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De « la lame de fond qui l’anime »...

Lundi 2 mai 2011, par Véronique Hervouët // Divers

Vous soupirez quand vous entendez « crise identitaire » ?

Au-delà des froufrous médiatiques, des calculs politiciens, crise il y a !

N’est-il pas urgent d’en connaître, d’en entendre, « Les dessous archaïques... » ?

Véronique Hervouët remonte à la source...

Les indignes héritiers des « valeurs humanistes », les chantres du multiculturalisme, du relativisme, les grands prêtres de l’antiracisme, toutes les prétendues « élites » ne sont pas épargnées !

Avec Véronique Hervouët pour guide : « Il est impératif d’étudier cet effacement du sens parce qu’il est le vecteur d’autodestruction de notre culture mais aussi la cause de notre impuissance à y résister. »

Quand la psychanalyse s’exprime avec toutes ses lettres de noblesse... « nous devons d’urgence revenir à la tradition auto-critique chrétienne.

Non pas pour achever de la détruire, comme s’applique à le faire la contre-culture libertaire depuis une quarantaine d’années. Mais pour la sauvegarder. »

Première partie

« Comment se construit l’identité » ?

« Les dessous archaïques de la crise identitaire » par Véronique Hervouët -psychanalyste

Parler de la crise identitaire c’est tout d’abord la situer dans son contexte de crise généralisée : crise économique, crise de l’éducation, crise de l’enseignement, crise des institutions… On peut se douter que ces crises ne sont pas seulement concomitantes. Elles résultent et participent d’un effondrement systémique de la civilisation occidentale. Mon propos consiste à repérer la lame de fond qui l’anime.

Dans le contexte de relativisme politique et culturel que nous traversons, nous pouvons constater que nombre de mots et concepts ne fonctionnent plus comme vecteurs de sens au service de la pensée mais comme des agents de communication au service de « l’air du temps ». Je désigne par là l’idéologie distillée par le discours médiatique, constituée d’émanations inconscientes, de fantasmes, non-dits et dénégations des passages à l’acte en cours (1).

Ainsi en est-il du mot « identité », utilisé confusément pour parler de soi et des autres, à divers titres d’appartenance communautaire, notamment sexuelle, ethnique, religieuse, régionale.

Nous reconnaissons dans cette déclinaison les composantes d’un autre concept à succès : « la diversité » dont les médias nous rebattent les oreilles. Tant pour la légitimer que pour effacer au plus vite de nos mémoires le souvenir d’une cohésion sociale fondée sur le respect des valeurs républicaines, les droits et les devoirs inhérents à la citoyenneté.

Les revendications identitaires contemporaines se manifestent sur un mode passionnel confinant à la violence, mâtiné de victimisme que leur accréditation institutionnelle (2) rend explosives.

Nous y détecterons d’emblée les symptômes d’une souffrance existentielle généralisée, d’une grave crise identitaire.

Afin de l’ouvrir à l’analyse, nous rapporterons tout d’abord ce terme obscur d’« identité » à la question de « l’Être » qui le sous-tend.

Aborder cette dialectique primaire de « l’Être » nous ramène aux fondements les plus archaïques des sociétés humaines.

Des archaïsmes inamovibles

Les fondements archaïques dont il est question sont non seulement génériques à l’ensemble de l’humanité, mais encore intrinsèques à la structure psychique de tout sujet humain. Si l’on peut qualifier ces fondements d’archaïques, c’est parce qu’ils se rapportent à notre double appartenance au réel biologique et à la réalité langagière. C’est en effet dans cet espace d’ambiguïtés que, depuis des temps immémoriaux, l’identité subjective est appelée à se construire et se réaliser. La problématique identitaire qui submerge le monde contemporain (passionnelle, caractéristique de son ancrage dans la vie intime) s’articule manifestement aux tremblements de cette phase archaïque. Il est donc urgent d’aviser en quoi consistent ces archaïsmes, parce qu’ils participent de l’histoire de chaque sujet et qu’à ce titre ils sont structurellement récurrents. Mais surtout parce que leur contention est au principe de l’élaboration et du maintien des processus de civilisation (3).

