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Contre Pouvoir étudiant.

Lundi 10 avril 2006, par Paul Vaurs // La France

Monsieur de Villepin est un technocrate, amoureux du Dictateur Napoléon Bonaparte. Il gouverne en autocrate, il n’a jamais été un élu du peuple contrairement à Nicolas Sarkozy qui est un homme de dialogue. Jacques Chirac retrouve ses 20% de Français qui approuvent l’action de son (poulin). Le CPE a été voté sans la consultation des intéressés :: Syndicats, et représentants des étudiants. Le CPE est passé en force sans que les élus du peuple puissent s’exprimer ; Il a utilisé le fameux 49-3. Monsieur de Villepin doit partir, et Nicolas Sarkozy doit être nommé Premier Ministre. Tant à droite qu’à gauche le Président de L’UMP est le seul responsable politique qui a une approche réaliste et les compétences requises, pour redonner l’honneur à notre nation, et aux citoyens le bonheur à qui ils ont droit.

La presse étrangère –européenne, essentiellement- a du mal à comprendre pourquoi le CPE a soulevé une telle contestation en France. Si quelques-uns, au Portugal, en Allemagne ou en Grèce, embrassent la cause des étudiants, beaucoup d’autres ne voient pas dans les événements que manifestations de peur, de conservatisme ; et de défense d’un modèle dépassé.

Dans ce concert de critiques Dominique de Villepin, passé ces dernières semaines du lyrisme à al raideur, n’est pas épargné. Comment sortir de la crise ? les commentateurs étrangers ne font pas de pronostics. Tout au plus certains font-ils appel à la tolérance, à cet esprit des Lumières qui, au mépris, préférait l’humanisme.

Mardi dernier, au moment où nous mettions sous presse, on pouvait espérer que le Premier ministre aille dans ce sens en concédant de sérieux réaménagements du CPE.

Pauvres jeunes, pauvre France

Madrid, ABC

Au-delà du CPE, les étudiants font les frais de vingt ans de démagogie. L’analyse du quotidien conservateur et francophobe ABC.

La révolte des étudiants français reflète à nouveau, et de façon spectaculaire, la crise culturelle, sociale et politique que traverse la France. Une France victime de ses illusions fanées, de ses mirages chancelants et d’une schizophrénie nationale exacerbée par l’Etat, une France victime de plus en plus (François Mitterrand) et de droite (Jacques Chirac) qui ont condamné toute nouvelle génération à vivre dans une précarité effarante.

Les étudiants français, victimes privilégiées du chômage et de l’inculture de masse descendent dans la rue pour protester contre un contrat de première embauche (CPE) qu’ils trouvent « absurde », « assassin » et « injuste ». Mais leur angoisse et leur désespoir ont des racines bien plus profondes, qui sont le chômage, la précarité sociale, l’absence de perspectives, valeurs et espoirs qui avaient fondé la prospérité qu’ont connue leurs parents.

Privés d’anciens repères, orphelins d’idoles susceptibles de donner espoir à une génération, les étudiants français rêvent de lointains « échos » révolutionnaires : prendre la Sorbonne, la plus emblématique des universités nationales, pour en faire le symbole et le bastion d’une « guerre » dont la première et seule bataille connue est le retrait du CPE.

Pour les étudiants et pour ceux qui essaient de comprendre ce qui se passe en France, la prise de la Sorbonne renvoie automatiquement à un passé légendaire, dont les journées de mai 1968 sont le symbole absolu. Peut-on faire le parallèle entre ce fameux printemps et ce froid mois de mars 2006 ? Les deux mouvements sont plutôt aux antipodes l’un de l’autre. Les jeunes Français qui avaient 20 ans en 1968 rêvaient de faire la révolution anticapitaliste et antitotalitaire. Les jeunes d’aujourd’hui attendent tout de l’Etat : des aides pour poursuivre les études, des aides pour louer un appartement, des restaurants universitaires et des livres au plus bas prix, et un emploi stable afin d’entrer sans traumatisme sur le marché du travail.

Il n’y a guère plus de similitudes entre 1968 et 2006 en ce qui concerne l’organisation du mouvement. En 1968, la contestation avait démarré contre les syndicats, contre les organisations étudiantes, contre les dirigeants et les bureaucraties de la CGT et de l’UNEF. C’était un mouvement spontané, venu de la base et animé par des personnalités charismatiques comme Daniel Cohn-Bendit, qui étaient à la tête de toutes les manifestations et furent les premiers à dénoncer le comportement des bureaucraties syndicales qui tentaient de s’approprier le mouvement. En 2006, les leaders de l’UNEF (Bruno Julliard), de la CGT (Bernard Thibaul) et de la CFDT (François Chérèque) dirigent leurs « troupes » comme des généraux de campagne dans les grandes batailles de position. Tous gouvernement, syndicats de travailleurs et associations étudiantes- aspirent à exercer leur tutelle sur les immenses « masses » d’étudiants pauvres, angoissés par un avenir incertain et un présent des plus précaire.

Selon les chiffres officiels, le chômage touche en France 23% des jeunes (15-24 ans) en général, 40 à 50% des jeunes de banlieue et 40% des jeunes peu qualifiés. La cote d’alerte sociale est atteinte, mais les gouvernements successifs de gauche et de droite ont tenté de dissimuler en recourant à des dispositifs administratifs divers et variés : contrats temporaires, contrats dans les collectivités locales, aides diverses, réduction officielle du temps de travail…Autant de palliatifs qui n’ont rein résolu et ont précipité le déclin national, qui a beaucoup d’autres causes. 

Victimes privilégiées du chômage, les étudiants sont également très conscients de l’érosion de leur pouvoir d’achat et de l’accroissement inexorable de leur pauvreté relative. Pour la première fois dans l’histoire de la France, les retraités de plus de 65 ans ont un pouvoir d’achat supérieur à celui des moins de 30 ans, tandis que la pauvreté absolue continue à s’étendre chez les moins de 25 ans. On compte déjà plus de 600 000 jeunes de 20-30 ans statistiquement « pauvres » ou « très pauvres » : ils n’ont aucune qualification professionnelle, n’ont jamais travaillé et vivotent grâce à des aides qui se raréfient au fur et à mesure qu’ils « vieillissent ».

