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De l’Allemagne… En marche… Par le Général Gallois.

Mardi 7 septembre 2010, par Pierre-Marie Gallois // L’Histoire

Notre maître d’Ecole poursuit toujours ses exposés.

Nous sommes toujours à Marrakech, à l’approche du printemps 1942.

Comprendre notre histoire, se pénétrer des racines de l’irréductible hostilité de l’Allemagne à l’encontre de la France…

Avec Pierre Marie Gallois qui ne baisse pas les bras…

Suite et fin de l’exposé numéro 2…

Portemont, le 23 août 2010

Dès que l’unité territoriale sera réalisée, dès même 1866, lorsque la Prusse aura écartée l’Autriche de son chemin, l’État conduisant les peuples germaniques à l’assaut du vieux monde, leur imposera sa tutelle.


Clémenceau

Nous avons admis, nous démocrates impénitents, qu’en période de crise, le parlementarisme devait laisser place au gouvernement d’un seul. Clemenceau, à la fin de la guerre, Poincaré en 1927, Daladier en 1939 ont eu les pleins pouvoirs. L’Allemagne se considérera toujours en période de crise, de lutte pour avoir sa « place au soleil ».

L’économique, fondu à la politique, rejettera rapidement l’individualisme à la Adam Smith, qui avait pénétré en Allemagne au début du XIXe siècle, et c’est, par un protectionnisme à outrance, que les dirigeants allemands forgeront l’arme de la conquête mondiale. De là, cette forme si particulière que prendra le socialisme allemand qui sera socialisme d’Etat, et le capitalisme allemand qui sera capitalisme officiel.

De là, aussi ce malaise que ressentiront les Allemands, en République, ce recours immédiat au chef, cet abandon au Führer

Mais cette hégémonie mondiale au milieu du XIXe siècle, l’Allemagne ne pouvait la réaliser qu’après avoir franchi la dernière étape, l’unité.

L’obstacle c’était la confédération germanique elle-même. Créée après les traités de 1815, elle visait un double but : s’opposer à une union entre les Etats du sud et la Prusse, contraire aux intérêts autrichiens, maintenir la sécurité intérieure en luttant contre le libéralisme et les aspirations nouvelles. Toute inspirée de Metternich, elle est profondément conservatrice sur le plan politique comme sur le plan territorial.


Metternich

L’échec du Parlement de Francfort, détruisant à jamais les aspirations libérales de l’Allemagne du sud et d’une partie de la Prusse, sera le facteur déterminant de l’autocratie territoriale dans laquelle la Prusse fait figure de devancière.


Session du parlement de Francfort en juin 1848. Robert Blum est à la tribune.

Lorsque ses victoires extérieures contre le Danemark et l’Autriche auront posé le principe de sa supériorité, les Etats s’aggloméreront autour d’elle et accepteront à Versailles sa tutelle ; l’Empire sera constitué.

Rappel :
Les duchés de Holstein et Lauenburg, sous la coupe du Danemark, rentrent en 1815 dans la Confédération germanique. Le duché de Schleswig, lui aussi sous la tutelle danoise, réclame cette adhésion. Les Danois, eux, veulent annexer ces duchés à leur royaume. En 1846, le roi du Danemark Christian VIII évince la maison allemande des Augustenburg, héritière des duchés.

Provoqués par les mouvements nationaux de 1848, les duchés s’insurgent. La Diète, à Francfort, envoie des troupes prussiennes et autrichiennes (les deux pays membres de l’exécutif dans la Confédération) afin de soutenir le gouvernement provisoire qui s’est constitué. Un traité de paix est signé le 26 août (Trêve de Malmö) sous la pression russe et britannique. Mais la trêve est rompue par le Danemark le 10 juillet 1849. La paix est signée à Berlin le 2 juillet 1850, un mois plus tard le protocole de Londres est signé, qui réhabilite les distinctions entre les duchés et le Danemark. Un deuxième protocole est signé en 1852, qui accorde la succession des Duchés au royaume du Danemark et garantit l’autonomie de ceux-ci. Cependant le nationalisme allemand fait pression pour l’entrée des Duchés dans la Confédération.

