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Comédie à La Française.

Rire ou pleurer ? Et pourtant tout peut finir en tragédie.

Lundi 19 février 2007, par Hilaire de Crémiers // La France

Quel décalage, entre ce qu’exigerait la situation et ce qu’offre en
spectacle la politique française ! C’en est tragique et tout autant
ridicule. On ne sait s’il faut rire ou pleurer.

Les risques internationaux.

Sur le plan international, d’abord. Qui ne voit, qui ne comprend que la
France, qu’elle le veuille ou non, se trouve engagée dans des processus d’une
gravité extrême Les décisions prises ou, pires, non prises sont lourdes de
conséquences. Jacques Chirac qui, en tant que président de la République, s’est
approprié personnellement la politique étrangère de la France -c’est,
paraît-il, dans le fonctionnement normal de nos institutions, le fameux
domaine réservé, s’agite, fait beaucoup d’interventions, de discours et, à
ce qu’on dit, passe son temps au téléphone, même en vacances. Soit, si c’est
une manière de représenter la France, de la faire agir, de peser en son nom
sur les évènements, d’infléchir le cours des choses dans un sens déterminé.
La planète est devenue une vaste zone d’insécurité et les conflits
récurrents du Proche-Orient, entre mille autres, empoisonnent l’atmosphère
du monde entier. S’agissant du Liban, cette nation meurtrie dont les liens
avec la France sont historiques et plus que chers des deux côtes de la
Méditerranée, il était impossible de ne pas intervenir.

Cependant, jacques Chirac a la fâcheuse habitude - et il n’y peut rien, car
il ne sait rien d’autre - de transférer sur le plan international ses
discours de politicien médiocre, dégoulinant de banalités métaphysiques, de
bonnes intentions, de moralité facile. Il les prononce sur un ton doctoral
et, à vrai dire, pontifical. Il s’investit d’un magistère universel.

Il est le pontife laïque de la Communauté internationale au nom de laquelle
il parle, il juge, il décrète, il exhorte et, éventuellement, il fulmine.
Même son discours du lundi 28 août devant les ambassadeurs de France réunis
l’Élysée à l’occasion dc la XIW Conférence des ambassadeurs, discours du
Chef de la politique française et qui, donc, aurait dû préciser dans la
crise actuelle les intérêts de la France et les lignes directrices d’une
pensée et d’une action françaises dans le monde, ne fut qu’un tissu de
considérations générales, de mises en garde et d’exhortations ! bon compte :
« Enchaînement funeste »...

« Au-delà de ces affrontements se profile un danger majeur, celui du divorce
entre les mondes ; Orient contre Occident, Islam contre Chrétienté, riches
contre pauvres. » « J’exhorte une fois encore Téhéran à faire les gestes
nécessaires pour créer les conditions de la confiance... », etc. Tout le
monde sait ce que Téhéran pense et fait de pareilles exhortations Et ce que
valent les résolutions de L’ONU, singulièrement dans cette région du monde.
Dût-on le déplorer !

Tout se passe comme si Jacques Chirac, dans la poursuite de sa carrière qu’il
ne voit pas finie, visait quelque haut poste international qui l’élevât à
cette autorité mondiale qu’il revendique et qu’il assume déjà par son
attitude et ses propos sentencieux. Secrétaire général de l’ONU ? Le monde
entier l’écouterait et, en conscience, il sait qu’il remplirait bien le
rôle, car il se rend ce témoignage qu’il ne veut que du bien au monde, à
tout le monde. Sauf aux méchants et, lui, il les devine, les méchants ! il
les flaire. Sur ce plan-là, il n’a rien à se reprocher.

D’ailleurs, pour bien montrer que sa course n’est pas achevée, il va courir
le monde pour divulguer son message de paix, d’entente, d’égalité, de
fraternité aux quatre coins de la planète, en quelques jours, il est à
Helsinki pour conférer au Forum Europe-Asie et ce sera ensuite la Chine .
Et, bien sûr, il sera présent en tant que chef d’État à l’ouverture de l’assemblée
générale de l’ONU à New York Philippe Douste-Blazy, qui n’est pas le
ministre des Affaires étrangère de la France, non assurément, mais qui est
tout simplement son ministre à lui. Chirac, se fait l’écho à tout bout de
champ de la voix de son maître même banalité, même moralisme à très vagues
et très courtes vues où indéfiniment revient le mot de « dialogue » qui est,
bien sûr, toujours « lucide, concret et responsable ». On peut être certain
qu’une telle assertion recouvre dans tous les cas une situation
profondément conflictuelle sur laquelle on s’aveugle totalement en enfilant
des abstractions parfaitement irresponsables,

Une diplomatie française.?

L’ennui d’une telle diplomatie, c’est que la France n’est pas le monde. Non
pas qu’il faille les opposer Mais la France a des intérêts propres et
distincts. La diplomatie française dans l’esprit de Jacques Chirac n’en a
plus le discernement. Aussi, se fait-il piéger, incapable d’anticiper. Il n’a
pas vu que les Américains et Israël avaient besoin d’une police - qui ne
soit pas eux - dans le sud Liban. Ils ont joué dans ce sens. Et,
tout-à-coup, le chef d’État qu’est nécessairement le président de la
République, a vu le piège. Sous ses pieds, ou plutôt les militaires se sont
chargés de le lui montrer. D’où son hésitation qui a paru ridicule après
tant d’énergiques discours Puis, sur l’assurance de garanties qui n’en sont
pas ou qui sont illusoires, et surtout, pour donner tout son rôle à Kofi
Annan, son sosie, il a engagé sous le nom de l’Europe - des soldats français
dans une FINUL dont les objectifs sont loin d’être précisés. Même situation
qu’en Côte d’ivoire ? Les militaires, heureusement vont s’acharner
clarifier la mission.

