Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

« Comment construire la troisième francophonie ? »

Dimanche 16 mai 2010, par Le Recteur Guillou // Le Monde

Troisième partie et fin... du dense dossier du Recteur Guillou.

De la matière pour nos réflexions !

Porter haut nos couleurs...

Dans un monde toujours plus globalisé...

Globalisé mais aussi de plus en plus « brouillé ».

Saurons-nous relever ce défi ?

IV- Comment construire la troisième francophonie ?

A- Affirmer le concept- Promouvoir la notoriété

Il faut que le concept de troisième francophonie soit d’abord clairement affiché par les Sommets et l’Organisation internationale de la Francophonie. C’est un message politique essentiel. La Francophonie doit dire ouvertement qu’elle est avant tout un espace de dialogue pour la paix et de solidarité pour le développement.

Le constat d’un déficit de notoriété et de visibilité de la Francophonie est général. Qui connaît la Francophonie ? Peu de monde en réalité. On est confondu par l’ignorance des jeunes, des actifs et des décideurs en ce qui la concerne. Or, comment apporter son soutien à ce que l’on ne connaît pas ? Faire connaître, « vendre » la Francophonie est indispensable.Il convient de lancer à grande échelle un plan de communication la concernant. Il faut des outils de promotion appropriés : création de maisons de la Francophonie, organisation chaque 20 mars d’une Nuit francophone, réédition du dictionnaire universel de la Francophonie, organisation de salons, de jeux télévisés. Dans un autre ordre d’idées, la création d’une Coupe francophone de football aurait un formidable retentissement populaire. 

B- Former à la Francophonie.

La Francophonie est une réalité géopolitique. Un large public de Francophones a besoin d’en connaître les objectifs et le fonctionnement.

En faire un objet de formation, d’études et de recherche est donc nécessaire comme le fait l’Iframond (1) à l’Université Jean Moulin Lyon 3.

L’Institut pour l’Étude de la Francophonie et de la Mondialisation (Iframond), qui accueille en son sein la Chaire Senghor de la Francophonie de Lyon, dispense des formations professionnelles et universitaires et abrite un Centre de recherche et de documentation sur ces thèmes. Par ailleurs, depuis octobre 2002, l’Iframond accueille le Secrétariat International du Réseau des Chaires Senghor de la Francophonie. http://www.iframond.com/

Il faut aussi naturellement l’enseigner aux jeunes - ce sont les futurs décideurs - pour qu’ils s’engagent, s’impliquent et se l’approprient. Les programmes scolaires et universitaires doivent lui faire une place au travers de son histoire, mais aussi de son rôle et de son utilité dans la mondialisation. Le réseau international des chaires Senghor de la Francophonie (2) , en charge dans l’enseignement supérieur de la formation et de l’étude de la Francophonie est essentiel et doit être développé.

La méconnaissance de la Francophonie a pour conséquence sa marginalisation par les décideurs publics et privés des pays membres. Faute d’être perçue comme une force d’avenir, elle se présente en position de faiblesse dans les débats politiques, culturels et économiques, ainsi que dans les arbitrages financiers et institutionnels la concernant. Il faut promouvoir une culture francophone chez les décideurs actuels, sensibiliser et faire partager aux élites le concept d’union géoculturelle et celui de Francophonie par la création d’un Institut des Hautes Etudes Francophones (IHEF).

C- Renforcer le sentiment d’appartenance- Développer le volontariat

Il s’agit de renforcer le sentiment d’appartenance et de combler le déficit de citoyenneté. Pour construire la communauté francophone de sentiment et d’intérêt, il est nécessaire que les actions menées soient non seulement utiles mais suscitent aussi un désir de francophonie et « fabriquent » en quelque sorte de la francophonie. Dans ce domaine, les opérateurs francophones ont partiellement failli. Préoccupés à juste titre par leurs objectifs, ils ont délaissé pour partie leur mission de promoteur de la francophonie.

De même, il faut réveiller le sentiment d’appartenance à la Francophonie des ONG, des entreprises et plus généralement des sociétés civiles francophones. Issue d’un réflexe identitaire, cette appartenance traduit leur lien social avec l’union géoculturelle francophone à laquelle elles appartiennent. Tout en étant mondialisées, elles sont aussi francophones.

Au niveau des symboles, affirmer la Francophonie comme union géoculturelle est indispensable. Le drapeau francophone se trouvait aux côtés du drapeau français et européen lors de la célébration de la Journée internationale de la Francophonie le 20 mars 2008 à la Cité universitaire de Paris.

Il faut le faire flotter, chaque 20 mars, au fronton de toutes les collectivités locales francophones. Il faut de même donner aux décorations et à l’hymne francophone toute leur place en tant que symboles forts de la francophonie.

Par ailleurs, donner aux Représentants personnels des chefs d’État et de gouvernement auprès du Conseil permanent de la Francophonie le titre d’Ambassadeur de la Francophonie serait valorisant pour l’Institution francophone et pour les personnalités concernées.

