CÔTÉ CUISINE : Gauche divisée, Hollande esseulé ?

Jeudi 16 février 2012, par Jean de La Faverie // La France

Drapeau de France

Quel que soit le candidat qui émergera à droite, la gauche devra se rassembler pour remporter la présidentielle. Car si la victoire paraissait évidente en fin d’année dernière, elle semble aujourd’hui plus compromise. La faute à la division des troupes et à la cacophonie ambiante.

Passées les primaires du parti socialiste, François Hollande et toute la gauche s’y voyaient déjà. L’Elysée était pour eux ! Son actuel locataire n’aurait plus d’autre choix, au soir du 6 mai 2012, que d’abandonner sa fonction et de s’en retourner, penaud, à Neuilly... Le scénario était tellement écrit d’avance que l’on avait l’impression de revivre la campagne de 1995 quand Édouard Balladur était certain de devenir le 22e président de la République. Quelques semaines ont passé et même si le candidat du PS reste bien placé dans les sondages, sa cote de popularité s’amenuise tant au premier qu’au second tour. Comme Balladur il y a dix-sept ans...

Les raisons de ce décrochage sont multiples. Elles tiennent tout d’abord à la division d’une gauche réellement « plurielle ». Ils sont loin les Jaurès, Clemenceau, Blum ou Mitterrand capables de rassembler une gauche plus diverse qu’on ne le pense. Malgré la crise, la gauche radicale et protestataire ne parvient pas à cristalliser les mécontentements qui se reportent surtout vers Marine Le Pen. C’est pourquoi ni Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière), ni Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste) ne parviennent à transformer les essais des derniers scrutins : 5, 72% pour Arlette Laguiller en 2002 (1,33 en 2007) ; 4,25% des voix pour Olivier Besancenot en 2002 (4,08 en 2007). Aujourd’hui, les intentions de vote pour chacun de ces candidats ne dépassent pas i% ! Même la candidature de Jean-Pierre Chevènement à qui Lionel Jospin attribua sa défaite en 2002, oubliant (sciemment ?) au passage les 2,32% de Christiane Taubira, ne séduit pas. Une grande partie des voix contestataires de gauche préfère se reporter sur le médiatique Jean-Luc Mélenchon, ancien trotskiste passé par le PS qui a réussi son OPA sur le moribond Parti communiste français (PCF). Crédité de 7,5% des voix, il est un candidat avec lequel François Hollande va devoir composer en vue du second tour, et ce, même si Mélenchon pense qu’Hollande n’est qu’un « capitaine de pédalo » !

JEU DE DUPES

Pour ses détracteurs, François Hollande n’incarne aucune volonté de changement et n’a aucune vision cohérente du pays, de son économie, de son devenir, de son positionnement dans le concert des nations. Certes, la maladresse du candidat socialiste a confiné au ridicule lors des négociations avec les Verts. Les deux partis se sont écharpés sur le dossier du nucléaire et sont parvenus à conclure un accord au prix d’un jeu de dupes qui pourrait se résumer par : « Je te donne une centrale contre une circonscription ». Il existe 58 réacteurs nucléaires en France. Pas moins de 63 circonscriptions ont été réservées par le PS au parti écologiste. Il peut donc espérer, en cas de victoire de la gauche, décrocher 25 à 30 sièges à l’Assemblée nationale en juin prochain ; environ une quinzaine en cas de défaite. En attendant, l’accord Écologistes-PS, amoindrit le PS d’une partie de son vivier électoral. L’enjeu pour François Hollande ? De mauvais sondages qui laisseraient craindre un deuxième 21 avril, Hollande négociant alors le retrait d’Éva Joly - dont la campagne se « mélenchonise » - pour être présent au second tour. Mais rien n’est joué.

SOLFERINO VS SÉGUR

La pluralité et l’éclatement de la gauche se retrouvent dans les propres rangs du candidat socialiste. François Hollande dont les proches disent qu’il « travaille seul et décide seul » est mal entouré, cet inconvénient étant constitutif de l’autre ! Au vrai, on ne sait pas vraiment qui fait quoi entre la rue de Solférino, siège du PS et le 59, rue de Ségur, siège du candidat. Comme en 2007, quand le premier secrétaire Hollande jouait contre le camp de la candidate, Ségolène Royal ! Aujourd’hui, qui tient réellement les rênes de la campagne ? Hollande ou Aubry ? La désignation officielle de François Hollande n’a pas effacé les rancœurs des primaires de l’automne dernier. Au PS, l’ambiance est à l’évitement et aux chausse-trappes. Lors de la cérémonie des voeux de Nicolas Sarkozy aux fonctionnaires qui s’est tenue à Lille le 12 janvier, Martine Aubry a vertement interpellé le chef de l’État en lui demandant de faire cesser les attaques verbales dont serait victime François Hollande. Un ton viril qui tranche avec la « mollesse » que reprochait - déjà ! - Martine Aubry à François Hollande pendant les primaires.

De même, c’est le maire de Lille qui a dicté et imposé ses choix pour les investitures aux prochaines législatives, parachutant directement Ségolène Royal en Charente-Maritime, au mépris des règles internes du parti qui exigent une consultation des militants. Elle a agi de la même manière avec Jack Lang qui, après avoir visé la Somme, puis l’Aisne et les Pyrénées-Atlantiques, a trouvé refuge dans les Vosges. En réservant une circonscription de Saône-et-Loire aux écologistes, Martine Aubry a provoqué la colère du président du conseil général de ce département, Arnaud Montebourg, qui ne cessait, pendant les primaires, de vilipender le « système Aubry » et... de dénigrer Hollande. Mieux, Martine Aubry a réussi le tour de force d’évincer le directeur de cabinet de François Hollande, Faouzi Lamdaoui, de la 9e circonscription des Français de l’étranger qui lui était promise et qu’il avait de fortes chances de remporter. À la place du plus fidèle soutien du député de Corrèze, elle a imposé l’investiture d’un de ses « proches », Pouria Amirshahi.

RADICALISME ET ARCHAÏSME

Isolé, Hollande préfère donc décider seul. Ce pouvoir solitaire mâtiné de désorganisation patente fait naître le sentiment d’une grande cacophonie dans la campagne du candidat socialiste. Plusieurs dossiers viennent consolider les revirements sinon les reniements de François Hollande : le nucléaire, la retraite à 6o ans, la fusion de l’impôt sur le revenu et la contribution sociale généralisée (IR/CSG), le quotient familial, etc. A l’image de François Hollande, la gauche ne sait plus à quel référent idéologique se vouer. Toujours arc-boutée sur ses vieilles chimères marxistes, elle doit composer avec la réalité d’une dette publique abyssale, tenir compte du seul système économique encore debout (économie de marché), répondre aux attentes parfois contradictoires des Français, etc. Mais elle ne trouve aucune solution qui séduise véritablement son électorat et les indécis. La gauche qui vogue entre revirements et reniements, s’affiche en manque de crédibilité, et semble naviguer aujourd’hui entre radicalisme, attentisme et archaïsme. Mais la droite en profitera-t-elle, elle qui présente déjà cinq candidats (sans Nicolas Sarkozy) et paraît tout aussi divisée ? Premiers résultats le 22 avril au soir !

Répondre à cet article