COPÉ-BERTRAND - Duel au sommet.

Mercredi 24 mars 2010 // La France

Ils attendent avec fébrilité l’année 2016, celle, précédant l’élection présidentielle. Après avoir fourbi leurs armes, peaufiné leurs programmes et discours, et mollement tu leurs ambitions, Xavier Bertrand et Jean-François Copé pourront peut-être se départager en vue de l’élection suprême.

JEAN-FRANÇOIS COPÉ et Xavier Bertrand ne s’aiment pas du tout, à l’image de la guerre de tranchées que se livrent au Parti socialiste Martine Aubry et Ségolène Royal. De l’avis d’un député, « vous ne pouvez pas parler à Jean-François Copé sans qu’au bout de dix minutes, il se plaigne de Xavier Bertrand et réciproquement ». À vrai dire, ils ne ratent jamais l’occasion de se tacler. Les exemples sont légion : Jean-François Copé parvient à faire voter un amendement supprimant les avantages fiscaux pour les sportifs de haut niveau liés au droit à l’image collectif (DIC) ? Mécontent, Xavier Bertrand réclame un réexamen du texte au Sénat. Le député-maire de Meaux se fait recadrer par François Fillon en désaccord avec sa « coproduction législative » ? Xavier Bertrand se réjouit ouvertement : « Le Premier ministre était très en forme ». Le patron de l’UMP se rend en Chine pour signer un mémorandum avec le Parti communiste chinois (PCC), c’est au tour de Jean-François Copé de faire mine de ne pas remettre en cause « le déplacement tout à fait légitime de notre premier secrétaire bien aimé en Chine (rires), euh... de notre secrétaire général ».

Pourtant nourris l’un et l’autre au lait gaulliste, les deux anciens ministres incarnent, en dehors de deux ego surdimensionnés, tapis sous des airs faussement modestes et simples, deux visions de la politique française, deux styles, deux ambitions, deux façons de travailler. Ils ne bénéficient pas non plus des mêmes soutiens.

FIDÈLE DES FIDÈLES

Quand il était au gouvernement, Xavier Bertrand n’en finissait pas de tirer la couverture à lui. Son côté godillot et zélé agaçait le Premier ministre, François Fillon. Mais n’a-t-il pas réussi à réformer les régimes spéciaux des retraites, réussissant en pariant sur la CGT alors que Fillon aurait voulu passer en force ? Le chef du gouvernement n’a finalement pas été mécontent de voir ce franc-maçon « pratiquant » qu’il surnomme Frère Sourire - puisqu’il est membre du Grand Orient de France depuis 1995 et ne s’en cache pas - rendre son portefeuille. Pas son tablier. « Maçon je le savais. Mais franc, je l’ignorais », a ironisé Fillon. Nicolas Sarkozy est rassuré par cet assureur de Saint-Quentin, calme, rond, un fidèle des fidèles qui ne lâche rien, travailleur acharné comme lui, qui a su montrer une fibre plus gaulliste sociale que libérale.

Rallié sur le tard à Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé n’a pas obtenu le poste ministériel qu’il convoitait. Trop marqué « chiraquien », il a mené une guerre sans mers pour obtenir son poste de président du groupe. Un poste clé qui lui a permis de tires un profit maximal de la révision constitutionnelle de juillet 2008, censée revaloriser le rôle du Parlement. Parmi les faits d’armes du député-maire de Meaux, avocat à ses heures perdues, et qui prend un malin plaisir à faire entendre sa petite musique. Le texte sur le travail dominical qu’il a su retarder à bon escient, une proposition de loi sur l’interdiction de la burqua pour tacler un président et un gouvernement frileux... « Si tu donnes les clés de l’UMP à Bertrand, garde un double ! », avait déclare Jean-François Copé fin 2008. Un avertissement pris très au sérieux par le Chef de l’État.

Le Président, qui jusqu’au bout a tergiversé avant de décider à qui, de Bertrand ou de son ministre de l’Immigration et ami Brice Hortefeux reprendrait les rênes de l’UMP. En attendant, Copé et Bertrand se neutralisent à distance. L’un dirige les parlementaires, l’autre cornaque les militants et l’appareil de guerre. Xavier Bertrand est le chef de l’UMP, et par conséquent le chef du militant Copé. Ce dernier, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale est aussi le chef de Xavier Bertrand, député de l’Aisne. Et si ce duel profitait à un troisième homme ?

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