La guerre des Duchés a placé la Prusse sur les rails de l’unité allemande, en compétition avec l’Autriche hésitante. En 1866, Bismarck, premier ministre du Royaume de Prusse, en dénonçant une mauvaise gestion des duchés par l’Autriche, déclenche la guerre austro-prussienne, écartant l’Autriche du futur Empire allemand. http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_des_Duch%C3%A9s | http://www.strategium-alliance.com/L-unification-allemande.1698.0.html

Dès que la nouvelle des journées de février 1848 fut connue en Allemagne et en Autriche, les étudiants menant le peuple réclamèrent : suffrage universel, institution du jury, liberté de la presse. L’Empire des Habsbourg craque de toutes parts, Metternich démissionne, un Parlement est convoqué à Francfort.

« Bien qu’elle comporta l’élite intellectuelle de l’Allemagne cette Assemblée ne tarda pas à montrer son impuissance : on passa plusieurs mois à discuter et à voter les droits fondamentaux au citoyen que l’on eu pu emprunter en bloc à la France. Puis ces hommes, éminents et consciencieux, rédigèrent une constitution assez bien conçue. Bismarck lui empruntera ses grandes lignes, pour donner une façade à sa dictature. » (5)
L’affaire des duchés, Schleswig et Holstein, allait permettre à l’Assemblée de passer à la pratique des affaires. Son intervention la couvrit de ridicule. Elle avait envoyé une armée fédérale pour s’emparer du Schleswig, lorsque la Prusse désapprouva l’initiative et conclut un accord avec le Danemark qui confiait à un Danois l’administration provisoire des provinces, objet du litige. Un protocole signé à Londres en 1852 réglera définitivement la question. Entre temps l’Assemblée avait envoyé contre le Danemark une nouvelle armée commandée par un général prussien, qui à ce titre, recevait des instructions contradictoires de Francfort et de Berlin. L’Assemblée perdait définitivement la face. Essayant sa dernière chance elle prit le parti d’offrir au roi de Prusse la couronne impériale, après avoir exclu l’Autriche de la Confédération germanique

Le roi de Prusse, dans le dessein de « torpiller » cette assemblée de rhéteurs qu’il méprisait, refusa cette couronne impériale qu’il convoitait pourtant.

Le Parlement croupion, ainsi fut-il baptisé à la suite de cet échec, se réfugia à Stuttgart où il fut dissous par la force.

« L’essai d’une unification de l’Allemagne par le libéralisme était concluant. Ce n’était pas ainsi que le nationalisme réussirait. Entre le libéralisme et le nationalisme, les patriotes allemands devaient choisir. Bientôt Bismarck choisira pour eux », conclut Bainville.

La Confédération germanique, œuvre des traités de 1815 auxquels Napoléon III s’attaquait, ne tarda pas à suivre le Parlement croupion.

Lorsque Sadowa aura écarté définitivement l’Autriche des affaires d’Allemagne, la voie sera libre pour l’unification, derrière la Prusse.

Je ne parlerai pas des fautes de la politique française. Au nom du principe des nationalités, Napoléon III laissa écraser le Danemark, au nom du même principe, il s’efforça de libérer l’Italie de l’Autriche, et, toujours en vertu de la même idéologie, il resta neutre pendant la guerre austro-prussienne.


Napoléon III - Winterhalte

Cette incohérence, personne ne la vit en France, hormis Thiers. Le « Siècle » écrivit sérieusement : « être pour la Prusse et pour l’Italie, c’est vouloir le triomphe de la plus juste des causes, c’est rester fidèle au drapeau de la démocratie ». Et Paris illumina le soir de Sadowa.

Cependant que Bismarck manœuvrait l’Europe, la pensée allemande, dont nous avons vu qu’elle muait souvent en actes, porte la marque d’un siècle fertile en transformations industrielles et sociales.

Alors qu’elle s’était attaquée, au cours des siècles précédents, à l’humanisme occidental, à travers la France ou la Papauté, au XIXe siècle, la culture allemande se haussa sur le plan international pour saper les fondements du vieux monde. Ce ne sont pas affirmations empiriques ou appel aux sentiments. La pensée est logiquement construite sur des bases scientifiques. N’oublions pas que nous sommes à 1’époque des sciences exactes et du triomphe complet de l’industrie.

Le premier postulat est d’importance : les sciences de l’esprit sont considérées en fonction de leur évolution. « Toutes les cultures qui se sont succédées n’occupent, dans l’espace et le temps, qu’une position relative. La civilisation grecque, par exemple, que nous avons divinisée et que nous acceptons comme un tout imperfectible, n’est qu’une culture humaine comme les autres, « forgée » dans le sang, image que Goethe devait reprendre à la lumière des guerres révolutionnaires et de l’Empire dans sa nuit de Walpurgis classique. (6)

La Nuit de Walpurgis se situe entre le 30 avril et le premier mai. Célébrée dans toute l’Europe depuis des temps reculés, malgré les interdits et excommunications des Églises chrétiennes, elle a été identifiée au sabbat des sorcières. Elle est surtout le symbole de la fin de l’hiver et est parfois associée à la plantation de l’arbre de mai ou l’embrasement de grands feux.

