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États-Unis.

De la dette et des apprentis sorciers.

Dimanche 3 juillet 2011, par Pascal Beaucher // Le Monde

Depuis la mi-mai, les États-Unis ont atteint le plafond de la dette fixé par les lois. 14 294 milliards de dollars. Astronomique. Paul Jorion et François Leclerc dans un récent article (’) insistent sur les risques que cette situation fait peser tant sur les Etats-Unis que sur la planète financière.

Les causes ne sont pas neuves, nous en avons maintes fois traité. Partie d’une situation particulièrement contrôlable au départ de Clinton, la situation a sombré pendant les deux mandats Bush. La limite fixée plus haut l’avait été en pensant n’être jamais atteinte. Elle apparaît aujourd’hui comme insuffisante. La crise de 2008 est passée par-là.

Les États-Unis sont structurellement déficitaires et les à-coups provoqués par les différents plans de soutien lancés ces dernières années ont amplifié le phénomène. Les parlementaires américains sont en train de discuter du possible relèvement de ce plafond mais les discussions sont pour le moins difficiles. Le Trésor américain peut tenir la situation jusqu’au début du mois d’août prochain par différents jeux d’arrangements et d’artifices comptables. Au-delà ?

C’est que cette crise financière se double d’une crise politique. Les républicains ne supportent pas d’avoir perdu le pouvoir, ni maintenant ni jamais. Alors, tous les moyens sont bons pour causer des difficultés à l’honni Obama et surtout pour empêcher une possible réélection. Depuis qu’ils ont acquis la majorité à la Chambre des représentants lors des mid-terms, les républicains bloquent tout ce qui peut l’êtreet certains d’entre eux se verraient bien jouer la politique du pire en provoquant la chute du système. C’est de la folie pure, le système financier international n’ayant pas les moyens de s’en relever. Pourtant, les deux parties ne peuvent que s’entendre mais à quoi cela servirait-il de replâtrer une nouvelle fois le système et quels sont les risques en cas d’échec ?

En premier lieu, si le scénario optimiste l’emporte, Obama aura son accord en échange de quelques coupes budgétaires supplémentaires dans un pays déjà exsangue. Ses adversaires rêvent de torpiller le Medicare mais il semble bien que le président n’aille jamais jusque là. Les républicains frôlent l’hystérie. Ils s’appuient sur une idéologie économique vieille maintenant de 40 ans et qui a amplement montré son inefficience. Peu leur chaud, ils en tiennent toujours pour les baisses d’impôts, seules à même, selon eux, de refaire partir le système. Or tout le monde sait maintenant qu’en dehors d’une courte période où joue à plein l’effet d’aubaine, les inconvénients l’emportent largement sur les maigres avantages. Les tenants des tea parties, ceux qui rejettent purement et simplement le principe même d’imposition fédérale, poussent à la roue pour que leurs députés tiennent bon. L’atmosphère estélectrique et le langage peu châtié.

Le déficit atteindra cette année 1 600 milliards de dollars et seule une manne de quelques 2 400 milliards d’euros à trouver d’ici la fin de l’année prochaine peut éviter un endettement supplémentaire. N’est-il pas temps de voir que, tout cela concoure à créer une catastrophe ? Faut-il être aveugle au point de ne pas voir qu’un danger mortel pèse sur les Etats-Unis ? L’économie se porte de plus en plus mal et il ne s’agit plus de simpies problèmes conjoncturels, certaines bases sont purement et simplement à revoir. La classe moyenne s’appauvrit à vue d’oeil et seuls ne s’appauvrissent plus ceux qui sont déjà privés de tout. Leclerc et Jorion ont raison de dire que le rêve américain est bien mort. Le dieu crédit vit ses derniers moments et la chute va être brutale, accord ou pas. La croissance est durablement en berne et le chômage augmente de manière continue. Aux États-Unis, la crise nourrit la crise. Tout cela pour le profit de quelques-uns.

Un groupe de milliardaires américains a récemment écrit au président pour lui demander d’augmenter leurs propres impôts (2). En voilà au moins qui ont du plomb dans la cervelle. Leurs opposants ne risquent pas de demander la même chose, cela fait longtemps qu’ils ont perdu la leur.

Le défaut de paiement possible sur la dette est devenu un vrai risque, les financiers américains le savent et ils demandent qu’il y soit mis bon ordre, pas à leurs frais bien naturellement. Resurgit le spectre de la big one, la grande crise financière qui emporterait tout. La dette sera de plus en plus malaisée à placer dans des conditions toujours plus défavorables. La fameuse planche à billets atteint ses limites. La saçro-sainte lutte contre l’inflation risque fort de montrer sa vacuité.

Accord ou pas, il va falloir choisir : surendettement public + surendettement privé = explosion du système. L’inquiétude, c’est que la crise aux Etats-Unis sera la crise de la planète entière. Le système financier souffre d’hypertrophie et il va bien éclater un jour. Les solutions existent, un État ne peut exister que s’il trouve les moyens de son entretien et de son développement. La politique suivie de baisse tendancielle des salaires et de la hausse corrélative du recours à l’emprunt ne peut plus tenir.

Les Américains sont sur la voie du déclin. Seule une politique fiscale bien menée peut sauver le système et probablement le pays - mais voilà une chose que nous ne risquons guère de voir de notre vivant. Comme en 2008, une crise recommencera, plus forte que la précédente mais avec cette différence majeure que les États ne pourront cette fois y faire face. L’heure de vérité approche. Dans cette perspective, un seul petit conseil : s’il vous reste quelques liards à placer, jetez-vous sur l’or !

Pascal BEAUCHER

(1) Voir en page 3 la rubrique L’écho des blogs.
(2) Dans une pétition publiée le 29 novembre 2010, quarante-cinq millionnaires américains ont demandé que soient supprimés leurs avantages fiscaux " pour la santé financière de notre pays et le bien-être ".

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