Dans les coulisses des ministères.

Lundi 15 octobre 2007, par Paul Vaurs // La France

Un gouvernement ramassé mais des cabinets plus pléthoriques. Les consignes de Nicolas Sarkozy ont été respectées, pas celles de François Fillon. Au sein des ministères, c’est à la fois la jeunesse le talent et l’expérience qui semblent primer Les compétences existent et le népotisme n’est jamais loin. Tour d’horizon des ministères qui doivent travailler pour appliquer le programme du chef de l’Etat.

« Je vais les dénommer puis les renommer en bloc pour qu’ils sachent de qui ils tirent leur légitimité et pour qu’ils comprennent qu’ils doivent mettre en oeuvre toutes les décisions du gouvernement ». Ainsi parlait le candidat Nicolas Sarkozy à ses collaborateurs propos des directeurs d’administration centrale, ces quelques 120 à 130 personnes qui font tourner la machine de l’État. En ligne de mire des postes-clefs : directeur des services judiciaires, directeur du Trésor, du Budget, directeur général des collectivités locales ou encore directeur général de la Santé, un poste assez exposé depuis la canicule de l’été 2003. L’objectif du président de la République serait, selon son entourage, de diviser le nombre de ses véritables tours de contrôle par deux. Depuis son élection l’Elysée, quelques aménagements ont pu être réalisés ci où là, un peu la marge.

Quelques sous-directions ont changé de patrons. Mais le grand chambardement annoncé n’a pas encore eu lieu. Les hauts fonctionnaires ont tout de même eu la surprise devoir débarquer, de manière inopinée, quelques conseillers ministériels ou présidentiels dans leurs réunions. Ils n’étaient qu’ » observateurs  ». Certains ont voulu y voir le signe annonciateur de lendemains plus difficiles et qui pourraient déchanter. Cependant le mouvement « des dépouilles  » inspiré par le modèle américain du « spoil system  » a d’ores et déjà commencé au sein des préfectures et des sous-préfectures. Le mois de septembre a vu une cinquantaine de mouvements préfectoraux. Une telle mobilité s’explique de plusieurs manières certains hauts fonctionnaires qui étaient détachés sur Ces postes ont souhaité réintégrer leur corps d’origine. D’autres arrivaient en fin de mission après deux ou trois ans en poste. D’autres ont été promus à des postes plus stratégiques. L’UMP qui commence à placer ses pions, au sein des grands services de l’État, a déjà noyauté tous les cabinets.

Plus de 530 conseillers.

Deux éléments frappent le plus au sein des quinze ministères et des seize secrétariats d’État. Premièrement le nombre de collaborateurs. Secondement, la jeunesse et le bagage intellectuel des conseillers. Comme si le talent n’attendait pas le nombre des années. François Fillon qui avait demandé que chacun des 15 ministres ne dépasse pas 20 conseillers, et que les secrétaires d’État se limitent à seulement quatre, n’a manifestement pas été écouté. Son total théorique de 364 collaborateurs atteint aujourd’hui plus de 530. Encore ne sont comptabilisés que ceux qui exercent une fonction permanente au sein d’un ministère et qui ont vu leur nomination publiés au Journal Officiel. Car il faudrait ajouter les conseillers occasionnels, temporaires et les occultes. François Fillon lui-même peine à tenir son cap. Pas moins de 56 conseillers (hors chargés de mission) l’épaulent. Ils sont une cinquantaine à l’Élysée, 53 au ministère de l’Écologie et du Développement durable, 35 au ministère de l’Économie et des Finances, 23 à celui des Affaires étrangères. Seuls les ministères de la Justice et de l’intérieur restent dans la fourchette fixée par le chef du gouvernement (20).

A sa décharge, il faut remarquer que peu de Premiers ministres sous la V° République sont parvenus à endiguer l’inflation des conseillers. Et à trop vouloir restreindre le nombre de ministères, les hôtes de Matignon sont conscients qu’ils multiplient les risques d’accroître le nombre de collaborateurs pour compenser le faible poids du gouvernement. Car les dossiers doivent, quoiqu’il arrive, être traites...

