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Chassé croisé sur la planète.

Mercredi 24 mars 2010 // Le Monde

Partie communsite Chinois

Chassé croisé sur la planète

En ce début d’année 2010, l’actualité internationale est toujours aussi riche et sujette à toutes les interprétations possibles. C’est le cas pour ce qui concerne notamment la Chine, Israël et la Palestine, sans oublier l’Iran.

EN DÉVOILANT sa stratégie politique en cinq points dans le magazine officiel Liaowang Xinwen Zhouhan comme « des points de vue sur notre époque », le président chinois Hu Jintao a marqué une rupture avec la diplomatie habituelle de Pékin. C’est, en effet, la première fois qu’un dirigeant chinois décrit très clairement le rôle qu’entend jouer le nouvel Empire du Milieu sur la scène internationale. Certes, il est toujours question de « responsabilité partagée » et de « participation active », mais on sent bien que cette dernière devra tenir compte du statut de quasi-surpuissance de la Chine dont l’objectif est toujours et encore « le maintien de son indépendance et de sa souveraineté ». Pas question toutefois - et c’est une surprise pour les seuls naïfs - que la participation de Pékin dans les affaires internationales affecte son modèle de développement unique. Le Parti communiste ne pliera aucunement devant les normes occidentales, en particulier le multipartisme et la liberté d’expression. Qui plus est, quand on voit ce qu’il en est des relations de Pékin avec des États terroristes comme la Corée du Nord ou l’Iran, il apparaît clairement que la Chine place au-dessus de tout, ses seuls intérêts nationaux.

UNE LÉGITIMITÉ À REDÉFINIR.

Pour l’heure, les grandes manœuvres ont commencé pour la succession politique dans la perspective de 2012, voire de 2022. Et le président Hu Jintao met de plus en plus en place cadres, gouverneurs de province et généraux de son sérail pour peser sur l’avenir. Difficile de se retrouver dans ces cercles opaques du pouvoir chinois. Ce que l’on peut remarquer, c’est, d’une part, que les dirigeants actuels ne bénéficient plus de la légitimité historique de leurs prédécesseurs, en second lieu que la nouvelle génération n’a connu que la Chine à l’heure des réformes.

PÉKIN À L’HEURE DE LA CRISPATION...

Ainsi, Xi Jinping, protégé de Jian Zemin, apparaît toujours comme le successeur naturel de Hu Jintao, et Li Keqiang, actuel vice-premier ministre, favori pour remplacer le Premier ministre Wen Jiabao. Deux personnalités charismatiques n’en montent pas moins au ciel de Pékin : Bo Xilai, chef du PC de Chongqing et Wang Yang, patron du PC du Guangdong. Trop tôt pour savoir qui l’emportera vraiment car la lutte est sourde et beaucoup d’eau coulera dans le Yangzi, avant que l’on puisse connaître les noms des vainqueurs.

Ce qu’il faut bien voir c’est qu’à l’extérieur comme à l’intérieur, le Parti communiste refuse tout ce qui se placerait au-dessus de son autorité. D’où l’exécution d’un ressortissant britannique, accusé de trafic de drogue, et de plusieurs patriotes ouigours au Xinjiang, en dépit de la réprobation internationale. Idéologiquement et socialement fragilisé, le régime de Pékin se crispe. La lourde condamnation de l’intellectuel dissident Liu Xiaobo pour « incitation à la subversion » n’a pas d’autre explication. Miné par des conflits sociaux chroniques - on ne compte chaque année pas moins de quelque 100 000 manifestations populaires - le pouvoir ne veut en aucun cas que soit mise en péril la sacro-sainte « stabilité sociale » vantée par le régime sous le coup d’une dissidence quelle qu’elle soit. En effet, les résultats économiques du pays génèrent des attentes nouvelles à l’intérieur comme sur la scène internationale. Or les inégalités entre villes et campagnes persistent, la corruption demeure importante et la mise en oeuvre d’un système de protection sociale est trop lente. Le régime, tout à sa crainte d’un effondrement à la soviétique, se replie sur lui-même.

De toutes les façons, si la Chine dispose de lois, il n’y règne aucun état de droit et, s’il y existe une constitution, elle n’implique pas pour autant un gouvernement constitutionnel.