Quant à la famille, avec un chômage qui se maintient depuis des années autour de 10%, elle parvient de moins en moins à jouer son rôle traditionnel d’amortisseur des tensions sociales. Le nombre de 20-30 ans sans domicile fixe ou condamnés à vivre chez leurs parents ne cesse d’augmenter. Officiellement, 90% des 20-25 ans entraient dans les catégories « pauvres » oui « très pauvres » si leurs parents ne les aidaient pas.

La massification de l’enseignement public (secondaire et supérieur) a eu comme conséquence tragique la dévaluation généralisée des diplômes. Une dizaine de « grandes réformes » de gauche et de droite ont échoué faute d’entente entre l’Etat, les syndicats étudiants, les étudiants et les parents. La France est le seul pays d’Europe où la hausse du budget de l’éducation et du nombre d’enseignants est allé de pair avec une montée de l’illettrisme, une dévaluation des diplômes et un accroissement du chômage et de la précarité parmi les étudiants.

Les diplômes ne sont pas toujours des sésames, et le marché du travail n’offre pas de nouveaux débouchés. Dans ce contexte, le CPE est devenu le symbole de tous les échecs et le dernier emblème en date d’une classe politique composée essentiellement de bureaucrates, de hauts fonctionnaires et de technocrates. Le Premier ministre, Dominique de Villepin, incarne à lui seul tous ces personnages de l’absurdité nationale française. Il n’a jamais travaillé dans une entreprise privée. C’est un haut fonctionnaire hautement politisé, qui a toujours été au service de son « prince » (Jacques Chirac). Il n’a jamais négocié avec un syndicat. Et il a décidé de « réformer » à coups de décrets-lois : « Je conçois, j’ordonne, vous obéissez. »

Le résultat de ce comportement narcissique est le psychodrame qui vit aujourd’hui une France universitaire paralysée par les grèves et les manifestations, une jeunesse visiblement prête à pousser à son paroxysme la grave crise identitaire du pays pour dénoncer un contrat de travail sont nul ne sait s’il pourra entrer en vigueur, mais qui a réussi à mettre à nus les chairs meurtries du corps social.

Juan Pedro Quinonero

Tant de motifs pour aller crier dans la rue

Vu du Portugal

Le psychologue portugais Joana Amaral Dias, choquée par le mépris dans lequel on tient les jeunes, se place résolument dans leur camp.

Crédits étudiants, tarifs réduits, Cartes jeunes…une kyrielle de privilèges ! Pour les partisans du marché, le torrent humain qui a investi les rues françaises ne comprend pas que le CPE, qui permet le licenciement sans motif des moins de 26 ans pendant leurs deux premières années de travail, est une aubaine. C’est la solution au chômage des jeunes.

Et les commentaires n’ont pas manqué qui ont devisé sur l’utopie et l’ignorance de ces Français : s’ils lisaient les journaux, ils verraient que, sans le CPE, ils n’auront pas de travail du tout, ils comprendraient qu’on va combattre le chômage en créant plus de chômage.

Ces partisans du CPE ne doivent pas avoir lu, cependant, les divers rapports montrant que cette mesure ne fera qu’augmenter le chômage des jeunes et ne contribuera d’aucune façon à en combattre les causes. Et, quand ils les ont lus, ils en concluent qu’on devrait l’appliquer à tous. Tous, jeunes et vieux, devraient être sujets au licenciement non motivé. Au moins les choses seraient claires…

Ce que les anti-CPE contestent, c’est cette scission entre les âges qui n’octroie de droits qu’aux plus de 26 ans. Mais leur contestation est aussi une lutte contre la légitimation du fossé entre les générations, contre la précarisation du travail, contre la discrimination et l’individualisme. Le CPE ne valorise ni le mérite ni l’efficacité. Il s’en remet au libre-arbitre d’un quelconque patron. Cette vague de contestation s’appuie, évidemment, sur un questionnement social de fond, plus ample. C’est l’exclusivité du marché que l’on interroge ici ;et ce sont de nouveaux intérêts publics qui se dessinent. C’est bien pour cela que l’alliance des jeunes et des syndicats a pu jouer et que la solidarité a pu s’opposer à cette mesure capitalisme sauvage. Le CPE est une attaque contre les attentes des jeunes, contre la possibilité de voir leurs projets se réaliser. Bien sûr, ceux qui -beaucoup sont d’anciens soixante-huitards- applaudissent au CPE diront que les jeunes sont d’irresponsables enfants gâtés : ils restent chez leurs parents jusqu’à 30 ans, n’ont d’enfants qu’après 350 ans, etc. Franchement, ça donne envie de sortir dans la rue et de crier.

Joana Amaral Dias, Diaro de Noticias, Lisbonne

C’est l’histoire d’un mec qui a perdu son lustre

Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung (extraits) Francfort

Auréolé de prestige pour s’être opposé à la guerre en Irak, sachant louvoyer entre patriotisme économique et réformes éclairs, Dominique de Villepin visait la tête de l’Etat. Il semble aujourd’hui plus près de la sortie.

Tout a commencé par des piqûres de moustique. Et rien ne va plus, depuis quelques semaines, pour Dominique de Villepin. A la Réunion , Villepin s’était fait un devoir de répandre la bonne nouvelle de la « solidarité nationale » face à l’épidémie de chikungunya qui touche près de 200 000 personnes dans ce lointain coin de la France. Il avait promis une meilleure protection contres les perfides moustiques qui transmettent le virus et assuré que c’en était fini de l’indifférence d’une métropole bien à l’abri de ces sales bêtes. Mais Villepin n’avait pas imaginé que les moustiques se moqueraient de ses paroles et lui pomperaient le sang sans le moindre respect pour sa fonction/ et c’était cet homme, ne sachant même pas se protéger, qui devait protéger les autres ? les journalistes commencèrent à se demander, y compris à Paris, si le Premier ministre n’avait pas attrapé le chikungunya. Certains trouvèrent que le chef du gouvernement avait l’air étrangement pâle sous son éternel bronzage. Le grand homme à la chevelure argentée était-il frappé par la « maladie de l’homme courbé ». le service de presse de Matignon se serait obligé de publier un démenti. Si Villepin a parfois l’air courbé, c‘es( sous le poids des affaires du gouvernement. Et c’est justement sa « priorité des priorités », la lutte contre le chômage, qui lui donne du fil à retordre.

