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Vendredi 30 septembre 2011 // Le Monde

LA RÉPUBLIQUE DES MALLETTES

Le livre de Pierre Péan (La République des mallettes, chez Fayard) arrive au moment du scandale des révélations de Robert Bourgi sur le financement des campagnes de Jacques Chirac. Bien sûr, la prudence exigerait de mettre partout du conditionnel, et de rappeler la présomption d’innocence de tous ceux qui sont cités. Mais je connais assez Pierre Péan pour savoir le sérieux de ses enquêtes depuis toujours. Et j’ajouterai : l’efficacité de ses coups. Le journal Le Monde en sait quelque chose. La publication en 2003 de La face cachée du Monde, signée par Pierre Péan et Philippe Cohen, avait provoqué un séisme dont le quotidien ne s’est pas encore remis. La dernière enquête que Péan a menée, non sans difficultés, vise d’ailleurs moins à désigner des coupables qu’à comprendre la logique d’un système. Comment peut-on financer aujourd’hui les grandes formations politiques et des campagnes électorales dont le coût est considérable ? Il s’agit de se créer un véritable trésor de guerre, par tous les moyens. Ne croyons pas à une exception française. Toute les grandes démocraties sont touchées par le phénomène. Et, pour ne donner qu’un seul exemple, la campagne présidentielle de Barrack Obama a donné lieu à de vives controverses à propos d’un financement évalué à quelque 779 millions de dollars contre 400 pour son adversaire républicain.

Mais en France, comme c’est le cas dans des pays comme la Russie et l’Italie, Pierre Péan met en cause la pratique des rétro-commissions, liée au commerce international. Il s’agit, dit-il, de tirer la manne des contrats civils et militaires. Dans ce but, une oligarchie se constitue avec des réseaux dans les grandes entreprises à capital public, au sommet de l’Etat et dans les ministères les plus déterminants Ainsi prend-on conscience de la connivence du fonctionnement de ta démocratie avec la captation de l’argent, là ou il est à prendre : Bien sûr, il s’agit d’une perversion des institutions. Mais gageons qu’il faudra très longtemps pour que ces institutions correspondent à l’idéal que l’on projette sur elles.

SAUTS DE PUCE

La Semaine Européenne de la Mobilité, qui a succédé à l’opération « En ville, sans ma voiture », se tient chaque année du 16 au 22 septembre, donc cette semaine. Elle encourage l’utilisation de transports plus écologiques et économiques pour assurer nos déplacements au quotidien. La pratique de la bicyclette, le covoiturage et l’autopartage gagnent ainsi en popularité année après année en complément de la marche et de l’utilisation des transports en commun.

L’édition 2011 de la campagne met l’accent sur l’atout apporté paries applications numériques avec la formule « Bouger autrement avec le numérique ». En France, au premier trimestre 2011, près d’un utilisateur de téléphonie mobile sur trois possède en effet un « smartphone » soit trois fois plus qu’il y a deux ans et plus de 17 millions de Français se rendent sur Internet via leur téléphone portable. De même, 48,8% des « mobinautes » ont également consulté au moins une fois une application mobile à partir de leur téléphone portable. Par conséquent, des sites Internet et des applications mobiles fleurissent afin de faciliter les déplacements des Français, en ville ou vers leur lieu de vacances. La diffusion de plus en plus large des nouvelles technologies a donc commencé à changer notre façon de nous déplacer.

Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, dont les différentes compétences sont ainsi appelées à se compléter, n’a pas manqué de souligner cette nouveauté lors du lancement de l’opération : « En un clic, les usagers peuvent désormais connaître précisément les horaires des bus, être mis en relation avec un covoitureur, trouver les itinéraires les plus courts. La mobilité 2.0 est en marche et elle favorise l’utilisation de transports plus économes en énergie et moins coûteux. La Semaine Européenne de la Mobilité est également l’occasion de mettre à l’honneur des PME qui, partout en France, innovent pour proposer des services numériques qui facilitent les déplacements quotidiens ».

