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D S K Un séducteur d’un autre âge.

Mercredi 17 août 2011 // La France

Les Américains ne comprennent rien au libertinage â fa française. Sans doute avec raison, comme le montre l’affaire Strauss-Kahn.

Entendons-nous bien : pour les Français, la séduction est affaire de regards, de sourires et de plaisir partagé ; elle ne consiste pas à enfermer une personne dans une chambre d’hôtel pour la forcer à vous faire une fellation. Cela paraît évident, mais l’inculpation de Dominique Strauss-Kahn [même si les charges portées contre lui sont délitées] semble avoir convaincu certains Américains que tous les Français étaient de dangereux obsédés sexuels. Le livre d’Elaine Sciolino devrait balayer certaines idées fausses. Son postulat de départ est que la séduction est au coeur de la vie française. Mais ce mot de séduction ne doit pas être entendu au sens anglais. Au-delà même de la cour empressée destinée à attirer quelqu’un dans son lit, le terme français peut recouvrir tout ce qui titille les sens, qu’il s’agisse de chocolat, de parfum ou même d’une voiture. En fra nçais, on peut être séduit par un fromage.

Le principe de plaisir

C’est parce que les Français font passer le plaisir avant tout qu’ils ont un art de vivre, alors que les Américains se contentent d’un mode de vie, comme l’explique Sciolino. Chaque baguette, chaque côte de boeuf est préparée et servie avec amour, et, incontestablement, la France est un pays qui n’a pas son pareil pour les bonnes choses de la vie. Explorant ce principe de plaisir, Sciolino entraîne le lecteur dans un voyage journalistique très divertissant à travers la France. Elle y interviewe, entre autres, des experts de la parfumerie, de la mode, du vin et de la cuisine, ainsi que des personnalités. locales commeValéry Giscard d’Estaing ou encore Carla Bruni-Sarkozy.

Bien entendu, les Français ne passent pas leur temps à parler de fromages. Les personnes interviewées partagent leurs conseils sur les meilleures façons d’aborder quelqu’un, les techniques du baisemain et, plus généralement, les manières de faire la cour à la française*. Il y a un chapitre amusant sur les dix-sept règles à l’usage des hommes mariés qui ont une aventure entre autres, savoir mentir intelligemment et ne jamais tomber amoureux. Sciolino examine les différences d’attitude des femmes vis-à-vis de l’adultère masculin. Aux Etats-Unis, c’est un péché ; en France, les femmes en prennent leur parti - "leur homme est comme ça".

Le philosophe mondain Bernard-Henri Lévy est amusant, lui aussi, mais peut-être involontairement, lorsqu’il nous sert cette formule classique : Ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est la séduction. Manifestement, il n’a jamais observé les pigeons parisiens se pavaner et roucouler pendant leur danse nuptiale. Mais cela m’amène à formuler ma première réserve sur l’ouvrage : une bonne partie du livre est axée sur les points de vue de Français raffinés, souvent émis depuis leurs appartements chics, leurs châteaux ou leurs avions privés. Résultat, le livre de Sciolino perpétue cette vieille idée que tout le monde en France s’habille en Dior, boit du champagne au petit déjeuner et parle d’amour vingt-quatre heures sur vingt-quatre, alors qu’en fait la plupart des Français portent des jeans, avalent un sandwich pour déjeuner et discutent de la manière dont ils aimeraient étrangler leur patron ou leurs clients. Et ils n’en sont pas moins français pour autant.

Bref, pour une large part, ce livre est ausi représentatif de la France réelle que les Hamptons [zone de villégiature de l’élite new-yorkaise, à la pointe orientale de Long Island] et Martha’s Vineyard [résidence d’été de la jet-set, au large du Cape Cod] sont typiquement américains. Certes, M. Strauss-Kahn appartient à cette jet-set française. Et c’est justement dans son étude de la classe politique que le livre est le plus intéressant. On apprend que presque tous les leaders français - à l’exception de Charles de Gaulle - étaient de grands séducteurs et que Nicolas Sarkozy ne se montre pas tout à fait à la hauteur en ce qu’il n’a pas les manières raffinées des anciens présidents. Les épouses [d’hommes politiques] et les femmes politiques savent tout cela, nous dit-on, mais elles ne refusent guère leur plaisir à ces mâles alpha. Le livre contient une citation qui a fait froid dans le dos [lorsque l’affaire DSK a éclaté] ; elle est d’Anne Sinclair, alias Mme Strauss-Kahn, qui dit que "c’est important de séduire, pour un homme politique" [lors d’une interview à L’Express, en 2006].

Ce n’était pas agressif

Par ailleurs, Sciolino paraît elle aussi étrangement tolérante lorsqu’elle raconte avoir vu M. Giscard d’Estaing tripoter les fesses d’une chercheuse en _ prenant congé d’elle après une interview Elle ne condamne pas cette forme de harcèlement sexuel ; elle la présente comme irréelle et plutôt charmante. "Ce n’était pas agressif, soutient Sciolino Peut-être ne sait-elle pas qu’en droit français ce genre de privauté relève de l’agression sexuelle. On a l’impression en la lisant que, si la chercheuse avait protesté, elle aurait fait preuve d’incompréhension des codes raffinés de la séduction, qu’elle aurait rompu avec une noble tradition française et serait peut-être même passée à côté de quelque chose d’amusant. Sous-entendu : les hommes français sont comme ça et ils n’en sont que plus charmants.

Mais cela a toujours été de la propagande diffusée par les hommes pour empêcher les femmes de se plaindre, et celle-ci a perdu toute crédibilité le jour où M. Strauss-Kahn a été arrêté. Depuis lors, un secrétaire d’Etat du gouvernement Sarkozy, Georges Tron, a dû démissionner après avoir été accusé par deux anciennes employées de leur avoir proposé un massage des pieds avant de pousser son attention plus haut. M. Tron dément ces accusations, mais le message est clair : les Françaises commencent à espérer que dorénavant non voudra vraiment dire non, même pour un homme politique parisien ivre de son propre charme.

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