Le volontariat génère un sentiment d’appartenance et renforce la connaissance de l’autre. Forme de générosité, il est, de plus, l’expression même de la solidarité. Le volontariat concerne toute la société : la jeunesse qui est son avenir, les retraités qui ont de la disponibilité à offrir, les actifs qui veulent concrétiser leur générosité. L’actuel programme de volontaires de la Francophonie é par l’Organisation internationale de la Francophonie est une heureuse initiative.

C’est de plusieurs milliers de volontaires dont a besoin la Francophonie pour servir pendant un à deux ans dans un pays francophone autre que le leur, dans le cadre de la coopération francophone. L’OIF peut intervenir de deux manières : d’une part, en recrutant ses propres volontaires, d’autre part, en garantissant un statut de volontaires francophones à des volontaires œuvrant dans des organismes publics et privés agréés par l’OIF.

D -Disposer du passeport francophone

Le dialogue interculturel suppose l’échange. Certes, la libre circulation n’est pas politiquement envisageable en Francophonie. Par contre, malgré les mesures prises pour maîtriser l’immigration, il est possible de faciliter la circulation et l’accueil des Francophones. Ce ne sont pas des étrangers comme les autres, il faut le leur montrer. Enseignants, chercheurs, entrepreneurs, étudiants, artistes et sportifs doivent pouvoir jouir de préférences de circulation dans l’espace francophone et d’un accueil préférentiel aux frontières. Le besoin d’un passeport francophone est réel, il faut y donner suite.

V- Promotion de la langue française

En matière de français, les actions à mener sont différentes suivant que le français est ou non la langue d’enseignement pour tous les élèves ou enseignée à tous comme langue étrangère ou encore ni l’une ni l’autre. Dans tous les cas, il faut insister sur la formation des formateurs.

Le besoin de formation concerne des centaines de milliers d’enseignants du et en français. Il est particulièrement aigu dans le primaire. La Francophonie vient de lancer dans ce domaine une opération pilote (3), pour l’instant limitée à quatre pays : Bénin, Burundi, Haïti et Madagascar. Il faut la généraliser.

Quelles sont les lignes de force de l’enseignement du et en français en Francophonie ? Prioritairement, la qualité de l’enseignement, le multilinguisme, la certitude donnée aux familles qu’être francophone est un plus pour leurs enfants. Il faut aussi ne pas négliger la francophonie au quotidien, c’est-à-dire le partenariat avec la société civile pour que les Francophones utilisent la langue française dans leur vie quotidienne et trouvent un emploi.

Dans les pays de la Francophonie où le français n’est pas langue d’enseignement, il doit être appris par tous les enfants comme langue seconde et bénéficier au moins du statut de langue étrangère la plus favorisée.

Dans ceux de la francophonie « d’appel » - en particulier en Asie du Sud-Est et en Europe centrale et orientale - où la Francophonie est à reconstruire ou à réaffirmer, la priorité va à la constitution d’un vivier de jeunes Francophones. Une approche spécifique complémentaire du primaire au supérieur est nécessaire : celui de l’enseignement bilingue, débouchant à la fois sur un baccalauréat national et sur un baccalauréat francophone labellisé par l’Agence universitaire de la Francophonie comme cela a été expérimenté en Asie du Sud-est. C’est une question de vie et de mort pour la Francophonie.

Les familles ont ici besoin d’un signal clair. Elles doivent avoir la certitude que le français est un atout et possède un avantage comparatif. Pour ce faire, le bachelier francophone doit être trilingue. Outre le français, il parle une autre langue étrangère. Il s’agit, par conséquent, de mettre en place un enseignement trilingue sur la base du français. Il faut aussi donner l’assurance qu’après le baccalauréat, les étudiants trouveront dans leur pays des filières et des universités francophones, en particulier au niveau master, pour poursuivre leurs études et leur formation professionnelle. Des parcours co-diplômants ou des thèses en co-tutelle s’imposent. Dans l’actuel contexte concurrentiel, où la francophonie est un choix, savoir motiver les étudiants comme les enseignants est par ailleurs, soulignons-le, essentiel.
 
Le besoin de continuité et de cohérence dans l’action est évident : continuité car il faut 12 ans pour former un bachelier francophone, et au minimum respectivement 3, 5 et 8 ans pour qu’un étudiant obtienne sa licence, son master et son doctorat ; cohérence car sans bacheliers francophones, on ne peut mettre en place un enseignement universitaire francophone. De même, il est illusoire de vouloir bâtir un troisième cycle francophone sans diplômés francophones de second cycle.

VI- Francophonie de solidarité et francophonie politique

La coopération francophone découle de la double mission de solidarité et de dialogue de la Francophonie. C’est dire que la francophonie politique et la francophonie de solidarité sont l’une et l’autre importante.

Pour sa part, la francophonie politique a beaucoup progressé ces 12 dernières années après le sommet d’Hanoi. Les déclarations de Bamako en 2000 sur la démocratie et les droits de l’Homme et de Saint Boniface en 2006 sur la prévention des conflits et la sécurité humaine en portent témoignage.