Villepin avait ici tenté une répétition de la charge à la hussarde qui lui avait permis de déborder les syndicats, le Parlement et l’opposition l’été dernier : convaincu que la France ne supporte les réformes que quand elles sont adoptées en vitesse et sans discussion, le Premier ministre avait profité du mois d’août pour imposer son contrat nouvelle embauche* (CNE), qui prévoit un assouplissement du licenciement. Quand les syndicalistes et les parlementaires étaient revenus de vacances, il était trop tard pour se révolter, les premiers contrats étaient déjà signés. Et les représentants des salariés n’allaient pas protester contre de nouveaux emplois. Villepin en avait tiré la conclusion (erronée) que l’attaque surprise était plus efficace que la concertation. Il élabora dons le contrat première embauche* (CPE) avec son équipe, sans consulter les syndicats, patrons, majorité parlementaire ni ministres.

La méfiance vis-à-vis des groupes de pression en tout genre constitue l’un des traits de caractère les plus marquants de Villepin. Les parlementaires, en particulier, lui inspirent le mépris qu’il s’est efforcé, dans son intérêt bien compris, de dissimuler au cours des derniers mois sous des airs de familiarité. En d’autres temps, Villepin, qui, comme Chirac, son mentor, n’y vas parfois pas par quatre chemins, avait qualifié les représentants du peuple de « connards » dont l’organe le plus développé était le « trouillomètre » : dès que messieurs les députés flairaient une résistance, ils battaient en retraite. On ne s’étonnera donc pas que cet homme ne se soit pas soucié de ses trouver une circonscription. Cette aversion pour les députés remonte à l’annus horribilis 1997 : à l’époque secrétaire général de l’Elysée, Villepin avec son groupe parlementaire.

Le Premier ministre doit encore faire ses preuves comme réformateur. Il n’a pas vu venir la révolte des étudiants et des lycéens contre l’assouplissement du licenciement. Les agissements des agitateurs de gauche n’expliquent pas tout. Ce qui dérange les jeunes, dans le CPE, ce n’est pas qu’il tente de faire bouger un marché du travail figé mais le fait que leur génération doive subir le démantèlement des acquis sociaux auquel ont échappé les générations des Villepin et des Chirac. Et les étudiants en colère ne doutent pas que la période d’essai de deux ans s’appliquera un jour à toutes les nouvelles embauches. Les enfants Villepin, Marie (19 ans), Arthur (17 ans), et Victoire (15 ans) pourraient sûrement raconter à leur père les débats houleux qui agitent même les plus grands lycées. Les élèves d’Henri IV et de Montaigne, deux prestigieux établissements parisiens, comptent parmi les leaders du mouvement lycéen contre le CPE.

Villepin n’a pas non plus su percevoir l’humeur des jeunes diplômés, qui l’ont longtemps considéré comme le héros du Conseil de sécurité de l’ONU, opposant avec verve et éloquence le non de la vieille Europe aux attentes des Américains lors de la crise irakienne. Ils attendaient de lui qu’il se dresse aussi héroïquement contre les exigences de la mondialisation. Louvoyant entre renforcement du service public, patriotisme économique et réformes éclairs, Villepin semblait presque pouvoir y parvenir. Le conflit sur le CPE l’a privé de son aura .

Michaela Wiegel

Oubliez le CPE, privilégiez la formation professionnelle

L’opposition au contrat première embauche (CPE) ne vient pas uniquement des étudiants et des lycéens. Les employeurs ne sont pas non plus satisfaits de cette réforme qui était pourtant faite pour eux. Le Premier ministre, Dominique de Villepin, croyait leur faire plaisir ;le projet supprime en effet ce qui est considéré comme le plus gros obstacle à l’embauche des jeunes, la crainte de ne jamais pouvoir se débarrasser de quelqu’un si on constate qu’il ne convient pas.

Nombre d’employeurs ont toutefois immédiatement compris que le texte ne leur offrait qu’un avantage sur le papier. Car le CPE de Villepin ne change rien au fait qu’en France le licenciement est une affaire très complexe. En Allemagne existe (depuis 1951) une loi de protection contre le licenciement (qui considère comme nulle et non valable toute rupture de contrat de travail de la part de l’employeur).

En France, tout contrat à durée indéterminée, sauf celui des fonctionnaires, peut être en théorie rompu à tout moment. Or ce n’est pratiquement jamais le cas, car le conseil des prud’hommes est souvent appelé à vérifier que le licenciement repose sur un motif « réel » et « sérieux ». L’existence de « motifs économiques » ne suffit absolument pas pour mettre quelqu’un à la porte. Du coup, le licenciement est un processus long et cher pour l’employeur. L’opposition a raison d’affirmer que le CPE et le contrat nouvelle embauche (CNE), entré en vigueur il y a quelques mois, début août, ne sont en gros qu’un ersatz de CDD (et auront donc peu d’effet sur l’emploi). Mais, en revanche, ce qui a été décisif, bien que peu remarqué, c’est un arrêt de la Cour de cassation de la mi-janvier autorisant les licenciements économiques « préventifs ». Cette décision intervient exactement là où le droit du travail français devient scabreux pour l’employeur – sur la justification du licenciement. Elle rend celui-ci plus facile, surtout quand il est prononcé pour des motifs économiques.

Mais cela ne concerne que ceux qui ont déjà un emploi. Or, en France, un jeune sur quatre est au chômage, et ce chiffre est de un sur deux chez les jeunes sans qualification. Cela s’explique entre autres par le manque d’établissements de formation professionnelle. Certes près de 80% des jeunes ont la bac, mais ils ne possèdent pas de compétences correspondant aux besoins des entreprises.

Michæl Klasgen, Suddeutsche Zeitung, Munich.

Les Français n’ont rien compris

L’éditorialiste de The Observer, pourtant réputé de gauche, vilipende pareillement les étudiants qui veulent maintenir un impossible statu quo et le nationalisme économique du gouvernement. Pour le journal, les deux sapent l’UE.

The Observer, Londres

Gaz lacrymogènes, affrontements avec les forces de l’ordre, occupation de la Sorbonne durant la nuit. Les étudiants parisiens viennent de nous rappeler que personne ne sait manifester avec autant de fougue que les Français. C’est une tradition, mais ce qu’il y a paradoxal, dans ces manifestations, c’est qu’elles ont pour but de préserver le statu quo. Les étudiants prétendent qu’ils luttent pour tous les moins de 26 ans, pour l’égalité et la solidarité, pour une certaines idée de la gauche, de la France et de l’Europe. Dit comme ça, il y a de quoi s’emballer. Ils s’opposent à une mesure qui, d’après le gouvernement, permettra de résoudre le principal problème social du pays, à savoir qu’un jeune Français sur cinq est au chômage.

