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Ces villages oubliés par Karzai.

Lundi 22 août 2011, par Aima Badkhen // Le Monde

En juin, les talibans ont étendu leur emprise sur plusieurs hameaux dans le nord du pays. Une entreprise rendue facile par le vide du pouvoir dans cette région.

Un soir, à la fin du mois de mai, une dizaine de talibans à moto ont fait irruption à Zadian, village entouré de vergers d’abricotiers et de mûriers, perdu dans les plaines de Bactriane [situé dans la province de Balkh, dans le nord du pays]. Les motards, le visage masqué par un foulard, une kalachnikov à l’épaule, ont rassemblé les anciens du village et ont décrété qu’ils seraient désormais à la tête de Zadian, qui, auparavant, n’avait jamais été soumis au contrôle ni des forces afghanes ni de l’Otan. Les anciens - membres de l’ethnie turkmène, sans armes pour la plupart et accablés par la sécheresse extrême qui a frappé leurs terres pour la deuxième année consécutive - ne s’y sont pas opposés.

Par le passé, la cavalerie grecque a souffert dans le désert environnant Zadian. Des hordes de Mongols l’ont jonché de cadavres et des insurgés afghans, armés dejezail [terme pachtoune qui désigne des mousquets à canon long], ont pris d’assaut des forts britanniques. Les blindés soviétiques ont répandu la terreur dans les rues en terre battue de Zadian et les raids aériens américains ont creusé des cratères dans les champs de blé avoisinants. En comparaison, l’offensive des talibans du printemps dernier - la dernière en date de ces batailles quasi incessantes pour conquérir le nord de1’Afghanistan est beaucoup moins impressionnante. Mais elle n’en a pas moins été efficace. Le 1er juin, un mois après l’annonce par les insurgés du lancement de leur offensive annuelle pour reprendre le pays, Zadian s’est retrouvé sous l’emprise des talibans, comme la plupart des villages aux alentours, encore libres il y a à peine un mois.

Etant donné la rapidité avec laquelle le nord de l’arrière-pays afghan est en train de tomber aux mains des combattants islamistes, la question du retrait des troupes semble si déconnectée de la réalité qu’elle en devient presque _surréaliste. Notamment lorsque les officiels amé- s ricains insistent sur la nécessité de préserver les acquis réalisés ces derniers mois en matière de sécurité... Il y a encore un an, le nord de PAfghanistan principalement la province de Balkh était réputé être la partie la plus sûre du pays. Pourquoi alors prêter attention aux villages de cette région ? Rares ont été ceux qui ont bénéficié des milliards de dollars d’aide internationale ayant afflué durant la décennie qui a suivi l’invasion américaine. Les promesses qu’on leur avait faites eau potable, éducation, soins médicaux et construction de routes décentes pour que les agriculteurs puissent aller vendre leurs produits sur les marchés n’ont pas été tenues. Aujourd’hui, les populations rurales, dépourvues de cette aide, tentent de faire face à une situation de pénurie qui sévit sur leurs terres depuis la nuit des temps. Ils cultivent leurs vergers et leurs champs à la main à l’aide d’outils en bois. Ils ne possèdent pas d’installations sanitaires ni d’électricité.

Pas de moyens pour la police capricieuse et magnmque qui consul ue ia prul- cipale source de revenus des villageois ; et le sentiment d’abandon. On retrouve ce sentiment un peu partout en Afghanistan, alors que le gouvernement reste circonscrit à Kaboul et aux capitales des provinces et des districts. Les villages sont, quant à eux, livrés à leur sort. Aucune structure gouvernementale n’est établie en province afin d’aider les plus pauvres et il n’y a pas non plus d’hôpitaux pour soigner les malades. Les rares policiers censés patrouiller dans les rues sinueuses n’ont simplement pas les moyens d’y accéder. Le poste de police le plus proche de Zadian se trouve dans le bourg de Dowlatabad, à 25 kilomètres. Quarante-huit agents de police s’y morfondent à l’ombre des mûriers. Les policiers ont deux camions à leur disposition : l’un est constamment en panne et l’autre est généralement réquisitionné par le chef de la police, un costaud qui passe son temps à Mazare Charïf capitale de la province, située à une heure de route. "Tout est de la faute du gouvernement", m’assure Mohammad Rahim, le chef adjoint de la police, lors d’un déjeuner à base d’abricots pas assez mûrs.

La charia comme futur ?

Les insurgés ont tiré profit de ce vide du pouvoir - ainsi que des antagonismes ethniques qui divisent le nord du pays depuis des siècles et l’ont transformé en un puzzle explosif. La plupart des talibans appartiennent à l’ethnie pachtoune. Leur présence dans la région est la conséquence de cent vingt années d’épuration ethnique contre les Ouzbeks et les Hazaras. Ce nettoyage a été commandité par le roi afghan Abd A1-Rahman [qui a régné de 1880 à 1901], lequel a orchestré la déportation de io 000 familles pachtounes au nord de l’Hindu Kuch [chaîne de montagnes], dans les années 1890, afin d’asseoir son pouvoir dans cette région. La plupart des insurgés actuels de Balkh sont originaires de villages pachtounes issus de cette migration forcée qui a provoqué des massacres entre ces trois groupes ethniques pendant près d’un siècle. Plus récemment, après la chute du gouvernement dirigé par les talibans pachtounes, en zoos, des Ouzbeks et des Hazaras armés ont fait des descentes dans des villages pachtounes de Balkh, violant les femmes et massacrant les hommes. Ces violences ethniques expliquent que les Pachtounes de cette région se soient engagés aux côtés des talibans : pour pouvoir répliquer aux attaques. Une autre raison est d’ordre financier : les talibans versent à leurs combattants des soldes pouvant aller jusqu’à 300 dollars par mois, soit plus que le salaire d’un policier. "Il n’y a pas d’emplois", commente Abdul Majid Khan Ansari, un imam de la Mosquée bleue de Mazar-e Charif. "Lorsqu’une famille n’a plus de quoi manger, ses fils rejoignent les talibans afin de gagner un peu d’argent."

Que réserve le futur ? Mes amis de la région me posent sans cesse cette question, comme une rengaine. Ils espèrent sans doute une réponse différente de celle que nous connaissons tous. Si les troupes de l’Otan parviennent à vaincre les talibans, il y aura des victimes, dont des civils, très probablement. Si elles n’y parviennent pas, la charia s’imposera ; les mariages se feront en silence et sans musique. En outre, une dîme sera collectée sur les vergers desséchés et les troupeaux d’animaux sous-alimentés, ainsi que sur les champs de blé, qui, en cette année de sécheresse, arrivent à peine aux genoux des agriculteurs. "Dans tous les cas" me dit un ami originaire d’un de ces villages, la vie va être très dure.

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