est d’endiguer la montée des Verts et du Front national qui ont réalisé de bons scores lors des élections régionales de mars dernier. Une proposition de loi rédigée par Eric Ciotti (UMP, Alpes-Maritimes) a déjà recueilli deux cents signatures. Elle a été déposée sur le bureau de l’Assemblée nationale et attend une fenêtre d’ouverture dans le calendrier parlementaire surchargé pour être examinée. Concrètement, pour se maintenir au second tour, les candidats devraient à l’avenir recueillir 15% des suffrages. 15% non pas calculés sur les suffrages exprimés mais sur le nombre d’inscrits. Ce qui, l’abstention aidant, favoriserait les candidats issus des grands partis traditionnels et évincerait de facto les candidats « trouble fête ». Assez bizarrement, le Parti socialiste reste, pour l’heure, silencieux sur le sujet... Un silence complice ?

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