... ET DE L’IMPÉRIALISME

Nouveau colosse dont la puissance économique surpasse largement celle de tout autre pays émergent, la Chine, nouvel empire colonisateur en Afrique, ne cesse d’étendre son ombre sur l’Asie. Tout en continuant à se prétendre un pays en développement parmi d’autres, ce qui lui vaut un traitement préférentiel. Voilà qui est contesté par le bloc des nations de l’Asean (600 millions d’individus) dont le déficit commercial total avec Pékin, en septembre dernier, s’élevait à 74 milliards de dollars. De même, le Vietnam a dû dévaluer sa monnaie de 5% pour rester concurrentiel par rapport au yuan. Alors même que les industriels thaïlandais se plaignent de ne pouvoir concurrencer les prix chinois, New Delhi vient de déposer une kyrielle de plaintes contre la Chine pour concurrence déloyale. D’ailleurs, insensible aux pressions américaines, comme au malaise qui gagne le monde entier au sujet de la sous-évaluation de sa monnaie, Pékin a décidé par décret gouvernemental d’arrimer le yuan à un dollar qui dégringole.

Un empire sûr de lui et dominateur, c’est ce qu’est le nouvel Empire du Milieu. Alors que l’élargissement de l’Union européenne a procuré à Pékin tous les avantages économiques et commerciaux d’un marché unique et ouvert, le Vieux Continent peut, lui aussi s’interroger à bon droit sur ce qu’il a obtenu en retour, car ses entrepreneurs se heurtent à des obstacles sans commune mesure avec le sort réservé à leurs concurrents chinois en Europe.

Un exemple patent de l’égoïsme sacré des Chinois. Le gazoduc Turkménistan-Chine, long de 7 000 km. L’Union européenne cherche, elle aussi, un accès vers les ressources gazières turkmènes. Mais c’est Pékin, plus habile semble-t-il, qui l’a emporté et recevra d’ici deux ans quelque 40 milliards de m3 de gaz par an (l’équivalent de la consommation annuelle de la France). Il est vrai que la Chine dispose de moyens financiers importants et propose prêts et financements de projets d’infrastructures. C’est ainsi que 10 milliards de dollars (6,78 milliards d’euros) ont été accordés au Kazakhstan et 4 milliards de dollars (2,71 milliards d’euros) au Turkménistan en 2009. Si bien qu’en Asie, la Chine progresse partout, au nez et à la barbe de l’Europe, dans le secteur du gaz, du pétrole et même du charbon.

MOYEN-ORIENT : ENTRE FANATISME ET IMPUISSANCE.

Le conflit endémique qui se déroule depuis tant d’années au Moyen-Orient et qui engage à l’évidence le destin du monde, ne semble pas près de se résoudre. On aurait même plutôt l’impression fâcheuse que l’impasse actuelle pourrait mener à un nouveau conflit entre l’État hébreu et le Hamas. Dans ce climat de violence accepté de part et d’autre et qui ne laisse que peu de place aux hommes de paix, on voit, toujours et encore, deux camps antagonistes ; Palestiniens d’un côté, Israéliens de l’autre, incapables de résister à la pression de leurs franges les plus extrémistes, à supposer même que ces derniers ne gangrènent pas toute la société dans son ensemble. Deux nationalismes exacerbés, deux revendications ethniques et nationales plus ou moins mâtinées de fanatisme religieux s’opposent de façon irrédentiste.
La division profonde côté palestinien entre Hamas et Fatah n’est pas pour faciliter les choses. Pièce essentielle de toute négociation de paix au Proche-Orient, Mahmoud Abbas n’est pas loin d’abandonner. Pour lui, de fait, le point de non-retour est atteint car, malgré sa bonne volonté, il n’a rien obtenu de concret de la part de Tel-Aviv.

Quant au Hamas, qui ne donne aucun signe d’effondrement et fait régner l’ordre islamiste à Gaza, s’il ne cesse de parler d’« unité » et de « réconciliation », plus que jamais il se présente comme le vrai et le seul défenseur de la cause nationale palestinienne. Avec la promesse réitérée lors des célébrations du 22e anniversaire de la fondation du mouvement islamiste de poursuivre la lutte jusqu’à « la libération de toute la Palestine de la mer Méditerranée au fleuve Jourdain ». Le Hamas persiste donc à ne pas reconnaître Israël. On voit mal dans ces conditions comment l’État hébreu pourrait s’entendre avec un ennemi aussi déclaré.
Chef du Fatah, et le plus célèbre détenu de l’État d’Israël, Marwan Barghouti demeure la figure la plus populaire du mouvement national palestinien, y compris au sein de la base du Hamas. Personnage charismatique, héraut de l’intifada, excellent orateur et réputé incorruptible, il pourrait apparaître comme l’homme providentiel capable de bâtir avec Israël la « paix des braves ». Une paix qui implique que le seul compromis possible passe par l’acceptation de part et d’autre que le rêve d’Israël et celui de la Palestine s’arrêtent aux frontières de 1967. La réalité, deux terres, deux peuples s’impose. Si le processus a échoué jusqu’ici c’est notamment en raison de l’éclatement de la société palestinienne et des maladresses et crispations des dirigeants israéliens. Pour l’heure, le gouvernement Nétanyahou ne fait pas particulièrement preuve de bonne volonté. Non seulement il n’y a pas de véritable gel de la colonisation en Cisjordanie mais encore on assiste à la relance de la colonisation à Jérusalem-Est.

