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Partie 6

De La Liberté Assassinée à Napoléon III

Lundi 14 février 2005, par Paul Vaurs // L’Histoire

La liberté assassinée.

Pendant ce temps, à la prison de Bicêtre, Rivière, gracié et dé­solé de l’être, soupirait tristement : « Ce matin, la place d’honneur, c’est la place de Grève. » Peu d’âmes restaient capables de comprendre ces mots. Si la chouannerie n’était pas totalement morte, les motifs qui l’avaient ins­pirée et nourrie perdaient, avec l’instauration de l’Empire, et la sé­curité qu’il semblait apporter, toute valeur. Pendant dix ans, l’on conti­nua de fusiller ou d’abattre sans jugement des royalistes obstinés, dans une indifférence de plus en plus profonde.

Il fallut les grandes levées d’hommes et les premiers revers pour amener les Français à douter du pouvoir impérial et adhérer à cette opinion que pro­fessait, peu avant de mourir, l’un des suppliciés du 25 juin 1804, AiméJoyaux  : « La liberté ? C’est d’être où Bonaparte n’est pas... »

Georges Cadoudal « guillotiné » place Louis XV à Paris.

Né à Versailles, troisième fils du dauphin Louis et de Marie-Josèphe de Saxe, Louis Stanislas Xavier reçut le titre de comte de Provence. Intelligent et ambitieux, il se composa le personnage du prince éclairé et lettré, tout en frondant sournoisement le gouvernement de son frère Louis XVI, notamment à l’Assemblée des notables en 1787. En juin 1791, alors que le roi échouait, à Varennes, dans sa tentative de fuite, il réussissait à passer la frontière belge. Assumant le rôle de régent de la couronne pour son frère captif, il s’efforça de mobiliser contre la France révolutionnaire les monarques européens.

La mort de son neveu Louis XVII, en juin 1795, lui permit de se proclamer roi de France sous le titre de Louis XVIII. Il résidait alors à Vérone. L’irruption des Français en Italie l’obligea de se réfugier d’abord en Allemagne puis dans les États du Tsar, à Varsovie et à Mittau (Courlande), enfin, en Angleterre, au château de Hartwell (1807). Il se faisait appeler alors le comte de Lille. Après le 18-Brumaire, croyant faire jouer à Bonaparte le rôle de Monk, il lui écrivit, dès le 20 février 1800, pour lui demander de restaurer tout bonnement la monarchie légitime. Bonaparte ne songea à lui répondre que le 7 septembre : « Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France ; il vous faudrait marcher sur 100 000 cadavres. »

Louis XVIII attendit donc. La chute de Napoléon amena la restauration de la monarchie. Louis XVIII rentra à Paris le 3 mai 1814, accueilli avec soulagement par une grande part de la nation comme garant d’un retour à la paix avec l’Europe et de la fin de la dictature militaire. Restauré par les victoires des ennemis de la nation, mal vu de tous ceux que leur conviction, leur fidélité ou leur intérêt liaient à la Révolution ou à l’Empire, il avait une partie difficile à jouer et la débuta fort mal. Il consentit à octroyer, en la datant de la dix-neuvième année de son règne, une charte constitutionnelle, puis laissa son gouvernement accumuler les maladresses dans une totale méconnaissance de la France nouvelle qui était née depuis vingt-cinq ans.

Que Napoléon ait pu reconquérir la France en vingt jours sans tirer un coup de feu, lors du retour de l’île d’Elbe, fait assez mesurer l’échec de la première Restauration. Louis XVIII dut alors se réfugier à Gand, où il demeura pendant les Cent-Jours, soutenant la fiction d’une alliance avec les autres souverains contre la seule personne de Napoléon et non contre la France. Ce qui devait lui permettre, après son second retour à Paris (8 juill. 1815), d’atténuer quelque peu les conséquences de la défaite de Waterloo. Il sut alors tirer les leçons des sottises et des fautes de son premier rétablissement, il s’efforça de limiter les représailles que voulaient exercer les royalistes exaspérés contre les partisans de Napoléon et de promouvoir une réconciliation nationale.

L’assassinat de son neveu, le duc de Berry, le 13 février 1820, compromit ces efforts, amenant la chute du ministre Decazes, son favori, qui avait incarné cette politique libérale. Affaibli par ses infirmités, adroitement circonvenu par une nouvelle favorite, Mme du Cayla, le roi laissa son frère et héritier, le futur Charles X, prendre une influence croissante sur le gouvernement. Le duc de Richelieu, qui avait été rappelé au pouvoir après la chute de Decazes, fut obligé de se retirer, le nouveau ministère, investi en décembre 1821, fut composé d’ultraroyalistes décidés à consolider la réaction ; leur chef, le comte de Villèle, devait garder le pouvoir jusqu’à la fin de 1827. Le fait marquant de la fin du règne fut l’intervention de la France en Espagne pour y écraser le régime libéral, issu du pronunciamiento de janvier 1820.

Né à Versailles le 9 octobre 1757, Charles était le quatrième fils du dauphin Louis (fils de Louis XV, mort en 1765 sans avoir régné). À la cour de Versailles, la vie du jeune comte d’Artois (tel était son titre) fut celle d’un écervelé aimable et libertin, fort empressé auprès des dames qui se plaisaient à le surnommer chevaleresquement Galaor. Dans la crise de 1789, Artois soutint le parti de la réaction, ce qui lui attira tant d’impopularité qu’après le 14 juillet son frère Louis XVI lui conseilla de quitter le pays. En émigration, il fut le centre de ralliement des éléments les plus agités et les plus contre-révolutionnaires, gênant parfois l’action plus prudente de son frère, le comte de Provence.

Au printemps de 1814, il rentra en France à la suite des armées alliées en Lorraine, cherchant à provoquer, sans grand succès, un mouvement en faveur des Bourbons. Après l’abdication de Napoléon, et sans attendre l’invitation du gouvernement provisoire présidé par Talleyrand, il se présenta à Paris, où il fut reçu par les notables avec grand enthousiasme. Après quelque hésitation, le Sénat se résigna à le reconnaître comme lieutenant général du royaume en attendant l’arrivée de Louis XVIII. Au cours de la première Restauration, son rôle fut négligeable. Mais, après le second retour du roi, Monsieur, frère du roi, étant l’héritier du trône, devint, le chef et l’espoir du parti ultraroyaliste qui combattait la politique conciliante et modérée de Louis XVIII. Toutefois, lorsqu’il succéda à son frère le 24 septembre 1824, Charles X connut quelques mois d’une véritable popularité.

À soixante-sept ans, il présentait une allure élégante ; ses manières, son langage, toujours pleins de courtoisie et de bienveillance, lui conciliaient les cœurs. Depuis la mort en 1805 de la dernière de ses maîtresses, Louise de Polastron, sa conduite morale était irréprochable. Sa piété donnait à croire qu’il était un instrument du clergé. Mais, bien qu’il eût déclaré accepter la Charte, il ne pouvait se résigner au rôle d’un roi constitutionnel, et sa politique donna l’impression d’un retour à l’Ancien Régime. En politique extérieure, il voulut donner à la France une attitude plus active, d’où l’intervention en faveur de la Grèce et l’expédition d’Alger. En mars 1830, il entra en conflit avec la majorité de la Chambre élue qui refusait de collaborer avec le ministère Polignac investi de sa confiance.

Une tentative malencontreuse de coup d’État (25 juillet.) provoqua le soulèvement de la population parisienne. Après trois jours de combats, qu’il ne sut pas diriger, Charles X fut contraint d’abdiquer, il se résigna à quitter une troisième fois la France en montrant une dignité exemplaire. Après un séjour en Angleterre, il trouva un asile à Prague, où il passa le reste de ses jours. Il mourut à Gorizia, le 6 novembre 1836.

Né à Paris, Louis-Philippe était le fils aîné du duc d’Orléans

(dit plus tard Philippe-Égalité), qui avait confié l’éducation de ses enfants à sa maîtresse, la comtesse de Genlis. Elle eut le mérite de leur donner une formation à la vie pratique en même temps qu’une culture plus poussée que celle des princes de ce temps. Le jeune duc de Chartres, c’était son titre, embrassa comme son père le parti de la Révolution et fut membre du club des Jacobins. Heureusement pour lui, il s’en alla servir aux armées et participa aux batailles de Valmy et de Jemmapes dans l’état-major de Dumouriez. Lorsque ce dernier tenta en vain de mener son armée contre la Convention et lorsqu’il passa dans les rangs des Autrichiens, le prince suivit son sort (avril 1793).

Il connut alors des jours difficiles, proscrit par la France républicaine et objet de haine pour les royalistes émigrés, il vécut d’abord caché en Suisse sous un faux nom, donnant des leçons de mathématiques, puis il passa en Suède et aux États-Unis, où il demeura trois ans. En 1800, il revint en Angleterre et se réconcilia avec ses cousins de la branche aînée. Il épousa en 1809 Marie-Amélie, fille du roi de Naples, alors réfugié en Sicile où il vécut jusqu’à la Restauration sous la protection des Anglais. Rentré en France avec Louis XVIII, il passa les quinze années de la Restauration à rassembler, avec un sens très avisé des affaires, les débris de l’immense fortune de la famille d’Orléans. En même temps, il courtisait discrètement l’opposition libérale, marquant ses distances d’avec le régime.