Sainte-Walpurgis était une religieuse anglaise. Appelée en Allemagne par Saint-Boniface, elle fut abbesse de Heidenheim (ville allemande). Selon la légende, pendant la nuit qui précédait sa fête, le premier mai, sorcières et sorciers se réunissaient sur un mont proche, le Blocksberg, pour un sabbat. C’est cela qui est l’origine des croyances concernant cette légendaire nuit.

Elle était pratiquée dans de nombreux pays d’Europe nordique, occidentale et orientale, chacune de ses nations la célébrait différemment et possédait ses propres croyances et superstitions vis-à-vis.

Sur le Hartz, massif ancien d’Allemagne centrale, près de Göttigen, on célèbre la "WalpurgisNachtStraum", ce qui littéralement dire en français « le Songe d’une Nuit de Walpurgis »
http://gothique-romantique.forumactif.net/la-chambre-des-secrets-f14/la-nuit-de-walpurgis-t1557.htm

Par voie de corollaire, le Droit perd sa valeur statique, puisqu’il représente une somme de coutumes transcendantes à travers les âges.
Le christianisme subit le second choc. Religion comme une autre, il est lié à quelques siècles d’histoire mondiale, et la forme qu’il a empruntée pour révéler Dieu aux hommes pourra être différente lorsqu’une autre civilisation remplacera les normes actuelles.

Cette sorte de nihilisme intellectuel n’est pas seulement destructrice des vieilles conceptions, il leur substitue d’autres dogmes.

Ainsi, si Strauss estime que le Christ et les apôtres ne sont qu’un mythe, né de la pensée des premiers chrétiens, il propose de remplacer cette foi surannée par une conception du monde fondée sur les sciences naturelles et le matérialisme.


Ludwig Feuerbach

Feuerbach dépasse Renan et Strauss. Pour lui, il faut soumettre le monde à un examen rationnel et ne retenir que le réel. La pensée d’ailleurs n’est-elle pas qu’une fonction organique ?

Au reste ces affirmations ne se développent pas dans un monde germanique calme. Elles ne vont pas sans de violentes oppositions confessionnelles, philosophiques, sociales, politique. Jamais l’Allemagne intellectuelle n’a été si partagée. Jamais le développement de la presse, des voies de communications, des agglomérations, n’a donné un tel caractère révolutionnaire à ses réactions.

Jamais non plus, l’influence des idées libérales issues de 89 ne sera si forte. Les mouvements républicains se succèdent : 1819-1830 - 1848 - 1850, autant de dates marquant les soubresauts du libéralisme en luttes avec les éléments réactionnaires. Mais lorsque Bismarck aura pris en main les destinée, de la Prusse, puis de la petite Allemagne, le fossé ne sera plus jamais comblé entre la nouvelle Allemagne et nous, vieillis avec nos principes.

Plus jamais nous ne serons en résonance avec cette Allemagne qui, par moments, a été proche de nous.

A partir de 1870 même, nous irons en suivant des voies systématiquement divergentes. Notre libéralisme, notre démocratisme, nos mouvements ouvriers, nos convulsions sociales, notre politique économique, monétaire, culturelle, aucun de nos actes publics n’aura plus d’influence sur l’Allemagne. Nous ne nous rencontrerons plus que les armes à la main. Et les explications seront sanglantes.

Il manquait à la liste déjà longue des théoriciens de la plus grande Allemagne un apologiste de l’État, « étape inévitable sur 1e chemin qui mène à la société idéale ». (8)

C’est à Hegel que reviendra la tâche d’étudier rationnellement le problème du Reich.


Hegel

Reprenant les théories de Frédéric II il les porte à leur haut perfectionnement, il leur donne le vêtement de brume philosophique et mystique que doit avoir en Allemagne toute idée pour y faire fortune.(9)
L’État fédération est 1’État de raison, le principe rationnel par excellence, il est la réalité absolue : une fin en soi. Si l’on confond l’Etat avec la société civile et si on le considère comme institué pour garantir la liberté des personnes et la sécurité des propriétés, alors c’est l’instinct des individus qui en serait la fin dernière, et par la suite il serait loisible à l’ individu d’être ou de ne pas être membre de l’Etat.

