Dans l’intimité de Gandhi.

La vie sexuelle d’une icône.

Vendredi 18 juin 2010 // La Religion

Mohandas Karamchand Gandhi

Ce n’est un secret pour personne que Mohandas Karamchand Gandhi avait une vie sexuelle singulière. Il parlait sans cesse de sexe et donnait des instructions détaillées et souvent provocantes à ses disciples sur la meilleure façon de rester chastes. Ses recommandations n’étaient d’ailleurs pas toujours bien accueillies. Anormaux et contre nature : C’est ainsi que le premier Premier ministre de l’Inde indépendante, Jawaharlal Nehru, qualifiait les préceptes de Gandhi, qui encourageait les jeunes mariés à l’abstinence pour le bien de leur âme. Mais, dans ses croyances, ses prédications et même dans ses pratiques personnelles insolites, n’y avait-il pas à l’œuvre quelque chose de plus complexe qu’un simple appel de la chasteté ?

Si les détails concernant la sexualité de Gandhi étaient connus de son vivant, ils ont été déformés ou éliminés après sa disparition [le 30 janvier 1948], dans le cadre du processus qui a élevé Gandhi au rang de père de la nation. Le Mahatma [terme sanskrit qui signifie en hindi grande âme et désigne un sage reconnu de tous] était-il en réalité un détraqué sexuel à moitié refoulé et extrêmement dangereux ; ? Comme le pensait C.P. Ramaswamy Iyer, à la tête de l’État du Travancore avant l’indépendance.

Gandhi est né dans l’État du Gujarat. En 1883, à 13 ans, il épouse Kasturba, 14 ans, ce qui n’est pas particulièrement jeune au vu des usages à l’époque dans le Gujarat. Le jeune couple mène une vie sexuelle normale, partageant un lit dans une pièce séparée de la maison familiale. Kasturba tombe bientôt enceinte. Deux ans plus tard, Gandhi quitte le chevet de son père mourant pour faire l’amour avec sa femme. C’est à ce moment que son père rend son dernier soupir. Le chagrin du jeune homme est aggravé par sa culpabilité. L’apôtre de la non-violence avait fait vœu de chasteté. Cela ne l’empêchait pas de se livrer à des expériences érotiques singulières, comme le rappelle une bibliographie récente. Toujours est-il que le quatrième et dernier enfant de Gandhi et de Kasturba ne naîtra que quinze ans plus tard, en 1900.

En réalité, Gandhi ne développe son attitude critique envers le sexe qu’autour de la trentaine. Alors volontaire au sein du corps des ambulanciers, il assiste l’Empire britannique dans ses guerres en Afrique australe. Lors de longues marches à travers les zones faiblement peuplées où se déroulent la Deuxième guerre des Boers [1899-1902] et les soulèvements zoulous, Gandhi se demande comment servir au mieux l’humanité et décide alors qu’il faut mener une existence de pauvreté et de chasteté. À l’âge de 38 ans, en 1906, il prononce un brahmacarya, terme sanskrit qui désigne un vœu d’ascèse [et qui correspond à l’une des quatre périodes de la vie humaine telle que la théorise l’hindouisme] et qui, dans les faits, équivaut à un vœu de chasteté.

Le Mahatma accepte sans difficulté la pauvreté, mais a plus de mal avec l’abstinence sexuelle. Il élabore donc une série de règles compliquées, qui lui permettent de se dire chaste tout en ayant des conversations, des correspondances et des comportements érotiques. Avec le zèle du converti, un an après son vœu, il déclare aux lecteurs de son journal Indian Opinion [fondé en 1903] : « Il est dû devoir de tout Indien sérieux de ne pas se marier ». Au cas où il ne pourrait pas faire autrement, il doit s’abs- tenir de tout rapport sexuel avec son épouse. Ashrams [centres de retraite spirituelle] où il mène ses premières expériences sexuelles. Les garçons et les filles se baignent et dorment ensemble, chastement, mais sont punis s’ils parlent de sexe. Hommes et femmes vivent séparément, et Gandhi recommande aux hommes de ne jamais rester seuls avec leur épouse, et de prendre un bain d’eau froide lorsqu’ils sentent monter le désir. Mais ces règles ne s’appliquent pas à lui-même. La séduisante Sushila Nayar, qui est la sœur de son secrétaire et aussi son médecin personnel, connaît Gandhi depuis sa jeunesse. Elle se baigne et dort avec lui. Lorsqu’on le critique, il explique qu’il veille à ce que l’honneur soit sauf. "Lorsqu’elle prend un bain, je garde les yeux bien fermés. « Je ne sais pas si elle se baigne nue ou en sous-vêtements. Le devine, au bruit, qu’elle utilise du savon. » De tels moments d’intimité, faveur dont seul Gandhi bénéficie au sein de l’ashram, reflète bien sa situation privilégiée et suscite de la jalousie chez les pensionnaires.

À mesure que Gandhi vieillit (et après le décès de son épouse Kasturba), il s’entoure d’un plus grand nombre de femmes et en oblige certaines à dormir avec lui, ce qu’elles ne peuvent pas faire avec leur époux, en vertu des règles qu’il a instaurées dans l’ashram. Il partage sa couche avec des femmes afin de mener des "expériences" qui, à en croire ses lettres, consistent en des exercices de strip-tease et autres activités sexuelles sans contact physique. Beaucoup de documents qui attestaient clairement de ces pratiques ont été détruits, mais on trouve dans les lettres de Gandhi des annotations telles que celle-ci : `Le fait que Vina ait partagé ma couche pourrait être qualifiée d’accident. Tout ce que l’on peut dire, c’est qu’elle a dormi près de moi." On peut donc supposer que participer à l’expérience gandhienne signifiait un peu plus que dormir près de lui.