Que penser de tout cela ? Il ne s’agit pas de dire ici ce qu’il conviendrait
de faire. Il est normal, en effet, que ces décisions ressortissent au
domaine réservé du chef de l’État qui est en principe, le mieux placé pour
en juger. Mais, étant donné la situation internationale et la gravité des
enjeux mondiaux, il serait souhaitable que soit dans cette fonction,
capitale par définition, un homme propre à la remplir selon la tradition
française qui est spécifique. Le livre remarquable de Cilles Varange qu’on
ne saurait trop recommander, « Entre empire et nations, un chemin français,
essai sur la place actuelle et possible de la diplomatie française, »
explique lumineusement ce chemin français. Mais pour le percevoir il faut
une hauteur de vue, un sens naturel de la continuité historique, une
prudence et une sagesse qui ne peuvent être les qualités d’un éternel
candidat à toutes les candidatures.

Quand donc les hommes qui réfléchissent encore en France et qui exercent
des responsabilités, voudront-ils bien envisager cette question qui devient
de plus en plus cruciale ? Car la France a Jacques Chirac aujourd’hui. Mais
qui aura-t-elle demain ? Pour prendre de pareilles décisions s’imagine-t-on
 ? Du n’importe quoi ? Chirac, encore et en dépit de tout, a derrière lui une
carrière de chef de gouvernement et d’État, il a acquis des réflexes,
malgré la vacuité de ses conceptions. Mais après lui...

Ainsi se dégrade la plus haute fonction qui est vraiment royale, de notre
antique et prestigieuse nation,

La comédie intérieure.

Et sur le plan intérieur ? Voilà que la désignation du futur chef de l’État
tourne à la comédie. Les universités d’été des partis politiques nous en ont
donné le plaisant ou plutôt le triste spectacle. L’un, au masculin, pleure l’autre,
au féminin, rit le troisième hoche la tête comme pour s’approuver lui-même
le quatrième, déclare à qui veut l’entendre que c’est lui qui veut ; c’est
lui qu’on veut le cinquième a la mine grave en s’imaginant qu’il aura pour
lui les militants contre la direction du parti ; le sixième pense et dit qu’il
est l’homme idoine, plus social qu’un socialiste, plus savant économiste qu’un
libéral.. Très franchement c est ridicule et, à la vérité, de telles
pantalonnades ne méritent même pas un commentaire. Et pourtant cela fait
les choux gras de la presse. Il paraît que c’est ça, la politique !
Derrière ces mascarades, aucune idée de la France. Leurs idées ? « Le Parti »
dit Hollande... « Le Parti », a dit Jospin en pleurant. Donc des idées de
partisans, de sectaires, de destructeurs et d’hypocrites, car aucun d’entre-eux
ne s’applique à soimeme leur doctrine de faux partageux. Si c’était des
Saints Vincent de Paul, ça se saurait ; Ségolène l’a compris, et elle en
rit. Â tout bout de champ.

Et Besancenot, et Voynet, et Buffet, et Bové et... Il paraît que c’est
sérieux et les journaux bourgeois en parlent gravement. Le souci de la
France ? Inexistant Simplement une revanche à prendre. Mais les institutions
sont telles qu’ils peuvent briguer la plus haute fonction de l’État, celle d’arbitre,
et donc de peser, d’une manière ou d’une autre, sur le choix définitif Eh
oui !

Quant aux autres candidats, ceux de la droite dite républicaine, ils sont
tous dans la même situation de concurrence qui les pousse à tenir des
discours de candidats et donc, ils prennent des engagements de candidats.
Mais le candidat n’est pas le chef de l’État. Et, inversement, le chef de l’État
ne doit pas être un candidat ; Ou, sinon, il n’y a plus de chef de l’État.
Du moins, en France. Le chef du gouvernement annonce-t-il quelques mesures
qu’il dit en faveur du pouvoir d’achat, une revalorisation de la prime pour
l’emploi, un chèque-transport, il est aussitôt soupçonné d’électoralisme.

Ainsi le veut le système. Si ce monsieur était intelligent, conséquent et
vraiment désintéressé, il devrait donc accuser le système. Dont par
ailleurs, il est la victime. Comme tant d’autres ! Pourquoi ne jamais dite la
vérité criante de la France ? Sont-ils donc tellement liés ce système qui
les drogues ?

En 2007, l’élection du chef de l’État donnera lieu, de toute façon, à un
spectacle pitoyable et ridicule. Un homme, une femme de « Parti, » quel qu’il
soit, sera porté au pouvoir suprême. Et qu’est ce qu’il fera ? La victoire d’un
« Parti », est-ce la victoire de la France ? Et pour quoi faire cette
victoire ?

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