Comment se construit l’identité ?


Bien plus que tout cet « assemblage »...

L’identité n’est pas une réalité matérielle. C’est une construction qui se réalise par la médiation de la parole et qui comporte deux niveaux inter-dépendants.

L’un constitue et régit l’économie intime de chaque sujet.

L’autre, collectif et institué, en prend le relais pour façonner et structurer le champ social (traditions, religions, lois).


Toujours insuffisant...

La construction identitaire du « sujet »

C’est lors de l’acquisition du langage que se produit l’émergence du Sujet humain. C’est en effet le langage qui, dans la relation intersubjective, interpelle le sujet comme tel et le construit en lui donnant reconnaissance.

Mais en même temps le langage le divise. Car l’Autre de la parole laisse dans le sujet une empreinte en creux, qui fait manque. Ce manque à « être », qui frappe l’existence humaine du sceau de l’incomplétude, est ce qui fonde le désir.

S’il est vrai que le désir est suscité par un objet convoité, il n’en reste pas moins que le vide qui le cause est de structure. C’est en quoi aucun objet, fut-il le plus désirable, n’est approprié pour le combler. La satisfaction du désir laisse toujours à désirer C’est ce qui fait dire que le désir est insatiable. Quoi qu’ils possèdent, les humains en proie au désir, c’est-à-dire au « manque-à-Être » qui les creuse, réclament « toujours plus »…

Mais quel est donc cet obscur objet du désir ?

Le désir réfère incontournablement à celui de la mère. Celui-ci constitue en effet une entrave à la demande d’amour et à la satisfaction des besoins de l’enfant, qui voudraient que sa mère se consacre entièrement à lui. C’est pourquoi l’enfant veut être l’objet du désir de sa mère.

Ce désir premier reste inscrit dans le psychisme comme une indélébile référence. Et comme le désir féminin est orienté du côté mâle, le symbole phallique qui lui est associé est investi d’un prestige unique et référent qui est à l’origine du phallocentrisme qui structure le psychisme de tous les sujets humains (quel qu’en soit le sexe), mais aussi les institutions de l’ensemble des sociétés humaines. Ce phallocentrisme a pour conséquence que le sexe féminin ne trouve place dans l’inconscient qu’en tant qu’Autre-privé-de-phallus. Ce désir originaire et infantile d’être le phallus constitue le prototype de tout désir d’« Être ». C’est ce que nous allons vérifier concernant celui qui sous-tend les revendications identitaires.

L’identification sexuelle : « avoir » ou « ne pas avoir »

Cette symbolique phallique fondatrice étant posée, la découverte de la différence sexuelle — qui est pour l’essentiel découverte de ce qui manque à la mère — est un moment déterminant dans la construction psychique du sujet. Elle fait basculer le désir de l’enfant de la problématique primordiale de « l’être » vers celle de « l’avoir » où le sujet est appelé à s’identifier sexuellement. « Avoir » ou « ne pas avoir » le phallus, telle est l’alternative.

C’est le moment au cours duquel la symbolique phallique vient s’ancrer dans l’imaginaire (4). Cette séquence est déterminante car elle amorce la destitution de la mère de sa position de toute puissance et permet d’introduire la loi du père.

L’assomption du désir dans le champ éducatif judéo-chrétien

Dans la société occidentale, la culture s’est façonnée dans les champs linguistiques hébreu, grec et latin — qui ont engendré les valeurs de justice et d’égalité inscrites dans les Évangiles — et s’est structurée sur le modèle du droit romain (5). Ceci se traduit dans les textes religieux par une dévalorisation radicale de la jouissance qui implique dans le champ social une application égalitaire mais très contraignante de l’Interdit.

