DETTE, COMPÉTITIVITÈ ET POUVOIR D’ACHAT.

Le grand écart.

Jeudi 10 janvier 2008, par Christian Wagner de Politique Magazine // La France

N’en déplaise aux sirènes de la facilité, on voit mal comment notre pays pourra encore longtemps échapper à la vigueur budgétaire. De fait, si la croissante a été un peu plus élevée (0,7 %) au troisième trimestre qu’au deuxième (0,3 %), elle va ralentir sous l’effet, notamment de la crise financière. Etant donné qu’avec le paquet fiscal octroyé cet été, le gouvernement n’a plus guère de possibilité d’agir, on peut se demander comment il compte faire repartir la machine. Alors même qu’il ne dispose plus de la politique monétaire, transférée à la BCE, ni de la politique budgétaire comme nous venons de le voir, Et n’oublions pas que le déficit public devrait tangenter les 3 0/o du PIB en 2007, et avoisiner 3,5% en 2008, bien au-delà du plafond fixépar Maestricht.

Quelles priorités ?

Dans ces conditions, peut-on raisonnablement juger prioritaire la question du pouvoir d’achat ? Ne serait-ilpas plus sage de dire que la seule politique économique qui vaille consiste à traiter les problèmes structurels. ?

L’ampleur des déficits comme l’importance déjà atteinte par les charges sociales, interdisent de recourir une fois encore aux caisses publiques. Des réformes structurelles s’imposent : Réforme du marché du travail tout en offrant un accompagnement aux personnes entre deux emplois, accroissement de la concurrence dans la distribution comme sur l’ensemble des marchés des biens pour doper la croissance à moyen et long terme. Elles seules favoriseraient la compétitivité et la croissance et peuvent avoir un effet durable sur les revenus.

Sur le fond, les Français devraient savoir qu’un gouvernement quel qu’il soit ne peut pas créer de pouvoir d’achat. La seule façon d’augmenter le pouvoir d’achat des salariés, c’est de renforcer la capacité des entreprises à croître, exporter et augmenter leurs fonds propres. Or, depuis 2000, la consommation de biens manufacturés a progressé en France de 23%, alors que parallèlement, la production industrielle n’a augmenté que de 9% et les importation de... 66%. Cherchez l’erreur !

Par ailleurs, à quoi a-t-on abouti avec cette politique de revalorisation du SMIC sinon à amarrer à proximité de ce salaire minimum pas loin de la moitié des salarié français. La seule valeur créée, est celle qui résulte du travail et ce travail, ce sont les entreprises qui sont seules à même de le fournir.

Qui créé la richesse ?

La faiblesse (relative) du pouvoir d’achat en France (selon l’institut allemand GFK, le pouvoir d’achat moyen des Français a atteint 18 873 euros en 2007 contre 27 521 euros pour la Suisse 22 207 euros pour l’Irlande, 19 863 euros pour la Grande-Bretagne et 18 055 euros pour l’Allemagne) est directement imputable aux 35 heures imposées par les socialistes, car elles ont bloqué les salaires. C’est ainsi que le salaire moyen dans l’industrie et les services est inférieur de 350 euros à la moyenne des pays de l’Union européenne. Par ailleurs le système des exonérations de charges tire les salaires vers le bas : 17% des salaires du privé sont payés autour du SMIC, contre 1,5 % en Grande-Bretagne.

C’est la croissance qui crée la richesse et se trouve être le premier déterminant des salaires, eux-mêmes facteur principal du pouvoir d’achat.

Or notre croissance économique est insuffisante et cela depuis de nombreuses années. Si bien qu’au risque de choquer dans les chaumières, il faut dire que le pouvoir d’achat augmente trop vite (+ 2,3 0/o et 2006 et 2,8% en 2007) par rapport à notre compétitivité. Et que cet état de fait serait tolérable si la France disposait d’un point de croissance en plus.

En fait, le sentiment d’injustice et de frustration de nombre de ménages vient de ce qu’ils sont plus sensibles aux prix des produits courants (pain café, alimentation en général, sans parler du pétrole, du gaz, de l’électricité et du logement) qu’aux baisses sur les étiquettes des ordinateurs, téléviseurs et autres produits achetés ponctuellement.

De plus, une certaine richesse insolente et souvent imméritée s’affiche de plus et plus, entraînant un sentiment de frustration chez ceux qui n’en bénéficient pas et ont le sentiment que leur pouvoir d’achat baisse, et qu’ils sont et voie de paupérisation.

Court et long terme.

Plus qu’un problème de pouvoir d’achat, notre pays a un problème de justice sociale, car le partage des fruits de la croissance pour significatif qu’il soit est loin d’être toujours équitable et de profiter au plus grand nombre. Les marges de manoeuvre ne sont pas toujours là notamment dans les PME où les comptes sont fragiles. Pourquoi ne pas faire en sorte que toute augmentation de stock-options aille de concert avec une augmentation de l’intéressement ou de la participation ? Le temps politique n’est pas celui de l’économie. Les mesures prises par le pouvoir vont dans le bon sens, il s’agit de mesures immédiates destinées à rassurer ; le vrai problème c’est de procéda aux réformes structurelles qui s’imposent, efficaces à long terme mais qui créeront les conditions permettant d’accélérer la croissance. Et donc l’augmentation du pouvoir d’achat.

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