CRITIQUER JUSTEMENT ?

Samedi 17 juillet 2010 // Divers

La liste des affaires plus ou moins scandaleuses s’allonge chaque jour : le comportement des footballeurs, leurs dépenses et celles de Rama Yade, le renvoi de deux chroniqueurs de France Inter, l’utilisation abusive d’avions officiels, les relations d’Eric Woerth et de sa femme avec Liliane Bettencourt... La télévision dans une certaine mesure et surtout, la presse écrite font leurs choux gras de ces événements, tant et si bien que nous aboutissons à une saturation de l’information.

Il ne s’agit pas de nier la gravité de divers soupçons, mais ne peut-on faire confiance aux syndicats de journalistes, dans certains cas, à l’administration fiscale et aux juges, pour d’autres affaires, sans se perdre dans d’infinis commentaires ? A-t-on remarqué que la gauche était fort mesurée dans ses critiques ? Le poids des scandales auxquels elle fut mêlée l’incite sans nul doute à la sagesse.

Quant aux moralistes improvisés, ils feraient bien de relire leurs classiques. Il y a dans le christianisme une justification de la dépense qui assure du travail à toute une population laborieuse et qui rejoint la très moderne doctrine de Keynes — sans que les immenses gaspillages d’argent par les médias soient à inscrire dans cette fonction économique de la dépense productive. C’est par ce biais que l’on peut aujourd’hui séparer l’accessoire de l’essentiel dans le domaine du débat et de l’action politiques.

Lorsqu’on nous dit que le président de la République annule, le 24 juin, une rencontre avec les ONG françaises, prévue pour préparer le G20 de Toronto, afin de recevoir Thierry Henry, joueur de l’équipe de France de football, il y a lieu de se demander si, en haut lieu, on prend la juste mesure des enjeux du moment. La question est d’autant plus pertinente que, ce même jour, se déroulaient des manifestations contre la réforme des retraites qui ont réuni entre huit cent mille et deux millions de personnes... selon les estimations.

Voulait-on, à l’Elysée, se montrer en phase avec l’opinion ? Il y a une conception faussée de l’opinion publique qui devrait faire débat, mais ce débat est difficile à lancer car les dirigeants du pays, les principaux journalistes et les chefs de l’opposition semblent d’accord, pour s’en tenir aux polémiques accessoires.

Cette attitude mériterait des commentaires ironiques en période normale. Or nous sommes plongés dans une crise économique et financière dont l’extrême gravité est reconnue du bout des lèvres par les dirigeants occidentaux : la crise immobilière n’est pas jugulée aux Etats-Unis, la reprise y est molle et le taux de chômage élevé pour ce pays. En Europe, la crise grecque n’est pas surmontée et l’Espagne vit une véritable catastrophe, la croissance française étant quant à elle proche de zéro. A la veille du G20, un grand débat public aurait pu avoir lieu  ; comme le sommet de Toronto a été un échec, la réflexion publique sur les politiques de sortie de crise devrait reprendre de plus belle. D’où des interrogations sur les dirigeants de la majorité et de l’opposition. Qui mesure vraiment la gravité de la crise ? Qui se voile la face ? Qui ne comprend pas ce qui se passe ? Tous tiennent des discours rassurants, alors qu’ils consultent régulièrement des économistes et des financiers qui sonnent l’alarme. La tactique des conseillers en communication, qui consiste à diluer les mauvaises nouvelles, finit par produire l’inverse de l’effet recherché : ce sont les propos lénifiants qui provoquent l’angoisse.

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