Ces Roumains privés d’espace Schengen.

Dimanche 23 janvier 2011 // L’Europe

Bien que membre de l’UE, la Roumanie est en train de rater son intégration. Bucarest a réussi à profiter d’un étroit créneau d’enthousiasme [pour entrer dans l’UE]. A cette époque où l’argent tombait du ciel, tout objectif semblait atteignable. La suite est connue. Nous avons vu la rapidité avec laquelle un pays pouvait régresser vers le défaut de paiement, à quel point une union monétaire apparemment inaltérable pouvait se révéler fragile et à quelle vitesse naissaient les querelles dans une famille touchée par la crise.

Aujourd’hui, l’Europe se passerait volontiers de ces enfants errants qu’elle a recueillis dans sa maison et qui ne savent toujours pas se laver convenablement les mains. Le message passé par la France et l’Allemagne, sur le fait que la Roumanie et la Bulgarie n’entreraient pas dans l’espace Schengen, est clair : Nous vous avons accueilli dans la maison ; nous ne pouvons pas vous mettre dehors, mais nous n’avons plus de temps à vous consacrer. Si vous n’apprenez pas rapidement par vous-mêmes, vous coucherez sur le paillasson.

Que la Roumanie entre dans l’espace Schengen aujourd’hui ou dans un, deux, trois ou dix ans, le stigmate reste le même. Le simple traitement des causes qui la laissent en dehors de Schengen ne peut guère lui épargner le statut de pays de seconde zone, une sorte de Mexique de l’Europe.

La situation se reproduira probablement au moment de l’adhésion du pays à la zone euro - en supposant, bien sûr, que la zone euro elle-même continue d’exister. Après un premier retard dû à l’incapacité de l’économie à satisfaire les critères objectifs, la Roumanie devra à nouveau repasser par le filtre politique. La France, l’Allemagne et peut-être d’autres demanderont : "Avons-nous réellement besoin de vous ? Que pouvez-vous apporter à cette association ? Pourquoi devrions-nous vous croire capables de ne pas vous emmêler les pinceaux ? Avez-vous retenu quelque chose de la leçon de Schengen ?"

Bien sûr, à terme, l’UE mènera à bien son projet d’élargissement. Mais ce n’est pas le propos. Formellement, c’est l’aboutissement de l’intégration dans les structures européennes. Mais seulement le début de l’intégration dans la civilisation.

Pour rattraper l’écart, la Roumanie a besoin d’un type d’investissement dont elle n’a que très peu bénéficié jusqu’à présent. Ce n’est pas de l’argent, qui peut entrer et ressortir en quelques minutes, mais du capital, des investissements massifs à long terme qui prennent en compte les ressources humaines (par exemple, la moitié de la population de la Roumanie vit à la campagne, dans des conditions proches de celles du tiers-monde), le réel développement immobilier (selon des critères d’urbanisme, pas seulement des constructions dans les quartiers périphériques des villes), l’éducation ou le caractère cyclique de l’économie (l’engagement que, après un énième boom, puis la récession, les entreprises resteront sur place pour poursuivre leurs affaires). Pour que ces choses adviennent, il faut que les investisseurs et le capital européen se sentent chez eux, comme à la maison. De toute évidence, ce n’est pas un contrôle de plus ou de moins à la frontière qui fera la différence pour des investisseurs. Ni le fait qu’ils paient ou non en euros. Leur "chez eux", ce sera plutôt le Royaume-Uni qui n’est pas dans l’espace Schengen, ni même dans la zone euro ; ou la Suisse, qui est dans l’espace Schengen, mais pas dans la zone euro, ni même dans l’UE. Voire la Croatie, pays qui n’est nulle part et frappe encore à la porte.

Mais, par rapport à la Roumanie, chacun de ces pays inspire confiance en tant qu’Etat de droit, administrativement compétent et économiquement stable.

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