Cette politique se révéla payante lorsqu’en juillet, 1830 Charles X fut chassé par l’opposition du pays légal soutenue par l’insurrection parisienne. Le duc d’Orléans apparut alors comme la solution idéale à ceux qui craignaient de voir instaurer une république qui entrerait en conflit avec le reste de l’Europe. Le prince accepta d’abord le titre de lieutenant général puis celui de roi des Français, consacrant ainsi le principe de la souveraineté nationale. Avec quelques modifications de détail, le système gouvernemental de la Charte de 1814 fut maintenu. Louis-Philippe s’en servit pour établir son pouvoir personnel en jouant des ambitions des hommes politiques et en s’appuyant sur le désir d’ordre et de paix des classes possédantes, auxquelles le nouveau système électoral censitaire réservait le droit de vote. Les souverains d’Europe avaient accepté à contre-cœur la monarchie de Juillet, mais la France resta pratiquement isolée, malgré la bienveillance intermittente de l’Angleterre.

Louis-Philippe réussit à maintenir la paix mais ce succès même contribua à le rendre impopulaire auprès d’un peuple qui ne parvenait pas à oublier l’éclat des victoires de Napoléon. Alexis de Tocqueville, qui eut plusieurs fois l’occasion de s’entretenir avec lui, a tracé du roi, dans ses Souvenirs un portrait célèbre : « Quoique le prince fût issu de la race la plus noble de l’Europe, qu’au fond de son âme, il en cachât tout l’orgueil héréditaire. Il possédait cependant la plupart des qualités et des défauts qui appartiennent plus particulièrement aux rangs subalternes de la société. Il était rangé dans sa conduite, simple dans ses habitudes, mesuré dans ses goûts, humain sans être sensible, cupide et doux ; point de passions bruyantes ; point de faiblesses ruineuses ; point de vices éclatants ; une seule vertu de roi, le courage. Éclairé, fin, souple et tenace, tourné seulement vers l’utile et rempli d’un mépris si profond pour la vérité et d’une si grande incrédulité dans la vertu que ses lumières en étaient obscurcies.

Placé à la tête d’une aristocratie, il eût peut-être exercé une heureuse influence sur elle. Chef de la bourgeoisie, il poussa celle-ci sur la pente naturelle qu’elle n’avait que trop de penchant à suivre. Ils marièrent leurs vices en famille et cette union, qui fit d’abord la force de l’un, acheva la démoralisation de l’autre et finit par les perdre tous les deux. Son entêtement à repousser toute réforme libérale et à méconnaître le mécontentement croissant contre l’injustice amena la révolution de février 1848 à Paris. Abandonné de tous, le Roi abdiqua et s’enfuit en Angleterre, où il mourut le 26 août 1850.

Napoléon III, un Souverain méconnu. ?. Napoléon III souffre de la comparaison avec celle de son oncle. Mais plus que le fondateur de la dynastie, le premier Napoléon, il a compris les problèmes sociaux de son temps et favorisé le développement industriel de la France. Largement étendu, le réseau des voies ferrées va désormais influencer toute la vie économique. Du second Empire date également le nouveau visage de Paris : Haussmann y perce les grands axes de circulation que nous empruntons encore de nos jours. Même la gloire militaire n’a pas fait défaut aux contemporains de Napoléon III. Alma, Magenta, Solferino ne sont pas indignes des victoires du premier Empire. Le bilan du régime, en définitive, n’est nullement défavorable.

Il n’en reste pas moins que, sévèrement condamné par Marx et Engels, curieusement indulgents, en revanche, pour Napoléon Ier, considéré comme l’héritier de la Révolution, le second Empire s’est trouvé victime d’une historiographie qui lui a été longtemps résolument hostile. Certes, Napoléon III a commis de nombreuses erreurs, puisée dans le Mémorial de Sainte-Hélène, la défense du principe des nationalités qui a inspiré toute sa politique étrangère a conduit finalement au désastre de Sedan. Sa politique d’apaisement religieux, fut remise en cause par la question romaine. Malgré quelques vues hardies sur « l’extinction du paupérisme », l’empereur n’a pas pu résoudre le problème social. L’explosion de la Commune montre à quel point en étaient arrivés les sentiments des ouvriers. La prise du pouvoir, le 2 décembre, assimilée par l’historien pamphlétaire Henri Guillemin à l’opération d’un « gang », fut plus violente que celle du 18 brumaire. De surcroît, on est rarement indulgent pour un régime qui s’achève sur une défaite. Un mauvais début et une fin lamentable ont fait oublier les réalisations du pouvoir impérial. Le second Empire a finalement péri de ses contradictions.

Louis-Napoléon à la conquête du pouvoir.

Louis-Napoléon Bonaparte, né le 20 avril 1808, est, selon toute vraisemblance, le fils légitime, nonobstant une légende tenace, du dernier frère de Napoléon, Louis Bonaparte, et d’Hortense de Beauharnais, elle-même fille du premier mariage de l’impératrice Joséphine. Lors des Cent-Jours, il part avec sa mère pour l’exil et il passe la plus grande partie de sa jeunesse à Arenenberg sur la rive suisse du lac de Constance. Il tient de son précepteur Philippe Le Bas, du lycée d’Augsbourg, de ses études militaires qui en feront un capitaine d’artillerie de l’armée helvétique, de ses longs séjours en Allemagne, en Angleterre et surtout en Italie, une culture variée qu’il complétera au cours de sa captivité au fort de Ham.Le neveu de l’Empereur fait siennes les idées-forces du Mémorial de Sainte-Hélène : Napoléon est le continuateur de la Révolution ; il a toujours voulu la paix et n’a fait la guerre qu’à son corps défendant ; il a répandu le principe des nationalités ; sa famille a pu commettre des fautes, mais elle reste digne de la confiance de la nation. Cet héritage intellectuel s’enrichit d’un apport personnel. Louis-Napoléon appartient à la seconde génération des Bonaparte, celle des proscrits, qui a succédé à celle des nantis ; lui et son frère aîné, Napoléon-Louis, qui vit avec leur père à Florence, sont des républicains, c’est-à-dire des révoltés qui se dressent contre les pouvoirs existants, rétablis ou étendus par les traités de 1815. Napoléon-Louis est carbonaro ; contrairement à une autre légende, il est très probable que Louis-Napoléon ne l’est pas, mais l’Italie est pour lui aussi une seconde patrie et il partage les rêves d’indépendance de la jeunesse italienne.

En décembre 1830, au lendemain de la mort de Pie VIII, Louis-Napoléon prend part à une conspiration contre le pouvoir pontifical, qui lui vaut d’être expulsé de Rome. En février 1831, il se lance avec son frère dans l’insurrection des Romagnes et combat les troupes pontificales. Napoléon-Louis meurt de la rougeole à Forli. Lui-même échappe à la répression autrichienne, traverse la France et, de Londres, se mêle à un complot militaire, d’ailleurs étouffé dans l’œuf, contre la monarchie de Juillet. Il revient alors à Arenenberg. En raison de la carence de son oncle Joseph et de son père, il se tient, à partir de la mort du duc de Reichstadt (1832), pour le chef de la dynastie et, croyant pouvoir compter sur certains commandants d’unités de la région, il tente, le 30 octobre 1836, un coup de main à Strasbourg avec la complicité de quelques officiers. L’affaire avorte malgré le ralliement d’un régiment. Louis-Napoléon est arrêté, embarqué sur une frégate et débarqué aux États-Unis. Revenu à Arenenberg, il part pour Londres, le gouvernement français ayant menacé la Suisse d’invasion s’il n’était pas expulsé. Le 6 août 1840, Louis-Napoléon, débarqué près de Boulogne à la tête d’une cinquantaine de conjurés, est arrêté quelques heures plus tard. C’est un échec lamentable. L’affaire demeurera obscure. Il semble que, comme lors de la tentative de Strasbourg, Louis-Napoléon avait des complicités qui ne purent se manifester, notamment celle du maréchal Clauzel. Le gouvernement de Louis- Philippe était renseigné sur les préparatifs par un des principaux collaborateurs du prince, à la solde de Rémusat, secrétaire d’État à l’Intérieur. Le 6 octobre 1840, Louis-Napoléon est condamné par la Cour des pairs à l’emprisonnement perpétuel. Enfermé au fort de Ham, il s’y livre, avec une grande curiosité d’esprit, à des travaux historiques, économiques, sociaux et politiques, écrivant notamment une Histoire de l’artillerie. Il s’évade en 1846, déguisé en maçon.

Le prince président.

À la nouvelle de la révolution de Février, Louis-Napoléon arrive à Paris ; mais Lamartine le fait prier de s’éloigner momentanément. En juin, sans être revenu en France, grâce à la légende napoléonienne et malgré la réputation d’aventurier que lui ont faite à tort dans les milieux éclairés ses deux tentatives de Strasbourg et de Boulogne, il est élu représentant à l’Assemblée constituante le même jour dans quatre départements. Il démissionne pour éviter de provoquer par sa présence le vote d’une loi d’exil. Réélu en septembre dans cinq départements, il se présente à la présidence de la République le 10 décembre. Les républicains radicaux et leur candidat, Ledru-Rollin, sont compromis par l’échec du Gouvernement provisoire. Les monarchistes du parti de l’Ordre, qui n’ont personne à présenter, se rallient à Louis Napoléon, faute de pouvoir obtenir des garanties du candidat des républicains modérés. Cavaignac, que la répression des journées de juin a d’ailleurs rendu impopulaire. Louis Napoléon, seul candidat dont le nom soit connu des ruraux, est élu par 5 434 000 voix contre 1 448 000 à Cavaignac et 370 000 à Ledru-Rollin.

Sa biographie se confond désormais avec l’histoire de la IIe République, puis du second Empire. Après l’élection de l’Assemblée législative (mai 1849), on peut dire que l’Empire est installé à l’Élysée et les monarchies bourboniennes au Palais-Bourbon, où leur parti, le parti de l’Ordre, a une forte majorité. Les républicains radicaux tentent vainement de prendre leur revanche dans la rue, le 13 mai 1849, pour protester contre l’orientation conservatrice donnée à l’expédition de Rome. Ledru-Rollin s’enfuit en Angleterre. Ne se contentant pas de présider, le Prince Président décide en octobre suivant de gouverner lui-même en prenant pour ministres des hommes de second plan.