Mais, bien au contraire, l’État est la réalité absolue et l’individu n’a lui-même d’objectivité, de vérité et de moralité, qu’en tant qu’il est membre de l’Etat. Ce qui fait que l’État existe, ce n’est pas la volonté des individus, le contrat comme le prétendait Rousseau, mais c’est la marche de Dieu dans le monde. L’État est une des formes terrestres de l’incarnation divine de l’Idée ; et de là, il résulte de toute évidence que les individus n’existent que par et pour l’État. De là, aussi, il résulte que le Monarque, symbole concret de l’État’ est tout, et que le peuple n’est rien par lui-même.

Dire que l’autorité du roi repose sur un accord entre le peuple et lui est une erreur qui porte atteinte à la majesté royale. Le peuple, c’est-à-dire tout ce qui n’est ni le prince, ni les fonctionnaires, ces organes de la volonté royale, le peuple est la partie de l’État qui ne sait pas ce qu’elle veut. Le parlement, issu du peuple, n’aura donc qu’une part indirecte et restreinte au gouvernement de l’État, il n’aura que voix consultatives, il ne sera pas, d’ailleurs, l’émanation du peuple, de la foule inorganique, de la masse informe, car Hegel n’admet naturellement pas le suffrage universel, il sera constitué par les représentants de la propriété foncière qui formeront la Haute chambre, et par les représentants de la fortune mobilière qui formeront la chambre des députés. Les deux chambres constitueront ainsi non pas une représentation des individus ou des idées, car les individus ne comptent pas en tant qu’ individus et les idées ne peuvent exister en dehors de l’idée de l’État, mais formeront une représentation des grands intérêts sociaux : commerce, industrie, agriculture.Elles éclaireront au besoin le monarque et ses conseillers, mais n’auront pas d’influence coercitive sur leurs décisions.

Ainsi, constitué, l’État n’a pas à craindre de dangers internes, mais s’il est entouré d’Etats rivaux, quels seront ses rapports avec eux ? Étant la force sur terre, ne reconnaissant aucune autorité supérieure à la sienne, puisqu’il est divin, l’État, s’il entre en conflit avec ses voisins, ne pourra et ne devra reconnaître qu’un mode d’accommodement : la guerre. Il ne doit dans ces occasions n’avoir qu’un souci : son intérêt. Il n’a pas à combattre pour la morale, la civilisation, ou la justice ; ce sont là de vains facteurs dont l’ombre ne doit pas lui cacher sa fin propre : or, sa fin propre est avant tout sa prospérité. Son droit ne doit connaître d’autres limites que la force ; si son intérêt exige qu’il viole les traités, qu’il a signés, aucun scrupule ne doit l’arrêter ; les guerres qu’il fera seront légitimes du moment qu’elles seront victorieuses, car sa victoire prouvera qu’il aura réalisé une volonté divine, qu’il aura rempli une mission.

L’Histoire, d’ailleurs, poursuit Hegel fournit des preuves éclatantes de la vérité de cette doctrine. L’histoire universelle est le jugement dernier des peuples. Les peuples forts se sont toujours imposés au monde, tant qu’ils ont été forts et cela légitimement, car ils représentent un stade de l’évolution de I’Idée. Dans le processus rationnel et nécessaire, origine du développement de l’Idée, le peuple qui représente un certain moment de ce développement a contre tous les autres peuples un droit absolu, et ces autres peuples sont sans droits contre lui. Les peuples dont l’époque est passée ne comptent plus dans l’histoire du monde...
L’humanité a ainsi traversé, les périodes orientale, grecque, romaine. Elle en est maintenant à la phase germanique.

L’esprit germanique incorporé dans l’État prussien doit être l’âme du monde nouveau, car, c’est celui, où, pour l’instant, se réalise la vérité absolue, c’est lui qui incarne cet esprit universel, dont le développement à travers les âges fait l’Histoire.

Hegel a eu des disciples. Treitschke et le général von Bernhardi n’ont pas dit autre chose.


Lieutenant de cavalerie lors de la guerre franco-prussienne de 1870, Friedrich von Bernardi fut le premier allemand à passer sous l’Arc de Triomphe lors de l’entrée des troupes allemandes dan Paris…

Dans ses deux livres sur le Pangermanisme : « Notre avenir et l’Allemagne de .la prochaine guerre », paru en 1913, von Bernhardi estime que l’Etat ne se réalise pleinement que lorsqu’il se dresse contre ses ennemis du dehors. Tous les moyens qu’un Etat emploie avec succès pour arriver à ses fins sont moraux et tous les petits Etats, ou toutes les nations faibles, n’ont pas le droit de vivre : Polonais, Tchèques, Hongrois, Slovaques, Wallons, Lithuaniens, Estoniens, Finlandais, tous peuples intercalaires doivent nécessairement être absorbés par leurs voisins plus grands.

