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De quoi DSK est-il le nom ?

Samedi 8 octobre 2011 // La France

Il faut une certaine dose de courage pour oser vraiment affronter l’affaire D S K, alors que tout le monde en parle en éludant soigneusement les questions les plus difficiles posées par le plus grand scandale médiatico-politique de l’époque. Même les adversaires directs de l’ancien patron du F. M. I. sont gênés aux entournures. Passons sur la présomption d’innocence à laquelle s’est substituée, depuis l’abandon des charges par le procureur new-yorkais, une sorte de non-lieu qui n’équivaut nullement à une déclaration d’innocence. L’inculpé du Sofitel devait bénéficier de tous les moyens nécessaires à sa défense et il en a usé à la mesure de la fortune de son épouse Mais la scène du crime, même laissée à son mystère, a brutalement exposé au monde entier la conduite privée d’un de ses plus puissants dirigeants. Précisément le domaine privé peut-il être préservé, dès lors que la conduite de l’homme public est devenue un objet de curiosité universelle ? Et problème plus délicat encore : au nom de quoi pourrait-on condamner une telle conduite alors que le droit à la liberté des moeurs semble universellement admis ? Sauf présomption de viol.

Damien Le Guay a osé aller au terme del’examen que la plupart des commentateurs abandonnent en cours de route. Il ne prétend nullement se substituer à la justice américaine dont il n’entend pas contester les procédures. C’est en moraliste, pénétré du souci impératif du bien public, qu’il n’hésite pas à argumenter ses jugements, allant jusqu’à provoquer toutes les instances de la permissivité contemporaine. Pourquoi l’affaire D S K est-elle un coup de semonce, qui contraint à revenir au plus vite à la vertu dont Montesquieu faisait en quelque sorte le fondement de la République ? Vertu qui dépasse la virtù machiavélienne, en retrouvant les requêtes les plus classiques pour la conduite des moeurs et qui défie donc directement le droit à la jouissance des enfants de 68 : « De ce point de vue, D S K est un enfant libéré et perdu de Mai 68. Il veut tout et son contraire et le veut sans complexe. Il a fini par se perdre dans ce refus du refus, cette permissivité à outrance et cette dépendance compulsive pour les jouissances corporelles en dose de plus en plus massive. Houellebecq analyse ainsi cette baisse tendancielle du taux de plaisir : cette génération post-68 libérée de tout (sauf d’elle-même et de sa frénésie sexuelle) est soumise à la dictature de la loi décroissante du plaisir. »

Vraiment est-il possible d’aller si loin dans l’exigence vertueuse ? La continence sexuelle a-t-elle jamais été tenue pour un préalable de bonne gouvernance ? Damien Le Guay allègue l’exemple de la République de Venise : « Quand les Vénitiens entraient dans le palais ducal de Venise, dans lasalle d’attente, ils étaient confrontés à un tableau de Véronèse : Jupiter punissant les vices. Le dieu de l’Olympe, lutte effectivement, dans un gigantesque corps à corps, avec les quatre vices [la calomnie, la luxure, la rébellion, la corruption] pour mieux rappeler à tous les citoyens que la République est en danger quant les individus, de l’intérieur d’eux-mêmes, se laissent aller. » Reste à vérifier si la Sérénissime fut vraiment préservée des maux combattus par Jupiter. Ce qui me permet de signifier à Damien Le Guay un amical reproche. Il y a quelque abus, et surtout un curieux artifice à faire des républiques, a priori, des parangons de vertus, protégées de la licence sexuelle, qui serait l’apanage de la monarchie d’Anceen Régime, où le Roi se réservait le droit de posséder toutes ses favorites. C’est quand même pousser un peu loin le paradoxe que de conférer à D S K une « sexualité monarchique » ! Comme s’il n’y avait pas une solide tradition des machistes républicains et de frénésie sexuelle chez les élus du suffrage, John Fitzgerald Kennedy représentant, de ce point de vue, une sorte de modèle inégalé, au point d’avoir mis en danger la sécurité des États-Unis, au demeurant protégée par un personnage aussi douteux que Hoover, grand maître dut FBI...

Et si l’on s’en tient à la république française, il y a quand même méprise, lorsqu’on oppose les dérives sexuelles « monarchiques » des présidents depuis Giscard, à la vertu d’un de Gaulle, qui fut le plus capétien des monarques républicains ! Mais cette querelle ne saurait cacher ce qu’il y a de plus intéressant dans la réflexion de Damien Le Guay : « Cet homme, perdu, hagard, chasseur de fem- mes-objets est un symptôme. De quoi est-il le nom ? » Tout simplement de notre époque, de notre situation singulière avec tous les rapports incestueux entretenus entre puissances financières, médias et politiques. Et ceci dans le cadre d’une crise généralisée qui remet tout en cause. Le spectaculaire dérapage de Dominique Strauss-Kahn est l’occasion d’une fulgurante analyse d’un système qui révèle ses failles internes. Peut-être que Damien Le Guay reste-t-il un peu en retrait sur ce qui concerne une crise économique qu’il semble ramener à la seule dette des finances publiques, alors que c’est la structure même du libéralisme économique qui se trouve déstabilisée. La compétence généralement reconnue au patron démissionnaire du FMI n’est-elle pas justement à réexaminer sérieusement dans le cadre d’un séisme toujours en expansion ?

On se demande alors si, dans un paysage dévasté, tout ne serait pas à reconstruire ; la politique, l’économie, la morale. Damien Le Guay a cependant raison d’écrire que « la loi passe par le coeur et la probité personnelle permet d’éviter d’en passer par la loi. » Mais c’est admettre ainsi que les solutions n’appartiennent pas toutes à la politique, c’est-à-dire au domaine de la loi. Ce qui pourrait être l’occasion d’un réexamen de la philosophie politique, au demeurant amorcé par lui-même, lorsque sur la sexualité il s’interroge pour savoir ce qui appartient et ce qui échappe à la régulation politique.

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