Le campus numérique francophone de Bamako (Mali)

La coopération francophone de solidarité dispose d’opérateurs et d’acteurs spécifiques. Ses opérateurs, partie prenante de l’institutionnel francophone sont l’Organisation internationale de la Francophonie, opérateur généraliste, l’Agence universitaire la Francophonie et de l’Université Senghor pour l’enseignement supérieur et la recherche, de TV5Monde pour la télévision et de l’Association internationale des Maires francophones pour la coopération décentralisée. Elle peut aussi s’appuyer sur des acteurs voués à la Francophonie qui sont généralement des réseaux associatifs comme l’Association internationale des Régions francophones ou la Fédération internationale des professeurs de français.

Cependant, dans la même période, et jusqu’au récent sommet de Québec, la coopération francophone de solidarité a marqué le pas du fait à la fois du plafonnement des moyens et de l’absence de nouveaux programmes. Le Sommet de Québec a infléchi cette tendance. Il faut, en effet, relancer la coopération francophone de solidarité plutôt que la mettre en veille et la concentrer sur son cœur de métier. Il n’y aurait que des avantages à traduire cette priorité au niveau de l’organigramme du Secrétariat général. De nouveaux chantiers doivent être ouverts. Plusieurs sont évidents pour répondre aux besoins qui se manifestent en matière d’éducation et d’économie.

VII- Les nouveaux chantiers de coopération

Il importe, bien entendu, que ces chantiers génèrent des dynamiques et créent des effets de levier.

A- L’éducation

De toute évidence, la Francophonie ne peut accepter l’illettrisme et la non scolarisation de tant de jeunes francophones. La formation aux métiers est, par ailleurs, indispensable. Rien n’est possible sans un effort exemplaire en leur faveur. Malheureusement, la Francophonie ne dispose pas pour l’enseignement primaire, secondaire et technique, contrairement à l’enseignement supérieur, d’un outil spécifique permettant une démarche public-privé pour saisir les opportunités et mobiliser les financements. La mise en place d’un opérateur pour l’éducation, d’une Agence francophone pour l’éducation, a été suggérée, mais malgré l’urgence, cette création ne fait malheureusement pas encore l’objet d’un consensus.

B- L’économie

Rien n’est possible sans elle. Il faut donner à la Francophonie sa dimension économique, ce que l’on se refuse de faire depuis le Sommet d’Hanoi où la question a été posée. Il faut en finir avec les rendez-vous manqués entre l’économie et la Francophonie. La déclaration d’Alexandrie du 19 mars 2007 (Université Senghor d’Alexandrie 2007) affirmait cette priorité : « La Francophonie a besoin d’une stratégie de développement économique sans laquelle ses actions en matière de solidarité, de démocratie et de développement durable resteront fragiles… ».

Des pistes existent :

  • Le réveil, comme mentionné précédemment, du réflexe d’appartenance francophone des entreprises. C’est à leurs organismes professionnels, telles les Chambres de Commerce de s’y atteler. Une plateforme qui apprenne aux PME francophones à tirer parti de l’avantage comparatif que leur procure la langue commune est nécessaire. Il faut accroître le « business francophone ». La Francophonie est aussi un marché de 800 millions de consommateurs. Tout ce qui sera fait en matière d’augmentation du nombre de parlants français sera un plus pour la francophonie économique. Le chantier économique rejoint ici ceux de l’éducation et de la langue.
  • La mise en place de formations au management des entreprises et à l’entreprenariat et la formation d’experts nationaux pour défendre la position des Etats dans les enceintes internationales. Les besoins francophones sont considérables. L’Agence universitaire de la Francophonie a, pour sa part, acquis en la matière une réelle compétence avec l’IFAG (Institut francophone d’administration et de gestion) à Sofia et à l’IFE (Institut francophone d’entreprenariat) à Réduit.

Par ailleurs, l’Organisation internationale de la Francophonie dispose en économie de programmes innovants. La proposition a été faite à la récente Rencontre internationale de la Francophonie économique (RIFE) en mai 2008, de les rassembler au sein d’un organe subsidiaire de l’OIF, créé à cet effet.

La création d’un outil économique francophone a été proposée sous forme d’une banque de solidarité. Cette banque aurait en charge, en particulier, le développement des entreprises culturelles dans les pays francophones, ce qui est essentiel car autrement la convention de l’Unesco sur la protection et la promotion des expressions culturelles – tout particulièrement celles du Sud car dans le cas contraire cette convention sera un leurre.

C- Le numérique

 

Il s’impose comme outil incontournable. La Francophonie doit s’employer à le répandre pour éviter la fracture numérique Nord-Sud. L’utilisation de la Toile dans l’enseignement supérieur et pour la formation des maîtres, progresse partout à grand. Le temps est venu de la francophonie numérique.

En conclusion, ces propos montrent à l’évidence que le critère de double utilité, au niveau mondial et au niveau des peuples, est rempli par la troisième francophonie.

La Francophonie est à un tournant. Face à la mondialisation, il lui faut choisir son cap. Elle peut soit prendre le chemin du déclin irréversible, soit construire la troisième Francophonie.

Répondre à cet article