Mais le péril va renaître à gauche avec les républicains radicaux et les socialistes plus ou moins unis sous le nom de démocrate socialiste. Leurs militants forment des sociétés secrètes dont l’action est facilitée par le marasme économique. En mars et avril 1850, ils remportent des succès électoraux qui sèment la panique dans le parti de l’Ordre. Le suffrage universel, cette grande force inconnue brutalement introduite par la révolution de Février, ne menace-t-il pas d’instaurer légalement le socialisme ? Le parti de l’Ordre fait voter par l’Assemblée une loi qui enlève leur droit de vote à trois millions d’électeurs grâce à une réglementation hypocrite du suffrage (31 mai 1850). Le conflit entre l’Assemblée et les démocrates socialistes se double d’un conflit entre l’Assemblée et le Prince Président, ce qui rend la situation très confuse, d’autant plus que la Constitution a organisé l’incertitude de l’avenir. Elle interdit en effet au président de se représenter à l’expiration de son mandat, et le jeu des pouvoirs est si mal agencé qu’en raison du renouvellement concomitant de l’Assemblée il y aura pratiquement vacance simultanée du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif pendant au moins onze jours au printemps 1852. Le Prince Président, qui manœuvre habilement et accroît sa popularité par des tournées de propagande, marque un point important, en janvier 1851, en relevant le général Changarnier, l’homme de l’Assemblée, de ses deux commandements de la garde nationale et de l’armée de Paris. Cependant, il se crée un mythe de 1852. Les vaincus de 1848 et de 1849 voient dans ce millésime l’aube d’une revanche éclatante, tandis que la société bourgeoise redoute en lui le crépuscule du monde civilisé. La réconciliation des deux branches de la famille de Bourbon et la « fusion » de leurs partis qui se serait ensuivie n’ayant pu aboutir, de nombreux monarchistes, mus par la crainte d’une candidature du prince malgré l’interdiction constitutionnelle, et surtout de troubles, proposent de réviser les dispositions relatives à la réélection du président. La majorité nécessaire des trois quarts n’est pas réunie (19 juill. 1851). Louis Napoléon est décidé à rester au pouvoir. Après avoir beaucoup hésité, plutôt que d’affronter l’imbroglio du printemps de 1852, il se résout à recourir à la force.

La restauration de l’Empire.

Le coup d’État est préparé par une équipe d’aventuriers : Morny, frère utérin du Prince président et financier corrompu, Persigny, honnête compagnon des temps difficiles et bonapartiste mystique, le préfet Maupas et le général de Saint-Arnaud, l’un et l’autre sans scrupules, le second chef d’une armée qui ne demande qu’à en finir avec la république. Au matin du 2 décembre 1851, une proclamation du prince-président, affichée dans les rues de Paris, annonce la dissolution de l’Assemblée, le rétablissement du suffrage universel et un plébiscite qui l’autorisera à donner à la France des institutions renouvelées de l’Empire. Le coup d’État est donc essentiellement dirigé contre l’Assemblée. Mais les représentants de la majorité monarchiste, qui ne disposent pas de moyens de résister et préfèrent d’ailleurs l’autorité dictatoriale de Louis-Napoléon à la révolution sociale, se contentent de protestations verbales. En revanche, les républicains tentent de soulever le peuple des faubourgs ; sans grand succès, car les ouvriers conservent le souvenir des journées de juin et ne veulent pas se battre pour la République qui les a massacrés.

Pourtant, quelques barricades s’élèvent le 3, et Saint-Arnaud, comme Cavaignac en 1848, retire ses troupes la nuit pour pouvoir mieux écraser l’insurrection le lendemain. Le 4, elle est en effet réduite en quelques heures, au prix d’un peu moins de quatre cents tués. En province, dans le Sud-Est rhodanien, le Languedoc méditerranéen et quelques départements du Sud-Ouest et du Centre, les populations soulevées sont beaucoup plus nombreuses ; mais, ne pouvant se défendre derrière des barricades, elles sont dispersées sans presque éprouver de pertes. Ving-sept mille personnes sont arrêtées. Il en restera plus de six mille au début de 1853, la plupart « transportées » en Algérie. Le coup d’État et la répression qui l’a suivi creusent entre le pouvoir bonapartiste et les républicains réduits à l’impuissance, mais non soumis, un fossé qui ne sera jamais comblé.

Le plébiscite du 21 décembre 1851 approuve le Prince-président par 7 145 000 « oui » contre 592 000 « non ». Le 15 janvier est promulguée une constitution inspirée de la Constitution consulaire de l’an VIII. Le président est nommé pour dix ans : il commande les armées, déclare la guerre, signe les traités, possède seul l’initiative des lois, désigne et révoque les ministres qui ne sont responsables que devant lui. Un Corps législatif de deux cent soixante députés environ est élu pour six ans au suffrage universel. Il ne tient qu’une session de trois mois et peut seulement faire suggérer des amendements par une commission parlementaire, puis rejeter ou accepter les projets préparés par le Conseil d’État. Les débats ne sont connus du public que par un procès-verbal officiel. Une autre chambre, le Sénat, composée de cent cinquante autorités sociales au maximum - les cardinaux, les maréchaux, les amiraux en font partie de droit -, garde la Constitution et la modifie par sénatus-consultes.

La République décennale n’est qu’une étape. Au cours de l’année 1852, le Prince-président prépare l’opinion à une restauration de l’Empire. En automne, lors d’un voyage dans le Centre et le Midi, il proclame à Bordeaux : « L’Empire, c’est la paix. » Le 21 novembre, le pays, consulté par un nouveau plébiscite, accepte par 7 824 000 « oui » contre 253 000 « non » le rétablissement de la dignité impériale. Le roi de Rome ayant régulièrement reçu le nom de Napoléon II, le neveu de Napoléon Ier prend celui de Napoléon III. Son oncle Jérôme et sa descendance masculine en ligne directe sont appelés à lui succéder, lui-même n’ayant pas encore d’héritier direct.

Napoléon III.

En politique intérieure, grâce à un sens très fin de l’opinion, il sait ce qu’il faut dire au peuple et comment il faut le dire. Ce n’est pas sans motif que sa popularité, d’abord simple reflet d’une légende, deviendra personnelle et se perpétuera jusqu’à sa chute. Héritier de Napoléon Ier et porté par une confiance superstitieuse en son destin d’homme providentiel, il croit à la démocratie césarienne : « Dans un gouvernement dont la base est démocratique, le chef seul a le pouvoir gouvernemental » (1839) . Les assemblées parlementaires trahissent l’esprit public ; la vérité réside dans le dialogue du chef et du peuple que le chef interroge en lui posant des questions simples (c’est ce qu’on appelle le plébiscite). Homme de 1848 qui a partagé les rêves du romantisme politique, l’empereur a conservé l’idéal de sa jeunesse, Napoléon et la liberté, « les deux grandes choses du siècle », comme dit Victor Hugo. Choses contradictoires, voilà le drame. Il a fait le 2-Décembre, mais il en garde un sentiment de culpabilité ; c’est sa « tunique de Nessus » - le mot est de l’impératrice Eugénie. Les restrictions apportées à la liberté, par exemple en matière de presse et de réunion, doivent disparaître lorsque les bases fondamentales du régime ne seront plus méconnues. Ainsi la monarchie anglaise pour laquelle il a beaucoup d’admiration n’est pas contestée et c’est pour cela qu’elle peut accorder plus de liberté. En France, la liberté doit être différée. Elle pourra être répandue lorsqu’elle ne ce heurtera plus, à une opposition qui met en cause le principe même du régime.

Son passé de conspirateur et de prisonnier a habitué Napoléon III à la réserve. À l’abri de son masque d’impassibilité, il affirme des principes, mais ne révèle pas ses desseins. Il les poursuit avec ténacité, en empruntant des voies souterraines pour éviter les obstacles qu’il rencontre sur son chemin. C’est ainsi qu’il négocie souvent en dehors de son ministre des Affaires étrangères. Cette ténacité n’exclut pas des hésitations dues sans doute à des inspirations hétérogènes. Elles s’accroîtront avec les années, tandis que l’empereur souffrira davantage de la maladie qui l’use prématurément. Il s’agit de la maladie de la pierre, dont on décèle les premiers symptômes au moins dès 1855. L’empereur ne trouve guère d’appui parmi ses proches. Après de vaines démarches auprès de deux maisons princières, il épouse en janvier 1853 une jeune fille de grande noblesse espagnole, d’une éblouissante beauté, Eugénie de Montijo, dont il aura en 1856 un fils unique, le prince impérial, qui, devenu lieutenant dans l’armée anglaise, sera tué dans une embuscade au Zoulouland en 1879. L’impératrice préside aux fastes d’une cour quelque peu cosmopolite que ne fréquente qu’une faible fraction de la vieille aristocratie. Elle est conduite à s’intéresser peu à peu à la politique par son amour maternel et par les déceptions de sa vie conjugale. Passionnée, plus intelligente qu’on ne l’a dit mais, impulsive, douée d’une grande faculté d’assimilation, son influence s’exercera dans le sens des intérêts catholiques et conservateurs.

