De la méthode Coué…

Mardi 6 octobre 2009, par Pierre-Marie Gallois // Le Monde

 

 

Port d’une grande serviette autour du cou obligatoire !

« En Occident on se félicite : les élections présidentielles et provinciales en Afghanistan se sont déroulées dans des conditions que l’on n’osait espérer. » Grands médias, en boucle, de nous gaver de la victoire de la « démocratie », de la défaite des talibans. C’était au soir des élections…

Retour à la réalité…

 

A l’ONU on se disait soulagé et la Commission électorale annonçait – espérait ? – un taux de participation de 40 à 50%... http://www.rfi.fr/actufr/articles/116/article_83877.asp

« Nous venons d’avoir ce qui semble être des élections couronnées de succès malgré les efforts des talibans pour les perturber. » Si Obama en personne s’exprimait ainsi…

Et toujours ce paradisiaque seuil des 50% qui semblait pouvoir être atteint… Fallait bien s’en contenter après une participation euphorique de 75% en 2004…

Ces élections ont été une « preuve de la détermination du peuple afghan à construire la démocratie » ajoutait l’ancien Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, accessoirement secrétaire général de l’Otan.

Un expert en démocratie…

Du Canada à l’Espagne, les urnes afghanes étaient louées tel un calice : scrutin « remarquable » pour Stephen Harper, premier ministre qui avait dû abuser de trop de sirop d’érable. Pour Madrid : un scrutin qui reflétait « l’expression de la volonté et de la maturité du peuple afghan ». Ne manquait plus que les castagnettes…

Et pour le représentant spécial de l’Union européenne en Afghanistan, Ettore Sequi : belle journée pour le pays…

Allons-nous oublier les beaux couplets d’un autre expert es démocratie ? Monsieur Kouchner, bien sûr !

« …dans le contexte d’il y a quelques jours, c’est un succès". Des fraudes peut-être ?

« Je n’ai pas à avoir de soupçons. » Ou :

« Dans un contexte de guerre et de terrorisme, la participation constatée, y compris celle de nombreuses femmes, constitue un succès en soi »

Le « réel » ?

Une participation qui s’élève à 38,70%... grâce à un « bourrage » des urnes sans précédent ! Sans oublier une centaine de bureaux de vote « fantômes ». Il fallait bien ce sacrifice aux bonnes mœurs « démocratiques » pour permettre à Hamid Karzaï de s’approprier 54,6%...

Les commentaires des bonnes âmes « occidentales » se font donc discrets. Imaginez Martine Aubry devant commenter cette « réalité » ?...

Une belle farce donc, une farce qui a coûté 225 millions de dollars à la communauté internationale. Il est vrai que quand on aime on ne compte pas !

Le 6 septembre 2009, la Commission électorale afghane (IEC), présidée par un juriste nommé par le chef de l’État (et candidat) Hamid Karzaï, s’était risquée à évoquer la possibilité d’annuler 400 000 bulletins…

Le 7 septembre 2009, l’affaire était classée…en ramenant ce sursaut de vertu à 200 000… Et de proclamer des résultats partiels, portant sur 93% des bulletins : Karzaï (54%), Abdullah Abdullah (28%).

Le docteur Abdullah Abdullah

Pour sauver la face, la Commission des plaintes électorales (ECC), organisme indépendant présidé par le Canadien Grant Kippen, a ordonné de recompter les bulletins chaque fois qu’une urne en contenait plus de six cents, et chaque fois que l’un des candidats avait recueilli plus de 95% des suffrages...

Avec le secret espoir d’en arriver à faire qu’un second tour puisse se dérouler afin de redorer les urnes afghanes ; ce quoi s’est attaché l’envoyé « spécial » des Etats-Unis, Richard Holbrooke… Sans succès.

La « créature », comme c’est souvent le cas, se rebiffe. Hamid Karzaï, qui fut mis en selle par le département d’Etat américain en 2001, l’homme de G.W. Bush se refuse aux pressions.

2002

Passe encore d’être indulgent voire complaisant avec la corruption qui fait rage ou d’être accusé d’incompétence… mais « créature » des Etats-Unis, c’est de trop !

Reste à rêver à un gouvernement d’alliance « nationale » : Hamid Karzaî président et son rival « vaincu » Abdullah Abdullah premier ministre… Un gouvernement bicéphale « Pachtoune-Tadjik ». Et chacun d’eux de pousser des grands cris… Pour le plus grand profit des Talibans…

Etrangement, les urnes afghanes n’ont plus la suave odeur démocratique qu’ont voulait leur reconnaître : « Nous refusons d’être les complices d’une quelconque tentative de fraude massive » a asséné devant la presse Dimitra Ioannou, chef adjoint de la mission d’observation électorale de l’Union européenne… Et le « clan ». Karzaï de réagir violemment, qualifiant l’annonce de l’UE de « partiale et irresponsable »… Hamid

Karzaï qualifiant lui-même les fraudes qui auraient pu être reconnues de « mineures ».

Dur retour aux réalités afghanes… dans la « pure » tradition du Grand Jeu ! Réalités qui n’ont pas fleuri en un jour, fusse un jour d’élections !

Depuis des mois Hamid Karzaï s’était raccroché fortement au « clans » pachtouns, sans manquer aussi de dénoncer les « bavures » consécutives à diverses actions de l’ « OTAN »… La nouvelle « équipe » du président Obama avait donné un ton nouveau : fini l’ère Bush !

Alors qu’il n’était que le colistier du candidat Obama, J. Biden n’avait-il pas « tourné » les talons lors d’un dîner avec Hamid Karzaï alors qu’était évoqué les affaires de corruption dans l’entourage « Karzaï » ? Et sitôt nommée secrétaire d’Etat Hillary Clinton ne qualifiait-elle pas l’Afghanistan de « narco-state » ?

Ne pas succomber pour autant à un virus porteur d’angélisme…

Il n’est pas exclu que les Etats-Unis entendent bien reprendre la « main » ; dans ce dessein un Karzaï affaibli ne serait-il pas plus maniable. Ce même Karzaï qui se rapproche de l’Iran et de la Russie, qui invite le mollah Omar… Le Grand Jeu bat son plein.

Deuxième tour « plus démocratique » ou pas ? Il est un deuxième tour qui s’est déjà joué :
Le jeudi 17 septembre 2009, dix civils afghans et 6 soldats italiens ont été tués à Kaboul…

Portemont, le 19 septembre 2009

Des soldats italiens près des corps de leur camarades tués le 17 septembre 2009 à Kaboul dans un attentat à la voiture piégée.

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