De Villepin candidat pour 2012 ?

Vendredi 4 juin 2010 // La France

Dominique de Villepin

La lourde défaite de l’UMP aux élections régionales de mars en France est en train de changer la donne politique dans le pays. L’affaiblissement du président Nicolas Sarkozy que l’on croyait imbattable à l’élection présidentielle de mai 2012, donne des idées à certaines personnes dans son propre camp politique. C’est le cas de son ennemi juré, Dominique de Villepin, qui vient d’annoncer, jeudi 25 mars, à Paris, la création en juin prochain d’un parti politique « libre et indépendant » dont l’ambition sera de proposer une alternative à la politique actuelle menée par la droite au pouvoir. Dominique de Villepin n’exclut pas de se présenter lui-même à la présidentielle de 2012.

Depuis qu’il n’est plus le Premier ministre de la France, Dominique de Villepin ne chôme pas. Il est devenu avocat au barreau de Paris et peut plaider s’il le souhaite. Il voyage beaucoup, en France et à l’étranger. Il continue aussi d’écrire. C’est entre deux avions qu’il a pu lancer son parti politique, actuellement, sans nom, mais totalement « libre et indépendant » de l’UMP, le parti de la majorité actuelle qui soutient l’action de Nicolas Sarkozy. L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac venait de Chine où il avait passé une dizaine de jours mise à profit, pour rencontrer des personnalités du Parti communiste chinois et de l’Etat. Il est arrivé à Paris deux jours avant le lancement de son mouvement jeudi 25 mars et partait le lendemain, à Moscou, où il était attendu pour faire une conférence samedi 27 sur les relations culturelles entre la France et la Russie.

Ce n’est un secret pour personne en France que Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy se vouent une haine tenace. Ces deux fils du gaullisme se détestent cordialement. Beaucoup plus proche de Jacques Chirac depuis le choix malheureux de Nicolas Sarkozy de soutenir Edouard Balladur à l’élection présidentielle de 1995, Dominique de Villepin avait eu la préférence de Jacques Chirac quand il a fallu choisir le successeur de Jean Pierre Raffarin à Matignon en 2005. Ce poste était d’autant plus convoité qu’il pouvait faciliter l’accession de son titulaire à l’Elysée, l’état de santé de Jacques Chirac ne lui permettant plus de briguer un troisième mandat. Les faux-pas de Dominique de Villepin (en laissant Sarkozy au ministère de l’Intérieur, plus tard, cumulativement avec la présidence de l’UMP, une véritable machine électorale à l’époque, sans oublier l’échec de la mise en place du CPE) l’ont discrédité aux yeux de l’opinion. Profitant des difficultés du premier ministre Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy, à la tête de l’UMP, n’a eu aucun mal à s’imposer aux Chiraquiens qui s’opposaient à sa candidature. Sans forcer le trait, il rallia un à un tous les ténors de la droite à sa cause, utilisant parfois un discours populiste et tellement démagogique qu’il n’eut pas grande peine à affaiblir le Front national de Jean Marie Le Pen et même à recruter dans l’extrême-gauche.

Trois ans après son arrivée à l’Élysée, le successeur de Jacques Chirac a déçu une minorité de ceux qui avaient voté pour lui. Les mots ne sont pas suffisamment durs pour expliquer que les Français devront subir la crise financière que traverse notre planète. Et puis, l’Affaire Clearstream est passée par là, éloignant encore plus, les deux frères ennemis du gaullisme. Dominique de Villepin, dans cette affaire, a crié à l’acharnement, et n’attendait que le moment propice pour se relancer, afin de contrer Nicolas Sarkozy avec efficacité, lui qui se croyait tout seul, unique régent de la droite française. Mais encore fallait-il trouver moyen de convaincre l’opinion que c’est par amour pour son pays qu’il cherchait à revenir politiquement à la une, après avoir constaté que la France courait un danger grave, ce qui nécessite qu’on lui propose une alternative crédible. Ce discours est accepté par tout le monde, sauf à l’Élysée où il provoque des insomnies de l’actuel Chef de l’État, et dans certaines sphères de l’UMP où l’on continue à ne jurer que par le nom de Nicolas Sarkozy.