En revanche, le prince Napoléon, fils de Jérôme, est de tendance jacobine et anticléricale. Doué d’une forte personnalité, il s’abandonne, lui aussi, à ses impulsions, et se révèle incapable d’un effort durable. L’empereur se méfie à juste titre de ce chef de la branche cadette, « César déclassé » voué à une fronde stérile, et se garde de lui confier des postes d’où il pourrait exercer une influence sensible. La famille du souverain lui fournit encore par les voies illégitimes, outre Morny, Walewski sur qui s’appuiera l’impératrice. Faute d’un milieu et d’un parti bonapartistes où ils pourraient être recrutés, les ministres des premières années sont dans une forte proportion des hommes d’origine orléaniste qui ont appartenu à l’opposition dynastique de la monarchie de Juillet, ou qui ont été fonctionnaires de ce régime, sans compter quelques militaires.

La plupart sont des bourgeois avant tout préoccupés du maintien de l’ordre politique et social, et qui, l’équipe du 2-Décembre, mise à part, sont des hommes respectables. L’empereur est à la fois chef d’État et chef du gouvernement. Pendant la première partie du règne, il ne permet pas au Conseil de discuter des affaires. Elles sont traitées dans son cabinet avec le ministre compétent. Napoléon III est tenu au courant de l’état de l’opinion par le Préfet de police et par les rapports des procureurs généraux et des préfets. En fait, le pouvoir de l’empereur est moins absolu qu’on pourrait le croire, parce que ses capacités ne sont pas celles de son oncle et qu’il n’a pas à sa disposition une équipe d’hommes partageant ses idées. Il doit compter avec le Conseil d’État, maître du mécanisme législatif, composé de bourgeois conservateurs et routiniers dont il ne parvient pas toujours à surmonter les objections techniques, faute d’une expérience administrative suffisante.

Le Corps législatif est composé lui aussi à ses débuts de notables, loyaux envers le régime plus que vraiment bonapartistes. La plupart ont été choisis ou acceptés comme candidats par les préfets. Les préfets, dont les pouvoirs et les traitements sont accrus, deviennent en effet des personnages puissants et prestigieux, petits empereurs dans leur département. Ils font les élections, en appuyant de toute leur autorité les candidats officiels, notamment auprès des maires nommés par eux (par l’empereur dans les grandes villes) et des fonctionnaires de toutes les administrations. Les réunions sont interdites, et les candidats de l’opposition, qui n’ont pas le droit de faire imprimer leurs affiches sur papier blanc comme ceux du gouvernement, ne peuvent répondre efficacement à une telle pression.

L’administration napoléonienne centralisée, dont le préfet est la pièce principale, est l’armature du régime. Les forces de l’ordre et l’Église en sont les appuis. La police, qui aura un moment son ministère au début du règne, voit ses effectifs passer de cinq mille deux cents hommes à douze mille cent cinquante. Elle surveille les centres urbains ; la gendarmerie, qui joue le même rôle dans les campagnes, se recrute dans l’armée. Celle-ci, si elle a assuré le succès du coup d’État, n’en a pas pris l’initiative. Le 2-Décembre a été l’œuvre de civils. L’armée n’a fait qu’obéir aux ordres de leur complice, le ministre de la Guerre, Saint-Arnaud, comme elle lui eût obéi s’il se fût appelé Cavaignac ou le duc d’Aumale. Napoléon III va la mettre à l’honneur. Elle deviendra bonapartiste avec une ferveur particulière dans la garde Impériale, corps d’élite. Les officiers généraux n’aspirent pas à quitter leurs fonctions pour jouer un rôle politique. Il y a opposition fondamentale entre la doctrine de l’Église, qui est alors théocratique, et les principes proclamés par l’Empire, qui sont ceux de la Révolution. Mais le clergé estime avoir été sauvé d’une subversion qui eût été antireligieuse, et il s’est jeté aux pieds de son sauveur. Seul le clergé légitimiste, surtout dans l’Ouest et dans le Languedoc méditerranéen, tardera à se rallier. L’État rend à l’Église des hommages extérieurs et augmente régulièrement le budget du culte. Jusqu’en 1860, l’opposition au régime est nulle ou totalement inefficace. Les monarchistes ont deux rois pour un trône. Des survivances régionales, surtout dans le Languedoc méditerranéen, dans l’Anjou, en Bretagne et en Vendée, conservent à la légitimité une force qui ne décline que lentement, mais ne possède plus aucun pouvoir d’expansion.

Le comte de Chambord prescrit à ses fidèles de s’abstenir d’une participation à la vie politique qui pourrait entraîner la prestation du serment à l’Empire ; ses instructions sont d’ailleurs peu suivies. Si la légitimité est une foi liée à la foi religieuse, l’orléanisme est un état d’esprit qui dérive des agitations aristocratiques de l’ancienne France et du mouvement philosophique du XVIII° siècle en passant par le libéralisme de 1789. La duchesse d’Orléans maintient les « titres » de son fils face aux « droits » du comte de Chambord ; mais, pour les doctrinaires de l’orléanisme, il s’agit beaucoup moins de rétablir un trône que de perpétuer un certain libéralisme bourgeois. Ils veulent concilier l’héritage contradictoire de la monarchie et de la Révolution dans les mains de la classe moyenne à laquelle chacun peut accéder par ses mérites sous l’égide de l’élite qu’ils constituent. Plus libéraux que royalistes, on les voit, dans le combat politique quotidien, surtout soucieux de représenter les libertés du régime parlementaire et d’assurer une conservation sociale propice à la bourgeoisie. Cette préoccupation conduit beaucoup de notables à apporter leur collaboration à l’Empire, malgré l’opposition des doctrines et des tempéraments.

Il faut distinguer plusieurs sortes de bonapartismes : le bonapartisme composite de Napoléon III, populaire mais associé à la bourgeoisie d’affaires, plébiscitaire mais héréditaire, bref, à la fois de gauche et de droite, démocrate et conservateur. Le bonapartisme jacobin et anticlérical déjà mentionné du prince Napoléon, qui finira, après l’Empire, par renoncer aux prétentions dynastiques. Le bonapartisme libéral, plus ou moins teinté d’orléanisme, des conservateurs, dont certains accepteront, en 1870, d’allier la consultation plébiscitaire et le parlementarisme. Enfin le bonapartisme légitimiste de l’impératrice, autoritaire et catholique, mû, quand viendront les mauvaises années, par l’espoir de vivifier l’Empire grâce à l’accession au trône de Napoléon IV. On a prêté à l’empereur une boutade qui exprime cette diversité : « Les choses ne vont pas tout droit dans mon gouvernement. Comment en serait-il autrement ? L’impératrice est légitimiste, Morny est orléaniste, je suis républicain. Il n’y a qu’un bonapartiste, c’est Persigny, et il est fou. ». Le Crédit mobilier et le Crédit foncier fournissent du crédit à long terme. D’autres établissements, destinés eux aussi à une longue carrière, se créent pour assurer aux affaires le crédit à court terme dont elles ont besoin : ce sont les banques de dépôt et d’escompte. Au Comptoir d’escompte, issu de la crise financière de 1848, s’ajoutent le Crédit industriel et commercial en 1859, le Crédit Lyonnais en 1863, la Société générale en 1864. Au sommet de cet édifice bancaire aux multiples rouages, la Banque de France pourvoit au réescompte. Elle a absorbé les anciennes banques départementales, elle essaime des succursales en province, elle triple la circulation fiduciaire de 1851 à 1870. Tout un mécanisme financier jusqu’alors ignoré, et nécessaire au fonctionnement d’une économie moderne, est ainsi constitué : les épargnants portent leurs billets de banque aux établissements de dépôt, qui leur offrent en échange les actions et les obligations des sociétés industrielles et commerciales émises grâce aux banques d’affaires, titres qu’ils peuvent négocier en Bourse lorsqu’ils ont besoin de liquidités. L’État exerce une sorte de contrôle préventif sur cette activité, un décret paru après le coup d’État subordonnant à son agrément la constitution des sociétés par actions et la nomination de chacun de leurs administrateurs.

La plus grande entreprise du règne, en dehors du canal de Suez, est celle des chemins de fer. L’effort de la monarchie de Juillet et de la II° République en ce domaine avait été médiocre et désordonné. Sous l’égide de l’État et du Crédit mobilier, les compagnies fusionnent. En 1858, il n’en reste que six, qui constituent des ensembles homogènes : elles se perpétueront jusqu’à la nationalisation de 1936. Le réseau ferroviaire ne comprenait en 1852 que des tronçons de lignes d’un total de 3 000 kilomètres ; il s’élèvera en 1870 à 18 000. Le Crédit mobilier fonde la Compagnie générale maritime, qui deviendra bientôt la Compagnie générale transatlantique, tandis que la Compagnie des chemins de fer du P.L.M. (Paris Lyon Marseille) prend le contrôle des messageries maritimes dont les lignes desservent l’Orient et l’Amérique du Sud. La circulation des nouvelles s’accroît plus vite encore que la circulation des marchandises, le nombre annuel des dépêches passant de 9 000 en 1855 à 3 millions en 1867. L’industrie, trouvant désormais les capitaux nécessaires pour mettre en œuvre les progrès techniques, connaît un essor parallèle au développement bancaire. La chimie transforme la fabrication des colorants et des parfums ; la force motrice des machines à vapeur et la consommation du charbon triplent, la production de la fonte passe de 400 000 à 1 400 000 tonnes et celle de l’acier, avec l’introduction du procédé Bessemer, de 283 000 à 1 014 000. La production du textile se mécanise, surtout celle du coton.