Cette configuration singulière a déterminé un modèle éducatif qui engendre une forte culpabilité et une frustration douloureusement ressenties sur le plan individuel. Ces dispositions se sont cependant avérées très productives sur le plan collectif car elles ont favorisé l’émergence de l’autocritique et positivé le doute, terreaux fertiles de la pensée créative qui constitue le moteur du développement socio-économique et culturel occidental.

Il y a cinquante ans à peine, les processus normatifs psycho-éducatifs s’élaboraient encore sous ces auspices.

Dans la cellule familiale, l’Interdit était incarné par le père, dont le rôle majeur était de séparer la mère et l’enfant. La meilleure façon pour le père de s’opposer au désir de l’enfant pour sa mère étant de faire valoir les prérogatives du sien. Le désir de l’enfant restait ainsi en souffrance, interdit. C’est à l’issue d ’une période dite de « latence » et à la faveur des poussées hormonales de l’adolescence que le désir pouvait refaire surface. Il incitait le sujet à s’affranchir de l’interdit paternel, à renoncer à son objet incestueux en se reportant vers un objet de désir choisi hors du cercle familial.

Cette configuration liée à cette chronologie montre que l’avènement du désir du sujet, qui permet son affranchissement, est lié structurellement à l’énoncé de l’Interdit (6).

L’identification par appartenance dans les sociétés traditionnelles

Dans la plupart des sociétés traditionnelles, les interdits vont dans le sens d’une moindre pression sur les pulsions, voire de leur aménagement social et institutionnel. Le phallocentrisme s’y manifeste explicitement par la prévalence du sexe mâle. Ceci se traduit par une application inégalitaire des Interdits et contraintes qui se concrétise par l’affectation d’un statut inférieur aux femmes, généralement étendu aux minorités ethniques et religieuses (7). La satisfaction sexuelle masculine y est privilégiée et le report du désir de la femme sur celui de la mère légitimé. Dans ce contexte, la relation fusionnelle mère-fils s’épanouit librement jusqu’à l’approche de l’adolescence. La rupture de ce lien puissant s’effectue généralement sur le mode de la circoncision. Pratiquée à l’âge de huit jours, comme c’est le cas dans la tradition juive, elle est sans incidence. Mais quand cette ablation partielle de l’organe impliqué dans le désir a lieu plus tardivement, parfois à l’orée de l’adolescence, elle exerce une menace explicite et concrète qui suscite la terreur chez les garçons, occasionnant non seulement la rupture avec la mère mais aussi avec l’Autre-sexe. C’est ce « mauvais aiguillage du désir et de la Loi » (8) qui engendre la mise à l’écart, la dévaluation et la discrimination des femmes que l’on peut constater dans la plupart des sociétés traditionnelles.


Costume de petit « prince » pour la circoncision en Turquie

Cette bipartition sexuelle assure une fonction identitaire qui conditionne l’équilibre psychique des individus et l’ordre social. Mais le phallocentrisme, qui affecte aux deux sexes des valeurs si tranchées, se projette en enjeux vertigineux sur les procédures identificatoires.

L’appartenance sexuelle masculine détermine en effet cet enjeu majeur qu’est la dignité du sujet, la supériorité qui s’y attache mais aussi la position dominante dans la relation dominant/dominé que légitime l’organisation sociale.

Ces enjeux identitaires sont d’autant plus angoissants qu’ils interviennent sur une base vacillante : le manque à « Être » constitutif du sujet. C’est ce manque structural du sujet qui place sous le signe de la précarité le symbole phallique et suscite l’angoisse de sa perte. Au point de s’opposer à l’assomption du désir. Ce qui est le cas quand pèsent des menaces concrètes telles que la circoncision sur le pénis.

C’est pour contrevenir à cette précarité de l’identité phallique que les sociétés traditionnelles éprouvent la nécessité de l’authentifier par la privation ostentatoire de l’Autre.

Ce dispositif qui fait supporter à l’Autre la charge du manque, de l’indignité, de la culpabilité et de la honte, constitue pour ceux qu’elle épargne, un écran efficace à leur propre faille subjective, aux frustrations qu’elle engendre et favorise ainsi une certaine stabilité sociale. Mais l’assomption problématique du désir masculin, qui entrave les processus d’affranchissement individuel, la négativation de la culpabilité et du doute qui dissuadent l’autocritique et donc la pensée créative, tendent à confiner le socius dans l’immobilisme et l’anémie économique (9).

