Christine Boutin en première ligne.

L’édito politique - Claude ASKOLOVITCH

Mardi 28 avril 2009, par Claude ASKOLOVITCH // La France

Marc-Olivier Fogiel : Nicolas Sarkozy s’est fâché hier en conseil des ministres contre Christine Boutin. Sa ministre du Logement était partie en guerre contre un projet de loi qui reconnaît donc les couples homosexuels.

Et le président de la République a peut-être porté un coup décisif à l’homophobie en politique, un coup décisif à la détestation des homosexuels dans ce pays.

De quoi s’agit-il ? Dans un projet de loi qui veut donner des droits aux beaux-parents, c’est-à-dire aux adultes qui élèvent des enfants qui ne sont pas les leurs, Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la famille, mentionne de manière explicite et délibérée les couples composés d’adultes de même sexe.

Christine Boutin se bat depuis toujours contre le couple homosexuel et elle avait parfaitement raison de protester, de son point de vue. Mais voilà, le projet de Nadine Morano, c’est celui de tout le gouvernement et c’est un engagement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Si Christine Boutin ou qui que ce soit avait oublié que ce président de droite est aussi un réformateur moderne, on s’en souvient aujourd’hui.

Et son engagement est décisif, vous diriez ?

Oui, parce qu’il faut regarder d’où l’on vient.

Il y a juste 10 ans, la haine des homosexuels s’était exprimée lors du débat sur le Pacs. On avait entendu le député UMP Jacques Myard, qui est toujours élu, comparer les homosexuels aux zoophiles. Un sénateur avait rebaptisé le Pacs : « Pacte de contamination sidaïque ».

En 2006, il y 3 ans, il y avait encore plus de 200 parlementaires UMP pour signer une pétition contre l’homoparentalité et, parmi eux, on trouvait l’actuel ministre du Budget, Eric Woerth ou, évidemment, Madame Boutin.

Nicolas Sarkozy bouscule une très vieille culture et que son soldat s’appelle Nadine Morano, ça montre le chemin parcouru.

Morano, c’est l’antithèse des politiques de salon, c’est l’incarnation d’une droite populaire, de province sans complexe. Elle revendique sa foi catholique. Les lectures de la Bible de Madame Boutin ne l’impressionnent absolument pas.

Mais Nadine Morano n’est pas dans l’idéologie : il y aurait 30 000 enfants qui grandissent aujourd’hui en France dans des familles homosexuelles [au minimum, ouais] et ces enfants ont les mêmes droits que les autres et, donc, les adultes qui les élèvent ont les mêmes droits que les autres. Le bon sens, parfois, c’est révolutionnaire.

Et l’intervention du président va suffire à clore le débat, Claude ?

C’est toute la question de l’autorité du chef de l’Etat sur une droite plus conservatrice.

Christine Boutin a une vision sacrificielle de son rôle. Elle est montée au créneau, elle s’est faite recadrer mais elle a donné le signal à ses amis au parlement. On a déjà entendu hier le député de Saône-et-Loire, Jean-Marc Nesme, accuser Nadine Morano d’avoir cédé au lobby homosexuel.

Il va y avoir de l’agitation dans les rangs des députés de droite et une mobilisation contre ce texte au nom des valeurs traditionnelles avec l’espoir, chez les anti-homosexuels, de faire reculer le pouvoir, comme dans le débat sur le travail du dimanche et hier, c’était intéressant, le chef des députés UMP, Jean-François Coppé, a soigneusement évité de se prononcer.

Le texte n’est pas encore au stade du débat parlementaire mais, s’ils le veulent vraiment, Sarkozy et Morano pourront faire passer leur projet en s’appuyant sur toute la gauche et sur une partie de la droite.

On a déjà vu ce type d’alliance sur l’avortement en 1975 mais, à l’époque, une certaine droite n’avait jamais pardonné son courage à Valéry Giscard d’Estaing.

Vers un statut du beau-parent ?

A l’occasion du débat autour du projet de loi sur l’autorité parentale qui évoque pour la première fois un statut du beau-parent pour les couples du même sexe – statut impliquant de nouveaux droits sur l’enfant (scolarité, santé, religion, etc.), l’Ifop rappelle la position des Français sur le sujet mesurée dans une enquête réalisée en juillet dernier pour LeJDD.fr.

  1. Le droit d’adopter pour les couples homosexuels est défendu par une majorité des Français (51%) pour la première fois depuis que l’Ifop les interroge sur ce thème. La percée de cette question depuis juin 1996 (37% de Français favorables cette année là, puis en juin 2003 et 49% en mai 2004) se confirme et atteste d’une évolution qui se renforce avec le temps. Les jeunes adultes comptent parmi les principaux soutiens à cette mesure (61% des 25-34 ans notamment) alors que chez les plus âgés, les jugements s’avèrent plus contrastés voire défavorables : seulement 42% des plus de 65 ans adhèrent à ce nouveau droit. Sur cette question on observe également un clivage politique entre les personnes ayant voté pour Ségolène Royal (favorables à 62%) et François Bayrou (51%) d’une part et ceux ayant voté pour Nicolas Sarkozy (38%).
  2. Neuf ans après l’adoption de la loi sur le PACS, les Français se montrent très majoritairement favorables au mariage homosexuel (62%). A cet égard, ils n’étaient que 48% a y être favorables en juin 1996. Si ce soutien majoritaire au mariage homosexuel se vérifie sein de la plupart des catégories de population interrogées, deux clivages persistent sur le sujet : Un clivage générationnel : 70% des personnes âgées de 35 à 49 ans se déclarent favorables au mariage entre personnes du même sexe contre 45% des 50-64 ans. Ce sont les jeunes adultes (25-34 ans) qui se montrent le plus ouverts sur ce sujet (à 77%) ; Un clivage politique. Les électeurs de Ségolène Royal au premier tour de l’élection présidentielle de 2007 défendent ce droit à hauteur de 80%. Plus en retrait mais néanmoins favorables à ce type d’union (à 63%), les personnes ayant soutenu François Bayrou se démarquent par un score proche de la moyenne nationale. Enfin, les électeurs de Nicolas Sarkozy apparaissent particulièrement divisés : 49% soutiennent le mariage homosexuel, 51% y sont opposés.

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