CIVILISATION SOUS LE PROJECTEUR.

Mercredi 9 juin 2010 // L’Histoire

Monnaie d'Abd el Kader

Le projet de rénovation du quadrilatère de la BNF Richelieu, s’il est mené tel quel à son terme, prévoit la disparition de « l’entité musée » et de ses salles d’exposition.

AVEC 1000 à 2000 visiteurs par mois, le Cabinet des médailles, installé sur le site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France (Bnf), est une épine dans le pied des technocrates du ministère de la Culture. Considérant qu’il est impératif d’attirer un public plus large à la Bibliothèque et, pour le ministère de la culture, de faire des monuments parisiens des « espaces ouverts », la direction de la BnF aurait donc décidé de le supprimer purement et simplement. Si le conditionnel s’impose encore face au flou qui entoure la rénovation du site, prévu pourtant de longue date, la disparition programmée du Cabinet des médailles s’inscrit dans une évolution logique : Département à part entière de la BnF, il a néanmoins toujours été mal-aimé par son administration. Sa superficie réduite (540m2) ne lui permet d’exposer qu’une part restreinte de ses collections et aucune publicité ne lui est faite, y compris lorsque des expositions temporaires y sont organisées. Mal mis en valeur avec ses vitrines aux lumières blafardes et ses cartels jaunis, le Cabinet aurait certes besoin d’une muséographie rafraîchie et d’espaces supplémentaires. Mais au lieu de lui donner les surfaces qu’il mérite, c’est son existence même qui est en jeu sous le prétexte de la rénovation du « quadrilatère Richelieu », une rénovation qui a pris des allures de grand chantier.

Il ne s’agit pas ici d’entrer dans le détail, complexe, d’un chantier dont les travaux, estimés à 150 millions d’euros, doivent s’échelonner entre 2010 et 2017. Mais certaines des solutions préconisées alertent les défenseurs du patrimoine. Il est ainsi question de détruire l’escalier d’honneur construit à la fin du XIXe siècle par l’architecte Jean-Louis Pascal. Initialement imaginé pour rejoindre la salle des Manuscrits, il permet aujourd’hui d’accéder à la salle des Colonnes et au salon d’angle, les deux espaces qui accueillent le Cabinet des médailles. Massif, déjà dénaturé par l’installation d’ascenseurs, l’escalier n’en est pas moins inscrit à l’inventaire des Monuments historiques depuis 1983. Mais l’intention est, semble-t-il, ailleurs : sous couvert « d’améliorer la visibilité » et de « rendre au public » les espaces occupés par le Cabinet des médailles, il s’agirait, en fait, de faire de la salle des Colonnes un endroit susceptible d’être loué tandis que les collections, seraient entièrement mis en réserve, demeurant toutefois consultables par les chercheurs.

Une pratique de plus en plus courante pour des institutions comme la BnF, sommées par Bercy de trouver de nouvelles sources de revenus. Sacrifié sur l’autel de la rentabilité, voilà comment va disparaître le plus ancien musée de France, ouvert dès le XVIIe siècle, d’abord au Louvre puis à Versailles, avant de gagner en 1917 son local actuel sans jamais y trouver vraiment sa place.

Patrimoine historique et national, le cabinet des médailles est issu, comme le musée du Louvre, des collections royales. Son fonds d’origine se compose de médailles, pierres gravées et antiques léguées à Louis XIV par son oncle, Gaston d’Orléans. La collection s’enrichie ensuite considérablement, notamment grâce à des donation comme celle du comte de Caylus (1692-1765), qui lui conféra une dimension archéologique, puis par le biais d’acquisitions, de dons et de legs, tel celui du duc de Luynes en 1862. Dernier exemple en date : la collection de George Zacos, offerte en 1998, comprenant plus de 6 000 sceaux byzantins. En matière de monnaies, de médailles, de pierres gravées, de vases grecs (seconde collection en France après le Louvre), d’antiquités égyptiennes, les collections du musée figurent aujourd’hui parmi les plus importantes au monde. Difficile de recenser tous les trésors historiques coupe des Ptolémées, tasse de Salomon, trésor romain de Berthouville et nationaux Grand Camée de France, le plus grand au monde, trésor de Childéric offert à Louis XIV, trône de Dagobert, médaillier de Cressent exécuté pour Louis d’Orléans, qu’elles contiennent.

Autant d’objets riches et variés qui expliquent que le musée soit régulièrement sollicité. Il a ainsi récemment prêté des objets pour les expositions Alexandre le Grand, Botticelli et Boulle, qui avaient lieu simultanément en Allemagne. Comme si le Cabinet des médailles était mieux connu, et reconnu, à l’étranger qu’en France où, faute de moyens, il n’attire plus qu’un petit public d’archéologue, de numismates et d’étudiants.

Alors que la notion de « démocratisation » revient, dans tous les discours de politique culturelle, consacrer des deniers publics à la recherche en histoire de l’art a fini par paraître suspect. La décision, administrative, motivée par des soucis idéologiques et mercantiles, est donc tombée : les collections du Cabinet des médailles dormiront désormais dans les réserves de la BnF. Absurde quand on songe au souhait présidentiel de créer un musée de l’Histoire de France. Tout n’est-il pas réuni pour que les collections du Cabinet des médailles remplissent ce rôle ou, du moins, en constitue la trame ?

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