Ce ne sont pas des théoriciens isolés, en mal de polémique. Hegel, Treitschke, von Bernhardi continuent la tradition allemande et ont un immense public de lecteurs. Un professeur de droit, Jhering ne déclarait-il pas : « Tout droit existant et en vigueur est un enfant de l’Histoire, et nous devons nous incliner avec un sentiment de vénération devant la force victorieuse, produit mystérieux des forces et des lois morales... La puissance du vainqueur voilà ce qui fait et détermine le droit ». (10)


Rudolf von Jhering - Fondateur de l’école moderne sociologique et historique de droit. (Une règle de droit sans contrainte « c’est un feu qui ne brûle pas, c’est un flambeau qui n’éclaire pas ».)

A ces affirmations de toute une élite, qu’avons-nous à opposer ?


Gambetta

Gambetta, Combes, Waldeck- Rousseau ?


Waldeck-Rousseau

Tous les hommes de la IIIe République qui reprennent la tradition républicaine et les « principes sacrés de 1789 », n’ont cessé d’affirmer la prépondérance du droit latin, le culte des nationalités, la prédominance de l’homme sur la nation. Jacobins verbeux, ils n’ont de vigueur que dans l’anticléricalisme.


Emile Combes

Ajoutant au lourd héritage historique, ils ont aggravé les premières fautes diplomatiques en donnant à la France un idéal que nous revendiquons encore parce qu’il est élevé ; mais parallèlement ils ont sapé sa force alors que les avertissements ne manquaient pas.

Le dernier, avant la catastrophe, lui vient de Giraudoux.

« Pour un pays surchargé en population, ambitieux à juste titre de lui donner le bien être, exaspéré par ses sacrifices, le libre exercice de notre jugement et de notre langue dans une contrée où la campagne se vide, où la vie est douce devient peu à peu un déni de justice.

Or, on ne supporte les dénis de justice que de ses égaux ou de ses supérieurs en grade.

Tel est le destin de la France. Nation de premier ordre, elle est un symbole. Elle en a la force. C’est sur le domaine des idées et des préséances idéologiques qu’elle lutte avec ses égales. Nation de second ordre, elle n’est plus qu’une excitatrice, une sorte de « déserteuse » à ce devoir des nations qui semble ne pouvoir être exercé que par la coercition et l’esclavage des citoyens... Le jour où la France devient une puissance de second ordre, elle est perdue ».

Voici près d’un siècle que nous sommes nation de second ordre.

Mais nous vivions derrière une haute façade édifiée sur notre Histoire. Derrière il n’y avait que très peu d’étages. Par un phénomène curieux, nous ne sommes pas tombés parce que d’autres s’élevaient, choisissant des voies différentes nous avons pris celles qui nous abaissaient, alors que nos voisins, qui avaient misé juste depuis longtemps, nous montraient la valeur de leur conception et nous prouvaient, sur le champ de bataille et dans la vie économique, que leur chemin avait du bon. Du moins pour eux.


Le Chancelier de l’Empire Otto von Bismarck et Napoléon III après la bataille de Sedan.

Ainsi, à la fin de la période que termine la guerre victorieuse de 1871, l’Allemagne a fait un bond prodigieux dans l’espace et dans l’esprit. Le Zollverein a permis l’unification économique, les guerres de 1864-1866 et 1870 lui ont donné des limites correspondantes aux premières aspirations de ses peuples, gérés par un Etat fortement administré, d’inspiration prussienne.

L’oeuvre de ses penseurs, enfin, devançant les conquêtes territoriales ou économiques a tracé la voie à suivre en fixant les nouvelles étapes sur le chemin de l’hégémonie allemande, but séculaire de l’action germanique. Mais, l’Allemagne, pays dynamique, n’allait pas s’organiser intérieurement à l’échelle des autres nations.

Jugulée par la prudence de Bismarck, sur le plan international, comme la foi luthérienne l’avait été sur le plan spirituel par les monarques, l’Allemagne, une nouvelle fois déçue, se tournera vers l’Industrie et le Commerce. Le développement commercial ne tarda pas à prendre un caractère gigantesque qui conduisit, par son ampleur, aux jours sombres de 1919.

