L’EDITO DE CYRANO

Comparer l’islamophobie à l’antisémitisme des années 30 est une obscénité.

Mardi 10 novembre 2009 // L’Histoire

La pire erreur d’un stratège, c’est de rabattre une situation nouvelle sur une situation ancienne, c’est de voir un problème présent uniquement comme la répétition d’un problème ancien. Ce fut l’erreur des militaires français en 1939, qui croyaient refaire la guerre de 1914, et s’étaient cachés derrière leur ligne Maginot, alors que les nazis menaient une guerre totalement nouvelle. L’Histoire ne repasse pas les plats.

Dans le meilleur des cas, cette erreur gravissime provient d’une paresse de l’esprit, car il est beaucoup plus facile de réutiliser des schémas anciens que d’étudier la réalité que l’on a sous les yeux : le passé est déjà connu dans tous ses détails, et on sait déjà qui a gagné et qui a perdu. Dans le pire des cas, c’est une entreprise de désinformation consciente et calculée.

Mme Fourest et M. Tariq Ramadan expliquent avec les mêmes mots qu’il y aurait à présent un « danger » en Europe, incarné par « des partis populistes et libéraux », (le BNP en Angleterre, le Parti de la Liberté au Pays Bas, et l’UDC en Suisse), comparable d’après les mots de Ramadan avec la montée du nazisme dans les années 1930. En France, d’après Mme Fourest, mais aussi M. Sifaoui, qui nous qualifie en sous-main de « néo-nazis » (3), la dérive dangereuse, c’est nous, Riposte Laïque.

Selon cette vision qui plaque le passé sur le présent, les musulmans vivant en Europe aujourd’hui, seraient comme les juifs vivant en Allemagne il y a quatre-vingts ans, à la veille d’un grand pogrom. L’islamophobie serait aussi condamnable que l’antisémitisme, comme l’a malheureusement affirmé le Président de la République.

Je suis pour le moins abasourdi que Mme Fourest soit capable de reproduire sans aucune distance critique les analyses politiques de celui qu’elle se targue de démasquer comme un dangereux islamiste. A ce niveau, ce n’est plus de la paresse, mais un servile travail de propagande en faveur de celui qu’elle déclare combattre, mais qui du moins ne se ridiculise pas en accordant le statut de parti politique significatif ou « dangereux » à notre pauvre journal en ligne. Comment peut-on, lorsque l’on a passé tant d’années à pourfendre le « double discours » de Tariq Ramadan, en reproduire un quasi-littéralement, sans se poser la moindre question ni sur sa validité ni sur les intentions de son auteur ? Je ne vois qu’une seule explication plausible : la haine de Mme Fourest pour notre journal doit être plus forte que son amour pour la vérité historique.

C’est cette vérité historique que je vais tenter de défendre, car c’est elle la victime collatérale des merveilleux sentiments que nourrit Mme Fourest à notre égard, mais qui nous importent peu. Mme Fourest, comme M. Sifaoui et tous ceux qui ne débattent pas avec nous, mais nous invectivent, ont perdu la partie, c’est pourquoi ils utilisent le dernier stratagème dialectique possible, d’après Schopenhauer : l’insulte. « Si l’on s’aperçoit que l’adversaire est supérieur et que l’on ne va pas gagner, il faut tenir des propos désobligeants, blessants et grossiers. Être désobligeant, cela consiste à quitter l’objet de la querelle (puisqu’on a perdu la partie) pour passer à l’adversaire, et à l’attaquer d’une manière ou d’une autre dans ce qu’il est. Mais quand on passe aux attaques personnelles, on délaisse complètement l’objet et on dirige ses attaques sur la personne de l’adversaire. On devient donc vexant, méchant, blessant, grossier. C’est un appel des facultés de l’esprit à celles du corps ou à l’animalité. Ce stratagème est très apprécié car chacun est capable de l’appliquer, et il est donc souvent utilisé. »

Les mouvements de rejet de l’islam qui apparaissent aujourd’hui en Europe ne sont absolument pas semblables à l’antisémitisme nazi de l’entre-deux-guerres pour plusieurs raisons. La haine des juifs que nourrissaient les nazis se basait entièrement sur un fantasme, c’est-à-dire sur une conception délirante selon laquelle il existait un complot juif visant à dominer l’Allemagne en particulier et le monde en général (voir cette imposture que sont Les protocoles des sages de Sion).