L’État se fait lui-même entrepreneur de grands travaux dans un domaine dont il est responsable, celui de l’urbanisme. Le Paris du début de l’Empire est celui de Balzac, fait de rues pittoresques mais étroites, sales et mal éclairées. Son développement a été empirique. Napoléon III pense que l’ordre sera, le cas échéant, plus facile à maintenir dans une capitale percée de larges avenues ; mais surtout il a vécu à Londres et il veut que Paris soit, elle aussi, une capitale moderne où les hommes et les marchandises puissent circuler, et dont les richesses architecturales soient mises en valeur. Grâce à un préfet débordant d’énergie et d’activité, Haussmann, cette œuvre gigantesque dont l’empereur a lui-même établi les premiers plans sera presque entièrement accomplie en dix-huit ans. Des voies spacieuses sont percées, des pâtés de maisons sordides s’écroulent, des quartiers neufs s’élèvent à l’ouest de la ville. De grands monuments sont dégagés ; d’autres sont construits. Le nombre des arrondissements est porté de douze à vingt par l’absorption des communes suburbaines. Deux bois (ceux de Boulogne et de Vincennes), des parcs, des squares sont aménagés. Les transformations de surface se doublent de transformations souterraines par le percement d’un réseau d’irrigation et de drainage. On reprochera à Haussmann d’avoir sacrifié des joyaux qui auraient pu être sauvés et d’avoir trop cédé à un goût immodéré de la ligne droite. Il reste que, par son audace et son ampleur, l’œuvre s’impose au respect et à l’admiration. Paris en vivra sans aucun changement jusqu’à une époque récente. Remarquables aussi sont les travaux qui modernisent les grandes villes de province, notamment Lyon.

 L’agriculture en est encore, au début de l’Empire, aux procédés de culture et aux instruments aratoires du XVIII° siècle. Des écoles spécialisées sont créées à Grignon, Grand Jouans, Montpellier, des cours de chimie agricole donnés dans plusieurs grandes villes. Des lois sur le drainage et le défrichement sont votées. Des crédits sont affectés à des grands travaux dans les Landes et en Sologne. Surtout, la construction des grandes voies ferrées et le percement des chemins vicinaux assurent la diffusion des méthodes modernes de culture, le labourage profond, l’emploi des machines agricoles - et la circulation des produits. La production accrue des matières premières, la houille et le fer, et la création de manufactures nécessitent une abondante main-d’œuvre et aboutissent ainsi à l’afflux des ruraux dans de grandes agglomérations, Paris, Lyon, les centres industriels et miniers du Haut-Rhin, du Nord et du Pas-de-Calais.

La population urbaine, qui représentait, en 1846, le quart de la population totale, en constitue les trois septièmes en 1876. Des quartiers purement ouvriers se créent ; cette transformation de l’habitat est précipitée à Paris par la construction au centre de la ville d’immeubles bourgeois qui contraint les travailleurs manuels à émigrer dans les quartiers périphériques. La répartition très inégale des revenus contribue elle aussi à accentuer la séparation des classes et leur lutte. La bourgeoisie d’affaires est la première à bénéficier du développement de la fortune mobilière, qui double presque en vingt ans et représente à la fin de l’Empire 45% de l’annuité successorale.

Le profit du capitaliste augmente donc beaucoup, alors que le salaire réel de l’ouvrier ne varie guère. L’éventail des rémunérations est très ouvert. Les émoluments d’un sénateur s’élèvent à 30 000 F, ceux d’un ministre sont, au minimum, de 50 000 F. Le cumul étant admis, certains hauts dignitaires touchent des sommes énormes ; Rouher reçoit de l’État jusqu’à 260 000 F l’an. Les charges de cours rapportent de 30 000 à 60 000 F. Mais, en 1867, le traitement des professeurs des classes de rhétorique dans les lycées varie en province de 2 800 à 4 800 F, à Paris de 4 800 à 7 500 F, et le salaire quotidien d’un ouvrier est, en moyenne, de 3,81 F en 1853 et de 4,98 F en 1871. Le romantisme n’est pas mort seulement dans la vie politique et sociale. Les progrès de la science et de ses applications favorisent le positivisme. Dès 1848, Renan s’est proposé d’organiser l’humanité scientifiquement. Auguste Comte développe sa thèse des trois états. Son disciple Littré édifie une œuvre philologique impressionnante. Taine va expliquer que l’esprit, comme la nature, est régi par des lois inéluctables. L’histoire et la critique deviennent, elles aussi scientifiques avec Fustel de Coulanges et Sainte-Beuve. Les romanciers n’échappent pas à cette contagion. En 1853, Champfleury expose la doctrine du réalisme que résume cette formule : « La sincérité dans l’art » ; l’observation sociale se substitue au culte du moi. L’heure glorieuse de la poésie appartient au passé malgré Théophile Gautier, Leconte de Lisle et Baudelaire, qui d’ailleurs réagissent chacun selon son tempérament contre l’irréalisme romantique. Les genres en vogue sont le roman (Flaubert, les Goncourt), la comédie de mœurs et la pièce à thèse (Émile Augier, Alexandre Dumas), l’opérette (Meilhac et Halévy).

On constate la même évolution dans les arts, mais elle échappe à la bourgeoisie régnante, qui en reste au romantisme ou au classicisme le plus académique. « Je veux être à même de traduire les idées, les mœurs, l’aspect de mon époque », écrit Courbet, mais il n’est pas admis par les « gens bien » et, à la fin de l’Empire, on ne s’intéressera pas aux impressionnistes. Bien que la princesse Mathilde, sœur du prince Napoléon, reçoive les hommes de lettres et les artistes avec éclectisme, c’est surtout en dehors du régime que s’épanouit le réalisme littéraire qui apparaît comme une menace contre la société et contre tout ce qui la garantit, les mœurs, la morale, la religion. Baudelaire est condamné à trois mois de prison, Flaubert est traîné en justice et aussi les Goncourt qui sont, eux, des amis de la princesse.

Napoléon III éveille de mauvais souvenirs dans la famille des rois. À son avènement, la Russie, l’Angleterre, l’Autriche et la Prusse négocient une coalition défensive pour se prémunir contre la répétition de l’épopée napoléonienne. La Russie en est la pièce maîtresse. Or c’est elle qui va offrir au nouvel empereur l’occasion de rompre ce front commun. La Turquie, de crise en crise, n’arrive pas à arrêter sa décadence, et Nicolas Ier cherche le moyen de profiter de cette faiblesse pour gagner à Constantinople une porte sur la Méditerranée. L’Angleterre, pour des raisons politiques et stratégiques, est décidée à maintenir le statut des Détroits. La France, puissance catholique, veut protéger les catholiques et les Lieux saints contre les empiétements orthodoxes, mais surtout, Napoléon III, il le dira en Conseil des ministres, entend le cas échéant profiter des ambitions moscovites pour séparer l’Autriche de la Russie, unies par les traités de 1815, et reconquérir, pour la France, sa liberté d’action et le choix de ses alliances. Il est certainement sensible aussi à la perspective de contracter sa première alliance avec l’Angleterre. Sans que personne veuille vraiment la guerre, des imprudences de la Russie y conduisent (mars 1854). Les Russes pénètrent dans les provinces roumaines. L’Autriche exige de la Russie l’abandon de sa politique d’expansion en Méditerranée, mais se contente d’entrer à son tour dans les provinces roumaines, sans aller plus loin, la Confédération germanique refusant, à l’instigation de la Russie, de prendre part au conflit (oct. 1854). La France et l’Angleterre doivent trouver un champ de bataille. Après un débarquement sans résultat en Dobroudja, elles portent la guerre en Crimée. Les Russes sont battus à l’Alma (20 sept. 1854). Saint-Arnaud laisse passer l’occasion de s’emparer de Sébastopol. Les alliés font le siège de la ville, obstruent son port et remportent des succès sans suite à Balaklava (21 oct.) et Inkermann (5 nov.)

Comment terminer la guerre ? Les alliés ne peuvent s’enfoncer dans les steppes russes. Pour créer une atmosphère favorable à ses visées italiennes, le Piémont envoie en Crimée 15 000 hommes qui se joignent aux 80 000 Français et aux 50 000 Anglais, tandis qu’une partie importante des troupes russes sont fixées ailleurs par l’armée turque et par la menace autrichienne. Mais la solution n’est pas en vue. Cependant, l’absence de routes et de voies ferrées ainsi que la médiocrité de leur organisation empêchent les Russes de profiter de leur supériorité numérique. Pélissier, après avoir pris le Mamelon vert le 7 juin 1855 et repoussé une attaque à la Tchernaïa le 18 août, s’empare, le 8 septembre, de la tour Malakoff, aux portes de Sébastopol. Les Russes évacuent la ville le lendemain. Vont-ils éterniser la guerre à l’abri de leurs immensités ? La crainte de voir Napoléon III favoriser les ambitions piémontaises décide l’Autriche à accentuer sa pression sur la Russie et, en janvier 1856, le nouveau tsar, Alexandre II, accepte les conditions des alliés. La paix est signée le 30 mars 1856 à l’issue du congrès de Paris qui sanctionne la prépondérance française en Europe. Le traité confirme la fermeture des Détroits, neutralise la mer Noire et garantit l’intégrité territoriale de la Turquie.

