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Guerre d’Algérie.

Charle mézière raconte.

Dimanche 22 janvier 2012 // L’Histoire

Septembre 1958, nous Marin du Centre de formation maritime d’Hourtin en Gironde, nous défilions devant le nouveau président un certain Charles de Gaulle. Nous avons appris plus tard qu’il avait fomenté un coup d’état le 13 mai 1958. Ce sont ses « complices » qui ont obligé le Généralissime Raoul Salan à hurler du haut du forum d’Alger « VIVE De GAULLE ».

Nous étions beaux, tout de blanc vêtu, portant guêtres et fusils. Toute ma vie, je me rappellerais les paroles de de Gaulle :  » Matelots, vous allez partir dans nos Provinces d’Algérie, cela fait 150 ans que l’Algérie est partie intégrante de la France ; votre combat est juste ; L’Algérie est, et sera à jamais Française » ! Vive la France, vive l’Algérie Française.

J’ai rencontré pour vous Émile EYNARD incorporé au sein du groupe de transport 385 à Rivoli de mars1957 à décembre 1958, Emile Eynard a vécu un service militaire relativement calme en Algérie, bien que deux événements l’aient tout de même profondément marqué. Rencontre avec l’inventeur de la glissière en bois.

Quel a été votre parcours avant de partir en A F N ?

Je suis issu d’une modeste famille savoyarde. Mon père était un homme d’une intégrité et d’une honnêteté sans faille. Il a été un exemple pour moi. Il travaillait à l’usine tout en s’occupant de notre petite exploitation agricole. J’ai rapidement suivi sa voie et j’alternais entre mes cours et les travaux de la ferme. Ces moments passés avec lui sont uniques dans ma mémoire. Je n’ai jamais délaissé mes études pour autant. Après avoir obtenu mon BEPC au collège de Moutiers, j’ai envisagé de passer mon BAC au lycée de Chambéry ou de m’inscrire dans une école d’ingénieur à Lyon, mais les frais de scolarité étaient trop élevés et j’ai donc dû renoncer. Finalement, je me suis inscrit aux cours par correspondance de l’école spéciale des travaux publics de Paris.

Sursitaire du fait de vos études, vous avez finalement résilié ce sursis. Pour quelles raisons ?

En fait, j’ai eu la chance d’entrer à la Direction Départementale de l’Equipement (DDE) à Bozel, pendant que je suivais mes cours par correspondance. L’ingénieur des Ponts et Chaussée cherchait un secrétaire et il m’a recruté alors que je n’avais pas encore de diplôme. Durant plusieurs années, j’ai donc travaillé au sein de la DDE de Savoie tout en étudiant. Malheureusement, j’ai raté le concours de l’école des travaux publics de Paris et j’ai alors décidé de résilier mon sursis. Je savais qu’il fallait que j’effectue mon service pour pouvoir m’engager pleinement dans ma vie professionnelle. J’avais 22 ans et je me suis dit que c’était le bon moment. J’ai donc été appelé sous les drapeaux le 8 novembre 1956 et je suis parti en Allemagne pour faire mes classes.

Comment se sont déroulées vos classes ?

Assez tranquillement en fait, si ce n’est le froid et la pluie qui régnaient sur la région de Horb, près deTurbingen. J’y ai appris le maniement des armes et le langage militaire. A l’époque, je ne goûtais guère à la rigueur de mes instructeurs. C’est peut-être d’ailleurs pour cela que je n’ai pas réussi l’examen des EOR. Apparemment, j’ai raté l’épreuve de tir lors de l’examen, alors que j’étais plutôt bon tireur. Avec le recul, je me dis qu’en étant un peu plus discipliné j’aurais certainement mieux apprécié ces trois mois de classes. Mais en même temps, je crois que je n’aurais jamais pu devenir militaire de carrière. Au mois de mars 1957, j’ai été dirigé vers Port-Vendres, où j’embarquais le 28, direction Oran.