Le contrat première embauche annoncé est emblématique de tout ce que hait la France. Il réserve aux salariés un traitement inéquitable. Il creuse une brèche dans le principe de la solidarité. Il accouche d’une insécurité systémique. C’est ce genre de politique que soutiennent la Commission européenne à Bruxelles et « les Anglo-Saxons »*. c’est antifrançais.

Dans un autre contexte, le projet pourrait fonctionner et être acceptable sur le plan politique. Mais, dans le contexte actuel, il est voué à l’échec. Il est presque impossible de réduire les droits de certains alors que le chômage est déjà élevé. Cela ne peut se faire que quand la conjoncture est positive, que la demande est en hausse et que le chômage est en déclin, l’ennui étant que personne ne sait comment parvenir à ce stade. Je me dis depuis un certain temps que les Français devraient adopter l’approche britannique des prêts hypothécaires et des prix du logement afin de susciter une reprise de la demande. Mais cela est aussi considéré comme trop anglo-saxon, trop libéral et individualiste. Nous sommes les témoins d’une tragédie culturelle. Dans leur esprit collectif, les Français s’accrochent à un idéal utopique quant au sens même de leur identité. Ils sont les défendeurs autoproclamés pour l’Europe des véritables vertus républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité. Leur place légitime est à la tête du continent et l’Etat, incarnant cette idée de la France, est le grand marionnettiste de la nation.

Rien de tout cela ne fonctionne plus en 2006. L’Etat français, comme tous les autres de l’Europe, est pris au piège des forces du marché mondial. La France n’est que l’un des vingt-cinq membres de l’Union européenne et il faut repenser à la façon que l’on a de transmettre liberté, égalité et fraternité depuis les années 1950.

Les étudiants se retrouvent dans la même situation ambiguë que leur pays. Leur seule solution pour répondre aux défis de la modernité est de défendre jusqu’au bout le statu quo, même s’il est évident qu’il ne tourne plus rond. Il en va de même de la politique nationale. Le 17 mars dernier, L’Oréal a racheté The Body Shop, allongeant la longue liste des entreprises françaises qui ont avalé des sociétés britanniques. Le même jour, le gouvernement français votait une loi empêchant de fait des entreprises britanniques ou autres de faire la même chose en France.

Villepin a également établi dix secteurs stratégiques considérés comme interdits aux acheteurs européens et a obligé Gaz de France à fusionner avec une autre société pour échapper à une tentative italienne de rachat. Ce qui constitue une violation flagrante des lois fondamentales de l’UE. Vis-à-vis de ses collègues de l’Union, le gouvernement français se comporte comme les étudiants, s’efforçant avec agressivité de protéger un statu quo indéfendable dans le but de maintenir une idée utopique de la France. Ce faisant, il sape les fondements mêmes de l’UE. Cette semaine, les chefs d’Etat européens se rencontrent pour faire avancer ce que l’on appelle l’ « agenda de Lisbonne », par lequel l’Europe s’est engagée à devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique au monde d’ici 2010. c’est une triste farce, dont le caractère grotesque est encore aggravé par l’implosion manifeste de la volonté politique de l’UE.

Les eurosceptiques britanniques peuvent certes se réjouir, mais une Europe stagnante, amère et à la dérive n’est pas dans l’intérêt de la Grande-Bretagne. La France et les Français n’ont rien compris. Cette crise n’est pas seulement la leur, c’est la nôtre aussi. Si la France répond absente, l’UE perdra son engagement et sa motivation. Et c’est exactement ce qui est en train de se passer.

Will Hutton

*En français dans le texte.

Un mouvement passéiste

Vu de Belgique

Pour le quotidien flamand catholique De Standaard, la contestation française relève du pur conservatisme.

La France sait-elle que nous sommes au XXIe siècle ? C’est la question qu’on peut se poser lorsqu’on voit des centaines de milliers, peut-être 1 million de personnes, manifester à Paris et dans les principales villes du pays. Il n’est pas facile de comprendre pourquoi tous ces manifestants veulent la tête du Premier ministre. Car tout ce qu’il a proposé, c’est une réforme qui doit faciliter l’accès au marché du travail.

La France n’a-t-elle donc aucun problème avec son marché du travail ? Bien sûr que si : le chômage est le défi le plus important de nos voisins du Sud. Un Français sur dix est sans travail. Chez les 15-24 ans, c’est pratiquement un sur quatre et, dans les banlieues – qui, il y a quelques mois, se sont transformées en zones de guerre pendant des nuits et des nuits-, la moitié des jeunes sont pratiquement sans emploi.

C’est la raison pour laquelle le gouvernement de droite de Dominique de Villepin veut créer un nouveau système. Celui-ci doit permettre aux employeurs de recruter plus facilement des jeunes de moins de 26 ans et, durant les deux premières années de contrat, de les licencier tout aussi facilement. Cela s’appelle de la flexibilité. La souplesse est une nécessité pour maintenir un moteur économique en marche et pour permettre aux jeunes d’acquérir une première expérience professionnelle, et ainsi éteindre la mèche de la poudrière « chômage » qui menace la société française.

Le CPE est devenu un double test : à court terme, c’est un baptême du feu pour le Premier ministre. Treize mois avant l’élection présidentielle, qui – à cause de l’immense pouvoir du Président français – domine déjà la vie politique chez nos voisins, la position du Premier ministre dépendra de sa capacité à faire « atterrir » le CPE sans trop perdre la face. L’avenir ne semble pas très rose pour lui. Villepin dégringole dans les sondages et, à gauche, ses adversaires pourraient utiliser le CPE à leur profit.

Mais la discussion sur ce nouveau système va beaucoup plus loin que l’avenir de tel ou tel homme politique. Ce sont les fondements de la société française qui sont en jeu. Le CPE risque de suivre le même chemin que les autres efforts entrepris pour adapter l’enseignement français sclérosé et les structures de travail aux nécessités du XXIe siècle. Ces dernières décennies, tous les hommes politiques qui ont osé toucher aux droits acquis se sont heurtés à l’immobilisme des syndicats. En opposant chaque fois un « non » conservateur aux plans de libéralisation des structures, la France se raccroche désespérément au passé. C’est une nouvelle évolution néfaste pour l’Europe, dans laquelle se trouve aussi notre avenir.