Depuis la guerre des Six Jours et l’annexion de la Ville Sainte par Israël, un lent travail d’encerclement est à l’œuvre. Avec pour seul but d’empêcher que la partie orientale de la cité ne devienne la capitale d’un État palestinien. Une politique à laquelle s’est attelé avec zèle le conseil municipal de Jérusalem composé essentiellement de membres de partis religieux juifs et du Likoud. Avec le soutien actif de l’agent immobilier Arieh King qui rachète les maisons palestiniennes avec l’argent d’un milliardaire américain.

Dans ce contexte, ce n’est pas sans inquiétude que l’on peut constater que les partis religieux plus ou moins fondamentalistes, autrefois minoritaires, sont devenus des acteurs-clefs du jeu politique en Israël. À l’heure même où le ministre israélien d la Justice, Yaakov Neeman, a pu déclarer que la Torah devait progressivement remplace la loi israélienne.

Alors l’Égypte peut bien mettre le Hama sous pression avec la menace d’un bouclage complet de Gaza et répéter ses sollicitations auprès de l’État hébreu pour relancer le processus de paix, une hirondelle ne fait pas le printemps et l’impasse semble totale, même si les milieux diplomatiques cairotes se disent convaincus de l’imminence d’une importante initiative américaine.

On laissera le dernier mot à Mgr Fouad Twal, patriarche latin de Jérusalem qui a déclaré à Bethléem, le jour de Noël : « Les habitants de cette terre sont des frères qui se perçoivent comme des ennemis. Cette terre ne méritera d’être appelée sainte que lorsqu’elle respectera la liberté, la justice, l’amour, la réconciliation, la paix et la sérénité ».

LA RÉVOLUTION ANTI-MOLLAHS ?

Prenant une tournure de guerre civile, les affrontements actuels en Iran portent sur la nature des institutions en liaison avec l’évolution de la société. La « marée verte » n’est plus seulement l’expression d’une classe moyenne frustrée dans ses aspirations par un gouvernement rétrograde et obscurantiste. Elle échappe de plus en plus à ses chefs de file et gagne l’ensemble de la province.

Dépassé par l’ampleur de la révolte, le noyau dur du régime brandit, lui, l’arme de la terreur, multiplie arrestations et menaces de mort. Rien n’y fait : l’heure est à la radicalisation de l’insurrection civique. Il ne s’agit pas seulement de stigmatiser la fraude électorale, aujourd’hui on s’en prend aux piliers mêmes de la théocratie chiite. Et, tabou ultime, à la légitimité du Guide suprême. Des drapeaux iraniens sans mention islamiste sont brandis et des portraits de l’ayatollah Khomeini ont été brûlés ou déchirés. Le désaveu vient également de l’intérieur du régime et émane de dignitaires chiites respectés comme le vieil ayatollah dissident Hossein Ali Montazeri qui vient de rendre son âme à Dieu, ou le clerc réputé « conservateur » Nasser Makarem Shirazi qui prône le dialogue avec les partisans de Moussavi et Karoubi.

LE DÉBUT DE LA FIN ?

Alors que les hauts gradés de l’armée régulière sont de plus en plus sollicités pour réagir au sort infligé aux « enfants de la révolution », on s’aperçoit que la république des mollahs cède le pas à celle des miliciens, ce fameux corps des pasdarans, force militaire principale du régime et son centre de gravité opérationnel. Contrairement à une idée reçue, ce corps est loin d’être homogène et semble traversé par les contradictions profondes qui divisent toute la société iranienne.

Il y a désormais un vrai risque de guerre civile avec l’enclenchement d’un processus irréversible d’affrontement ; Avec, en toile de fond, l’Iran étant pluriethnique, certaines minorités comme les Baloutches, les Kurdes et les Arabes qui pourraient choisir de profiter de la situation pour retourner leurs armes contre le pouvoir central. On l’a bien vu avec les récents attentats visant au Sistan Baloutchistan d’importants chefs des Gardiens de la révolution et l’assassinat au Kurdistan d’un membre de la puissante Assemblée des Experts.

À l’évidence, le régime a du plomb dans l’aile. À qui pourrait succéder le moment venu, une république laïque, une monarchie constitutionnelle avec le retour du prince Reza Pahlavi ? Bien malin qui pourrait se prononcer. Ce qui est clair, en revanche, c’est que les Iraniens dans leur majorité entendent voir leur pays peser d’un poids réel dans le concert des nations, et notamment au sein d’une région dominée par les pays arabes et où figure l’État hébreu, doté de la bombe.

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