C’est encore la politique des nationalités que Napoléon III voudrait faire triompher en Italie. Mais, conduite jusqu’au bout, elle aboutirait à la création d’une grande puissance aux portes de la France. Il se contentera donc pour les Italiens de l’indépendance dans le cadre d’une confédération analogue à la Confédération germanique, projet conforme aux idées de l’époque, car la plupart des Italiens sensés, dont Cavour, considèrent alors comme une utopie l’unité de leur pays. En outre, ce nouveau coup porté aux traités de 1815 ouvrirait ultérieurement pour la France des perspectives de remaniements territoriaux favorables. L’attentat spectaculaire de l’Italien Orsini (14 janv. 1858), qui rejette d’abord Napoléon III vers une politique conservatrice à l’extérieur comme à l’intérieur, lui sert ensuite de prétexte pour précipiter sa politique italienne. Il fait publier la lettre que le criminel lui a adressée pour l’inviter à libérer sa patrie. En juillet suivant, à Plombières, l’empereur convient avec Cavour qu’à l’issue d’une guerre victorieuse contre l’Autriche l’Italie formera sous la présidence du pape une confédération de quatre États : un royaume septentrional, un royaume de l’Italie centrale, le royaume des Deux-Siciles et enfin ce qui resterait des États pontificaux. La France recevrait Nice et la Savoie. Un traité secret est signé le 28 janvier 1859. Les puissances sont hostiles à l’entreprise napoléonienne et Napoléon III, devant les difficultés qui surgissent, se résigne à recourir à un congrès, formule qui lui est chère, lorsque le chancelier d’Autriche, tombant dans le piège que lui tendent les insolences du Piémont, leur répond par un ultimatum. La guerre est déclarée le 3 mai.

Pour garder le secret de ses projets, Napoléon III, n’a pas préparé l’intervention militaire. Les Autrichiens négligent d’en profiter pour battre les Piémontais séparément. Napoléon III, qui commande ses troupes, opère un mouvement tournant vers le nord du Pô et, après un succès à Palestro, se heurte aux Autrichiens à Magenta. L’armée française a oublié, depuis le premier Empire, la science et l’art de la guerre. La conquête de l’Algérie l’a habituée à la pratique du débrouillage. Sa supériorité sur les Autrichiens tient à l’endurance et au courage de ses soldats de métier. La bataille, décomposée en opérations dispersées, se termine par l’arrivée tardive mais décisive du corps de Mac-Mahon au nord de la ligne de feu (4 juin). Les Autrichiens se replient sur le Mincio. Ils subissent, le 24 juin, une nouvelle défaite à Solferino. Napoléon III, vainqueur, propose à François-Joseph un armistice qui est signé à Villafranca (11 juill.) : l’Autriche cède la Lombardie ; les souverains secondaires d’Italie retrouveront leurs possessions d’où la révolution les a chassés ; l’Italie formera une confédération.

Pourquoi Napoléon a-t-il renoncé à libérer l’Italie jusqu’à l’Adriatique ? Sa principale raison est l’attitude menaçante de la Prusse, la France étant incapable de gagner une guerre à la fois contre elle et contre l’Autriche. Le traité de Zurich (nov. 1859), conforme à l’armistice de Villafranca, ne peut être exécuté car Napoléon III n’a pas laissé François-Joseph imposer par les armes le retour des souverains dépossédés. Des assemblées libérales votent le rattachement de leurs territoires au Piémont et la France reçoit, sous réserve du vote des populations, Nice et la Savoie, à l’annexion desquelles Napoléon III avait renoncé après Villafranca, n’ayant pu tenir tous ses engagements de Plombières à l’égard du Piémont. Après l’annexion des principautés italiennes, le Piémont entend procéder à celle des Marches et de l’Ombrie, provinces pontificales elles aussi révoltées.

Or, à la suite de l’insurrection qui, en 1849, a rétabli l’autorité du Saint-Siège, les troupes françaises étaient restées à Rome pour faire contrepoids à l’occupation autrichienne dans le nord de la péninsule. Pie IX cherche à assurer lui-même l’indépendance des États de l’Église en confiant à Lamoricière la formation d’une petite armée. En mai 1860, avant qu’un accord soit intervenu sur le départ des troupes, l’aventurier républicain Garibaldi débarque en Sicile, d’où il s’avance dans la péninsule à la tête d’un millier de partisans en chemises rouges pour en chasser les Bourbons de Naples. Cavour qui l’a laissé partir doit, pour confisquer les bénéfices de son initiative, faire passer les troupes piémontaises à travers les États pontificaux. Il ne l’ose sans avoir consulté Napoléon III ; l’empereur, préférant voir à Naples la maison de Savoie plutôt que Garibaldi, se décide à laisser faire (il aurait dit aux émissaires piémontais : « Fate presto »). Les Piémontais entrent dans les États de l’Église et battent Lamoricière à Castelfidardo. Napoléon III se contente de rappeler le représentant français à Turin. Le Piémont se substitue à Garibaldi et annexe les Deux-Siciles comme il l’a fait pour les Marches et pour l’Ombrie. Après une nouvelle entreprise de Garibaldi contre Rome, que les Piémontais arrêtent à Aspromonte (1862), la France conclut avec le Saint-Siège la convention dite du 15 septembre 1864, aux termes de laquelle elle retirera ses troupes au fur et à mesure de l’organisation de l’armée pontificale, le nouveau royaume d’Italie s’engageant de son côté à respecter le territoire des États de l’Église.

La question italienne est devenue pour Napoléon III un guêpier. L’annexionnisme piémontais a rendu caduc son projet de confédération italienne et il a dû, en freinant la politique de Cavour, renoncer à faire de l’Italie, comme il l’espérait, une nation satellite de la France. D’autre part, le Piémont, en se transformant en royaume d’Italie, est fatalement amené à vouloir faire de Rome sa capitale, ce que Napoléon III ne peut tolérer sans se brouiller avec des catholiques français. D’où des demi-mesures, des transactions, des compromis qui ne satisfont personne, avec l’espoir qu’après la mort de Pie IX une solution pourra être négociée. Pie IX ne mourra qu’en 1878 et entre-temps il faudra que Napoléon III lui envoie des troupes, en 1867, pour arrêter une nouvelle tentative garibaldienne à Mentana.

Ce sont des motifs religieux et commerciaux qui expliquent la politique impériale en Extrême-Orient. Les concessions aux « barbares blancs » ont provoqué en Chine des révoltes au cours desquelles des missionnaires et des commerçants européens ont été massacrés. L’envoi d’une escadre franco-anglaise a abouti en 1858 à la signature du traité de Tien-t’sin qui n’a pas été ratifié. Une nouvelle expédition franco-anglaise entre à Pékin en 1860 ; les Chinois capitulent et ouvrent six nouveaux ports aux nations européennes. En Indochine, l’Annam persécutait les religieux français. Le bombardement et l’occupation de Tourane, en 1858, et de Saigon, en 1859, n’ayant pas donné de résultat, une expédition aboutit en 1861 à l’occupation de la basse Cochinchine, que l’empereur Tu-Duc cède à la France en 1863 en même temps qu’il lui accorde le protectorat du Cambodge. Signalons aussi, en Océanie, l’occupation de la Nouvelle-Calédonie (1853).

En Afrique, la France s’assure en 1862 le territoire d’Obock au débouché de la mer Rouge, tandis que Faidherbe fait œuvre de colonisateur au Sénégal. Mais l’effort principal porte sur l’Algérie. L’armée française procède à l’occupation progressive des oasis sahariennes et soumet la Kabylie (1857). Le problème essentiel est celui de l’administration des territoires. Il faut organiser la colonisation et en même temps donner des garanties aux indigènes. La politique impériale ne se précise que lentement. L’Algérie est pour Napoléon III « tout à la fois un royaume arabe, une colonie européenne, un camp français ». Il veut organiser la propriété indigène sous la protection des militaires et filtrer l’afflux européen. Malgré l’utilisation d’importants capitaux en de vastes entreprises, les colons réagissent contre cette politique qui sera abandonnée à la chute du régime. D’Alger à Constantinople, en passant par la Syrie et l’Égypte, la prépondérance française s’établit en Méditerranée. Au Levant, la situation privilégiée que la guerre de Crimée lui fait en Turquie permet à la France de reprendre son rôle traditionnel de protectrice de l’Église. L’application d’un article du traité de Paris qui assure aux sujets chrétiens du sultan les mêmes droits qu’aux musulmans entraîne, en 1860, au Liban, le massacre par les Druses de près de douze cents maronites. La France se fait mandater par les grandes puissances pour une opération de police désintéressée ; nos troupes restent donc en Syrie et au Liban le temps de procéder à une réorganisation administrative et judiciaire destinée à protéger les maronites.

En Égypte, Ferdinand de Lesseps entreprend le percement du canal de Suez. Il ne pourrait conduire à son terme cette entreprise s’il n’obtenait à certains moments l’appui diplomatique et financier de l’empereur. L’impératrice inaugure le canal en 1869. L’inauguration du canal de Suez par l’impératrice Eugénie, en présence du khédive d’Égypte Ismaïl Pacha, de l’empereur et de l’impératrice d’Autriche, et du prince héritier de Prusse, le 17 novembre 1869.

L’aventure mexicaine.

Le plus important effort français outre-mer, en dehors de l’Algérie, est accompli au Mexique et, à la différence des autres, il se solde par un grave échec. Le Mexique stagne dans une anarchie endémique depuis qu’il s’est libéré de la domination espagnole. Les conservateurs cléricaux y disputent le pouvoir aux démocrates anticléricaux. Juarez, chef de ces derniers, suspend en 1860 le règlement des dettes extérieures. La France, l’Espagne et l’Angleterre décident une intervention commune. L’Angleterre voudrait se saisir des douanes, et l’Espagne installer un Bourbon à Mexico. Napoléon III a de plus vastes projets. Au fort de Ham, il s’est intéressé au percement d’un canal au Nicaragua et sans doute rêve-t-il pour l’Amérique du Nord d’une puissante nation latine et catholique qui, grâce à l’exportation de ses richesses naturelles, ferait contrepoids à la nation anglo-saxonne et protestante des États-Unis. Sur la foi de renseignements inexacts, il imagine le parti conservateur capable de restaurer la monarchie. Au fait de ces intentions, les Anglais et les Espagnols rappellent leurs troupes, débarquées avec les troupes françaises en 1861. Celles-ci subissent un échec à Puebla (mai 1862), puis occupent Mexico en mai 1863. L’archiduc Maximilien reçoit la couronne (son frère François-Joseph déclinant toute responsabilité dans l’entreprise). Si l’expédition réussissait, peut-être panserait-elle les blessures faites à l’Autriche en 1859 et faciliterait-elle la cession de la Vénétie à l’Italie qui abandonnerait ses visées sur Rome pour la plus grande satisfaction des catholiques français - c’est du moins ce qu’espère Napoléon III. Mais le parti conservateur ne dispose pas d’appuis populaires et, la guerre de Sécession terminée, les États-Unis envoient des armes à Juarez et rappellent à la France la doctrine de Monroe. Il ne reste à l’empereur qu’à prendre prétexte, pour retirer ses troupes, de ce que Maximilien n’a pas respecté ses engagements financiers. Maximilien refuse d’abdiquer. Il est pris et fusillé par Juarez (1867).