Peter Vandermeersch, De Standaard, Bruxelles

Et si on rallumait les lumières ?

International Herald Tribune, Paris

Conseil à une France déchirée, sans horizon et sans idée : renouer avec l’esprit des Lumières, son humanisme et sa tolérance, opportunément rappelés par une exposition qui se tient à la BNF.

La plupart des adolescents étudient la philosophie au lycée, il n’est donc guère étonnant qu’à l’âge adulte ils envisagent la réalité à travers le prisme des idées. Aujourd’hui, il apparaît urgent de trouver de nouvelles idées afin d’aider les Français à affronter les problèmes causés par la mondialisation, le fondamentalisme religieux, le multiculturalisme, l’intégration européenne et les dysfonctionnements du système politique. Qui, mieux que le XVIIIe siècle, pourrait les éclairer ? Le siècle des Lumières a donné à la France Montesquieu, Voltaire, Rousseau et Diderot et à toute l’Europe, ce rationalisme à l’origine des concepts universels : droits de l’homme, liberté de culte, égalité, humanisme, tolérance. N’oublions pas que ces valeurs ont forgé l’identité moderne de l’Occident et qu’elles sont aujourd’hui menacées en France et ailleurs. Dans un effort militant, la Bibliothèque nationale propose un cours de remise à niveau grâce à une exposition destinée à nous faire opérer un retour en arrière indispensable pour continuer : « Lumières !Un héritage pour demain » (à la BNF, Paris XIII, jusqu’au 28 mai).

Cette exposition est avant tout destinée aux Français, englués dans une crise existentielle qui les a conduits à rejeter la Constitution européenne en mai dernier. L’un des buts de cette exposition est ainsi de leur montrer qu’ils ont « toujours » été européens. Ou, du moins, depuis 1771, date à laquelle Rousseau écrivait : « Aujourd’hui, il n’y a plus de Français, d’Allemands, d’Espagnols, d’Anglais même, quoi qu’on en dise, il n’y a que des Européens. » Tzvetan Todorov, philosophe français d’origine bulgare et commissaire de l’exposition, va même plus loin : « Les Lumières sont à l’origine de l’Europe telle que nous la connaissons aujourd’hui. On peut même affirmer sans exagérer : sans Europe, pas de Lumières, et sans Lumières, pas d’Europe. » C’était une époque, inutile de le rappeler, de bouillonnement intellectuel : de la remise en question de la religion établie à la montée du déisme, ou religion naturelle, en passant par les grandes découvertes scientifiques, la reconnaissance de l’égalité universelle, la « découverte » du corps dans l’art comme symbole de ce nouvel individualisme et les avancées de la nation de souveraineté populaire.

Le siècle des Lumières ne fut cependant pas monolithique – ce qui aurait été contraire au nouvel esprit critique qui soufflait sur le siècle. Les deux grands courants fondamentaux des Lumières continuent de définir la différence entre la pensée anglo-saxonne et européenne : les empiristes, comme Hume, partaient de l’étude d’une situation, en dégageaient un système et imaginaient ensuite ce qui pouvait arriver ; Rousseau et les autres philosophes étaient plus doctrinaires : ils définissaient un noble idéal à atteindre et offraient une feuille de route que nul n’avait jamais expérimentée – ce qu’on appelle une théorie – et les moyens d’y parvenir.

Cette seconde méthode est incontestablement la plus romantique : on imagine immédiatement un café enfumé de la rive gauche peuple de jeunes intellectuels. Le problème, c’est que les utopies mal interprétées peuvent avoir de funestes conséquences. Les philosophes des Lumières, pères de la Révolution française, ont dû également assumer la paternité de ses excès (Lumières = Révolution = Terreur). Les idées des Lumières ont ensuite servi à cautionner le colonialisme européen et sa célèbre « mission civilisatrice ». Puis, au XXe siècle, une perversion encore plus grande de ces idées a donné naissance au communisme, au fascisme et au nazisme. Faut-il pour autant rejeter les Lumières parce que nous avons trahi ces idéaux, ou au contraire chercher ce qu’elles pourraient nous apporter aujourd’hui ? La situation n’est guère brillante, comme le souligne Todorov. Les valeurs des Lumières sont menacées, la tolérance et les droits de l’homme sont chaque jour un peu plus en échec par le fondamentalisme islamique (et parfois chrétien), le terrorisme, la mondialisation, la concentration des médias et autres phénomènes modernes. Même les gouvernements démocratiques – censés refléter la volonté du peuple – ne contrôlent plus leur économie, ni les réseaux d’information.

Quant à la France d’aujourd’hui, où les grèves et les manifestations étudiantes ont succédé aux émeutes de la jeunesse immigrée, elle semble déchirée par différents modèles sociaux, politiques et économiques qui s’affrontent : intégration contre multiculturalisme ; protectionnisme contre la mondialisation ; idéologie contre opportunisme. Et l’approche de la présidentielle fait cruellement ressentir ce manque d’idées neuves, voire de théories.

Dans ce contexte, cette plongée dans les Lumières n’est pas dénuée de sens. Ne serait-ce que pour rappeler que les valeurs de tolérance, d’humanisme et de laïcité restent les fondements des démocraties modernes occidentales. Par une coïncidence troublante, qui semble vouloir nous remémorer les ennemis jurés des Lumières, la BNF propose en même temps que « Lumières ! » une autre exposition : « Torah, Bible, Coran ».

Alan Riding

Les révolutionnaires ne sont pas ceux qu’on croit

Vu d’Allemagne

La vieille Europe gémit sous la pression des syndicats et des ailes gauches de tous les partis. En Allemagne, depuis des semaines, le service public est en grève contre d’infimes prolongations du temps de travail. En France, des centaines de milliers de personnes manifestent en faveur d’une paralysie totale du marché du travail.

Ce cri primal qui réclame davantage d’Etat et davantage de lois (protectrices) ne veut pas cesser. On cherche à se prémunir de la rudesse de la concurrence, on exige une économie où les juges, les politiques, les syndicats et les comités d’entreprise ont le dernier mot. On appelle de ses vœux le retour du socialisme qui, après la chute du Mur, en 1989, a laissé derrière lui de vastes champs de ruines. Les manifestations et les grèves incarnent un rejet de l’héritage des Lumières et des traditions sur lesquels repose la prospérité de ce continent, née de l’autolibération de la bourgeoisie d’affaires vis-à-vis d’un Etat corporatif contrôlé par les aristocrates.