La ferveur religieuse donnera même à son activité économique un caractère extra-commercial et elle s’exercera dans le domaine des Idées par l’expansion du pangermanisme et des théories raciales qui conduisent au nazisme et relient ainsi l’Allemagne actuelle à son proche passé, en enjambant les essais de la République weimarienne.

Déjà, au lendemain de la guerre de 1870, certains Allemands reprochent à Bismarck la modicité de ses acquisitions territoriales : Frantz regrette que l’ancien duché de Lorraine n’ait pas été tout entier à l’Empire. Paul de Lagarde considère comme une grande erreur d’avoir laissé Belfort à la France et demande l’annexion du Luxembourg. D’autres exigent la création de la Grande Allemagne dont List a tracé le tableau prometteur. Ils demandent 1’annexion de l’Autriche, des Pays-Bas, de la Belgique, l’union dans un même Reich des peuples de langue germanique et de quelques autres nations aussi, destinées à former des marches protectrices.

Paul Anton Bötticher dit Paul de Lagarde - changea de nom en hommage à sa grande-tante maternelle, Ernestine de Lagarde, qui l’avait élevé suite au décès de sa mère-, exerça une grande influence dans l’Allemagne contemporaine par ses écrits nationalistes et antisémites compilés dans les Deutsche Schriften « Écrits allemands » Certaines de ses idées seront reprises a posteriori par les nazis comme l’espace vital à l’Est,la construction d’une Mitteleuropa (Europe centrale) sous la domination germanique, l’aspiration à un « christianisme allemand » expurgée de ses éléments juifs (notamment Saint Paul) qui influencera directement Alfred Rosenberg dans son livre Le Mythe du vingtième siècle (1930).

Selon Paul de Lagarde, la germanité est fondée sur “l’âme” plutôt que la pureté d’une race germanique, prenant l’exemple d’illustres allemands comme Leibniz, Lessing ou Kant qui étaient d’origine slave ou écossaise.[] Toujours selon lui, les Juifs doivent impérativement choisir entre leur religion ou devenir tout de suite des Allemands à part entière et il ne mâche pas ses mots à leur égard dans ses Écrits allemands. Nette radicalisation de l’antijudaïsme qui annonce l’antisémitisme virulent du mouvement völkisch et du parti nazi (qui saluera d’ailleurs Lagarde comme l’un de ses inspirateurs).

Les idées de Paul de Lagarde illustrent la lente transition au cours du XIXe siècle en Allemagne, d’un nationalisme libéral et romantique, au lendemain de l’aventure napoléonienne, à un nationalisme raciste et scientifique - http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_de_Lagarde

Sa modération relative, Bismarck l’a imposée à l’Allemagne parce qu’il ne pouvait faire autrement. Créateur d’un empire encore fédéral il n’aurait pu, que par la guerre, satisfaire les exigences encore divergentes du peuple allemand qui aspirait à l’unité tout en respectant une partie du particularisme séculaire. Or la guerre eut risquée de compromettre les positions acquises. D’ailleurs, englober l’Autriche eut rendu plus complexe le problème. Etat catholique, unie à la Bavière, elle eut compromis, la prépondérance de la Prusse.

La Prusse, Bismarck le savait était l’Etat par excellence. C’est à elle que reviendrait, plus tard, lorsque les années lui auraient permis d’asseoir son autorité, d’imposer son organisation interne à tout le Reich. Il était donc dangereux d’ajouter à 1’Allemagne du sud, ralliée de fraîche date, une Autriche à tendance particulariste qui eut gêné le rayonnement centrifuge de la Prusse vers les autres Etats. En 1938 ces raisons n’existeront plus et l’Anschluss sera réalisé.


Mars 1938 – Autriche – Foule acclamant Hitler…

Bien que réduite à la Petite Allemagne, la création impériale de Bismarck avait effrayé l’Europe, d’abord satisfaite de l’amoindrissement français.

En limitant ses conquêtes territoriales, le chancelier faisait accepter son œuvre, mais non sans difficultés. De 1870, en effet date l’isolement allemand.

Dès le XVIe siècle, placée à l’écart des autres peuples par sa profession de foi luthérienne, l’Allemagne a néanmoins vécu sur un plan d’égalité avec les nations de second ordre, jusqu’au jour, ou éclate sa puissance.