Notes :

  1. Je désigne par le terme de « dénégation » ces alibis faussement vertueux que sont les professions de foi « humanitaires » qui servent à justifier jusqu’aux pires exactions militaires. Et la « novlangue » qui sert à occulter les régressions sociales. Par exemple le mot « réforme » (qui évoque un ajustement allant dans le sens d’une « modernisation ») utilisé pour désigner une régression vertigineuse : la démolition des services publics et sociaux ; « la concurrence non faussée », mot utilisé pour désigner la casse du Droit du travail, le retour de l’esclavage et de la loi du plus fort.
  2. Nous pointons cette politique et oxymore qu’est la « discrimination positive ». Notamment celle pratiquée par la Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discrimination et pour l’Égalité), qui participe de la politique européenne dite de « défense des minorités ». Celle-ci consiste à encourager les revendications identitaires (linguistiques, sexuelles, ethniques, religieuses, régionales, etc), à attiser leur dimension conflictuelle en accréditant leurs discours victimaires et en les mettant en concurrence au sein de dispositifs institutionnels « anti-discriminatoires » spécifiquement conçus pour accueillir et gérer ces conflits. Cette méthode du pompier pyromane, mise au service d’une stratégie impériale notoire (diviser pour régner), a pour fonction et conséquence de dissoudre la citoyenneté, les solidarités politiques et sociales qui s’y attachent, en fragmentant le corps social en communautés concurrentes.
  3. Sédiments du vécu des hommes, les normes s’inscrivent au cœur des textes fondateurs (religions, lois) et des traditions (modèles familiaux et éducatifs). Elles varient donc en fonction des civilisations. Mais toutes ont pour objet de faire obstacle au déchaînement anarchique des pulsions qui engendre la guerre de tous contre tous pour s’accaparer les objets de jouissance. En s’opposant au chaos, les applications de l’Interdit que sont les normes et les limites conditionnent l’ordre et la paix sociale, c’est-à-dire l’existence même de la société qui a pour raison d’être de protéger (y compris d’eux-mêmes) les individus qui la composent. C’est ce qui faisait dire à Freud que le degré de civilisation d’une société est proportionnel aux renoncements pulsionnels qu’elle exige.
  4. « L’imaginaire » est ce qui relève du champ symbolique, c’est-à-dire du langage, mais sur le mode visuel.
  5. Voir le remarquable ouvrage de Maurice Sachot sur l’héritage chrétien occidental : « Quand le christianisme a changé le monde — La subversion du monde antique » (Éd. Odile Jacob, 2007).
  6. Nous nous garderons toutefois de dire qu’il suffit d’une bonne recette éducative pour solutionner les aléas de la subjectivité humaine. Les individus n’ayant toujours fait que ce qu’ils ont pu. Respecter ou transgresser la loi. Mais quand ils la transgressent, ils connaissent les risques qu’ils encourent et la culpabilité qui constituent un salutaire garde-fou individuel et collectif.
  7. Les femmes, qui portent inscrite dans leur chair l’absence du symbole phallique sont l’Autre-exclu de référence, mais ce statut dévalué s’étend aux minorités en ceci qu’elles se distinguent du groupe tribal, ethnique ou religieux dominant.
  8. Fethi Benslama in « La psychanalyse à l’épreuve de l’Islam » (Paris, Aubier, 2002).
  9. L’auto-critique et le doute, qui sont vecteur de progrès et de création sont de difficulté dans le champ symbolique des sociétés traditionnelles qui s’appliquent à les évacuer en assignant le « défaut » et la « faute », autrement dit la responsabilité, à l’Autre. Cette configuration contribue à l’immobilisme socio-économique et culturel que l’on peut constater dans la plupart des sociétés traditionnelles.

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