CHRISTINE LAGARDE AU FMI.

Dimanche 17 juillet 2011 // Le Monde

La succession de Dominique Strauss-Kahn coïncide avec sa mise en liberté : y a-t-il eu coup d’Etat au Fonds Monétaire International ?

La coïncidence va encore accréditer la théorie du complot. 18 mai : démission de Dominique Strauss-Kahn ; 29 juin : élection de Christine Lagarde ;1er juillet : remise en liberté de DSK ; 5 juillet : prise de fonctions de Mme Lagarde. Il faudrait prouver non seulement que Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI depuis 2007 dérangeait, ce qui est connu, mais encore que Christine Lagarde ne poursuivra pas sur la ligne de son prédécesseur mais s’engagera dans une politique contraire, ce qui n’est pas exclu. Néanmoins, la démonstration serait toujours fausse car on surestime le poids des questions de personnes dans une institution aussi technocratique.

On ne compare pas deux Français dont l’un serait un poids lourd politique et un économiste de talent, l’autre une brillante avocate d’affaires et une simple débutante en politique, l’un un social-démocrate européen, l’autre une libérale atlantique, l’un « un homme à femmes », l’autre une « femme chic ».

La politique du Fonds est celle de son Conseil d’administration. Christine Lagardè, comme son prédécesseur, sera consensuelle. Elle n’a dû sa brillante et rapide élection qu’à la campagne qu’elle a faite à Pékin, Brasilia, Tokyo et Moscou, sans parler bien entendu de Washington et Bruxelles. L’Europe a eu le mérite de comprendre en un quart de seconde que, si elle voulait conserver le poste nécessaire pendant la crise de la dette qui frappe plusieurs de ses membres , il lui fallait avoir un candidat unique et le soutien de plusieurs grands pays émergents. L’Inde et l’Afrique du Sud se sont retrouvées isolées. Le candidat mexicain la plus forte dette au monde hors Etats-Unis n’avait aucune chance.

Si Pékin notamment a pesé nettement en faveur de Christine Lagarde, ce n’est pas pour faire plaisir à la France ou à l’Europe, mais pour acquérir une place importante dans la direction du Fonds et poursuivre la cogestion « chinaméricaine » du système financier international. Au-delà, si Dominique Strauss-Kahn a replacé avec habileté, grâce à la crise européenne, le FMI au coeur des débats sur la gouvernance mondiale, son successeur, tout autant convaincu de la nécessité de celle-ci, sait que ce n’est pas tant affaire d’économie que de diplomatie. L’ancienne présidente du plus grand cabinet d’affaires international (Baker and McKenzie), depuis Chicago, pendant six ans (1999- 2004), y a sans doute autant appris que pendant les réunions du G8, du G20 et des conseils bruxellois.

Au-delà de cette ligne de continuité, va-t-on changer, comme certains l’insinuent, de doctrine économique, passant d’un keynésianisme de la relance par le déficit et l’inflation à un monétarisme de déflation budgétaire et de réajustement des parités de change entre les grandes monnaies ? Le FMI n’est pas un centre de recherches de sciences économiques Le FMI n’est pas là pour penser, diront les plus cyniques, mais, selon son mandat de 1944, pour corriger les déséquilibres des balances des paiements.

Le principal reproche adressé à DSK, non, sans arrière-pensées électorales, était d’être trop engagé en Europe. La critique ne venait pas seulement des Non-européens mais aussi de plusieurs Européens qu’il concurrençait, en premier lieu la Banque centrale européenne de Bernard Trichet. Etait-il trop ami avec Georges Papandreou ? Christine Lagarde n’en trouve pas moins scandaleuse l’attitude de l’opposition conservatrice grecque qui devrait avoir sa préférence, mais qui tend à s’enfermer dans une attitude irresponsable.

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