1517 - (31 Octobre) Martin LUTHER affiche ses 95 thèses sur la porte de l’église de Wittenberg

L’Allemagne sera alors le voisin dangereux ; dont les peuples se protègent par la coalition. L’équilibre péniblement maintenu sera rompu et la menace d’encerclement sera l’un des motifs des conflits qui ravageront l’Europe.

Mais, l’évolution économique des peuples en sera le facteur déterminant. L’encerclement ne sera pas seulement militaire. Il prendra la forme de guerre économique lorsque le développement industriel et commercial allemand aura atteint son apogée, a là fin du XIXe siècle.

La poussée territoriale germanique, dans une Europe organisée de longue date, sera peu de chose à côté des conséquences de son expansion économique qui menacera les autres nations dans ce qu’elles ont de vital : leur commerce.

Bien des éléments s’unissent pour faire de l’Allemagne le pays industriel par excellence. Nous avons déjà vu que le « Zollverein » avait, en vingt ans, comblé le retard de l’Allemagne sur les puissances occidentales. Le mouvement démographique, multiplie les cerveaux et les bras. Si l’Allemagne compte 40 millions d’habitants en 1870, elle en aura 50 en 1890 et 65 en 1910.


Année

Population

1618

(env. 20.000.000)

1648

(env. 12.000.000)

1700

19.608.000

1725

20.109.000

1750

20.616.000

1775

21.145.000

1800

21.715.000

1825

26.514.000

1850

35.397.000

1875

42.537.000


Année

Population

1900

56.356.200

1913

67.000.000

1925

63.363.000

1939

68.500.000

1950

68.377.000

1975

78.697.000

2000

82.163.500

2005

82.467.200

2007

82.217.800

2008 (31/12)

82.002.400

Histoire de la démographie allemande - http://wapedia.mobi/fr/D%C3%A9mographie_de_l’Allemagne

Son riche sous-sol, creusé par une main-d’œuvre abondante lui donne des matières premières à foison.

La forme que prend l’industrie lui permet rapidement de dépasser le rendement des pays européens. Américanisée avant l’heure, et pour des raisons différentes, l’Allemagne entière combat dès la fin du
XIXe siècle, pour un rendement national, négligeant la concurrence entre firmes. L’effort économique devient entreprise de l’État ; unifiées très tard, les énergies latentes de l’ancien pays cloisonné, explosent brutalement en passant sans transition du travail artisanal au grand trust. Peuple jeune, contenu par le « prussianisme » ou la grande propriété agraire, il n’y aura pas césure entre le patronat et le prolétariat, comme il y en aura en Angleterre ou chez nous. Très rapidement patrons et ouvriers se groupent en mouvements sociaux d’État.

L’Etat ne sera pas juge dans les conflits comme l’ont été les gouvernements français et britanniques. Il sera à la fois le chef de l’organisation patronale et le chef de l’organisation ouvrière. De là, les conquêtes sociales allemandes très en avance sur les nôtres. Limitation du travail, assurances, retraites. De 1à, l’absence de mouvements sociaux, jusqu’au moment où l’Etat croulera par la défaite militaire. De là, aussi, la relative aisance du mouvement nazi qui parti de la masse, unira ouvriers et patrons dans la lutte pour la plus grande Allemagne.

A partir de 1871, les milliards de la dette française tomberont sur l’Allemagne comme un pactole.

Signature du traité de Francfort. La France perd l’Alsace et la Lorraine. Elle doit verser 5 milliards de francs en 3 ans et subir l’occupation partielle de son territoire jusqu’au paiement complet de sa dette.

Ils déclencheront, dans un milieu, mieux préparé que tout autre, nous venons de le voir, une prodigieuse activité économique. « Dans le Reich bismarckien, plus que nulle part ailleurs, l’entreprise moderne, accumule les capitaux, élargit les installations, occupe des millions de travailleurs et produit une masse croissante de marchandises. Les industries minières, métallurgiques, chimiques s’agrandissent d’une manière fantastique. Les établissements de crédit sont légion. Le néocapitalisme ruine les formes anciennes : travail à domicile, métier, corporations et cadres périmés, le courant est si formidable qu’il emporte irrésistiblement toutes les entreprises isolées.

Le commerce atteint en 1892 un tel développement qu’il met l’Allemagne, sur ce terrain, au quatrième rang des Puissances européennes. L’Allemagne vit par conséquent, de plus en plus, sur son commerce extérieur et les achats de l’étranger ». (12)

Sous Guillaume II le mouvement s’exaspère. Sur 1000 personnes, 430 travaillent pour l’industrie, 130 pour le commerce. I1 en reste bien peu à la terre. L’Allemagne ne se nourrit plus et dépend de l’étranger. Pour payer les importations de denrées alimentaires, l’industrie ne doit cesser de croître puisque la population augmentant sans cesse, les besoins alimentaires suivent une courbe ascendante.