Une Inflation difficile à endiguer

Peu de chefs de Gouvernement ont réussi le pari de s’entourer de peu de collaborateurs. Nommé en 1984 à Matignon, Laurent Fabius signe une circulaire dans laquelle il limite le nombre de conseillers à huit par ministre, cinq par ministre délégué et trois par secrétaire d’État. Or, 314 conseillers travailleront pour son gouvernement soit 42 % de plus que l’effectif prévu par les règles de la circulaire. Onze ans plus tard, après l’élection de Jacques Chirac, Alain Juppé fait nettement moins bien. Il tablait sur 193. Ce sont finalement 392 conseillers que les ministres embauchent. Plus du double ! 103 % d’inflation ! Que dire du gouvernement de Dominique de Villepin qui a accueilli en son sein 750 conseillers, soit plus de 20 par maroquin ? En fait jusqu’à 2002, seule Edith Cresson, Premier ministre entre 1991 et 1992, est parvenue à tenir ses objectifs. Elle les a même dépassés. Sous son gouvernement, les effectifs officiels de conseillers étaient inférieurs de 16% à ce que permettaient les règles qu’elle avait retenues.

Moyenne d’âge : 40 ans.

A défaut de quantité, les ministres misent sur la qualité. C’est ce qui explique qu’ils s’entourent de jeunes. Un survol rapide des principaux ministères permet d’établir que la moyenne d’âge avoisine les 40 ans. Ainsi le cabinet du Premier ministre affiche 39,75 ans de moyenne d’âge. Le plus jeune conseiller (un chargé de mission pour les déplacements de la presse) aura 27 ans en novembre. Le plus ancien conseiller de François Fillon a 58 ans. Le président de la République, s’est lui aussi entouré de jeunes conseillers. Trois d’entre eux ont moins de trente ans et ont été propulsés conseillers techniques, huit entre 30 et 35 ans, quatorze entre 35 et 39 ans. Au ministère de l’Écologie la moyenne d’âge avoisine 41,5 ans, à
l’Intérieur 43 ans, au quai d’Orsay 44 ans, à la Chancellerie 40 ans, à la Défense 42 ans, et seulement 36 ans à Bercy.

Concentration d’énarques.

Ces recrues dont certaines appartiennent au proche cercle des ministres, sont également talentueuses et, comme il se doit, bombardées de diplômes. Le profil moyen tourne autour des grandes écoles Polytechnique, ENA, Normale Sup... Certains peuvent s’enorgueillir de posséder un pedigree de première classe, la jeunesse en prime. La ministre de l’Économie et des Finances, Christine Lagarde, ne s’y est pas trompée en puisant dans un vivier au parcours impressionnant. Outre le fait que deux tiers de ses collaborateurs ont moins de 40 ans et que la moitié à moins de 35 ans, le plus (le plus âgé a 47 ans et le plus jeune 29 !) tous ont été formatés sur le triptyque : droit, Sciences Po, ENA. Certains cumulent les diplômes de prestige. Son conseiller « innovation, capital, risque et propriété intellectuelle  » affiche à 30 ans seulement un parcours sans faute : IP-Paris, ESSEC, maîtrise de japonais classique, DEA monnaie-finance, et bien sûr ENA ( 2003, promotion René Cassin). Son conseiller macro-économie dispose d’un CV tout aussi intéressant à 32 ans : IEP Paris, maîtrise de droit des affaires, DEA d’analyse et politique économique, doctorat en sciences économiques de l’École polytechnique et bien évidemment I’ENA (2000, promotion Averroès)...

 C’est à l’Élysée où la concentration d’énarques est la plus marquée 28 sur 53 conseillers. La garde rapprochée de Christine Lagarde n’est pas en reste avec 15 énarques sur 35 conseillers. Sur les 55 conseillers de François Fillon, 19 sont passés par cette prestigieuse école. Les diplômes qui marquent une forme de culture et d’intelligence, ne font pas toute la compétence. Les Français jugeront sur pièces...

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