À la suite des élections de 1857, l’opposition légitimiste disparaît du Corps législatif, le clergé de l’Ouest s’étant rallié à l’Empire. En revanche, l’opposition républicaine y apparaît avec le groupe des « cinq », tout à fait impuissant à ses débuts, dont font partie Jules Favre, Émile Ollivier et Ernest Picard ; après l’attentat d’Orsini, Napoléon III divise la France en cinq départements militaires et fait voter une loi de « sûreté générale » qui donne au gouvernement le droit d’expulser ou d’interner tout condamné politique. En outre, il crée un Conseil privé qui donne son avis dans les grandes occasions, et confère la régence éventuelle à l’impératrice Eugénie. La crise provoquée par l’attentat d’Orsini est accidentelle et passagère. Les mesures prises ont surtout l’intérêt de montrer combien est vif dans l’opinion des élites le sentiment que le sort de l’Empire est lié à celui de l’empereur. L’émotion éprouvée se calme rapidement et c’est seulement en 1860 que naissent les difficultés de politique intérieure avec les complications de la question romaine. Le clergé a longtemps considéré l’Empire comme un rempart contre la révolution. Avec la guerre de Crimée, il a vu en lui un protecteur des intérêts catholiques dans le monde. Or l’Italie, créée grâce à Napoléon III, menace l’intégrité des États de l’Église alors que lescatholiquestiennent le pouvoir temporel pour sacré. Les services que l’empereur rend à la religion en Chine et en Syrie paraissent peu de chose à côté du danger qui menace le Saint-Siège. Lorsque Napoléon III annonce par le truchement d’un écrivain que la solution consisterait à réduire les États de l’Église au territoire romain dont la propriété serait garantie au Saint-Siège par les puissances (déc. 1859), Pie IX riposte par une encyclique, et une longue période de querelles s’ouvre. L’Univers de Veuillot est supprimé, des mandements pontificaux sont déférés au Conseil d’État, le comité directeur de la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul est amené à se dissoudre, les congrégations nouvelles ne sont plus que rarement autorisées, etc.

Aux élections de 1863, les légitimistes, les orléanistes, les protectionnistes et les catholiques « avant tout » se rassemblent en une Union libérale et se présentent comme « indépendants ». Ces adversaires modérés, les uns de l’Empire, les autres de certains aspects de la politique impériale, ont quinze élus et les républicains dix-sept. Le succès de ces derniers est dans l’ordre des choses. Les nouvelles générations n’ont pas connu le désordre et l’impuissance de la IIe République. Elles souffrent de la compression politique, aspirent à la liberté avec d’autant plus d’ardeur qu’elles en ignorent les risques. Les jeunes fréquentent les loges maçonniques, seuls endroits où ils peuvent participer à de libres discussions, s’expriment dans la petite presse du quartier Latin et, faute de pouvoir attaquer l’Empire, s’en prennent à son alliée, l’Église. Napoléon III renvoie son ministre de l’Intérieur, Persigny, et remplace les ministres sans portefeuille par un ministre d’État, Billault, qui meurt peu après et auquel succède Rouher. Ce dernier, avocat pugnace dévoué à l’empereur, plaide avec puissance ses politiques successives ; Émile Ollivier le qualifiera de « vice empereur ». Victor Duruy devient ministre de l’Instruction publique : Napoléon III, qui est favorable à ses idées, le laissera multiplier les écoles primaires, étendre la gratuité, élargir la place des notions positives dans les programmes, rétablir les cours d’histoire contemporaine, fonder l’École des hautes études, créer un enseignement secondaire des jeunes filles, cette dernière réforme au vif mécontentement du clergé, l’Église ayant jusqu’alors un monopole de fait en ce domaine.

Au Corps législatif, Thiers réclame en 1864 les libertés nécessaires : liberté individuelle, liberté de la presse, liberté électorale (suppression de la candidature officielle), liberté de représentation nationale (droit d’interpellation), liberté de la majorité (responsabilité ministérielle). Thiers devient l’orateur de l’opposition modérée qui va prendre le nom de tiers parti et dont les membres se placent loyalement sur le plan constitutionnel. Le personnel impérial est divisé sur l’attitude à prendre en présence de ce réveil de la politique. Rouher, Fould et Baroche veulent maintenir le caractère autoritaire de l’Empire ; Walewski et Magne sont partisans d’une évolution parlementaire, Morny plus encore. Il s’est lié avec Émile Ollivier, que sa sentimentalité optimiste et son ambition rallient à l’Empire en 1864. Mais Morny meurt en 1865 et, la même année, le prince Napoléon, s’abandonnant à une de ses incartades coutumières, demande une transformation radicale de l’Empire dans un discours prononcé à Ajaccio, discours que l’empereur désavoue par une lettre publique.

Le camp des bonapartistes libéraux a dès lors pour chef le successeur de Morny au Corps législatif, Walewski, qui va mourir à son tour (1868), et surtout, plus à gauche, Émile Ollivier. Malgré l’influence de Rouher, le pénible abandon de l’aventure mexicaine et la défaite autrichienne de Sadowa, qui marque la fin de la prépondérance française en Europe, incitent l’empereur à de nouvelles concessions libérales. Le 19 janvier, à la suite de conversations avec Émile Ollivier, il accorde le droit d’interpellation, la participation des ministres aux débats parlementaires, et promet des lois libérales sur la presse et les réunions. Il serait logique qu’Émile Ollivier soit appelé au gouvernement pour appliquer ce programme. Mais l’empereur peut difficilement confier la majorité à un ennemi d’hier en qui cette majorité n’a pas confiance. Les temps ne sont pas venus.

Grâce aux manœuvres de Rouher, toujours ministre d’État, les lois libérales sont votées seulement au cours de 1868. Les bonapartistes autoritaires sont violemment opposés à l’abandon du régime de la presse de 1852 et il s’en faut de peu que, devant cette opposition, le gouvernement retire le projet que les républicains trouvent, eux, insuffisant parce que, s’il supprime l’autorisation préalable des journaux, et retire à l’administration le droit de disposer des sanctions, il laisse subsister certaines restrictions à la liberté et attribue la compétence en matière judiciaire, non aux cours d’assises mais aux tribunaux correctionnels (11 mai 1868). La loi sur les réunions, qui soulève moins de difficultés, autorise les réunions publiques tout en interdisant que les sujets politiques et religieux y soient traités ; les réunions politiques sont autorisées pendant la campagne électorale (6 mai 1868). Le malheur pour l’Empire est que l’opposition républicaine ne cesse de se développer et qu’elle utilise contre lui les concessions du régime. À peine la loi sur la presse est-elle promulguée que Rochefort fonde, en mai 1868, La Lanterne, hebdomadaire où s’exerce sa verve cocasse et cruelle. La presse bonapartiste est submergée par une presse hostile dont les organes sont l’objet de nombreuses poursuites à la suite d’attaques contre la Constitution et la personne du souverain. De même, la violence domine dans les réunions où les révolutionnaires sont à peu près seuls à parler.

En novembre 1868, deux journaux lancent une souscription en vue d’ériger un monument au représentant Baudin, mort sur les barricades le 3 décembre 1851. Le procès qui s’ensuit révèle au grand public le nom de Gambetta. Ce jeune avocat attaque le coup d’État avec une violence inouïe et devient le tribun du parti républicain. En dehors de l’opposition républicaine est née une opposition socialiste. Au début de l’Empire, les ouvriers, déçus par l’échec du socialisme utopique et par la politique répressive du gouvernement républicain lors des journées de juin, se sont cantonnés dans leurs préoccupations professionnelles. L’influence de Proudhon, partisan d’une organisation mutuelliste, n’a pas été étrangère à cette orientation.

L’empereur est ouvert aux problèmes sociaux. Au lendemain du coup d’État, il a essayé d’inaugurer une politique socialiste, tentative vouée à l’avortement immédiat puisqu’elle ne pouvait trouver d’appui à gauche en raison même du coup d’État et pas davantage à droite où l’on s’était rallié à celui-ci en partie par peur de la menace socialiste. Napoléon III se contente alors de favoriser le développement des sociétés de secours mutuels et de prendre des mesures sociales de caractère paternaliste. Il est normal qu’après 1860, quand sa politique extérieure soulève une certaine opposition de la part de l’Église et de la bourgeoisie protectionniste, il donne une impulsion nouvelle à sa politique sociale. En 1862, il gracie des grévistes.

