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Chronique d’un naufrage annoncé.

Mardi 20 juillet 2010 // La France

Le risque, quand la communication s’attaque aux symboles sans savoir ce qu’ils représentent, c’est qu’ils se retournent contre le communicant. Voilà ce qui vient d’arriver avec la conclusion désolante de l’expédition de La Boudeuse, qui finit tristement sa course à Fort-de-France.

Pour ceux qui ont raté le début : La Boudeuse, joli trois-mâts goélette français, un de ces vieux gréements que le goût renouvelé de notre pays pour la mer et son histoire a permis de restaurer, a été affrétée par le ministère de l’Écologie en janvier 2009, comme symbole du Grenelle de l’Environnement. Cela a été l’occasion de belles envolées, comparant La Boudeuse à ses ancêtres, la première Boudeuse de Bougainville, et bien sûr La Boussole et L’Astrolabe de M. de la Pérouse. L’image était belle : un nouveau tour du monde décidé par un gouvernement qui renouait avec une longue tradition de soutien à la recherche désintéressée et à l’environnement, quelle pâte pour des communicants un peu professionnels ! Louis XV, Louis XVI, Sarkozy, même combat. C’était parti donc pour trois ans de tour du monde, avec un navire plein de savants, on allait voir ce qu’on allait voir.

On a vite vu : Premier raté dans la communication, la communauté des océanographes s’est offusquée à juste titre que l’on dise de ce tour du monde à la Cousteau qu’il allait faire avancer la science. La recherche marine ayant quelque peu évolué depuis Louis XV, La Boudeuse et sa collection d’amateurs n’allaient évidemment rien pouvoir apporter de nouveau. Scientifiquement parlant, on naviguait en Absurdie vers des objectifs ineptes. Et ceci, en distrayant quand même 2,5 millions d’euros des budgets de recherche, dans une époque de vaches maigres. Quand il doit attendre plusieurs années et passer par des évaluations sévères afin d’obtenir un navire de recherche pour quelques semaines, voir un tel financement partir en propagande gouvernementale n’a rien d’enthousiasmant pour un chercheur.

Il y avait tout de même un point positif : le voyage, abstraction faite du cinéma pseudo-scientifique, pouvait être l’occasion d’attirer l’attention des populations côtières sur le besoin de protéger les rivages et leurs écosystèmes, probablement les plus fragiles au monde. La Boudeuse allait être un bel ambassadeur itinérant du ministère de l’Écologie. Un voyage d’éveil donc, qui avait du sens.

Mais un autre doute s’est vite pointé : une fois l’effet de communication épuisé, La Boudeuse hors de vue, risque d’un intérêt faiblisse était très fort : quoi de moi communicant qu’un navire répétant pendant des années jour après jour les mêmes activités, à une vitesse moyenne de 10 noeuds (moi de 20 km/h), dans un milieu où il se passe quelque chose d’excitant tous les 36 du mois (relisez l’autre voyage de . Boudeuse, celui de Louis Antoine de Bougainville !), sans record à battre.

Et ce qui devait arriver arriva : l’expédition de La Boudeuse n’aura pas duré et beau trois-mâts n’a pas qui l’Atlantique. Devant une audience en berne l’enthousiasme des sponsors s’est effondré ; à commencer par celui du ministère de l’Écologie qui serait revenu sur une promesse verbale d’aide financière de 500 000 euros » (Le Monde du 3 juin). Et, lamentable final, la mission terriblement endettée a pris fin prématurément et La Boudeuse est à quai à Fort-de-France, dans l’attente d’un hypothétique acquéreur.

Lamentable final mais remarquable leçon. Nous savons bien sûr que le gouvernement actuel ne fonctionne qu’à l’audimat, qu’il n’a aucun projet réel et que ses promesses ne sont pas destinées à être tenues, mais à être annoncées. Nous savions que « l ’écologie, ça commence à bien faire », on apprend maintenant que la recherche scientifique aussi, « ça commence à bien faire ». Les conclusions que l’on peut tirer de cette expédition avortée sont alors applicables à nombre de promesses du Grenelle de l’Environnement, dont il nous faudra reparler. La posture écologique de Nicolas Sarkozy, destinée à lui attirer les voix des verts, n’aura pas survécu aux élections régionales. La symbolique de l’expédition n’est pas celle qui était prévue, mais elle est parfaitement claire : le constat est fait, la leçon est retenue, merci La Boudeuse.

Enfin, puisque M. Borloo lui-même nous y a engagé, allons jusqu’au bout du rapprochement entre l’aventure de cette Boudeuse sarkozienne et celles des frégates de Louis XV et de Louis XVI. Le constat est accablant dans tous les domaines : mise en œuvre, sérieux des objectifs, suivi des expéditions, financement dans la durée, intérêt personnel des monarques, importance des retombées scientifiques et philosophiques, l’opposition est complète. Et quel abîme intellectuel et psychologique, entre notre agité de l’Élysée et le roi géographe qui, en montant sur l’échafaud, demandait encore « des nouvelles de M. DE la Pérouse ».

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