Dans quel état d’esprit vous trouviez-vous ? Où avez-vous alors été transféré ?

En fait, même si j’appréciais la vie avec mes parents, je ressentais un besoin de changer d’air. Ce départ pour l’Algérie tombait presque à point nommé. Evidemment, je savais que je ne partais pas en vacances, mais pour prendre part à un conflit. Mais je préférais ne pas y penser et j’étais plutôt heureux en débarquant sur le sol algérien. J’étais en tout cas bien content de quitter l’affreux fond de cale du « Ville d’Oran », transformé en vomissoir géant à cause de la grosse houle qui a accompagné toute notre traversée de la Méditerranée. En débarquant sur le quai d’Oran, j’avais encore l’impression que le sol tanguait ! J’ai été directement orienté vers le groupe de transport 385 basé à Rivoli, tout près de Mostaganem. Il n’y avait pas de caserne militaire, donc nous logions dans des bâtiments qui avaient certainement été réquisitionnés par l’Armée. On nous avait dit que nous ne resterions que trois mois à Rivoli. Finalement, j’y ai effectué tout mon service. Cela ne m’a d’ailleurs pas déplu, car j’ai sympathisé avec des locaux, arabes et pieds-noirs, avec qui j’ai entretenu d’excellents rapports durant tout mon séjour. En plus, il y avait une fanfare au sein de laquelle je me suis rapidement intégré étant moi-même musicien. J’ai d’ailleurs une anecdote à ce sujet. Un jour, alors que je portais du linge à la blanchisserie de Mostaganem, j’ai aperçu un vieux violon couvert de poussière sur une étagère. Je repérai alors l’inscriptior` « Stradivarius » sur ce violon. Que faisait-il là, qui en était le propriétaire et avait-il une idée de sa valeur ? Je ne le saurais jamais. Tout ce que j’espère, c’est qu’il n’a pas fini dans une déchetterie...

Quelles étaient vos missions au sein du groupe de transport 385 ?

En fait, il y avait trois compagnies à Rivoli : la compagnie de commandement et de services à laquelle j’appartenais, plus deux autres compagnies opérationnelles dont le nom m’échappe. Au sein de la CCS, nous avions pour mission prioritaire de protéger le site et les villages alentours et d’assurer le transport de marchandises. Parfois, nous intervenions en appui des compagnies opérationnelles, mais c’était plutôt rare. Pour ma part, j’avais été nommé responsable du matériel pour les trois compagnies. Mon quotidien consistait donc essentiellement à gérer les stocks de vêtements et à effectuer la comptabilité. Je pense pouvoir dire que j’ai assumé ces tâches avec une certaine rigueur. Mon travail a d’ailleurs été salué un jour par un général en visite à Rivoli.
Avez vous été confronté directement à la mort en Algérie ? Assez peu en fait. Une fois, on m’a ramené les vêtements d’un soldat victime d’une attaque. Ils étaient percés et pleins de sang. Ce jour-là, j’ai vraiment compris que les opérations de maintien de l’ordre dont on nous parlait étaient en fait une guerre avec son lot de morts et d’horreur. Une autre fois, à l’automne 1958, la 5° DB au grand complet menait une opération dans le massif de l’Ouarsenis pour intercepter un groupe de fellaghas qui remontait la vallée. Nous avons été appelés en renfort. A l’époque, j’avais été promu Maréchal des Logis et du résultat. Mais bon, c’était la guerre...

Vous n’avez pas tiré, mais vous avez néanmoins vécu plusieurs moments difficiles...

