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Commentaires du rapport de Monsieur Jacques Attali.

20 DÉCISIONS FONDAMENTALES

Jeudi 31 juillet 2008 // La France

AMBITION 1 : Préparer la jeunesse à l’économie du savoir et de la prise de risque.

Notre pays, hormis les richesses de son agriculture, ne dispose pas de matières premières. De plus en plus les batailles économiques se remportent grâce l’innovation. De notre capacité à innover dépendront notre croissance et notre place dans la compétition mondiale. Formation, transmission des savoirs et qualification permanente sont donc les conditions premières de notre réussite.

DECISION FONDAMENTALES - 1
Se donner les moyens pour que tout élève maîtrise avant la fin de la sixième le français, la lecture, l’écriture, le calcul, l’anglais, le travail de groupe et l’informatique.

La France consacre une part importante et croissante de sa dépense publique à l’éducation sans obtenir de résultats à la hauteur des moyens engagés. Ainsi, bien que la dépense publique consacrée à l’éducation primaire ait augmenté de 79% depuis 1980, quatre enfants sur dix terminent leur scolarité primaire avec de très graves lacunes et 100 000 ne maîtrisent ni la lecture, ni le calcul. Le poids de l’origine sociale détermine plus que jamais les résultats scolaires des enfants et ceux-ci, sont plus que jamais décisifs dans les parcours professionnels.

L’acquisition de la confiance se fait pour les deux tiers de tous nos enfants, quels que soient la culture et le niveau social, lors des dix premiers mois, bien avant le début de la parole. Pratiquement tous les enfants épanouis se trouvent dans des milieux affectifs et sociaux stables : lorsque arrive l’âge de l’école, ils sont les mieux préparés à en profiter. À l’opposé, un enfant sur trois connaît dès les premiers mois une difficulté de développement. Lorsqu’ils entrent à école, ces enfants vivent cette épreuve comme un véritable traumatisme, régressent, dorment mal, et leur angoisse provoque une inhibition relationnelle et intellectuelle qui est d’emblée à l’origine de mauvaises performances scolaires.

Au total, quand ils arrivent à l’école primaire, les enfants présentent des différences en termes d’éveil, de maîtrise du vocabulaire, de capacité d’écoute, d’aptitude à retenir, etc. L’école primaire ne permet pas de réduire les difficultés décelées à la maternelle. Les facteurs de base de la croissance sont alors irréversiblement en place. La prise en charge très précoce des enfants est par conséquent primordiale, Pour cela, il est fondamental de se donner des obligations de résultats pour les enfants dès leur prise en charge à la crèche ou en garde chez des assistantes maternelles. La priorité est de mieux former les 280 000 assistantes maternelles et l’ensemble des éducatrices de crèche pour qu’elles participent à l’acquisition par les enfants, dès les tout premiers mois de la vie, des éléments fondamentaux, dont le langage. Cette formation peut être largement effectuée par internet, à coût très réduit, et peut être mise en place dès la rentrée 2009. Aussi faut-il doubler de 220 à 240 heures le nombre d’heures de formation des assistantes maternelles et des éducatrices de crèche et augmenter le nombre de ces personnels.

Par ailleurs, le système actuel d’enseignement primaire valorise certaines formes d’intelligence mais en ignore d’autres. Ni les modes de raisonnement originaux, ni les élèves inventifs ne sont reconnus, l’organisation actuelle mettant surtout en avant la capacité à mémoriser ou l’application des enfants. Certains élèves sont donc découragés très tôt quant à leurs propres capacités, ce qui peut étouffer leur créativité. Les classements précoces entre élèves stigmatisent en effet ceux dont l’intelligence ne s’inscrit pas dans les schémas actuels de fonctionnement de l’enseignement primaire. Pourtant, l’école primaire a un rôle primordial à jouer dans la valorisation de l’enfant, sa confiance en lui, son optimisme et sa confiance dans l’avenir qui sont également des qualités fondamentales pour la suite de sa vie personnelle et professionnelle. A cet égard, la relativisation de l’échec est essentielle au développement des initiatives. Le contenu des enseignements, les méthodes, les modes de progression scolaire doivent donc être repensés.

Pour améliorer l’éducation primaire, il faut d’abord faire évoluer les méthodes d’enseignement et le contenu des programmes. La créativité des élèves doit être encouragée, le travail en groupe développé, et l’enseignement de l’anglais doit intervenir très tôt. Les nouvelles technologies doivent être enseignées mais aussi utilisées comme support pédagogique supplémentaire. Les activités sportives et artistiques doivent être revalorisées. L’objectif premier de l’enseignement primaire est la maîtrise de la lecture, de l’écriture et du calcul mais les moyens pour v parvenir doivent être diversifiés. Les modes d’évaluation des élèves doivent être revus et valoriser davantage la progression pour que l’échec devienne une façon d’apprendre et non une punition. Le redoublement doit être évité au maximum. En complément, il faut ouvrir davantage l’école sur la société en développant les stages d’une semaine en entreprise dès l’âge de 14 ans, les concours d’innovation et le service civique d’un après-midi par semaine.

L’implication forte des enseignants est donc essentielle à la réussite de la réforme. La concertation préalable entre le ministère de l’Education nationale, les syndicats d’enseignants et les représentants de parents d’élèves dès 2008 est fondamentale. Celle-ci devra ensuite être expérimentée pendant un an dans trois académies et sera étendue après avoir fait l’objet d’un audit permettant de remédier aux difficultés éventuellement rencontrées lors de l’expérimentation.

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