Ne voulant pas se contenter d’être l’observateur de ces évolutions, le ministère du Développement durable a mis en ligne sur sa page Facebook (la communication gouvernementale a elle aussi beaucoup bougé) un guide des applications mobiles constitué d’une trentaine d’applications pour la plupart labellisées Proxima Mobile. Chaque internaute est invité à l’enrichir en faisant connaître ses applications favorites.

De fait, l’un des principaux atouts du numérique est qu’il favorise les démarches participatives. Qu’il s’agisse de donner son avis sur un covoitureur, d’informer les autres voyageurs d’une panne sur le métro ou du retard d’un bus, d’échanger sur les itinéraires les plus courts, les usagers sont au coeur du dispositif de transport et créent ainsi une véritable communauté de voyageurs partageant des informations en temps réel.

Ce n’est en effet pas le moindre des paradoxes que les nouveaux modes de communication ouverts sur le monde, bien loin d’en fortifier l’unité, favorisent toutes les formes de communautarisme.

PRIMAIRE SUR UN PLATEAU

La bonne surprise du premier débat entre candidats socialistes à la primaire organisée par le PS, c’est le grand succès d’audience obtenu par l’émission.

Il est courant d’entendre dire que les Français sont écoeurés par les jeux politiques. Pourtant, ils étaient cinq millions devant leur télévision pour suivre le débat entre les six candidats à la primaire socialiste, une confrontation longue, austère, exempte des polémiques...

Bien entendu, il faut soigneusement distinguer l’engagement des Français dans les partis - il est faible - de l’intérêt souvent passionné qu’ils portent à la politique.

Mais le fond du débat ? Il a souvent été noyé sous les commentaires détaillant l’attitude rires différents candidats et les conséquences qu’elle pourrait avoir sur les sondages étant entendu que François Hollande et Martine Aubry sont très loin devant les autres.

Pour s’en tenir aux cinq candidats socialistes (le radical Jean-Michel Baylet cherche surtout à se positionner en vue de la présidence du Sénat), la rivalité entre les personnes recouvre une opposition doctrinale qui est en train de se durcir.

Avec des nuances, quatre candidats socialistes représentent le courant majoritaire au Parti socialiste : celui qui a été inspiré par Jacques Delors, par Pascal Lamy (qui dirige actuellement l’Organisation mondiale du commerce), par Michel Rocard puis par Dominique Strauss-Kahn. Cette tendance, qui domine depuis le « tournant de la rigueur » de 1983, est acquise à l’économie du marché mondialisé, c’est-à-dire au libre-échange, mais elle souhaite une régulation de l’activité financière. Si elle critique la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire pour des raisons tactiques, elle est acquise au principe de l’équilibre budgétaire et à des sacrifices sur le plan de là protection sociale qui seraient compensés par des mesures fiscales destinées à « faire payer les riches ».

Martine Aubry, François Hollande, Ségolène Royal et bien sûr Manuel Valls, porte-parole de l’aile droite, représentent ce socialisme adapté au libéralisme économique et qui est favorable à des solutions fédéralistes pour le sauvetage de la zone euro.

L’autre courant est représenté par le seul Arnaud Montebourg, enfant terrible du Parti, qui s’affirme pour la démondialisation selon les thèses défendues par Emmanuel Todd ou Jacques Sapir deux chercheurs qui ne sont pas membres du Parti socialiste. Cette tendance de gauche avait été réduite à la portion congrue lors de la scission faite par Jean-Luc Mélenchon, aujourd’hui candidat du Front de gauche. Elle s’est trouvé un nouveau chef de file. Pour quel avenir ?

Si la crise conserve son rythme de 2010, le vainqueur de la primaire, qui sera certainement le représentant du courant majoritaire, pourra sans trop de difficultés présenter un programme de réformes qui se situera dans la ligne de ce qui avait été fait par Laurent Fabius, Pierre Béregovoyet Lionel Jospin. En ce cas, Arnaud Montebourg sera durablement marginalisé et les thèmes de la démondialisation seront cultivés hors du Parti socialiste, à la gauche de la gauche.

Mais une aggravation de la crise, se traduisant par un défaut de la Grèce sur sa dette et par la sortie de ce pays de la zone euro, provoquerait un séisme intellectuel et politique dont Arnaud Montebourg pourrait profiter.