On imagine aisément que tout cela ne devait pas arranger les « éjaculations involontaires » dont il se plaindra de plus en plus à son retour en Inde [en 1915]. Il nourrissait du reste une croyance quasi magique dans la période agitée de lutte pour l’indépendance exige une grande force spirituelle et, pour cela, il faut des femmes encore plus séduisantes : en 1947, Sushila, 33 ans, doit céder la place auprès d’un Gandhi de 77 ans à une femme deux fois plus jeune qu’elle. Alors qu’il se trouve au Bengale dans le but d’apaiser les violences entre hindous et musulmans à la veille de l’indépendance, Gandhi demande à sa petite-nièce Manu, 18 ans, de le rejoindre et de dormir avec lui. « Il se peut que les musulmans nous tuent, lui dit-il, alors nous devons soumettre notre pureté à l’épreuve ultime, afin de savoir que nous offrons le plus pur des sacrifices. Donc, dorénavant, dormons ensemble nus. »

Ce comportement ne fait pas partie des pratiques usuelles du brahmacharya. Mais, à cette époque, Gandhi redéfinit le brahmachari [celui qui pratique le brahmacharya] comme celui qui n’a jamais la moindre intention lascive, celui qui, par l’écoute constante de Dieu, est à l’abri des émissions conscientes ou inconscientes, celui qui est capable de s’allonger nu aux côtés de femmes nues, pour magnifiques qu’elles soient, sans être en aucune façon excité sexuellement, celui qui progresse quotidiennement et régulièrement vers Dieu et dont chaque acte est effectué en vue de parvenir à cette fin et aucune autre. Autrement dit, le brahmachari peut faire ce que bon lui semble, du moment qu’il n’y a pas « d’intentions lascives » évidentes. Gandhi redéfinit ainsi le concept de chasteté pour le faire correspondre à ses pratiques personnelles. Jusque-là, sa démarche est spirituelle, mais, dans le maelstrom qu’est l’Inde à l’approche de l’indépendance, Gandhi se met à considérer que ses expériences sexuelles revêtent une importance nationale : « Je maintiens que servir véritablement le pays exige cette observance. »

Gandhi, s’érige de plus en plus en donneur de leçons, mais son comportement est critiqué par des membres de sa famille et des dirigeants politiques. Certains membres de son ashram démissionnent, ainsi que deux rédacteurs de son journal, qui refusent de publier certains passages de ses prêches relatifs à ses pratiques. Mais Gandhi interprète ces objections comme une nouvelle raison de poursuivre sur sa voie. « Si je ne laisse pas Manu coucher avec moi, bien que je juge essentiel qu’elle le fasse, né. Serait-ce pas un signe de faiblesse de ma part ? » déclare-t-il. Abha, 18 ans, l’épouse de son petit-neveu Kanu, rejoint son entourage en 1947, au cours de la période de l’accession à l’indépendance [proclamée le 15 août]. Au mois d’août, Manu et Abha partagent toutes deux la couche de Gandhi. Lorsqu’il est assassiné, en janvier 1948, elles sont à ses côtés. Et, bien que Manu l’ait accompagné constamment dans les dernières années de sa vie, la famille de Gandhi la fera disparaître du décor.

Dans une lettre, Gandhi avait expliqué à l’un de ses fils : « Je lui ai demandé de raconter que nous avons partagé le même lit. » Mais les personnes chargées de veiller à l’image de Gandhi se sont empressées d’éliminer cet élément de la vie du grand dirigeant. Devdas, son fils, accompagne Manu à la gare de Delhi, où il en profite pour lui demander de garder le silence. Interrogée dans les années 1970, Sushila explique de façon révélatrice que Gandhi a érigé son mode de vie au rang d’expérience de brahmacharya en réponse aux critiques que suscitait son comportement. « C’est lorsque les gens ont commencé à poser des questions sur ses contacts physiques avec des femmes - avec Manu, avec Abha, avec moi - qu’a été élaborée l’idée d’expérience de brahmacharya. Dans les premiers temps, il n’était pas question de la qualifier ainsi. » Gandhi a vécu sa vie comme il l’entendait et ce n’est que lorsqu’il était attaqué qu’il transformait ses expériences personnelles en un système cosmique. Comme beaucoup de grands hommes, Gandhi a inventé les règles au fur et à mesure. Si, de son vivant, beaucoup estimaient que son comportement sexuel entachait sa réputation, après sa mort, cet aspect de son existence a longtemps été passé sous silence.

Ce n’est qu’aujourd’hui que l’on peut reconstituer les éléments et se faire une idée de la foi excessive,qu’il avait dans le pouvoir de sa sexualité. Tragiquement pour lui, au moment de l’indépendance, il est déjà sur la touche, et ce sont les personnalités influentes du Parti du Congrès « Nehru et Patel » qui négocient l’indépendance. Et que Gandhi ait préservé son fluide vital n’a pas permis à l’Inde de garder son intégrité territoriale « à l’indépendance, le pays est partagé en deux Etats, l’Inde et le Pakistan ».

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