Hitler a forgé à coup de propagande un bouc émissaire sacrifiable qu’il a donné en pâture aux bas instincts déchaînés par ses soins. Les juifs qui vivaient en Europe ont été persécutés sur une base purement délirante, « raciale », qu’ils fussent convertis au catholicisme, athées, juifs libéraux ou orthodoxes. Les nazis n’avaient que faire des opinions particulières des « juifs » qu’ils persécutaient, ce n’était pas en tant qu’individus qu’ils les ont annihilés, mais en tant que « groupe racial ». Les nazis se moquaient du judaïsme des juifs. Ils pouvaient être des anciens combattants de la Première guerre mondiale, et des loyaux citoyens, le monstre froid qu’était la bureaucratie nazie les a traités avec une plus grande cruauté que s’ils avaient été des criminels.

Le propre d’un gouvernement totalitaire, écrit Hannah Arendt, c’est qu’il désigne d’une manière absolument arbitraire ses « ennemis », et qu’il persécute même des personnes qui ne veulent aucunement le combattre, voire qui le soutiennent. C’est cela qui le rend si horrible : c’est un Etat qui se moque complètement de la sympathie ou de l’antipathie de ses sujets. Du jour au lendemain, selon les lubie du Führer ou du Petit père des peuples, on pouvait se retrouver faire partie de la « race inférieure » à exterminer, ou de la « classe condamnée par l’Histoire » à déporter au Goulag (6). Que l’on fût respectueux de lois ne changeait rien : être « juif » de sang était déjà un crime pour les nazis.

Alors que le « complot juif » n’était qu’un délire, le projet de Califat islamique universel ne l’est pas. On ne compte plus les déclarations d’intention de représentants musulmans éminents appelant à une conquête de l’Europe et du monde entier. L’Organisation de la Conférence Islamique, qui regroupe 57 pays musulmans, a déjà rédigé une Déclaration des Droits de l’Homme en islam, concurrente de la Déclaration de 1948. Elle possède également une Cour islamique internationale de justice, composées de juristes versés dans la Charia.

Alors que les juifs vivant en Europe ne faisaient aucune pression sur les gouvernements pour que ceux-ci modifient leurs lois en fonction de leurs croyances religieuses, les musulmans, où qu’ils s’établissent, accablent les autorités d’accueil de demandes d’accommodements avec leur loi religieuse. Tout le monde est sommé de respecter Mahomet, que l’on soit musulman ou non. Dans ce sens, l’OCI bataille depuis des années dans le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU pour faire passer une résolution condamnant la « diffamation des religions », c’est-à-dire la critique de l’islam, même dans les pays non musulmans.

Alors que la plupart des juifs de 1930 étaient intégrés à la société européenne et beaucoup d’entre eux ont contribué à l’éclat de sa culture, beaucoup de musulmans aujourd’hui demandent à la société européenne de s’adapter à l’islam et refusent d’épouser les valeurs et les coutumes autochtones. En Grande-Bretagne, les plus déterminés d’entre eux demandent publiquement l’instauration de la charia pour tout le monde. Or quand quelqu’un arrive dans un pays qui n’est pas le sien et demande à ses habitants de changer de lois, de mœurs, voire de langue pour adopter les siennes, on n’est plus un immigré, on est un colon.