En effet, deux moments réellement marquants me reviennent en mémoire. Le premier s’est déroulé le 4 septembre 1958. La veille, un terrain d’opérations avait été bombardé au napalm et nous avions pour mission de ratisser la zone pour voir le résultat. Il faisait très chaud et quelques buissons brûlaient encore. Soudain, j’aperçus une grotte qui attira mon attention. Nous y entrâmes et n’avons d’abord rien trouvé. Mais alors que nous allions ressortir, nous avons aperçu une autre cavité, plus petite. Un des hommes que je dirigeais a repéré une carte d’identité. Nous avons donc décidé d’explorer ce boyau, où il me précéda. Au bout de quelques instants, j’entendis un grand cri, suivi d’un coup de feu. J’eus très peur, pensant qu’il avait été tué, mais très vite, je l’entendis me crier « Vite Emile, laisse moi sortir de là ! ». Je fis marche arrière jusqu’à ce qu’il puisse passer devant moi et nous sommes sortis tous deux très rapidement. Le Lieutenant, arrivé entre temps, prit connaissance des faits : le soldat avait reçu un gros coup sur la tête et avait « corvée de bois », selon l’expression alors employée... Je ne sais pas ce qu’avait fait ce pauvre type, mais je le revois encore, pieds et poings liés, nous suppliant de ne pas le tuer et implorant notre pitié. Je me suis mis en recul ce jour-là, je ne pouvais pas tirer sur cet homme. Autant, lors de l’opération dans l’Ouarsenis, si j’avais dû tirer pour me défendre, je l’aurais fait sans hésitation. Autant là, je ne pouvais pas prendre part à ce que retour nous avions une soif terrible et nous avons croisé une femme portant une cruche. L’eau était immonde, mais nous avions tellement soif, que nous en avons bu. Quoi qu’il en soit, je me souviens encore de ces piqures immonde, dans le dos terriblement douloureuse, qui m’obligeaient à marcher plier en deux. J’ai fait un rapide passage à Marseille, avant d’être transféré à l’hôpital Desgenettes à Lyon où je suis arrivé pour les fêtes de Noël. Les retrouvailles avec ma famille furent très émouvantes, car ils ne savaient pas que je rentrais et nous avons tous fondu en larmes quand j’ai franchi le pas de la porte. Finalement, j’ai été définitivement libéré de mes obligations militaires le 14 avril 1959, après 29 mois de service.

Vous êtes l’inventeur de la glissière en bois, pouvez-vous nous en dire plus ?

De retour à la vie civile, j’ai réintégré la DDE de Bozel. J’ai alors décroché ce fameux concours de l’école des travaux publics de Paris et j’ai passé divers concours internes qui m’ont permis de devenir chef de la subdivision de Beaufort en 1972, poste que j’occuperais jusqu’à la fin de ma carrière. En 1976, à l’occasion d’une course de ski de f%nd dans leTyrol italien, je remarquais des barrières en bois destinées à empêcher les troupeaux de bovins d’aller sur les routes. Immédiatement frappé par l’intégration de ce matériau dans le paysage, je décidais alors de tenter de l’adapter au réseau routier. Un travail de longue haleine et semé d’embûches. J’ai donc multiplié les essais. Je me revois encore en train de courir devant un vieux camion tout cabossé et dénué de compteur kilométrique, pour simuler un choc à une vitesse de 20 km/h. Finalement, j’ai déposé un brevet en 1984, avant de recevoir en 1990 le trophée FIBRA pour la meilleure invention dans l’utilisation du bois en faveur de l’environnement.

Aujourd’hui, ces glissières équipent non seulement les routes des Alpes, mais également du sud de la France et elles s’exportent à l’étranger, jusqu’en Nouvelle-Zélande.

Un petit mot sur la FNACA ?

Ah, la FNACA ! Une belle et grande famille à laquelle je suis fier d’appartenir. J’y ai adhéré très rapidement à mon retour d’Algérie, assurant la présidence du comité de Bozel de 1970 à 1972. Du fait de mes activités professionnelles, j’ai ensuite dû prendre un peu de recul, mais je reste profondément attaché à notre Fédération. Je participe régulièrement aux assemblées et aux cérémonies.

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