A l’époque, on entendait par liberté la possibilité de progresser par ses propres moyens grâce à son talent et à son labeur. Aujourd’hui, d’aucuns visent à instaurer une nouvelle société de castes de salariés et de serviteurs de l’Etat qui se préservent de la concurrence par des lois absurdes de protection contre les licenciements au détriment des chômeurs.

Roger Köppel, Die Welt, Berlin.

De la précarité et du modèle français

Nos confrères étrangers observent, s’étonnent, s’interrogent, cherchent à comprendre. Extraits.

De Grèce. « Grâce à vous, étudiants français… »

Dominique de Villepin a son sosie ici, en Grèce. La mesure proposée en France, qui favorise les licenciements non motivés, a été votée par l’Assemblée nationale grecque à l’été 2005. Personne n’a alors réagi, mais la précarité était installée. Aujourd’hui, les étudiants français envoient un message qui traverse les frontières et s’adresse à nos dirigeants qui prévoient de mettre en œuvre une politique de rigueur néolibérale. Pour les étudiants grecs, le climat social justifie une contestation générale. Les jeunes veulent s’appuyer sur l’initiative française pour demander le retrait des mesures draconiennes de diminution du coût des heures supplémentaires et d’extension des horaires de travail qui ont précédé la réforme. Les étudiants ont déserté les universités ces derniers jours, et un appel à manifester à été lancé pour le 23 mars. Grâce au message des Français, les jeunes Grecs se sentent prêts à lutter à leur tour contre les manigances des politiques sur le plan social. Le gouvernement grec craint à présent une grande mobilisation des travailleurs et des étudiants. Il a d’ailleurs prit ses distances avec M.Kyriakopoulos, le président des industriels de Grèce, qui a provoqué un tollé en apportant son soutien au Premier ministre français, ce qui lui vaut depuis le surnom d’« Odysseas de Villepin ». Plus qu’une inquiétude pour la précarité, les étudiants grecs se mobilisent pour leur avenir. Ils envisagent même de porter l’affaire devant l’Union européenne et demandent pour cela le soutien des autres pays européens.

Christos Mega, Eleftherotypia, Athènes.

De Hongrie, « Frustration française »

En vérité, le France est fière de résoudre ses crises non pas par des réformes, mais plutôt par des minirévolutions. C’est ce qui se passe aujourd’hui. Ou, si l’on veut, les choses reprennent là où elles s’étaient arrêtées en novembre ; les jeunes des cités mettaient alors le feu à leurs banlieues dans leur rage de se savoir sans avenir. Les étudiants occupent maintenant les campus et les rues pour les mêmes raisons. Le message de tous ces mouvements est que la plupart des Français de 20 ans sont frustrés. Et pour cause : leur pays commence à se comporter en malade de l’Europe. Le modèle social français est moribond à cause de la faible performance de l’économie. N’empêche que le système social, particulièrement généreux, reste une sorte de vache sacrée. Chaque gouvernement qui a osé y toucher a échoué. Ces tentatives sont d’autant plus impardonnables aux yeux de la société que la solidarité est considérée en France comme une valeur phare.

Tibor Kis, Népszabadság, Budapest.

Du Royaume-Uni, « Le mauvais côté des barricades »

M. de Villepin se donne paradoxalement des airs révolutionnaires en défendant la cause des chômeurs révoltés des banlieues*. La mise en place d’un contrat de travail plus flexible (CPE) pour les moins de 26 ans est à ses yeux la seule solution pragmatique pour enrayer le chômage des jeunes. Ce phénomène, qui atteint des proportions effrayantes, a attisé les émeutes (dans les banlieues) de l’année dernière. Voilà qu’un héritier politique de De Gaulle défie la société sclérosée issue de la génération 68. Or il se trouve que M. de Villepin ne fait pas un révolutionnaire très convaincant : son projet est peu crédible aux yeux de la gauche et il n’éveille que suspicion à droite. Les médias le lâchent et M. de Villepin risque fort de rejoindre la longue liste des Premiers ministres de droite qui ont cédé aux pressions des manifestants. C’est là l’un des héritages les plus durables de 1968 : les gouvernements sont pétrifiés face au pouvoir de la rue. Il devrait plutôt rappeler que les étudiants sont du mauvais côté des barricades. Loin de condamner sa timide réforme, ces jeunes devraient, au nom de l’égalité, l’inciter à étendre les contrats flexibles à tous les salariés. Les parents de ces étudiants seraient alors obligés d’en rabattre – et ce serait bien davantage dans l’esprit de 68.

John Thornhill, Financial Times, Londres.

*En français dans le texte.

Des États-Unis, “Négativisme”

La peur de perdre des emplois dans un pays qui ne réussit guère à en créer de nouveaux est peut-être à l’origine de la contestation actuelle. Mais l’ambivalence française face à un monde en mutation n’a rien de nouveau. Dans les années 1950, le romancier Pierre Daninos écrivait qu’il était dans le tempérament français de se battre vaillamment – quoique souvent en vain - contre les invasions, comme le fit Jeanne d’Arc en son temps. A cette aune-là, les Français qui manifestaient la semaine dernière entendent repousser les assauts inexorables de la concurrence internationale. « On est dans le négativisme le plus total, et c’est typique de la France d’aujourd’hui », explique Ezra Suleiman, professeur d’études européennes à Princeton. « Personne, en revanche ne dit ce qu’il faudrait faire pour relancer l’emploi. A croire que par les temps qui courent, le France n’arrive à se mobiliser que pour des causes négatives.  »

James Graff, Time, New York .

D’Allemagne, “La rue comme seule soupape”

Vue de loin, l’ampleur de la mobilisation surprend, car le détonateur – une atteinte relativement modérée à la protection contre les licenciements – est sans commune mesure avec le nombre de gens qui défilent. (…) Mais le mécontentement a des causes plus lointaines et révèle une profonde crise sociale et politique. Les citoyens ont perdu confiance en leur classe politique - des élites qui disposent d’un des exécutifs les plus forts du monde démocratique et qui ne se renouvellent plus. (…) Pour beaucoup de Français, la pression de la rue est devenue la seule soupape qui leur reste pour surmonter leur impuissance face aux gouvernants. Le référendum sur la Constitution européenne avait mis en évidence, l’an dernier, combien les deux mondes étaient devenus étrangers l’un à l’autre : tous les grands partis et leurs dirigeants s’étaient donnés la main pour défendre le traité constitutionnel, la majorité des Français avait refusé de les suivre. Leur non, à son tour, avait montré à l’Allemagne qu’elle ne pouvait rester indifférente aux problèmes structurels de son voisin : à la longue, une France qui ne fait plus confiance à ses élites politiques n’est pas gouvernable. Et une Europe commune encore moins.

