De la nécessaire anticipation.

Au Burkina Faso.

Vendredi 3 juin 2011, par Paul Tedga. // L’Afrique

Après plusieurs jours de forte fièvre, la température a fini par baisser au Burkina Faso, permettant à ses paisibles populations de recommencer à vaquer à leurs occupations de survie quotidienne. Pour montrer qu’il a compris le message, le président du Burkina Faso, Biaise Compaoré, a effectué un ménage sans précédent au sein de la direction des forces armées, pilier de son régime. Sans aucune hésitation, il a d’abord limogé le chef d’état major des armées pour le remplacer par le général brigadier Honoré Traoré. Voyant que les choses allaient de mal en pis, sa propre garde rapprochée s’étant transformée en tête de file des soldats mutins et pilleurs, il n’a pas eu d’état d’âme pour limoger le patron de la garde présidentielle, proche parmi les proches de son régime, le général Gilbert Diendéré.

Sans prendre les gants, il a également limogé le chef du gouvernement et renvoyé tous les ministres. Pour le remplacer, le président du Faso a fait appel à un homme nouveau, dépourvu d’expérience ministérielle pour relever le défi qui a été lancé au chef de l’Etat par ses propres frères d’armes.

Il faut souhaiter bonne chance à Luc-Adolphe Tiao, successeur de Tertius Zongo, car on n’imagine pas la situation au pays des hommes intègres s’il se révélait ne pas être l’homme de la situation. Les troubles qui ont affecté le Burkina Faso, ces derniers temps, sont sans précédent, depuis l’arrivée de Biaise Compaoré au pouvoir le 15 octobre 1987. Acculé, le régime doit aller plus loin dans les réformes. Les mesures déjà prises dans le feu des événements vont, toutes, dans le bon sens, mais elles ne sont pas de nature à apporter le calme et la stabilité de façon durable au Burkina Faso où tous les corps sociaux sont mécontents.

Depuis février, le pays est en effet, secoué par de multiples mani-festations de colère des magistrats aux commerçants, en passant par les élèves et les étudiants, les syndicats, la société civile, l’opposition, et maintenant, les militaires. Des militaires qui, dans un contexte généralisé de vie chère dans un pays où près de la moitié des 16 millions d’habitants peine avec moins de 1.000 f cfa (1,52 euro) par jour, exigent le paiement de primes spéciales.

Cela dit, les contestations des civils et des militaires reposent sur des revendications qui ne doivent pas être négligées. En fin politique, Blaise doit savoir anticiper en appliquant à son propre pays les remèdes qu’il propose avec succès aux autres pays de la sous-région, lui, le grand médiateur de l’Afrique de l’Ouest. Que lui demande-t-on en somme ? Qu’il s’engage tout simplement à ne pas lever le verrou de la limitation des mandats présidentiels. Ce serait le signal fort à un moment où son parti (dont le siège a été brûlé à Ouagadougou) projette une révision de la constitution qui lui permettrait de briguer un nouveau mandat en 2015, ce qui alimente une vive polémique dans le pays.

L’Uemoa, après la Côte d’Ivoire qui risque de prendre beaucoup de temps pour son redressement, n’a pas les moyens de supporter une deuxième crise profonde et durable au Burkina Faso. J’ajoute que pour l’intérêt de la sous-région de l’Uemoa et de tout le continent africain, il ne faut pas souhaiter que le malheur arrive à Biaise Compaoré. Tout comme il ne faudrait pas se réjouir de l’échec d’Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire. Les huit pays de l’Uemoa se tiennent par un cordon ombilical.

Les pays de cette zone ne doivent jamais perdre de vue qu’ils sont de véritables proies pour les prédateurs du Nord. Aujourd’hui, « la communauté internationale » ne fait pas la guerre au guide libyen, Mu’ammar al Kadhafi parce qu’elle voudrait instaurer la démocratie en Libye. Son objectif, c’est de s’emparer de son pétrole, tout simplement, en favorisant l’arrivée au pouvoir des dirigeants faibles qu’elle pourra manipuler facilement. Il y a certainement beaucoup de choses à revoir dans la façon dont les institutions de nos pays fonctionnent, mais il ne faut surtout pas être naïf de croire que des solutions aux problèmes que nous rencontrons en Afrique, viendront de ceux qui, hier, avaient pratiqué l’esclavage et la colonisation, sur nous, avant de maquiller leur domination en l’enveloppant dans des principes en somme irréprochables mais creux car totalement dévoyés : démocratie, libertés d’expression, bonne gouvernance, etc.

Nos populations doivent lutter pour avoir des espaces de libertés plus grands et pour qu’elles soient respectées par leurs dirigeants pour ce qu’elles représentent et pour ce qu’elles sont. Mais la colère étant mauvaise conseillère, elles doivent s’interdire de saccager ce qui a été construit à la sueur de leur front. Car aucun pays de cette sous-région ne peut se développer en s’inscrivant dans un processus d’éternel recommencement où après avoir fait un pas en avant, on se retrouve à faire deux pas en arrière.

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