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Chine.

Confucius - Superstar du cinéma.

Samedi 27 février 2010, par Chai Aixhi // Le Monde

Pour raconter dignement la vie du grand sage, la réalisatrice a bénéficié d’un énorme budget, d’une star hongkongaise et, surtout, de la bénédiction du Parti communiste.

« Kongzi » Confucius.

Voici une belle démonstration de l’éternel retour de Confucius. En réalité, Kongzi (Confucius) n’est pas son nom. La traduction littérale de Kongzi est « Professeur Kong ». A son époque, ceux qui détenaient le savoir étaient des zi, d’où Laozi (Lao Tseu), Zhuangzi (Tchouang Tseu), etc. On sait peu de choses de l’homme. En dehors de ses fameux Entretiens avec ses disciples, qui constituent le fondement du confucianisme, on ne dispose que d’une courte biographie, dans les Mémoires historiques, de Sima Qian, écrite au II° siècle avant Jésus-Christ.

Confucius était malheureux parce qu’il n’aimait pas son époque, qui le lui rendait bien. Il aurait voulu exercer son talent politique. Son repli sur le métier d’éducateur a probablement sauvé un grand humaniste, mais aussi une pensée résolument conservatrice. Les vicissitudes liées à la postérité de sa pensée témoignent formidablement bien de l’ambiguïté de sa doctrine. Depuis la dynastie des Hans, le confucianisme a été érigé en doctrine d’Etat. Pourtant, il n’a jamais cessé d’être critiqué, surtout dans les moments d’alternance dynastique. Le sort de Confucius, comme celui de sa doctrine, est comparable au destin des intellectuels d’aujourd’hui. Méprisé, écarté ou bien vénéré, selon le bon vouloir du prince et au moment choisi par lui.

Qui aurait parié sur un retour en fanfare de Confucius sous les communistes ? Ayant fondé leur idéologie sur l’anticonfucianisme, ils ont choisi de tourner le dos à la tradition confucéenne. La dernière campagne. de dénigrement remonte à 1972, sous Mao. Le retour de Confucius, dont on parle ici passe par un film - une forme inédite, digne de notre époque médiatisée. Signe des temps, on veut aujourd’hui que Confucius soit non seulement inféodé au pouvoir, mais aussi rentable financièrement.

Le film Confucius est sorti sur les écrans chinois le 22 janvier. Pour la première fois depuis plus de deux mille ans, le personnage apparaît aux Chinois en chair et en os. « La réalisation de ce film a été délicate, car j’avançais sur un terrain très sensible », explique la réalisatrice, Hu Mei. Elle se souvient qu’en 2009, durant la session parlementaire annuelle où elle représentait la province du Jiangsu, elle a été interpellée par un dirigeant national qui lui a demandé : « Qu’est-ce que vous faites en ce moment ? » « Je tourne le film Confucius », a-t-elle répondu. Oh, c’est un grand... un grand défi, a-t-il fini par lâcher après quelques secondes d’hésitation. Le mot défi m’a finalement paru très approprié, parce que personne ne s’y était essayé jusque-là , raconte-t-elle.

Le haut dirigeant lui a ensuite exposé ses attentes vis-à-vis de ce long-métrage. `La réalisation de ce film sera un grand événement pour démontrer la grandeur de la culture chinoise et porter notre civilisation sur le devant de la scène internationale. Il faudra soigner le tournage ! a-t-il affirmé.

LE COMITÉ DE LECTURE RÉUNI SIX FOIS.

L’occasion pour Hu Mei de réaliser ce film s’est présentée de manière insolite. En 2005, la presse avait rapporté que la Corée du Sud affirmait que Confucius [551-479 av. J.-C.} était coréen par ses ancêtres. A la même époque, le bruit avait couru que le Japon et la Corée du Sud s’apprêtaient à tourner un film sur Confucius. Cela suscita chez Hu Mei une grande inquiétude et un sentiment d’urgence. « Un symbole culturel aussi important que lui devait absolument être porté â l’écran par les Chinois eux-mêmes », explique-t-elle. Elle s’est alors employée à écrire un scénario de série télévisée, mais son projet n’a pas obtenu l’aval de l’Administration nationale chargée de la radio, de la télévision et du cinéma (SARFT, organisme qui régule toute la production audiovisuelle chinoise).