Handelsblatt, Düsseldorf.

« Heureusement que les Français sont là ! »

Les défenseurs du libéralisme expliquent que la contestation a des origines spécifiquement françaises. Ce n’est pas faux : mener une politique de l’emploi sans dialogue social ni débat parlementaire est spécifiquement français – et autoritaire. Mais cela ne peut faire oublier que les Français se battent non seulement contre la méthode, mais aussi contre le contenu. En ce sens, ils s’opposent à une politique européenne qui redistribue de bas en haut, annihile les conquêtes sociales et vide de sa substance le droit du travail. Avec que les changements de régime en Allemagne sont le fruit de guerres perdues ou de Mur effondré, les Français, eux les provoquent. Dans les phases critiques, ils se souviennent des luttes passées. Le seul fait qu’ils aient le courage de partir seuls à la bataille mérite l’admiration. S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer. Dommage qu’ils soient encore isolés.

Dorothea Hahn, Die Tageszeitung , Berlin .

D’Italie, “Révolte conservatrice”

La France est en train de vivre une révolution conservatrice, expression contradictoire d’un pays qui s’insurge pour ne pas changer. Ce qui s’est déjà déroulé pour le referendum européen, pour les réformes, pour le service public et les privatisations se produit à nouveau pour le CPE. Dans la France des droits acquis, l’horizon d’une flexibilité étendue (une « précarité généralisée », pour la gauche) est difficile à accepter, au vu des profits records des entreprises, des élites immobiles et de l’appauvrissement des classes moyennes. Les bonnes intentions du gouvernement ont été rendues vaines par la protestation généralisée et par la méthode Villepin, devenu le paratonnerre de la rue, au point de mettre en question la stabilité de l’exécutif. Si la rue gagne, la France célébrera une autre révolution, voyant les symboles de 68 renversés. L’Etat-providence ne s’écroule pas, il demeure. Et comment !

Massimo Nava, Corriere della Serra, Milan.

De Pologne, « Elevés au lait de la révolte »

L’atmosphère de l’Hexagone est réchauffée par le fait que les Français adorent la révolte. La nation élevée dans le culte du « peuple de Paris », qui a dressé des barricades à maintes reprises, soutient tous les postulats sociaux, se solidarise avec ceux qui sont prêts à les défendre et accepte toutes les méthodes de lutte. D’une année à l’autre, Paris est le théâtre de manifestations syndicales, souvent combinées aux affrontements avec la police. Depuis des années, la classe politique est terrorisée par les protestations des agriculteurs, les syndicats bloquent avec succès tout ce qu’ils considèrent relever du démontage de l’Etat social. Les étudiants n’échappent pas à la règle dans ce pays où la politisation extrême n’épargne même pas les lycéens.

Jakub Kumor, Przekroj, Varsovie.

« Napoléon, à moi ! »

Il se peut que Dominique de Villepin joue le tout pour le tout. Selon des fuites émanant de son entourage, pour le Premier ministre, grand admirateur de Napoléon Bonaparte, tout retrait serait considéré comme une capitulation. En abrogeant le CPE, il sauverait peut-être son poste, mais pas la face. Pour les commentateurs, il n’y a pas de doute : s’il persiste dans son entêtement, il perdra l’un et l’autre. Il s’apprête à mener la bataille jusqu’au bout sans douter de la victoire finale. Mais il a perdu seize points dans les sondages en deux mois.

Grzegorz Dobiecki, Rzeczpospolita, Varsvovie.

D’Espagne, « Trahison »

Les derniers événements viennent confirmer les pires soupçons que l’on avait sur l’étape finale de la présidence de Chirac. Une étape qui a débuté par l’immense fiasco du rejet de la Constitution européenne, s’est poursuivie avec la vague de violence dans les banlieues à l’automne dernier et commence maintenant à ressembler à une agonie. Chirac a entraîné Villepin dans ses contradictions. En tentant de faire passer une loi qui facilite soi-disant l’accès des moins de 26 ans au premier emploi mais permet aux employeurs de licencier sans motif, le Président et le Premier ministre trahissent, aux yeux de larges pans de la population, un modèle social français dont ils disaient vouloir assurer la défense et la continuité.

El Pais, Madrid.

Du Luxembourg, « Une fin de règne catastrophique »

La manière dont le gouvernement se coupe de la jeunesse est particulièrement inquiétante. Les cendres à peine refroidies des émeutes de novembre 2005, ce sont les étudiants, par définition mieux nantis puisqu’ils ont accès a savoir et aux qualifications, qui prennent le relais, avec une contestation structurée cette fois. Dans les deux cas, la précarité, le chômage et donc un avenir peu reluisant sont les détonateurs de ces « coups de sang » si français. Mais, dans les deux cas, la politique du gouvernement et du président attise plus le feu qu’elle ne cherche à la circonscrire. Les déclarations de Sarkozy sur la « racaille » avaient attisé l’incendie comme l’entêtement de Villepin renforce la mobilisation universitaire et politique. En campant sur ses positions, le Premier ministre français ne peut que faire monter la pression. Il prend ainsi un risque énorme. Celui de se retrouver face à un mouvement interminable et qui deviendra à terme impopulaire, ou celui de retourner sa veste, ce qui ne vaudra finalement pas mieux pour ce candidat potentiel à la présidentielle de 2007. toujours est-il que ces deux mouvements sociaux enfoncent de plus en plus le président Chirac, dont la fin de règne s’annonce d’ores et déjà catastrophique.

Jacques Hillion, Le Jeudi, Luxembourg.