En se présentant devant un parterre de 200 journalistes et cameramen jeudi 25 mars, à Paris, pour annoncer le lancement de son mouvement, l’ancien Premier ministre a dit être « mal à l’aise dans la politique menée aujourd’hui par la majorité ». Naturellement éloquent, volontairement séduisant, comme il sait souvent l’être, il a réussi à prononcer un discours de 30 minutes sans notes et à répondre aux questions pendant une autre demi-heure sans citer le nom de celui qui dirige la France. Un exploit, signé le Dominique de Villepin ! « J’ai le sentiment qu’au lendemain des élections, ce n’est pas un changement de politique qui a été choisi, alors qu’il s’impose », a-t-il regretté. Le débat sur l’identité nationale a montré que l’on ne pouvait jouer avec tout ; « On ne joue pas avec la nation », remettant le Chef de l’État à sa place. Dénonçant les « réformes éparpillées « du chef de l’État, Dominique de Villepin a aussi vilipendé un paysage politique où « tout devient division, clivage », et de s’interroger à haute voix, si « on pense que l’on va gagner comme cela », avant de trouver lui-même la réponse : « mais la France, ce n’est pas ça ».

« Bouclier fiscal, distribution de milliards, réformes à contretemps, burka, image brouillée de la France dans le monde, ... », celui qui se veut l’héritier de Charles de Gaulle et qui voue une affection sans borne à Jacques Chirac, n’a rien laissé passer. Devant lui, son carré de parlementaires fidèles qui n’ont jamais eu peur de s’afficher à ses côtés : Jean-Pierre Grand, François Goulard, Jacques Le Guen, Hervé Mariton, Daniel Garrigue, Guy Geoffroy, Marie-Anne Montchamp, ont le sourire jusqu’aux oreilles, tout comme l’ancien ministre de la Coopération, Brigitte Girardin, la résistante qui ne s’était pas laissée séduire par le tsunami Sarkozy début 2007, et qui risque de devenir la première secrétaire générale du parti politique dont la création est prévue le 19 juin, un clin d’oeil historique aux disciples de Charles de Gaulle qui, le 19 juin 1940, s’adressa aux Français depuis la BBC à Londres pour appeler à la résistance aux nazis. Patronne du Club des amis de Villepin qui compterait plus de 15 000 adhérents, Brigitte Girardin est à la manoeuvre pour transformer l’essai. Car l’occasion est trop belle pour ne pas la saisir.

« Soyons cohérents, il faut des efforts, mais il faut faire des choix. La politique du rabot n’est jamais en ce qui concerne l’État, une bonne politique. En politique, c’est peut-être moins payant de faire dans la nuance, mais il faut être capable de faire des analyses nuancées. Nous devons être soucieux de la meilleure organisation de la fonction publique, mais en même temps, nous devons être responsables », a-t-il précisé. Se rappelant aux bons souvenirs di président de la Cour des comptes Philippe Séguin, décédé en janvier dernier, et qui expliquait que le « non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, ce n’est pas efficace », la Dominique de Villepin s’est demandé si, les Français veulent moins d’infirmières, moins d’enseignants, de policiers » ? On l’a compris Dominique de Villepin souhaite que Nicolas Sarkozy « change de politique, change de cap », ce que le de l’Etat estime impossible car on balayerait les acquis des trois années de réformes déjà lancé ou mises en place. Visiblement ces deux fils de la droite français sont irréconciliables. L’ancien Premier ministre se présente comme une « alternative » crédible à la politique actuelle qui a largement été rejetée par la majorité des Français pendant les élections régionales des 14 et 21 mars 2010.

« Avec tous ceux qui nous rejoindront nous porterons sur les fonts baptismaux ce mouvement politique le 19 juin, à Paris, avec le souci d’apporter une contribution tout au long de ces prochains mois, de ces deux prochaines années, et le souci de défendre le moment venu nos idées et notre projet. Un projet rassembleur qui sera basé sur les réseaux (car) quand on n’a pas d’argent, il faut compenser par des idées ». Mais ce plan, personne ne le croit vraiment, avec des soutiens bien que discrets tels Jacques Chirac sans oublier des relations à l’étranger qu’il noue lors de ses multiples voyages. En politique, ça sert toujours, quand on veut établir un budget de campagne.

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