Catherine et William.

Vendredi 6 mai 2011 // L’Europe

Dans sa chronique quotidienne, « le neuf-quinze » du 12 avril, Daniel Schneidermann avoue « quelques secondes de perdition ». Au lieu de rechercher de l’information sérieuse sur la catastrophe japonaise et la guerre en Libye, il confesse son addiction à certains sites où il se « noie dans la contemplation des images offertes à profusion » sans même se donner l’alibi de l’enquête journalistique sur les mythologies du monde moderne. Ce qui le pousse, c’est la curiosité « et aussi, bien sûr, l’attrait d’un paradis facile. A portée d’un simple clic, se déploie un monde épargné par la folie des dictateurs et les fissures des centrales nucléaires, une religion parallèle que pratiquent des millions de nos semblables, une immense secte majoritaire dont nous côtoyons les adeptes dans les trains et dans les bus ».

Sans que Daniel Schneidermann ait prononcé le moindre prénom, nous comprenons qu’il se passionne pour le mariage du prince William et de Catherine Middleton. Ce qui est amusant, c’est la faible réaction à l’événement des militants de la Nouvelle Action royaliste. Pas un mot lors du congrès de notre organisation et pas la moindre allusion lors de mes conversations avec nos amis lors de notre soirée anniversaire. Serait-ce une indifférence plus ou moins affectée ? Certainement pas. Nous regardons ce mariage avec intérêt parce qu’il est dans l’ordre politique des choses. Et nous avons éprouvons pour le peuple britannique et pour tous les peuples du Commonwealth une vive sympathie mêlée de regret : ce qu’ils vivent, cette relation simple à l’autorité politique, il n’est pas possible de l’éprouver dans notre pays.

Mais ce que je pourrais dire de la symbolique royale est beaucoup moins intéressant que l’auto-analyse de Daniel Schneidermann. Il est vrai que ce « monde » de la monarchie est « épargné par la folie des dictateurs ». J’ajoute qu’il ne s’agit pas d’un monde à part : lorsque la nation est confrontée à une guerre ou meurtrie par une catastrophe, la royauté joue un rôle décisif dans le rassemblement des énergies. Dans les Mémoires de Winston Churchill, le roi Georges n’est pas souvent évoqué mais l’action de son Premier ministre s’inscrit dans une remarquable cohérence institutionnelle et s’appuie sur la force du lien qui unit le peuple et le roi, également exposés aux bombes allemandes. C’est en ce sens qu’on peut parler de religion - comme capacité à maintenir le lien social et politique avec une dimension affective qui ne doit rien aux frénésies sectaires et aux emballements idéologiques. Bien entendu, nous connaissons des rois qui n’ont pas fait leur devoir d’état. Mais en ce cas les peuples ont décidé de se passer de leurs mauvais services. Les rois ne sont pas des dieux et celle qui s’était laissé regarder comme une divinité olympienne — lady Diana — n’a pas pu tenir son rang.

Le mariage qui passionne Daniel Schneidermann et une bonne partie de la planète n’est pas le réseltat d’une aliénation. Nous avons souvent dit que les rois et les princes héritiers étaient à la fois lointains (à cause de leur mission spécifique) et familiers par leur manière de vivre en public les grands événements de la vie privée de tout un chacun. Ils sont comme nous, mais le mariage et l’accouchement dans les familles royales sont aussi des promesses de continuité pour l’existence nationale.

A quelques exceptions près, nos dirigeants politiques ratent cette relation : ils jouent la familiarité mais ils s’enferment dans ce rôle dicté par les conseillers en communication et ne parviennent pas à trouver la bonne distance. Ils ne voient pas qu’il manque aux plans de carrière et aux techniques de « gouvernance » un engagement de la personne même qui implique le sacrifice d’une part de la vie privée. La royauté impose le respect parce que, de sa naissance à sa mort, celui ou celle qui est désigné par la loi de succession est contraint à d’incessants sacrifices pour que la fonction politique soit convenablement exercée. Cela ne va pas sans échec et sans drames. Un mariage royal est le plus périlleux de tous, le plus dur à vivre même quand il résulte de choix personnels. Le jour de la cérémonie, c’est aussi le courage de s’engager dans une vie tout entière vouée au service de l’État et de la nation qui est chaleureusement salué.

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