Elle a tout de même poursuivi son idée et en septembre 2007, lors de la vingt-quatrième cérémonie internationale célébrant l’anniversaire de Confucius dans sa ville natale de Qufu, elle a évoqué son projet de tournage. La société de production Dadi Media lui a proposé un financement, donnant à son projet initial la dimension d’une grosse production.

Pour aider le film à passer le cap, le directeur adjoint du bureau de contrôle des films au SARFT, Zhang Hongsen, a lui-même organisé six séries de réunions sur le scénario avec des spécialistes de Confucius et du confucianisme, des professionnels du cinéma et des experts du groupe chargé des sujets importants au sein du SARFT. "En tant que figure de proue de notre culture confucéenne, et du fait de son influence prépondérante sur les mentalités et la culture de notre peuple, il convenait d’extraire la quintessence de l’esprit de Confucius, et surtout de montrer quelles étaient pour lui les qualités personnelles idéales, rappelle Zhang Hongsen, qui a visionné cinq fois le film avant sa sortie en salle. « Nous voulions y retrouver la valeur historique de l’esprit confucéen, avec une certaine élévation de pensée et des considérations morales. Il fallait éviter trop de comédie ou de s’attacher trop à l’individu, mais il fallait aussi aborder de façon moderne la question de l’utilité et de la signification de la pensée confucéenne », ajoute-t-il. Le tournage a débuté en avril 2009 et a été suivi de près. Dès le début, LiuYunshan, membre du Bureau politique et du Secrétariat du Comité central, directeur du département de la Communication du Parti communiste chinois, a donné sa bénédiction à ce projet. Par ailleurs, dans le reste du monde, les réactions ont été nombreuses. L’agence américaine Associated Press, la BBC, les quotidiens britanniques The Guardian et The Inde-pendent, entre autres, ont consacré au film de longs articles. Finalement, 150 millions de yuans (16 millions d’euros) ont été investis dans le film, dont un tiers, paraît-il, pour l’acteur hongkongais ChowYun-fat, qui tient le rôle-titre. Sa présence à l’écran garantit les entrées en Chine comme à l’étranger.

Le film relate la partie la plus difficile de la vie du grand homme. Le Confucius campé par ChowYun-fat a passé les 50 ans. Il officie dans l’administration du pays de Lu, où il insiste sur le respect dû à la royauté et préconise le retour aux rites, destiné à affaiblir l’aristocratie. Mais la puissante noblesse parvient à le faire renvoyer. Il entame une vie errante qui prend fin dans ses dernières années, où il est à nouveau le bienvenu au pays de Lu. Il écrit et transmet l’héritage précieux de son enseignement.

La passion et les attentes suscitées par ce film ont créé une pression énorme. « Un film est une œuvre d’art virtuelle, et un film historique ne vaut pas un livre d’histoire », rappelait Hu Mei lors du premier jour de tournage. « Dans notre travail de création.. Nous devons laisser s’exprimer notre imagination artistique et faire des choix. Une œuvre cinématographique relève de l’art et non de la science. Nous espérons que la communauté scientifique fera preuve de l’indulgence nécessaire. Il nous est impossible de recréer un Confucius qui soit une copie conforme de l’original. Et, en deux heures, nous ne pouvons pas retracer toute sa vie et dévoiler toutes ses facettes. Sans parler des soubresauts de cette époque historique agitée. »

Après bien des tergiversations, les experts réunis par le SARFT sont parvenus à un consensus selon lequel le film devait donner l’image d’un Confucius « accessible à tous », pour reprendre les propos de ZhengTong- tian, membre du groupe d’experts. « De nombreux chercheurs nous ont jeté la pierre avant même la sortie du film en salle », explique Hu Mei. Mais nous n’avons pas peur, parce que ce n’est qu’un film. On ne peut pas chicaner sur un film comme on le ferait pour un manuel d’histoire, poursuit-elle, avant d’ajouter : « Ce n’est qu’un film ! »

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