UN NASSER TURC ?

Recep Tayyip Erdogan voudrait prendre la tête d’un nouveau réveil du monde arabo-musulman principalement dirigé contre Israël, mais qui serait démocratique et pro occidental.

Quelle mouche a piqué le Premier ministre turc ? Il renvoie l’ambassadeur d’Israël, menace d’envoyer la flotte militaire turque face aux côtes d’Israël, se fait applaudir au Caire par la Ligue arabe, et s’implante à Tunis. A Tripoli, il laisse triompher Sarkozy et Cameron le 15 septembre mais, dès le lendemain, il vient préparer la suite.

Ce n’est pas de l’ancien Empire ottoman qu’en nouveau Sultan ou Grand Vizir, au pouvoir depuis 2003 et brillamment réélu en juin dernier, Erdogan veut ranimer la flamme. Le couve- nir de celui-ci étant plutôt mal vu des anciens sujets arabes, il doit au contraire faire oùblier qu’il est turc s’il veut, comme on l’en a accusé dans certains cercles égyptiens, chausser les bottes de Nasser. Or, comme l’ont montré les précédents de 1956 et de 1967, l’opposition à Israël, si elle est populaire et fédératrice d’un certain arabisme ne suffit pas. Erdogan semble en avoir tiré la leçon en présentant un autre modèle, le sien propre en Turquie.

Les analystes discutent de ses motivations profondes. Par certains côtés, on pourrait penser à une animosité personnelle à l’encontre de l’Etat juif, qui rivaliserait avec les propos du président iranien Ahmadinejad. On se souvient de janvier 2009 à Davos quand il a quitté l’estrade où il était opposé au président israélien Shimon Peres. Cependant, Erdogan n’appelle pas à la destruction d’Israël et ne se livre à -aucune polémique antisémite. Son soutien aux Palestiniens de Gaza ne signifie pas seulement qu’il a été scandalisé par l’opération Plomb Durci de 2008 et le blocus du territoire de la Bande de Gaza. Il ne pouvait rester insensible à la mort de neuf Turcs à bord du Mavi Marmara, lors de la tentative de rupture du blocus en 2010, même si le rapport de l’ONU rendu public début septembre demeure ambigu sur la responsabilité des parachutistes israéliens qui l’avaient arraisonné dans les eaux internatio- nales. La polarisation d’Erdogan sur Gaza indique qu’il ne condamne certes pas le rôle du Hamas qui, de son point de vue, possède la légitimité démocratique depuis les élections de janvier 2006.

La clé de la « doctrine Erdogan » est dans la conciliation entre religion et démocratie. Il s’inscrit dans la ligne du discours d’Obama au Caire du 4 juin 2009. Pour un Américain, le « sécularisme » n’est pas du « laïcisme », même « ouvert » . La liberté religieuse est pleinement reconnue et la religion n’est pas limitée à une sphère privée. Ceci n’empêche pas l’Etat d’être « séculier » et même « laïque ». C’est le modèle qu’Erdogan voudrait proposer à l’Egypte et qu’une partie des Frères Musulmans qui l’acclamaient pour son « courage » face à Israël rejettent comme charte de la nouvelle Egypte car non « islamiste ».

Erdogan dit sans doute tout haut à Israël ce qu’Obama et Clinton pensent tout bas. Ankara est aujourd’hui plus utile à Washington comme puissance musulmane que comme Etat turc nationaliste dans la tradition laïque kémaliste. La Turquie est dans l’OTAN et vient d’accepter l’installation de radars anti-missiles à la frontière iranienne (rendant ainsi indirectement service à Israël).

C’est contre l’Europe que se dresse en réalité Erdogan, cette Europe qui a rejeté sa candidature par peur de ses 80 millions de musulmans. En Egypte, en Libye, en Tunisie, quant à l’Etat palestinien, et face à la Syrie, c’est avec la diplomatie européenne que la diplomatie turque rivalise. Et elle n’est pas la moins bien placée. Au lieu qu’elles se combinent, leurs stratégies risquent de se contredire, l’européenne regardant l’islam de l’extérieur, la turque de l’intérieur.

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