Du Portugal, « Astérix, hélas »

En mai 68, les étudiants étaient des révolutionnaires qui voulaient porter l’imagination au pouvoir. C’étaient des agents du changement, de la destruction créative qui fait la marque du XXe siècle – dans un mouvement qui a débuté dans les arts avec la déconstruction des formes opérées par les cubistes et s’est achevé dans la subversion de la morale bourgeoise incarnée par les étudiants du Mai français. En 2006 les étudiants sont des conservateurs qui poursuivent un mirage en exigeant du gouvernement Villepin la garantie d’un emploi confortable et à vie. Les étudiants de 1968 étaient les petits-fils des sans-culottes et les fils de la Commune de Paris ; les étudiants de 2006 sont de jeunes bourgeois ventrus. Cette France sclérosée de Le Pen, des agriculteurs colériques qui n’ont pas honte de vivre aux crochets de la politique agricole commune, de piètres étudiants, cette France n’est pas digne de ses géniaux ancêtres qui ont inventé la liberté, l’égalité, la fraternité – et aussi Astérix, le champagne et la joie de vivre*.

Jorge Fiel, Expresso, Lisbonne.

*En français dans le texte.

Des Etats-Unis, « Nuls en économie »

C’est le printemps, et les Français sont de nouveau dans la rue. Cette fois, ce sont les étudiants et les syndicats qui protestent contre une modeste réforme du droit du travail, réforme qui a pour but de résoudre en partie les problèmes à l’origine des émeutes de l’automne dernier. Si les manifestants obtiennent gain de cause et que le projet de loi est retiré, cela aura pour résultat de cristalliser le fort taux de chômage des jeunes, ce qui aura sans aucun doute pour effet de déclencher d’autres émeutes. Voilà quel est le cycle de la vie dans la politique française. Reconnaissons-le, les étudiants méritent de bonnes notes en engagement civique. En économie, en revanche, ils sont nuls. Mais ils ont raison sur un point : cette nouvelle loi est discriminatrice, elle accouche d’une classe inférieure de jeunes salariés qui bénéficieraient de moins de garanties que leurs aînés. Mais ils auraient été mieux avisés de réclamer que les garanties en question soient assouplies pour les salariés de tout âge. De Villepin paie le prix fort pour avoir fait preuve de sens commun, mais il faut qu’il tienne bon. Cette loi sur l’emploi des jeunes ne va pas encore assez loin, mais c’est un début.

Los Angeles Times

« La pagaille, voilà l’ennemi »

La France va bientôt connaître les résultats de ce qui ressemble fort à des primaires pour la présidentielle : quels hommes politiques vont rester en lice après cette nouvelle flambée d’agitation dans plusieurs grandes villes ? M. Villepin risque de connaître le même sort que certains de ses prédécesseurs, également pressentis pour la présidence, qui avaient été chassés non par les urnes mais par la rue. Pourquoi une telle contestation ? L’adoption du CPE n’explique pas tout. Chaque fois que la rue s’embrase, beaucoup se demandent carrément, à l’instar du quotidien économique Les Echos dans son numéro de vendredi (17 mars) : « La France est-elle ingouvernable ? » Dans des pays où la démocratie n’est apparue que récemment, les manifestations et les urnes coexistent en tant que sources de légitimité concurrentes : les gens votent, mais ils exigent aussi le droit de renverser ceux qu’ils ont élus. La France n’est certes pas une jeune démocratie. Mais fidèles à l’esprit de 1789 et à leurs mythes nationaux, les Français considèrent toujours la rébellion comme un instrument politique de choix – même s’il s’agit, comme c’est le cas actuellement, de résister au changement, et non de le promouvoir (…) « La pagaille, voilà la maladie des Français », disait Charles de Gaulle, qui en 1958, essaya de contenir le mal en établissant un système présidentiel quasi monarchique qui est toujours en place. « Je ne crois pas qu’on arrivera jamais à la guérir ».

Andrew Higgins, The Wall Street Journal, New York .

De Belgique, “La peur à l’œuvre”

La fièvre qui s’est emparée de la jeunesse française n’est pas un épiphénomène. Elle traduit un mal-être profond. A travers le CPE, c’est la précarité que les étudiants et les lycéens rejettent. L’angoisse de l’avenir qu’ils expriment. Revoilà la peur à l’œuvre. Comme en mai dernier, lors du non cinglant à une Constitution européenne jugée trop « libérale ». Comme, en avril 2002, lorsque l’instrumentalisation de l’insécurité avait conduit Le Pen au second tour de la présidentielle.

Joëlle Meskens, Le Soir, Bruxelles.

« Présomptueux ! »

La crise du CPE renforcera dans ce pays- qui, comme tout grand pays, peine à se remettre en question – l’idée absurde que réforme signifie régression, qu’innovation sociale rime avec casse sociale, que flexibilité implique inhumanité et précarité. Dans la gestion de ce dossier, le gouvernement Villepin a commis des erreurs de débutant. (…) Il fallait être singulièrement présomptueux pour imaginer que le seul discours culpabilisant sur l’incapacité de ce pays à réformer suffirait à le faire bouger.

Bernard Delattre, La Libre Belgique, Bruxelles.

De Suisse, « La rue, seul contre-pouvoir »

A chaque projet de réforme que veut imposer le gouvernement français, les mêmes symptômes se déclarent : de crainte d’être paralysé par la pléthorique bureaucratie syndicale, le Premier ministre n’entame aucune négociation préalable sérieuse ; il fait passer en force son projet au Parlement, qui n’est guère qu’une caisse enregistreuse ; la rue, seul véritable contre-pouvoir, se mobilise ; ses manifs prennent de l’ampleur ; le gouvernement retire son projet ; le Premier ministre sera viré, mais plus tard. La statu quo triomphe. La rue replie ses calicots. Les ministres regagnent leur Limousin. Le système actuel qui prévaut en France a inventé cet oxymore : la marche immobile.

Jean-Noël Cuénod, La Tribune de Genève.

« Les frustration des diplômés »

Dans presque tous les pays industrialisés, les jeunes souffrent de handicaps multiples sur le marché du travail : chômage, bas salaires, contrats de courte durée (donc précaires), écarts grandissants entre les études poursuivies et l’emploi obtenu en fin de formation. (…) En comparaison internationale, la France n’est pourtant pas le plus mauvais élève de la classe. Selon l’OCDE, le chômage y est 2,6 fois plus élevé chez les jeunes que dans l’ensemble de la population. En Italie, le rapport est de 3,4. Il est supérieur à 3 en Norvège et en Suède. (…) La ruée sur les concours de la fonction publique est le signe parlant de la détresse des filières universitaires classiques. (…) La force de l’extrême gauche en France (plus de 13% des voix à la dernière présidentielle) repose en grande partie sur la frustration des diplômés qui doivent se contenter de carrières extrêmement décevantes.

Sylvain Besson, Le Temps, Lausanne.

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