Cinquantenaire des indépendances.

Ajouter la honte à la honte ?

Mardi 25 mai 2010, par Jean Paul Tedga // L’Afrique

Les milliers de personnes ont commémoré samedi 8 mai, les événements du 8 mai 1945, à Sétif, dans l’Est de l’Algérie, où un « véritable bain de sang », selon Mohamed Cherif Abbas, ministre algérien des Anciens combattants, avait suivi une manifestation célébrant la victoire des Alliés contre le nazisme mais réprimée après l’apparition d’un drapeau algérien.

En silence, les participants à cette marche ont parcouru les mêmes rues que celles empruntées 65 ans auparavant quand « la fête de la victoire des Alliés sur le nazisme fut transformée le 8 mai puis durant un mois, en bain de sang », toujours selon le ministre des Moudjahidine (anciens combattants). Le 8 mai n’est pas seulement une date « pour le souvenir, le recueillement et la tristesse, mais une référence puisque le peuple avait compris qu’il fallait dorénavant se saisir du fusil », avait-il ajouté la veille, lors d’un séminaire consacré à cet anniversaire.

La répression par les forces françaises de la manifestation avait entraîné des émeutes populaires à Sétif, mais aussi à Guelma, plus à l’Est, ou Kherrata, une ville de montagne, durement réprimées par l’armée et des milices françaises. Selon l’Algérie, quelque 45 000 personnes ont été tuées, de 8 000 à 18 000 selon des sources françaises. « C’est un fait qui a marqué l’histoire des relations franco-algériennes et je trouve qu’en 2010, il est temps qu’à la fois, l’Algérie et la France prennent conscience de la nécessité de réconcilier leur mémoire », a affirmé Azouz Begag, ancien ministre français délégué à la promotion de l’égalité des chances, qui participait au 2° Salon du Livre de Sétif, ville dont sa famille est originaire. « Il faut admettre notamment que l’armée française a commis des atrocités, des meurtres par milliers a-t-il ajouté ».

La commémoration de Sétif, est au moins, un fait qui tranche avec l’euphorie ambiante qui entoure la célébration du Cinquantenaire des indépendances africaines. On a l’impression que ce Cinquantenaire cherche à occulter l’essentiel. Initié par le président français Nicolas Sarkozy, il est malsain que ce soit le bourreau qui organise le festin pour les opprimés. D’autre part, convoquer les chefs d’Etat africains et leurs armées au défilé du 14 juillet, à Paris, pour célébrer les 50 ans d’indépendance, est en soi choquant. En organisant cette cérémonie dans l’ancienne capitale de l’AOF qu’est Dakar ou de l’AEF qu’est Brazzaville, on y aurait donné (peut-être ?) un autre cachet. Et puis, franchement, de quelle indépendance parle-t-on dans la réalité ? Nous ne devons pas laisser insulter la mémoire de nos parents et grands-parents que l’armée coloniale a tués parce qu’ils revendiquaient une seule chose : Il est nécessaire que l’on les laisse chez eux en paix. Rien de plus.

Non seulement, on les a massacrés, mais très souvent, se sont retrouvés à la tête de certains de nos pays, des gens que la métropole a placés pour servir ses propres intérêts. Cela se passait en 1960, et parfois avant. En 2010, soit 50 ans après, rien n’a fondamentalement changé. Alors fêtez quoi avec qui, pendant ce Cinquantenaire ? En tant qu’Africain, je trouve la situation de notre continent désespérante. La France ont assassiné directement ou non tous les responsables africains qui ne lui étaient pas favorables. Les autres qui ne voulaient pas pactiser avec elle, ont été neutralisés. Après avoir étouffé toutes ses énergies, comment ne veut-on que l’Afrique sans sorte ? Je suis en colère de voir « Jacques Toubon monter, et descendre en faisant son cinéma, alors que le problème de fond entre la France est connu le Français, respecte l’Algérien parce qu’il n’hésite pas à lui montrer, quand il le faut, de quel bois, il se chauffe. Avant de lui adresser la parole, il tourne sept fois sa langue dans la bouche pour ne pas l’énerver ni le vexer.

Non, le Français ne respecte pas et ne respectera jamais le Négro-Africain parce qu’il l’utilise comme il veut pour neutraliser son frère, ce qui est difficile avec l’Arabe et le Juif. Il faut vraiment que la nouvelle génération des dirigeants africains qui arrivent aux affaires, forts de leur dynamisme, de leur volontarisme et de leur modernisme, travaille avec leurs aînés (chefs d’État) pour nous enlever cette honte. Parce que nous demandons cette réhabilitation intellectuelle, politique et morale, nous, responsables d’opinion, ne pourrons que suivre et amplifier un tel mouvement, que l’on soutienne nos dirigeants dans la gestion de nos États ou non. Dans tous les cas, nous ne pouvons plus nous taire, ni laisser passer et laisser dire sur nous n’importe quoi et n’importe comment, sans réagir. Notre dignité et notre fierté d’homme nous le commandent.

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