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Civilisation : Livres.

Cinq personnes en quête d’amour : Eloge du divin.

Vendredi 25 février 2011, par Alain Besançon // Divers

L’amour a ses saisons. Longtemps il a été associé à la volonté des dieux. En relisant quelques livres, Alain Besançon nous fait revivre le parcours et la passion amoureuse avec ou sans les dieux. Un livre extraordinaire.

C’EST UN LIVRE extraordinaire aux deux sens du terme : d’une richesse rare, aussi humble que variée, il ne répond à aucun genre défini : fils naturel de son auteur curieux de tout, soucieux d’exactitude, de sources sûres et d’un échange/partage avec un ami qui pourrait conforter sa découverte, son jugement, au besoin, lui apporter une contradiction argumentée dont il saura tirer une part constructive. Ainsi est Alain Besançon (« Ta modestie dût-elle en souffrir, cher Alain »), un des deux ou trois hommes les plus intelligents et les plus cultivés qu’il m’a été donné de rencontrer. Qui se ressemblent s’assemblent (je ne parle pas de moi !). C’est à Pierre Chaunu que je dois d’avoir rencontré Alain, il y a une quinzaine d’années.

UN VOYAGE DANS LE TEMPS

Cinq personnages en quête d’amour, Amour et Religion est un voyage dans le temps linéaire, des origines à nos jours, reflétant la progressive reconnaissance d’un nécessaire rapport entre amour humain et respect de la Volonté du Ciel, sinon amour de Dieu. Rappelez-vous Éphésiens V : « Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ. Que les femmes le soient à leur mari comme au Seigneur. (..) Maris, aimez votre femme comme le Christ a aimé l’Église... ». Les personnages rencontrés ? Ulysse, le roi David, Tristan, Julie (la « Nouvelle Héloïse »), Frédéric, de L’Éducation sentimentale. Les cadres : 1/ la Grèce archaïque où le héros aux mille ruses est pourchassé par Poséidon ; 2/ vers l’an mille avant Notre Seigneur, Yahveh impose au roi hébreu coupable de péchés capitaux : homicide et adultère, la présence du prophète Nathan qui lui fait comprendre qu’il a péché et doit se repentir, moyennant quoi il sera pardonné ; 3/ la poésie médiévale celtique qui chante l’amour coupable fauteur de mort, ne pouvait qu’ignorer le Christ ; 4/ Rousseau fait de Julie la prêtresse d’une société familiale (?) ouverte à quelques ami(e)s/amant(s) sous le regard de « l’Être Suprême qui occupe de plus en plus de place dans le secret de son âme » ; elle accomplit « à la perfection » ses devoirs de mère, d’épouse, de maîtresse de maison, eût-elle un époux qu’elle n’aime pas et un amant auquel elle se refuse ; 5/ Frédéric vit dans un monde où il faut constater « la disparition complète de la religion ». Nouveauté diabolique ? « L’amour sacré n’avait jamais été séparé de l’amour profane ».

L’amour dans ce roman est sécularisé », dit Alain Besançon. Il annonce le (les ?) siècle(s) à venir. Frédéric apparemment n’en souffre pas ; Flaubert, si. De Jérusalem, il écrit à sa mère : « On a fait tout ce qu’on a pu pour rendre les lieux saints ridicules. C’est putain en diable : l’hypocrisie, la cupidité, la falsification... J’en veux à ces drôles de n’avoir pas été émus, et je ne demandais pas mieux que de l’être, tu me connais ». Quand paraît ce roman torturé d’un auteur cynique par dépit, un certain Sigmund Freud a déjà 13 ans !

LEÇON D’HISTOIRE, DE SOCIOLOGIE

Cinq personnages évoque à grands pas l’évolution et de l’amour humain et de l’amour de Dieu et pour Dieu. Leur communion se fait jour dans le destin de David. Pourquoi, l’absence de Dieu dans le monde de Tristan ? Ignorant toute charité, l’amour adultérin « démonisé » joue le jeu de Poséidon chassant Ulysse, situation impensable en un monde où la Parole du Christ est règle suprême. Belle leçon d’histoire, de sociologie, ce livre qu’enrichit un lot formidable d’allusions esthétiques, parfois développées, de nature littéraire, picturale, sculpturale ; il met en rapport évident foi, amour et beauté ! Cette beauté est « en plus » : comme une messe de Bach dans le cadre somptueux d’une cathédrale gothique ajoute à l’intensité de la prière commune. La beauté émouvante n’est pas essentielle, mais concourt à rendre accessible le Créateur qui par essence de l’est pas. Donnée nouvelle ? « Les Poèmes inspirent, les rites affermissent, la musique parachève » - Confucius, Lunyu, 8.

SOUMISSION FILIALE

« Dans mon voyage, j’ai observé que l’amour, avec sa composante religieuse, provoquait un élargissement de l’âme. (...) En elle s’ouvre une vaste caverne où retentissent les voix de la passion et leur écho divin. Les anciens en avaient senti métaphoriquement l’existence : ce sont les lieux infernaux où descendent et dont remontent Ulysse et Énée. D’autres cavernes s’ouvrent à l’époque moderne. Il se peut que le Ciel fermé de notre monde moderne rende difficile l’ouverture de ces cavernes et que l’accès en soit barré. Les amours doivent se contenter d’un théâtre plus étroit. La littérature classique indiquait le vieux chemin des profondeurs de l’âme. Encore faudrait-il qu’elle ne soit pas oubliée ». Nulle affirmation catégorique, des constats fondamentaux qu’Alain Besançon dresse comme des évidences, moins peut-être du fait de son insatiable curiosité, parfois « belle de candeur » (Belle de Candeur, roman chinois du XVIIe siècle, se veut chronique officieuse de faits méconnus qui expliquent l’Histoire), et de sa réflexion sociologique rigoureuse, que (un ami ne peut l’ignorer) des décennies de son expérience matrimoniale (Ave Maria !), bientôt « conjuguée », malgré les tares de trop de ses clercs, à une soumission filiale à Notre Sainte Mère l’Église.

CINQ PERSONNAGES EN QUÊTE D’AMOUR, AMOUR ET RELIGION
Alain Besançon
Éditions de Fallois, 2010
217 pages, 19€

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