Quelques mois avant, il a autorisé l’envoi d’une délégation ouvrière à l’Exposition universelle de Londres. Les délégués en sont revenus acquis aux méthodes réformistes des trade-unions. En 1864, l’ouvrier Tolain rédige le « manifeste des Soixante » dans lequel il affirme le droit des ouvriers d’être représentés en tant qu’ouvriers. Cependant, le geste de l’empereur graciant des grévistes, empêche que les pénalités prévues par la loi leur soient appliquées et conduit au vote de la loi de 1864 qui supprime le délit de coalition. Morny et Ollivier se sont employés à la faire voter. Cette loi est incomplète puisque le droit d’association et le droit de réunion étant alors interdit on accorde aux ouvriers un droit de coalition qu’ils n’ont pas les moyens légaux d’exercer. Mais une large tolérance s’établit au cours des années suivantes, le droit de réunion étant en fait reconnu en 1868. Le journaliste politique français Pierre Joseph Proudhon (1809-1865). Son système de pensée lui fait rejeter le socialisme utopique et forger le concept de socialisme scientifique, fondé sur une science de la société méthodiquement découverte et rigoureusement appliquée. Les contacts établis entre ouvriers français et ouvriers anglais en 1862 se renouvellent et aboutissent en 1864 à la création de la première Association internationale des travailleurs. Elle tient un congrès chaque année en septembre : à Genève en 1866, à Lausanne en 1867, à Bruxelles en 1868. Peu à peu, les théories mutuellistes de Proudhon y sont écartées au profit des théories collectivistes de Marx ou anarchistes de Bakounine. L’Internationale prend un caractère hostile aux États bourgeois, évolution qui est accélérée, en ce qui concerne sa section française, par les poursuites que lui intente le gouvernement. Elle est deux fois condamnée en 1868 et elle le sera de nouveau en 1870. En dehors de l’Internationale, la force socialiste la plus importante, en France, est celle du blanquisme. Elle procède du jacobinisme, du babouvisme et de la tradition révolutionnaire de la monarchie de Juillet. Blanqui croit à l’action des minorités agissantes recrutées dans les milieux populaires et parmi les éléments conscients de la bourgeoisie. La première œuvre à accomplir est de s’emparer du pouvoir et d’exercer une dictature qui assainira une société gangrenée et procédera à l’éducation du peuple. La révolution qu’il se refuse à définir sortira d’un peuple instruit. Doctrine sommaire, mais qui conduit à l’organisation de cohortes pour assurer la prise du pouvoir.

Cependant, la jeunesse républicaine trouve des inspirations de plus en plus violentes chez les grands ancêtres, Danton, Marat, voire Hébert et Fouquier-Tinville ! Et, succédant aux contacts entre opposants de toutes nuances qui ont eu lieu naguère à la prison Sainte-Pélagie, de nouveaux échanges s’établissent entre les jeunes républicains, les membres de l’Internationale et les blanquistes, notamment à un congrès de la Paix et de la Liberté qui se tient à Genève en septembre 1867, au lendemain du congrès de l’Internationale réuni à Lausanne. Ils aboutissent à un rapprochement durable. Les ouvriers, qui jusqu’alors répugnaient à l’action politique, sont amenés à voir dans le régime un soutien du capitalisme et par conséquent à lutter pour sa destruction ; la révolution politique devient pour eux une étape de la révolution sociale. Les internationaux demandent aux députés républicains si le prolétariat pourra compter sur la bourgeoisie libérale lorsqu’il prendra les armes pour la République. Et Jules Favre leur répond : « C’est vous, messieurs les ouvriers, qui seuls avez fait l’Empire ; à vous de le renverser seuls. » Cette rupture entre les députés républicains et les révolutionnaires, qui devait tôt ou tard se produire, est désormais un facteur important de l’évolution du second Empire.

Avec des mesures telles, que l’envoi d’une délégation ouvrière à Londres en 1862, le vote de la loi sur les coalitions en 1864, au cours des années suivantes la tolérance en matière de réunion et d’association en vue de faciliter l’application de cette loi. La politique sociale de Napoléon III a contribué à la renaissance du mouvement ouvrier, mais n’a pas empêché celui-ci de s’orienter rapidement vers la lutte contre le régime. Malgré ce résultat politique décevant, l’empereur persévère. À la fin des années cinquante, un mouvement se dessine en faveur des associations ouvrières dont on parle à nouveau sous le nom de coopératives. Plusieurs banques se créent pour les financer et l’une d’elles est subventionnée par l’empereur ; la loi de 1867 sur les sociétés leur donne un cadre juridique approprié. Mais c’est surtout à l’occasion de l’Exposition de 1867 que le gouvernement tente un nouvel effort social d’envergure. Des délégués ouvriers élisent une commission qui siège pendant deux ans comme un parlement du travail. Son activité aboutit à la multiplication des chambres syndicales (ce que nous appelons aujourd’hui syndicats), à la création de caisses d’assurances facultatives sur la vie et contre les accidents du travail, au vote d’une loi abrogeant l’article 1781 du Code civil, à des projets de lois visant à créer une inspection du travail et à organiser des retraites ouvrières. Enfin Napoléon III se déclare partisan de la suppression du livret ouvrier. Cet effort sera interrompu par la chute de l’Empire. Cependant, la situation sociale ne suit pas la même évolution. Les syndicats, tolérés depuis 1866, se multiplient sous l’impulsion de l’Internationale et les grèves, dont la principale cause est la baisse des salaires réels en raison des difficultés économiques, prennent, un caractère politique à partir de 1869. Cette année-là, en juin, une grève à Firminy donne lieu à l’affrontement sanglant de La Ricamarie entre la troupe et les grévistes. Une autre catastrophe de même nature se produit à Carmaux en octobre. En 1870, le mouvement gréviste reprend. L’agitation s’étend à travers la France, notamment au Creusot et en Alsace. Au printemps, l’élite du monde ouvrier est en pleine fermentation et il est permis de se demander si l’Empire n’est pas menacé d’une crise sociale.

Le cabinet Ollivier disperse son activité et quand éclate, au début de juillet, l’affaire Hohenzollern, son autorité est bien ébranlée. La prépondérance française en Europe, qui n’a cessé de s’affirmer de la guerre de Crimée à la guerre d’Italie, s’est dès lors effritée progressivement. Le coup fatal lui est porté par Bismarck qui, après avoir arraché à l’Autriche sa place à la tête de la Confédération germanique, à entrepris de réaliser l’unité allemande sous l’égide de la Prusse. En 1864, il a entraîné l’Autriche dans une guerre contre le Danemark, auquel les deux puissances ont ravi les duchés de Sleswig et de Holstein. Lorsque l’Autriche a compris que la Prusse allait se retourner contre elle, elle a cherché à neutraliser la France en lui promettant la Vénétie qui, remise à l’Italie, alliée à la Prusse, devait lui assurer une paix avantageuse quelle que fût l’issue militaire de la lutte. Napoléon III espérait ainsi détourner de Rome l’attention du gouvernement italien. À la Prusse l’empereur a demandé, au cas où elle serait victorieuse, une compensation que Bismarck a répondu ne pouvoir donner en terre allemande. L’empereur a néanmoins souhaité le conflit Austro prussien parce qu’il estimait que la lutte serait longue et indécise et qu’il pourrait alors imposer sa politique « des trois tronçons « : la Prusse réaliserait l’unité de l’Allemagne du Nord au nord du Main, l’Autriche conserverait ses provinces allemandes, les autres États allemands au sud du Main resteraient indépendants (et ouverts à l’influence française).

La Prusse ne pouvant, en raison de l’opposition des États de l’Allemagne du Sud, réaliser l’unité allemande qu’à l’issue d’une guerre victorieuse contre la France, grâce au surcroît de prestige et de puissance qu’elle y gagnerait, un conflit armé entre les deux pays était devenu probable, sinon fatal. Or la situation internationale de la France étant mauvaise, Napoléon III n’a pu ni créer une confédération italienne ni façonner à sa guise la Confédération germanique. L’Italie convoite Rome occupée par les Français. L’Angleterre tient la France en suspicion depuis l’annexion de Nice et de la Savoie. La Russie ne pardonne pas à Napoléon III d’avoir apporté son soutien à l’insurrection polonaise de 1863 alors qu’elle obtenait de la Prusse une convention relative à la répression des menées révolutionnaires. Les relations de la France ne sont bonnes qu’avec l’Autriche, menacée comme elle par l’ambition bismarckienne. Mais François-Joseph connaît la force prussienne. Il ne veut conclure d’alliance avec la France que s’il est assuré de la neutralité russe et de la neutralité italienne. Or la Russie a promis à la Prusse d’exercer une pression sur l’Autriche pour qu’elle n’intervienne pas dans un conflit Franco-prussien, et l’Italie ne veut rien savoir si on ne lui accorde pas Rome. François-Joseph et Victor-Emmanuel adhèrent bien en 1869 à l’idée d’une alliance avec la France ; l’archiduc Charles et le général Lebrun étudient même un plan de campagne ; les pourparlers n’aboutissent pas.

Avant cette tentative de redressement diplomatique a eu lieu une tentative de redressement militaire. La loi Gouvion-Saint-Cyr de 1822 n’a subi que de légères modifications Elle fixe la durée du service militaire à sept ans, partiellement accomplis et seulement par ceux qui sont victimes du tirage au sort. Ce système fournit des troupes solides, mais peu de réserves. L’armée prussienne est, elle, recrutée par le service universel à court terme qui fournit des réserves abondantes. Napoléon rêve d’introduire le système prussien en France. L’esprit de routine est tel que même une formule intermédiaire ne peut aboutir. Le maréchal Niel se contente d’obtenir que les non-incorporés soient astreints à un minimum de préparation militaire et forment une garde mobile qui pourrait être utilisée en cas de guerre. Le Corps législatif, hostile à un effort militaire impopulaire dans le pays, vote des crédits insuffisants et le maréchal Le Bœuf, successeur de Niel, se désintéresse de la garde mobile.

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