Ainsi, peu à peu, l’Allemagne aboutira à une impasse par l’excès même de son développement industriel. La leçon aura servi et nous verrons les maîtres du troisième Reich s’enfermer dans l’autarcie et sortir volontairement du cercle européen et même mondial en recherchant dans le sol allemand et dans son industrie, les moyens de nourrir ses habitants et de constituer ses armements.


Usine Krupp…au XX ème siècle…

La caserne, l’usine, voilà les deux pôles de la vie allemande au début de ce siècle. Un formidable effort scientifique et organisateur asservi au rendement national y détruira toute vie sentimentale ou spirituelle. « En Allemagne, plus que partout ailleurs, tout se fait système, tout se fait méthode, avec une indifférence totale à toute religion, à toute morale, à toute croyance au progrès ou au perfectionnement de l’homme. La nation allemande, avant tout préoccupée de son succès, sachant qu’elle serait sa puissance le jour où elle aurait la cohésion nécessaire de ses énergies, sacrifie sa liberté à ce rêve de grandeur. Elle commence à lier l’individu allemand d’ordinaire si épris de vie privée, à un ordre social hostile à la vie et à la liberté. Elle joue de l’anonymat. Elle voit uniquement, mais dans le sens de la technique industrielle moderne, le côté fonctionnel de l’individu » (13)

On peut dire que la fin du XIXe siècle a marqué pour la pensée occidentale un sommet de son expression.

Héritière du classicisme et du romantisme, du culte de la raison et de la recherche de la nature, elle a vu le prodigieux développement du machinisme et entrevu la synthèse du monde perceptible par le développement des sciences exactes. Elle semble avoir épuisé la connaissance. Lasse de sa propre pensée, selon l’expression de Paul Bourget, l’humanité trop réfléchie conclut à la négation de tous les efforts de tous les siècles.

L’Allemagne, plus que toute autre, a souffert de cette banqueroute intellectuelle. Elle n’a pas eu la retenue qu’imposaient aux autres puissances occidentales leur tradition séculaire et une lente élaboration de leur civilisation. Avant même d’être créée l’Allemagne a atteint le grandiose de son industrie, nous venons de le voir. Passant brusquement de l’agraire au trust industriel, elle a donné à ses élites un culte matérialiste qui servait son expansion économique, mais supprimait toute pensée, toute critique, toute préoccupation même de la chose intellectuelle.

Dépourvue de tradition, sa bourgeoisie déracinée de ses terres et de ses cités se jettera dans la technique. Elle ne pensera plus, dès lors, qu’aux moyens d’en assurer le triomphe. Toutes les doctrines faciles sur les races, la sélection des peuples forts, le pangermanisme enfin, soulèveront le peuple allemand parce qu’elles le rassureront sur sa propre destinée.

Pierre

Lire ou relire

De l’Allemagne. Un cours dispensé par un jeune officier en « exil » au Maroc. Un officier, qui en attendant de reprendre les airs s’improvisait alors « professeur ». Et quel professeur : notre « Maître d’Ecole », Pierre Marie Gallois ! Dans la « conclusion » de son précédent cours, il nous invitait à mesurer l’étendue du désastre… Plus que jamais d’actualité pour comprendre nos temps difficiles avec l’Allemagne…

Une idée qui ne date pas d’hier, enracinée dans le « génie » allemand, dévastatrice dès lors qu’elle se réveille. Une idée qui puise ses racines dans des anciens temps. Si, nombreux furent les hommes de nos temps difficiles, soit ignorants, soit « autruches », au début du mois de mars 1942, en « poste » à Marrakech, un Français bien qu’accablé par la défaite, l’occupation et le pillage de son pays entendait résister. Première phase : expliquer, historiquement, les raisons de l’irréductible hostilité de l’Allemagne à l’encontre de la France…

Un jeune officier, la France chevillée au cœur, s’improvisait « professeur » avant que de reprendre les airs... Un « professeur » hors normes qui remontait aux sources de la « conscience » de l’Allemagne… Nous vous avons fait découvrir la première leçon. En ces temps difficiles où l’Allemagne est une fois de plus sur la sellette, il plus impératif encore de lire le général Pierre Marie Gallois, alors capitaine, notre « Maître d’Ecole » ! Première partie de la deuxième leçon…

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