Ce n’est pas un fantasme, voici deux articles de la Charte des musulmans d’Europe, signée à Bruxelles le 10 janvier 2008 par plus de 400 associations musulmanes, principalement françaises, anglaises, allemandes et suisses. (7)

« 17. Les musulmans d’Europe respectent les lois et les autorités compétentes chargées de les appliquer. Ceci ne les empêche pas, dans le cadre de ce qui est garanti à tous les citoyens, de défendre leurs droits et d’exprimer leur opinion et leur position, individuellement ou collectivement. Ce droit à l’expression concerne aussi bien les problèmes spécifiques à la communauté musulmane que ceux communs à tous les citoyens. Lorsque les lois en vigueur s’opposent éventuellement aux pratiques et règles islamiques, les musulmans sont en droit de s’adresser aux autorités pour expliquer leurs points de vue et exprimer leurs besoins et ce, dans le but de trouver les solutions les plus adaptées. »

Il faut remarquer que la Charte ne dit pas « les musulmans DOIVENT respecter les lois existantes ». Elle ne précise pas non plus quelles sont « les autorités compétentes chargées de les appliquer ». Dans l’esprit des musulmans, en dernière analyse, ce ne sont que les législateurs musulmans, basés sur la Charia (article 3). Soulignons que cet article évoque « des lois en vigueur qui s’opposent éventuellement aux pratiques et règles islamiques », pour signifier qu’elles doivent être amenées à changer.

C’est ce que rappelle l’article 20 : « Les musulmans en Europe sont appelés à s’intégrer de manière positive dans leurs sociétés respectives, sur les bases d’un équilibre harmonieux entre la préservation de leur identité musulmane et leurs devoirs de citoyens. Toute intégration qui dénie aux musulmans le droit de sauvegarder leur personnalité et d’exercer leur culte, ne sert en vérité, ni les intérêts des musulmans, ni ceux des sociétés européennes auxquelles ils appartiennent. »

Ce qui est affirmé ici en toutes lettres, c’est qu’il ne faut pas s’intégrer et adopter les valeurs européennes, mais au contraire qu’il en va même de l’intérêt des sociétés européennes de changer et de s’adapter à la personnalité et au culte des musulmans !

Certes tous les musulmans ne sont pas des activistes politiques, occupés exclusivement à subvertir et à changer les lois européennes. Il en va de l’islam, comme de tout autre mouvement idéologique : il y a plusieurs couches concentriques. Il y a les idiots utiles, les compagnons de route, les sympathisants, les partisans par inertie ou par naissance, seul le centre est politisé, conscient, et actif avec une vision de l’ensemble de la doctrine. Qu’il existe des musulmans modérés, c’est-à-dire des sympathisants sans une connaissance approfondie de la doctrine de laquelle ils se réclament, cela ne change rien à la nature de cette doctrine. On n’a pas absout le nazisme de ses potentialités criminogènes parce que la plupart des sympathisants du parti nazi étaient d’honnêtes citoyens, et qu’ils étaient plus nombreux que ceux qui les embrigadaient et les manipulaient. La nature de l’islam n’est pas décidée par une votation citoyenne !

Les juifs n’avaient pas d’Etat pour les soutenir devant les persécutions nazies, et ils étaient parfaitement intégrés dans la société européenne, vivant sur son sol depuis des siècles, cependant les musulmans sont des immigrés de fraîche date dans nos contrées, et ils ont derrière eux l’appui de 57 pays, parmi lesquels on compte l’Arabie Saoudite, pays tyrannique et obscurantiste s’il en est, et qui possède l’arme du pétrole. Cette arme, les pays musulmans n’ont pas hésité à l’employer en 1973, lorsqu’ils ont déclenché le premier choc pétrolier. Le cartel de l’OPEP a augmenté du jour au lendemain le prix du baril de brut de 70% pour punir les Etats occidentaux qui avaient soutenu Israël contre la coalition arabe défaite pendant la guerre du Kippour.

