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Calamités - Un avenir radieux.

Samedi 9 octobre 2010 // Le Monde

Nous l’écrivions en 2003, après la canicule : « L’avenir verra de plus en plus fréquemment de grandes vagues de chaleur, de froid, des tempêtes, des inondations ou des sécheresses » Rien de risqué dans cette prophétie, tous les modèles climatiques convergeaient vers cette conclusion.

C’était, il y a sept ans. Et bien ! en 2010 nous y sommes, dans cet avenir radieux, et l’année à demi écoulée a déjà cumulé tous les évènements, en particulier cet été : pluies et inondations meurtrières au Pakistan et en Chine ; sécheresse et incendies gigantesques en Russie ; pollution énorme dans le golfe du Mexique. Et ceci, après combien d’autres catastrophes survenues cette année, comme le tremblement de terre dramatique en Haïti, celui - encore plus violent mais beaucoup moins meurtrier - au Chili, la tempête Xynthia en France, les éruptions volcaniques en Indonésie, etc.

Quelques remarques.

Plusieurs de ces évènements extrêmes confirment que le changement climatique est bien là, n’en déplaise aux climato sceptiques. Les mesures météorologiques l’ont montré, en particulier en Russie, où tous les records de chaleur depuis le début des statistiques météorologiques ont été battus ; ou au Pakistan et en Chine, qui ont subi les pires inondations de leur histoire. Et, comme prévu, le rythme d’apparition de ces catastrophes s’accélère.

Bien sûr tout n’est pas lié au changement climatique : Les séismes et les éruptions volcaniques dépendent de mécanismes tectoniques dans lesquels l’activité humaine ne joue aucun rôle. À l’inverse, la très grave pollution du golfe du Mexique est conséquence exclusive de l’activité humaine, et ni le climat ni l’activé sismique ne peut être incriminé. Mais quelle que soit l’origine de ces catastrophes, leurs effets convergents sur la société sont souvent amplifiés au moment de leur gestion par les choix de gouvernante économique et politique. Or cette aggravation n’est en rien fatale, et le contre-exemple du Chili, qui a subi sans dommages humains l’un des pires séismes de ces dernières années, démontre que la mise en œuvre de précautions adaptées (même si elles sont coûteuses) peut éviter qu’une catastrophe matérielle se transforme en drame humanitaire. On ne peut pas empêcher les catastrophes naturelles, qui ont toujours existé, et vont augmenter en nombre et en ampleur, au moins pour ce qui concerne les évènements climatiques. Mais les Chiliens nous montrent que les drames qui en découlent ne sont pas inéluctables.

Alors c’est bien le mode de gestion de ces catastrophes qui pose problème et mérite une analyse attentive. Ce qui saute aux yeux, c’est qu’à peu près partout cette amplification des effets des catastrophes naturelles vient du fait que les profits ont priorité sur l’environnement et même sur la vie humaine. On l’a vu au moment de la gestion par BP de la marée noire du golfe du Mexique : non-suivi des règles de sécurité sur les plates-formes, sous-estimation initiale du drame pour éviter une publicité néfaste au cours des actions, laisser-aller d’un directoire obnubilé par ses profits immédiats et incapable de voir les conséquences de cet accident, tout a été désolant dans cette gestion avant que le gouvernement des Etats-Unis, forcé et contraint par son opinion publique, n’y vienne mettre un peu d’ordre.

À divers niveaux, on retrouve presque partout cette réticence des gouvernements à agir, pour ne pas dire cette complicité active avec le système financier, qui induit à chaque fois une augmentation exponentielle des risques au profit d’un bénéfice à court terme pour quelques-uns. Nous avons vu cela en France avec la tempête Xynthia et les constructions illégales - mais juteuses - en zones inondables ; en Russie où les équipes de protection, trop chères en routine, se sont avérées dramatiquement insuffisantes quand le pays en a eu besoin ; en Chine où l’on a pu craindre un instant que le fameux barrage des Trois Gorges ne s’effondre et où le gouvernement, peut-être conscient de certaines négligences dans sa construction, s’est contenté de croiser les doigts (avec succès pour cette fois-ci) ; au Pakistan, où l’État, complètement dépassé voire indifférent, a laissé aux extrémiste islamistes l’initiative de l’aide à la population.

Partout se retrouve le même schéma : profit immédiat pour quelques-uns, risques majeurs inéluctables à moyen terme pour les populations. Sans parler d’un cynisme triomphant : en pleine sécheresse en Russie, les milieux financiers ont vu tout ce qu’ils pourraient tirer de cette catastrophe et ont commencé, avec l’appui de l’État, à spéculer sur les céréales, nous préparant de futures famines mondiales pour le plus grand bénéfice des fonds de pension.

Le plus inquiétant, c’est que même quand ils veulent agir, les gouvernements semblent souvent incapables d’imposer des normes si elles s’opposent au fonctionnement ultra-libéral. Pour prendre un exemple bien de chez nous, la gestion de l’épidémie de grippe H1N1 a été révélatrice de cette incapacité : échaudé (si j’ose dire) par la canicule de 2003, l’État a voulu anticiper la crise. Il a alors décidé, comme seule initiative compatible avec son idéologie, l’achat de quantités invraisemblables de vaccins aux laboratoires pharmaceutiques : facile à faire et bien perçu par la Bourse, puisque cela revient à privatiser les gains et socialiser les pertes. En revanche il lui était idéologiquement impensable de recruter le personnel médical nécessaire, et il faut se réjouir que l’épidémie n’ait pas eu lieu : 97 millions de doses, à quinze minutes par injection (hypothèse extrêmement optimiste), cela veut dire plus de trois millions de jours de travail supplémentaires pour les infirmières, dans un pays où ce corps de métier est déjà surchargé en temps normal. On l’a échappé belle. Jusqu’à la prochaine...

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