Comparer les musulmans vivant aujourd’hui en Europe avec les juifs persécutés par les nazis, ce n’est pas seulement une erreur stratégique d’un intellect paresseux, c’est aussi une obscénité. C’est passer sous silence que les nazis avaient tissé des alliances avec les musulmans, notamment avec le Grand Mufti de Jérusalem, oncle de Yasser Arafat, grand antisémite et nationaliste palestinien, qui eut l’honneur d’être le premier à connaître les desseins génocidaires de Hitler lors de l’entretien qu’il lui accorda le 28 novembre 1941. Il aurait été le bras droit de Hitler dans l’extermination des juifs du Maghreb, si le Führer avait gagné la guerre. Mein Kampf et Les protocoles des sages de Sion sont des best-sellers et des long-sellers dans le monde arabo-musulman.

Il n’est pas possible d’évoquer les juifs et les musulmans sans parler du conflit israélo-palestinien. On y revient toujours, que l’on veuille ou non, et l’on est sommé par l’intelligentsia bobo de verser une larme sur le sort des palestiniens et de condamner Israël. Mais si l’on regarde les choses dans une perspective historique, que s’est-il passé ? Les Etats arabes d’aujourd’hui sont nés des décombres de l’Empire Ottoman.

Celui-ci, après une dernière tentative de conquête de Vienne en 1683, a végété pendant deux siècles pour s’effondrer après une dernière alliance malencontreuse avec l’Allemagne de Guillaume II. Il fut dépecé par les Alliés en 1919, et ses provinces, hors la Turquie d’Atatürk, devinrent des protectorats. Pendant la deuxième guerre mondiale, ils s’allièrent à nouveau avec les Allemands, le Grand Mufti aidant Hitler à lever des divisions de SS musulmans en Bosnie, et ils se retrouvèrent à nouveau dans le camp des perdants.

Lorsque les vainqueurs, c’est-à-dire l’ONU, décident en 1948 de créer deux Etats, un palestinien et un israélien, qui n’est pas d’accord ? Non pas les Israéliens, non pas les Palestiniens, mais les Syriens, les Jordaniens et les Egyptiens qui occupent les premiers les fameux « territoires occupés » et déclarent la guerre à Israël. C’est trop bête, ils perdent aussi cette guerre. Puis ils perdent aussi la guerre de Six jours de 1967 et puis la guerre du Kippour de 1973. Celle-ci, dans la plus pure tradition musulmane, a été déclarée par surprise le jour de trêve, le jour sacré où les juifs se reposent, tout comme les séides de Mahomet, déguisés en pèlerins, avaient attaqué une riche caravane mecquoise en plein mois sacré, quand tout conflit armé était tabou.

Quand on perd trois guerres d’agression d’affilée, après avoir refusé la décision de partage de l’instance souveraine, c’est légèrement scandaleux de se poser en victime, et d’en appeler à l’ONU. C’est comme si un père avait partagé un gâteau entre ses deux fils, mais que le plus faible et le plus bagarreur, ait refusé sa moitié parce qu’il voulait tout le gâteau pour lui, puis qu’il ait essayé de terrasser son frère par trois fois, et que par trois fois il se soit fait rosser. Et le voilà revenir geindre auprès de son père et dire que finalement, il veut bien sa moitié de gâteau !

Mettre dans le même sac l’islamophobie et l’antisémitisme, c’est doublement scandaleux, car selon bien des aspects, l’islam est radicalement judéophobe, d’après la lettre et l’esprit du Coran lui-même . Par conséquent, être islamophobe, c’est lutter contre l’antisémitisme, alors que combattre l’islamophobie, c’est le favoriser.

L’amalgame entre l’islamophobie d’aujourd’hui et l’antisémitisme des années trente est une arme stratégique dans la bouche d’un Tariq Ramadan. Elle sert à stigmatiser tous ceux qui s’opposent aux progrès de cette idéologie politico-religieuse qu’est l’islam, en les assimilants aux nazis. Elle gomme du même coup la vérité historique du nazisme et de ses liens avec l’islam et le monde musulman, elle déréalise ses victimes et ses ennemis héroïques, comme Winston Churchill, qui connaissait bien la parenté entre ces deux idéologies.

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